mardi 30 mars 2010

Toros para Tontos

L’heure n’est pas à la rédemption mais au pamphlet. On aura beau me chanter « tu as qu’à y aller toi devant » ou encore « si ça ne te plaît pas reste chez toi », mais c’est avec plaisir que ce soir, j’ai envie de me la jouer « atrabilaire » comme dirait l’autre ! Rien d’original à vous proposer de mon côté, et pas davantage de celui de « Simon Casas Production » !

La mi-mai venue, peut-être penseront-ils à respecter une minute de silence en mémoire du taureau de combat qui est tombé il y a bien longtemps déjà dans le Colisée nîmois. La ville de la brandade va devoir boire le même calice pendant au moins cinq ans encore, le mandat ayant été renouvelé cet hiver ! Cependant, je ne pense pas que ceux qui se plaindront soient majoritaires.
« L’important est de participer » comme le disait si bien Coubertin, ce sera le cas pour les spectateurs ainsi que pour ceux que l’on ose appeler « figuras ». Par contre, je me demande si les toros prendront le départ du plus extraordinaire rendez-vous taurin de l’année…

Au vu du niveau ganadero, on est en mesure de dire qu’il y aura du TORO-TORO lors du prochain cycle nîmois, Cuvillo ! José Vázquez (devenu Domecq ne rêvez pas !) mais également Garcigrande et le top du top : Juan Pedro Domecq ! Tout ça sent bon la caste, les tercios de piques animés, la fiereza omniprésente et le poder au troisième tiers… Désolé c’était ironique, car pour le taureau de combat il s’agira davantage d’une mise en bière !

Irréductible organisateur torista qu’il est, Simon Casas a également choisi la voie de l’originalité pour le cartel de la Miurada (ou Miaourada si vous préférez) en mettant trois hommes inédits face à cet élevage : Juan José Padilla, Rafaelillo et Mehdi Savalli (Dimanche 4 avril prochain à Arles, le cartel des Miuras sera totalement différent puisqu’il y aura en face Juan José Padilla, Rafaelillo et Mehdi Savalli) sic…

Mais que dire de toutes ces affiches où les pinceaux abondants contribueront à un nouveau musée des horreurs ! Nîmes nous donne ainsi une magnifique image de la tauromachie de première catégorie ! On dira alors en toute objectivité que c’est d’un autre niveau à Vic-Fezensac…

« NIMES : LA PRIMERA PLAZA DEL COSMOS TIENE LA PEOR FERIA DEL COSMOS »
(Cette phrase reprend un truc lu récemment qui disait « Madrid : la primera plaza del mundo tiene la peor feria del mundo », mais puisque Nîmes joue un niveau au-dessus…)

Florent

(Photo d’Anthony : un avant goût de la Feria nîmoise avec ce « Domingo Hernández » qui sera liquidé ce vendredi à Arles)

dimanche 28 mars 2010

Campos y Ruedos

Le printemps est arrivé ! Et pour l’occasion, l’équipe du site Campos y Ruedos a fait éclore un livre. Vous y retrouverez des images et des textes évoquant la tauromachie sans langue de bois, car c’est la marque de fabrique de la maison. Mes félicitations vont à l’ensemble de l’équipe (dans l’ordre alphabétique et en espérant avoir cité tout le monde) : c’est à-dire Messieurs Angulo, Bartholin, Bruschet, Larrieu, Marchi, Olivier, Pradet et Thuriès.
Campos y Ruedos est plus qu’un simple blog, on y retrouve en effet des choses occultées par ceux qui se disent « informateurs taurins ». Un très bon site pour un très beau livre, c’est du même tonneau !

Si vous désirez vous procurer le bouquin, c’est par ici.

Florent

lundi 22 mars 2010

Fallas y Hogueras de la Monumental de Barcelona

Le rideau vient tout juste de tomber sur les premières ferias du Levante : les Fallas de Castellón et la Magdalena de Valencia. Même s'il s'agit de l'inverse et que la confusion était voulue, ces deux arènes ont comme point commun le fait de se situer dans la réalité à la même échelle qu'est la Segunda B (troisième division du football espagnol). Oui messieurs, nous avons bien assisté durant ces quinze jours aux Fallas* de votre parangon de taureau de combat, celui dont vous voulez à tout prix qu'il mette la tête et qu'il prenne ses cent passes, tant pis pour la faiblesse et la sosería.
Messieurs, vous avez cramé le taureau de combat comme il se doit, vous avez mis en exergue son côté chétif, sans trapío, sans caste et de peu de forces, celui qui fait pitié à l'aficionado lambda (ce dernier n'étant plus majoritaire dans les gradins) mais qui enrichit votre compte en banque.

