dimanche 21 février 2010

L'égoïne des Beaux Arts

Un gymnase : Vistalegre
Un "torero médiatique" : Francisco Rivera Ordóñez
Un taureau commercial : de Luis Algarra
Un simple remate au burladero : une corne droite en sang

Cela ne change rien à la donne puisque ce n'est pas nouveau, mais on viendra tout de même nous parler de médailles des beaux arts récompensant ces personnages médiatisés de la tauromachie. L'art du toreo ? Non ! L'art de dénaturer la corrida et de la transformer en un spectacle vulgaire et insupportable.

Florent

(La photo de Juan Pelegrín a été prise hier à Vistalegre, un endroit où il paraît qu'il y a de "l'arte")

samedi 20 février 2010

Parentis l'authentique

Jonchée au coeur d'un mois d'août riche en rendez-vous taurins, la Feria de Parentis est longtemps restée au second plan. Pourtant, on y cultive depuis des décennies un amour pour la tauromachie authentique et à l'ancienne, celle où le taureau est la pièce maîtresse. Par ailleurs, les arènes du nom de Roland Portalier (ancien Maire de la Ville) qui ont été inaugurées en 1927 ont une capacité de 4 000 places avec l'un des plus grands ruedos du Sud-Ouest. Même si elles peuvent paraître propices à des spectacles taurins majeurs (corridas de toros) c'est de novilladas dont il est question dans ces lieux, les corridas formelles ayant seulement parsemé ces longues décennies de Toros racontées par Jean-Pierre Fabaron, récemment disparu, dans un ouvrage intitulé "La peur aux trousses: histoire taurine de Parentis-en-Born" et paru en 2000.
Parentis qui fut chère à Jean-Pierre Darracq "El Tío Pepe" proposera cette année encore deux novilladas issues d'élevages réputés : Prieto de la Cal et Moreno de Silva. Le triomphalisme et le conformisme sont laissés de côté, mais cela n'est pas bien grave car ici, l'important est d'avoir des taureaux sauvages et encastés, avec des hommes courageux qui sauront les affronter.

Serge Villetorte, de l'Association des Aficionados de Parentis, évoque cette aventure ainsi que la pérennité de l'optique torista dont il est question.

Florent Moreau : Nous allons peut-être commencer par une présentation du parcours de votre association dans l'organisation des courses à Parentis.

Serge Villetorte : Durant les années 1980, à l’initiative de plusieurs aficionados locaux, nous avions créé à Parentis une section de l’ANDA et suite à des divergences sur le fonctionnement de l’Association Nationale nous avons créé l'ADA (Association des Aficionados de Parentis) en 1989. A notre demande, la Ville a instauré dès cette année là sa commission taurine et a retenu Alain Lartigue comme organisateur des novilladas (qui se déroulaient le 14 juillet et le premier dimanche d'août). En 1996, nous sommes à l’origine avec d’autres membres de la CTEM de la feria de la Sen Bertomiu qui a fusionné les deux rendez-vous en une seule feria début août. En 2005, nous nous sommes lancés dans l’organisation de la feria avec Alain Lartigue comme professionnel à nos côtés. Actuellement, notre association compte près de quarante-cinq membres.

F.M : Comme vous l'avez dit, vous avez une optique de la tauromachie au travers de "la défense du toro de combat", et je crois savoir qu'il y a eu de nombreuses réussites ces deux dernières décennies.

S.V : En effet, et plusieurs fois d'ailleurs, des novilladas ont reçu divers prix récompensant le meilleur lot de la saison (Prix de l’ANDA, Prix de la FSTF, Prix de l’Union des Clubs Taurins Paul Ricard...) De grands lots de novillos ont marqué l'histoire de nos arènes. Durant les vingt dernières années, on retiendra les lots de Passanha en 1993, de El Sierro en 1994, Ramón Flores en 1997, Fernando Palha en 1998 , Escolar Gil en 2000 ou encore Barcial en 2002. On peut également citer une impressionnante novillada de Tabernero de Vilvis en 2003 qui a donné beaucoup d'intérêt aux aficionados. Celle de Pablo Mayoral en 2005 étant pour moi la plus complète. Et ces dernières années, la course de Robert Margé en 2006 et bien évidemment les deux crus de Raso de Portillo de 2007 et 2008.

