dimanche 3 octobre 2010

Le maître-nageur

Un symbole plus qu'autre chose. Il y a deux ou trois jours, l'élite présumée de la torería actuelle s'est manifestée dans le but de défendre la tauromachie. Mais au fond, cette cohésion n'est-elle pas avant tout une réaction contre une possible "abolition des privilèges" ? Quelques heures plus tard à Madrid, il y avait des toros de Torrealta, sans rien de fantastique, pour la deuxième corrida de la feria d'Automne. Plutôt bien armés c'est vrai, mais loin d'être des estampes. Ni sauvagerie ni bravoure, plutôt une caste diplomatique. Et puis il y avait Juan Mora, quarante-sept bougies, dont quasiment trente passées en tant que matador de toros. Ses deux adversaires n'étaient ni des foudres de guerre ni des bonbons, même si le second était faible. De la main droite, Mora donna plusieurs muletazos accrochés, sans intérêt. Mais comme c'est de la gauche que l'on torée, c'est de ce côté qu'il fit des choses à la fois rares et remarquables. Tout au plus deux ou trois muletazos inattendus, beaux, lumineux et sans fin. Aussi, il est le seul matador de la profession à avoir dans la main l'épée de vérité dès le début du troisième tiers. Et de cette manière, on le vît porter à chaque fois une estocade soudaine, étonnante, succédant immédiatement à une dernière série de muletazos. Le plus beau coup d'épée fut celui porté face à son deuxième opposant : "en todo lo alto". Des illuminations gauchères et des estocades fulgurantes. Trois oreilles à Las Ventas, peu importe le nombre. Surtout un symbole. Un type proche des cinquante ans, humble, venu triompher dans des lieux où quasiment tous les autres, et surtout les plus arrogants, se sont noyés cette saison.

Florent

(Photo de Juan Pelegrín : la sortie en triomphe de Juan Mora)

3 commentaires:

  1. Florent,

    Si, comme l'écrit CAMUS, "Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde", merci pour ces deux mots justes: maître-nageur, et caste diplomatique...

    Suerte - Bernard

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  2. Si beaucoup trop de séries se terminent pas un pecho, Mora a eu le bon gout de terminer la dernière de ses deux faenas par l'épée.

    JPc

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  3. J'ai vu plusieurs fois cette saison, morante commencer le 3ème tiers l'épée de "vérité" en main. Et surtout conclure une demie série par l'estocade (si on peut encore l'appeler ainsi)

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