Malgré tout, vous restez quand même très sereins pour l'avenir de la tauromachie en Catalogne, une centaine de kilomètres au Nord du Levante. Vous, capitalistes de la tauromachie, et vous autres, fiers membres de « l'AFP taurine », vous prétendez gagner la partie contre l'abolition à Barcelone. D'un côté je vous comprends, car les antagonistes sont médiocres. En effet, à quoi bon vouloir abolir la tauromachie à la Monumental de Barcelone (seule arène de Catalogne en activité) où seule une soixantaine de taureaux sera abattue cette année ? Alors que de manière réaliste, on pourrait se demander combien de bêtes constituent l'approvisionnement des Mac Donald's catalans chaque jour. L'action des antis est donc paradoxale, et il s'agirait avant tout de noyer à jamais l'un des symboles de l'Espagne.

Quant à vous messieurs, vous donnez l'impression de vous mettre au diapason de la médiocrité. Votre théorie est belle : « la corrida est un combat entre deux acteurs : le taureau et l'homme », et partout vous faites fleurir des drapeaux catalans avec un taureau de combat comme pièce centrale, mais tout cela ne reflète pas la pratique. Il y a quelques semaines, les cartels de la temporada barcelonaise ont été révélés, et c'est à ce moment-là qu'on a pu s'apercevoir qu'il y avait un gouffre entre les belles paroles et la triste réalité. Passons sur la corrida de rejoneo et sur les novilladas qui feront malheureusement tout au plus un dixième d'arène.
Barcelone est actuellement menacée par un pseudo-débat parlementaire, on aurait alors pu penser (de manière utopique) que c'était le moment pour présenter dans cette Monumental en péril des choses que l'on ne verrait guère ailleurs. Cela aurait de la gueule un Juli avec des Escolar, un Morante avec des Palha, un José Tomás avec des Dolores Aguirre... ce qui attirerait certainement plus de monde et Barcelone aurait un tout autre visage. Malheureusement, il en sera ainsi pour ce que vous osez encore appeler « Corrida de Toros » :

Dimanche 25 Avril : Bovins de Juan Pedro Domecq pour Jesulín de Ubrique, Manuel Díaz « El Cordobés » et David Fandila « El Fandi »

Dimanche 16 Mai : Bovins de San Miguel pour Eugenio de Mora, Antonio Barrera et Serafín Marín

Dimanche 6 Juin : Bovins de Garcigrande pour Finito de Córdoba, Morante de la Puebla et Julián López « El Juli »

Dimanche 4 Juillet : Bovins de Carmen Lorenzo pour Enrique Ponce, Miguel Angel Perera et Cayetano Rivera Ordóñez

Dimanche 18 Juillet : Bovins de Victoriano del Río pour José Pedro Prados « El Fundi », José Tomás et José María Manzanares

Dimanche 25 Juillet : Bovins de Torrehandilla pour Francisco Rivera Ordóñez, David Fandila "El Fandi" et Alejandro Talavante

Inutile de commenter une à une ces six affiches car on peut simplement les qualifier en quelques mots : digne d'un enterrement ! Mais il n'y a pas de quoi s'inquiéter, car les élevages commerciaux seront là, envoyant à cette Monumental blessée dans son coeur les septième ou huitième lots de leurs camadas, la toréabilité sera là, le toreo moderne aussi, les bajonazos d'effet rapide précipitant les fortes pétitions d'oreilles également. Cela fait pourtant quelques temps que la tauromachie n'est plus dans cette "plaza de toreros", et le blason ne sera probablement jamais redoré. Il ne s'agit pas d'un discours fataliste, mais simplement de la réalité.

Avant chaque paseo aux arènes de Céret retentit "Els Segadors" l'hymne catalan, au coeur de cette magnifique mélodie il y a un passage qui dit "Que tremoli l'enemic en veient la nostra ensenya". Mais il n'y a pourtant pas de quoi être émerveillé devant cet écusson de la tauromachie aseptisée. Ainsi, que peut-on perdre à Barcelone alors que la tauromachie n'y est plus que poussière ?