F.M : La liste est très fournie ! Et s'il ne fallait garder qu'un seul souvenir ?

S.V : Cela serait très difficile, mais je dois avouer que les deux premières novilladas de Raso de Portillo m'ont beaucoup marqué de par leur combativité extraordinaire. Le point d'orgue a été la rencontre entre Alberto Lamelas et un grand novillo de cet élevage en 2007, cet exemplaire aurait par ailleurs mérité un tour de piste posthume. Ce ne fut pas le cas, mais il restera gravé dans les mémoires pendant longtemps.

F.M : Cette année, vous allez présenter une course de Prieto de la Cal, une ganadería qui est déjà venue à plusieurs reprises à Parentis. Mais plus que de simples répétitions, ne s'agit-il pas surtout d'une histoire épique ?

S.V : Je me souviens comme si c’était hier de la venue des Prieto de la Cal en 1988. C'était l'apocalypse en piste, une véritable guerre ! Les novillos cherchaient l'homme en permanence… Cette année, il nous a semblé intéressant de promouvoir cet élevage, qui à l’opposé de « la domecquisation ambiante » est bien sorti en 2009 notamment à Saragosse. D’autre part, nous avons constaté la mauvaise lidia dont a fait l’objet le superbe novillo jabonero du concours de l'an dernier à Parentis. Nous avons donc voulu donner une autre occasion de voir cet élevage avec cette fois-ci un lot complet. A noter qu’avec Prieto de la Cal, nous recevrons également Moreno de Silva auteur d’une formidable saison 2009 avec le meilleur lot de novillos lidié à Madrid…

F.M : Ces dernières années, on a souvent associé le tandem Parentis/Raso de Portillo, mais d'où est venue l'idée de présenter cet élevage méconnu ?

S.V : C’est le fruit des circonstances de la situation sanitaire avec le phénomène de la tuberculose et de la langue bleue. Quand nous avons été obligés de restreindre nos achats aux seules zones ouvertes en Espagne (Campo Charro), nous avons souhaité chercher ailleurs et à ce titre nous sommes allés chez Raso de Portillo près de Valladolid où les novillos nous plaisaient beaucoup et correspondaient parfaitement à ce que nous recherchions. Ensuite nous avons connu les grandes réussites de 2007 et 2008, avant la déception de 2009, où la course a manqué de poder et de caste. Malheureusement, l'élevage a perdu la carte verte depuis l'été dernier.

F.M : Quelle est selon vous la place octroyée aux novilleros à Parentis ?

S.V : Il s'agit pour eux de courses plus que sérieuses. Tous savent qu’ici ils trouveront un adversaire (et non pas un collaborateur) réel, redoutable et intègre. Compte tenu du fait que les soi disant « meilleurs toreros (surprotégés) » refusent de venir affronter ce genre de bétail, ce sont souvent des novilleros plus modestes qui viennent démontrer ici leur vaillance et leurs capacités. A ce sujet, ces dernières années ont été marquées par les prestations d’Alberto Lamelas. Même s'il n'est pas un grand muletero, ce garçon a démontré qu'il était un être extraordinaire de courage et de pundonor. Contrairement à ce que l’on peut penser, Parentis a vu aussi défiler de très bons professionnels ces dernières années (Robleño, Bolivar, David Mora, Talavante...)

F.M : Quelle est votre position vis-à-vis de la situation actuelle de la corrida ?

S.V : Elle rejoint les récents propos de mon ami Jean-Jacques Baylac (Club Taurin Vicois) qui résument parfaitement la situation. Presque partout, on veut nous imposer des « taureaux » issus du "monoencaste" dont on veut qu'ils "servent" et aient simplement le statut de faire-valoir. Pour nous, c’est l’inverse, avec la recherche de la caste et de la bravoure en revalorisant le tercio de varas. Si nous ajoutons à ça le fait d’aller dénicher ces ganaderias souvent oubliées… Vous voyez nous sommes décidément très différents, mais nous le revendiquons plus que jamais !

F.M : Et pour conclure, l'objectif est sûrement de continuer le plus longtemps possible avec cette volonté ?

