lundi 27 septembre 2010

Espiao et la Sainte-Epine

Pas plus tard qu'hier, on m'a informé d'une dépêche concernant la Cobla Mil.lenaria, l'orchestre catalan qui joue chaque année durant Céret de Toros. Sur les ondes de Ràdio Arrels, antenne radiophonique en langue catalane qui émet depuis Perpignan, divers antis-taurins auraient tenté de faire pression sur la Cobla en invoquant le fait que la tauromachie espagnole et la Catalogne sont incompatibles. A cette question, le représentant de la Cobla Mil.lenaria a simplement répondu que si des personnes n'aimaient pas la corrida, elles étaient libres de ne pas s'y rendre. Peut-être que ces quelques braves gens ont cru en la puissance de leur lobby du côté français, mais ils ont dû s'égarer.

Le samedi 10 juillet dernier à Céret, il était en revanche impossible de s'égarer pour l'aficionado. J'ai depuis ce jour-là repensé maintes fois au premier Coïmbra de l'après-midi. Car quand j'ai vu ce toro sortir en piste, je n'avais pas encore ressenti une telle intensité lors des vingt premières courses qui ont précédé Céret dans ma temporada. Un peu comme si ailleurs on nous avait menti... Un peu comme si ailleurs on ne s'était pas senti concerné par ce qui sortait en piste. Avec Espiao, il n'y avait pas de doute à avoir, on avait là un Señor Toro. Un taureau de combat digne de ce nom, tant de par son physique que de par son comportement. C'est subjectif, mais je pense que son tiers de piques a été le meilleur moment de ma temporada. Un moment d'authenticité, de sauvagerie, de puissance, de combativité et d'émotion. Le cheval de Bonijol a décollé très haut dans le ciel à la première rencontre avec Espiao. Quatre piques au total pour un type de taureau que l'on voit rarement en résumé. Pourtant, je pense que c'est avant tout ça un taureau de combat, mais cela n'engage que moi. Je me suis levé et j'ai applaudi, en sachant que je garderai très précieusement ces quelques images en tête.

En 2010, ils ont interdit la tauromachie en Catalogne espagnole. Et la feria de l'année, c'est en Catalogne qu'elle a eu lieu. A Céret, l'un des derniers fiefs du taureau de combat par excellence, avec une arène modeste, dont le diamètre du ruedo ne dépasse pas les trente mètres. La feria fut quant à elle unique et d'un niveau incomparable avec ce que l'on vu ailleurs cette saison. Tant de souvenirs pour une feria de deux jours. Il y avait Espiao, la Cobla Mil.lenaria, et la Santa Espina...

A propos de la Santa Espina, Louis Aragon écrivait ceci en 1941 dans son recueil "Le Crève-Coeur" :
"Je me souviens d'un air que l'on ne pouvait entendre
Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
Et l'on savait enfin pourquoi le ciel est bleu"


Florent

(Photo de François Bruschet : "Espiao" de Manuel Assunçao Coïmbra)

1 commentaire:

  1. Florent,

    Merci pour ce message parce que, bien qu'absent de Céret cette année alors que j'en suis aficionado régulier, j'ai profondément ressenti tout ce que tu viens d'en écrire!... D'ailleurs, je n'ai que peu de regret de ne pas avoir été présent (!), car je préfère de très loin qu'Espiao soit sorti en piste moi absent plutôt que le contraire!... (et cela n'est pas de l'humour au second degré)

    Plus j'avance en aficion, plus j'ai la conviction que le "toro de combat" est justement "de combat" par son "comportement", son "caractère"... En tauromachie, contrairement à l'adage, c'est le moine qui fait l'habit - du moins chez le toro! D'où la difficulté de pouvoir "sélectionner" un "toro de combat" sur sa combativité, critère comportemental donc pluri-factoriel et éminemment volatil - et l'encore plus grande difficulté d'en faire résulter peu à peu une véritable lignée (un "encaste") susceptible de perdurer génétiquement malgré les risques de consanguinité... D'où ma colère sourde devant ces saccages de toros de combat à quoi conduisent ces sélections qui "amignonnent" la combativité de manière parfois irrémédiable!... Et d'où, conséquemment, le rôle unique tenu par Céret (qui tient et "maintient") auprès de l'aficion toute entière (et désormais pas seulement française!), rôle dont on ne les remerciera jamais trop...

    Suerte - Bernard

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