Florent

* : incendie

(Photo : Cadaqués)

lundi 8 mars 2010

Juan Luis Rivas hijo, l'homme qui piqua Clavel Blanco...

Après la corrida-concours du 11 septembre dernier à Arles, on aurait pu imaginer le jeune picador Juan Luis Rivas quelques décennies plus tard, raconter à ses petits-enfants le magnifique combat qu'il avait mené face au toro Clavel Blanco de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas. Il leur aurait dit que ce jour-là, il avait affronté une montagne de bravoure, de caste, de fiereza et de puissance tout en revoyant les quelques clichés qu'il aurait gardé. Malgré son peu d'expérience, c'est avec fierté qu'il aurait décrit ce moment si marquant dans une carrière, car un tel toro, cela ne s'oublie pas.
Malheureusement il n'en sera point, car Juan Luis Rivas est parti ce mercredi 3 mars à l'âge de vingt-et-un ans, victime d'un accident de la route. Il rentrait d'une corrida annulée à Calahorra (La Rioja), où il devait officier aux ordres d'Eduardo Gallo. Dans la cuadrilla du matador de Salamanque, il remplaçait son père – Juan Luis Rivas padre – depuis le mois de juin dernier. Son père qui, après une corrida à Las Ventas avec Eduardo Gallo, décida de solder ses comptes et fut retrouvé sans vie dans sa finca. Une bien triste histoire pour cette famille de picadors du Campo Charro. Juan Luis Rivas junior piquait en plus de cela pour d'autres toreros de Salamanque, comme pour Domingo López-Chaves à Arles l'an dernier. On retiendra de sa courte carrière cette prestation face à ce fabuleux toro de María Luisa, ce jeune a été le seul homme en piste à pouvoir mesurer la force pure de l'un des plus grands toros de la décennie. Compte tenu de sa faible expérience et de ses vingt ans, il a tout de même été remarquable ce jour-là, en montrant que certains étaient capables d'assurer la relève du métier de picador. Mais tout s'est arrêté un soir d'hiver sur une route peu éclairée du Campo Charro...

Descanse en paz.

Florent


(Photo de Anthony P. : Juan Luis Rivas à Arles)

mercredi 3 mars 2010

La mort dans le rétroviseur

Nous vivons actuellement dans une société qui a choisi la vulgarité comme vertu, et comme ses liens sont très nombreux, on a l'impression qu'elle déteint sur certains secteurs, comme sur celui de la tauromachie. Cette société renie l'image de la mort, ou plutôt de sa propre mort. Car la simple probabilité de décès d'un autochtone est bien plus grave pour elle que la mort de milliers de personnes sur un autre continent, question de proportionnalité. En tauromachie aussi, l'image de la mort devient de plus en plus effrayante et on essaye de l'éradiquer totalement. Heureusement, la médecine a évolué et de graves blessures qui auraient pu être fatales il y a plusieurs décennies sont aujourd'hui soignées avec succès. Mais bien au-delà de l'image d'une mort éventuelle qui est rejetée, c'est l'idée de la peur et de l'affrontement qui est reniée en tauromachie.