S.V : Oui bien sûr, mais encore faut-il avoir à l’esprit que nous ne sommes que des bénévoles. A ce titre, notre ambition est simple, nous préférons jouer « les premiers rôles en deuxième division plutôt que les derniers en première ». Dans une arène comme la notre, l’humilité doit toujours être la première des vertus.

Florent

Hernández Pla : les taureaux "coffres-forts"

Ils étaient magnifiques ces Hernández Pla à la teinte grise, allant du sombre au clair, parfois parsemés de blanc. Bajitos et aux armures toujours astifinas, ils apparaissaient tels des joyaux pour l'aficionado lambda, et cauchemardesques pour les professionnels taurins. On gardera de ces descendants de Sainte-Colombe l'image de taureaux sérieux, charpentés, terriblement armés et vêtus de pelages extraordinaires. Mais les Hernández Pla ont changé de mains ces dernières années, et le sort de l'abandon est la seule attention qui leur a été réservée. En piste, ils étaient assez irréguliers ces derniers temps tout en restant rares, car les toreros vedettes semblaient bien peu motivés à les affronter. Ils étaient difficiles, impropres à toute lidia moderne comme il y a deux ans à Céret, où ils furent âpres et avares de déplacements au troisième tiers. Gardiens de leur fierté, ils étaient apparus tels des coffres-forts inaccessibles.

Mais l'histoire se souviendra surtout d'un soir de l'été 2004 dans ce même coin du Vallespir, quand six pensionnaires de Hernández Pla menèrent la vie dure aux représentants de l'humanité en piste. Ce fut une véritable guerre, et les hommes eurent la chance d'avoir à la tête de leur armée un haut-gradé répondant au nom de Luis Francisco Esplá. Ce soir-là, nous vîmes des tercios de piques intenses et d'une rare violence, si bien que trois picadors finirent la course à l'infirmerie. Les charpentes et la puissance de ces taureaux sauvages avaient mis en déroute la cavalerie. Une tempête dans le ruedo ! Au troisième tiers, les gris avaient baissé d'intensité pour la plupart et s'avéraient imprévisibles, les hommes jouaient dès lors à pile ou face à chaque muletazo. Cependant, deux des six Hernández Pla avaient laissé entrouverts leurs coffres-forts. L'un d'entre eux destiné à Fernando Robleño possédait une charge vibrante sur la corne gauche, et le petit madrilène sut faire passer de l'émotion avec cette bête en aucun cas docile. Cette tarde pleine d'émotion et d'intensité fut éprouvante. Luis Francisco Esplá, Gómez Escorial et Fernando Robleño avaient affronté ce soir-là des taureaux sauvages que certains estimeront frappés d'obsolescence. Le ruedo cérétan s'était transformé en champ de bataille et était devenu par la même occasion un cercle magique de lutte et d'incertitudes. Ce jour-là ne s'effacera jamais dans les mémoires, car pouvoir ne serait-ce qu'admirer des Fernando Palha et des Hernández Pla en quelques heures, cela laisse simplement rêveur.
Les apprentis toreritos en devenir peuvent dormir tranquilles, les Hernández Pla appartiennent désormais au passé, et le souffle froid de leur sauvagerie est sur le point de cesser. Mais ce 11 juillet 2004 à Céret restera gravé, les Santa Coloma alliés au ciel sombre venaient de faire trembler la terre pour une dernière démonstration de force et de puissance avant de retourner à l'état de cendres. Quoi de plus magnifique qu'un taureau de combat ?

Florent

(Photos : Toros de Hernández Pla combattus à Céret le 13 juillet 2008)




mercredi 17 février 2010

La mauvaise pioche d'Orthez (Cuvée 1992)

En décembre dernier, je rencontrai à Bordeaux le photographe Jean-Pierre Mora, collaborateur pendant plusieurs années d'un mensuel taurin qui existe toujours à l'heure actuelle sous un autre nom. Avec un ami qui m'a permis de faire sa connaissance, nous évoquions ses ressentis sur le devenir de la corrida qui avait selon lui bien changé ces dernières décennies.
Puis vînt l'instant où il était question de parler des photos elles-mêmes. L'une d'entre elles m'a fasciné, et je me fais un plaisir de vous la montrer car le détail est amusant, on peut constater que certaines personnes sont aujourd'hui frappées d'amnésie !

