mardi 9 novembre 2010

Le tribut des modestes

C'était au mois de juin 2008. Le monde des toros avait les yeux rivés sur José Tomás qui sortait à deux reprises par la Grande Porte de Las Ventas, la sélection espagnole de football devenait championne d'Europe. L'atmosphère était donc à la fête, et personne ne s'attendait à un drame dans l'arène. Mais il en est souvent ainsi, car les accidents les plus graves surviennent là où on ne les attend pas, et les victimes sont souvent les plus modestes.
Par ailleurs, quiconque foule un ruedo connaît les risques qui en découlent. Ici, il ne s'agit pas de mettre deux ou trois cent euros sur la table comme au casino, il ne s'agit pas non plus de mettre en jeu sa crédibilité comme dans un débat politique. Non, dans l'arène, c'est leur vie que les hommes mettent au prix fort. Au mois de juin, dans la banlieue de Madrid, le nombre de courses est incalculable et il va de pair avec tous les saints-patrons que l'on fête à cette période. De l'autre côté de l'aéroport de Barajas, à Torrejón de Ardoz, il y avait une novillada le 23 juin 2008, du fer d'Antonio San Román. Le banderillero Adrián Gómez, récent membre de la cuadrilla du Fundi, venait compléter l'équipage d'un novillero modeste, Miguel Luque.
Je me souviens de ce soir là, et des terribles images de l'accident du banderillero qui étaient en ligne sur un site d'information taurine. On y voyait son effroyable accrochage face au cinquième novillo de l'après-midi, avec également l'inquiétude sur les visages, due au caractère gravissime de l'accident qui venait de se produire. Adrián Gómez venait d'être désarticulé de manière irrémédiable. Dans cette galerie d'images, il y avait également un cliché pris environ trente minutes plus tard, montrant le novillero Rubén Pinar, le sourire aux lèvres, quittant en triomphe les arènes de Torrejón de Ardoz. Pour ma part, j'avais trouvé ça déguelasse, mais là n'est pas le débat. Aussi, ce sont souvent des hommes modestes qui payent de leur vie le tribut des toreros dans l'arène. La semaine dernière, Adrián Gómez est mort, après deux ans d'une souffrance physique et morale inimaginables et difficiles à surmonter, il est donc légitime de lui rendre hommage.

Florent

(Photo de Juan Pelegrín : Adrián Gómez à Las Ventas)

2 commentaires:

  1. Hommage ô combien mérité, à un torero de plata qui valait pourtant plus que l'or dont se parent injustement pas mal de figuras!
    Bien à toi, Florent

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  2. Cher Florent,

    Merci pour cet hommage, un de plus ici, prononcé en souvenir d'un "modeste" - hommage qui t'honore...

    Bien à toi - Bernard

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