Mais n'est-ce pourtant pas cela l'essence de celle-ci ? A savoir un affrontement entre l'homme et le taureau, jadis sauvage. En tant que fier témoin de cette évolution, Miguel Angel Perera (souvent cité mais ce n'est pas une référence) déclarait récemment qu'il était "prêt à affronter n'importe quel torero et ce dans n'importe quelle arène". Il en oublie ainsi la pièce centrale qu'est le taureau, et c'est la société du spectacle qui triomphe, on évacue alors toute idée d'incertitude et de combat. Perera aurait eu plus de mérite en affirmant être "prêt à affronter n'importe quel taureau dans n'importe quelle arène". O tempora ! O mores ! Mais tout cela n'est plus d'actualité et qui sait, la mention "Plaza de Toreros" remplacera peut-être l'obsolète "Plaza de Toros" à l'entrée de chaque arène. Comment est-il possible de ne pas vomir et de ne pas haïr Perera pour de tels propos ? Ils sont malheureusement passés sous silence...
On a ainsi l'impression que l'homme a perdu en humilité, qu'il est même devenu immortel puisque ses adversaires sont seulement ses compagnons de cartel. L'image de la tauromachie de feria prédomine aujourd'hui, des ferias où l'on va voir beaucoup de courses, et surtout des faenas ! Le soir même, on ira boire jusqu'à la cuite et on parlera encore de ces putains de faenas ! Qu'importe que les muletazos soient profilés, fuera de cacho ou non, car on ne sait même plus à quoi accorder de la valeur, c'est la quantité qui prime, ce sont les couilles qui triomphent du coeur ! La tauromachie est dénaturée à travers cette conception, et l'on pourrait même se demander si cette vision "faussement artistique" n'est-elle pas au fond une simple errance pornographique, où l'on va chercher l'orgasme car le type au centre de la piste aura donné beaucoup de passes à un partenaire civilisé et docile. Défendre cette conception uniquement artistique de la tauromachie où le torero est roi et où l'on oublie l'insignifiance de l'animal en face, n'est-ce pas le symbole d'une perversité absolue ?

De nos jours, l'aficionado (au sens large) et les professionnels redoutent la peur dans l'arène, mais qu'en est-il de la mort ? Il est vrai que tout aficionado tente de ne pas penser au drame qui peut se jouer devant lui, en piste. Et il en oublie qu'avant d'être un jeu de lumières et de triomphes, la corrida est surtout un jeu d'ombres qui débute à cinq heures de l'après-midi.
La tauromachie n'est pas non plus un jeu macabre, mais tendre sans cesse vers une tauromachie artistique où le taureau n'est que collaborateur, n'est-ce pas aussi une façon d'éviter le doute et les incertitudes ? Tout le monde redoute la mort, mais on redoute de plus en plus que le taureau fasse peur. N'avez-vous jamais entendu autour de vous un jour de corrida commerciale certaines personnes évoquer d'autres plazas en les qualifiant de terroristes simplement car le taureau présenté fait peur ? Ces gens-là sont dans l'errance, car le TAUREAU doit faire peur ! Et c'est ça ce qui est beau dans une corrida, l'émotion que dégage la toute puissance de cet animal !

Avant d'être une piste aux étoiles où l'on ne fêterait que des sorties en triomphe, l'arène est peut-être avant tout la piste d'une course pour la vie. Et bien que l'on veuille occulter une mort dure à affronter, celle-ci planera toujours au-dessus du cercle de sable chaque jour de Toros. Etre confronté à la mort dans l'arène est une chose dure, et cela vous fout une claque ! Je l'avais sûrement évoqué de manière trop sommaire à propos de Christian Baile en août dernier à Carcassonne. Ces moments-là sont difficiles à vivre, qui plus est quand on a la quasi-certitude que la mort va toucher cet être secondaire de la corrida, à savoir l'alguazil ici. Vous ne verrez probablement aucune image de ce moment tragique qui s'est déroulé sur les bords de l'Aude, et les mots pouvant le qualifier manquent ! Mais chacun a pu ce jour-là se rendre compte que la vie était précaire dans une arène, et que l'on peut être bien vite confronté à l'image de la mort de l'homme. Ce novillo de Miura nous a laissés devant tant d'incertitudes et de questions les jours qui suivirent, et sa corne n'eut finalement pas raison de la vie de Christian Baile, fort heureusement d'ailleurs ! Mais il sema le doute en nous, et il peut avoir la fierté d'avoir démontré que la tauromachie était en quelque sorte un reflet de la vie, où tout peut s'arrêter net, d'un coup sec et violent.

Avant d'être le spectacle commercial où le torero songe aux oreilles qu'il va couper, la corrida est tout d'abord cette scène antique où la première des récompenses, c'est la vie. Et un type qui ne coupe point de cartilage auriculaire mais qui s'est arrimé comme un dingue en se jouant la vie me fera toujours plus frissonner qu'une triviale faena de rabo donnée par un torero à la mode face à un simple collaborateur. Quant à elle, la mort dans l'arène ne sera jamais dans le rétroviseur.

Il y a quelques jours, le vicois Jean-Jacques Baylac m'a dit "si la corrida vérité disparaît, alors la corrida mensonge n'en a plus pour longtemps".

Florent