Commençons si vous le voulez bien par le plus récent. Le 26 juillet 2009 sortait à Orthez un semental maigre et chétif de l'élevage de Adolfo Rodríguez Montesinos, illustrant à lui seul les difficultés mais également l'amateurisme compréhensible de la nouvelle commission taurine. Les jours suivants, une déferlante s'est abattue sur les organisateurs à cause de ce taureau Pilarito qui était dépourvu de trapío.

Quant à la photo en noir et blanc de Jean-Pierre Mora, elle nous montre un taureau de Gilbert Mroz coincé dans un refuge toujours à Orthez mais cette fois-ci le 26 juillet 1992. Cet exemplaire aux armures correctes mais au physique pas très éloigné de celui de Pilarito était destiné au vénézuélien Morenito de Maracay. Il tenta de sauter dans le callejón mais se retrouva au final dans cette fâcheuse posture. Les pompiers intervinrent, le Mroz fut libéré mais se cassa ensuite une corne à cause du vice d'un subalterne. Le taureau ne fut pas changé, l'histoire s'arrête ici. Mais je vous laisse simplement deviner qui était le prestataire d'Orthez cette année-là, quelqu'un dont la mémoire sélective l'autorisa à juger la commission taurine en poste dix-sept ans plus tard.

Pour finir, je vous propose une autre photo (cette fois-ci de Laurent) du troisième taureau de La Quinta combattu le 17 juillet 2009 à Mont-de-Marsan. Il avait des points communs avec Pilarito sur le plan physique, mais il a eu la chance de ne pas être évoqué et pointé du doigt par « la presse taurine ». Comme quoi, on choisit toujours ses cibles, mais il serait parfois bien de repenser à ce que l'on a semé derrière soi. Les exemples peuvent se multiplier de manière exponentielle.

Florent

(Traducción allí)

lundi 8 février 2010

Simon Casas et la politique de l'autruche

Récipiendaire il y a quelques jours de la direction des arènes de Valence, le grand Simon Casas répondait aujourd'hui à diverses questions d'internautes qui lui étaient posées sur le site espagnol Burladero. Je fus alors tenté d'y aller de ma question sans pour autant être certain d'avoir une réponse digne... Et ce fut malheureusement le cas !

Ma question initiale était celle-ci :
"J'aimerais savoir si vous pensez réellement que Nîmes est la première arène de France ? Cela est impossible au vu de la présentation des toros, comme nous avons pu le voir l'an passé avec une "corrida" de Zalduendo imprésentable et avec d'alarmantes carences de caste. Ainsi, Nîmes pourrait être la "Madrid française", mais actuellement on peut la considérer davantage comme la "Benidorm française", n'est-ce pas ? Ou pire encore comme une "Las Vegas française" ! Vous paraît-il sérieux de défendre l'encaste unique plutôt que d'aller vers les originalités ganaderas ?"

Après modification (mais je ne devrais pas me plaindre puisqu'il ne s'agit que d'une censure partielle) la question fut soumise à Simon Casas de cette manière : "J'aimerais savoir si vous pensez réellement que Nîmes est une arène de première catégorie en France. Cela est impossible au vu de la présentation de l'an passé, avec notamment une corrida de Zalduendo mal présentée. Vous paraît-il sérieux de défendre l'encaste unique plutôt que d'aller vers les originalités ganaderas ?"

Enfin, c'est ainsi que l'empresario-empereur répondit :
"On ne peut pas découvrir d'originalités ganaderas, il faut compter sur ce que nous avons déjà. Nîmes est une arène de première comme l'indique le règlement taurin, plus de quinze spectacles annuels dans une capitale de province."

Simon Casas répondit à d'autres questions relatives à l'audiovisuel en tauromachie, au libéralisme économique dans celle-ci, aux présences des "figuras" dans les prochaines ferias et que sais-je encore... En tout cas, il est certain qu'il restera encore longtemps sur son trône de "premier anti-taurin de France". Merci Monsieur Casas, votre argumentaire m'a vraiment séduit.

Florent

(Este artículo está traducido en castellano en la rúbrica "commentaires")