mercredi 26 mai 2010

NON à l'instrumentalisation du toro de combat

CHAISE ELECTRIQUE

Il est des candides selon qui "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes" comme le disait Voltaire. Mais qu'est-ce qu'il est beau ce monde où l'on décerne des coups de coeurs collectifs et où l'on évite de relever le côté immonde !
On me traitera de condescendant entre autres qualificatifs flatteurs, mais cette condescendance est légitime envers votre hystérique décadence et votre analphabétisme taurin. Car ici, il n'est question que de tauromachie, et l'on ne remet pas de prix à des sénateurs ou à des députés en fin de saison...

"Taillés pour la circonstance" il a osé écrire le photographo-chroniqueur en parlant des produits de consommation envoyés à Nîmes par Juan Pedro Domecq ! Jusque là rien d'étonnant, car c'est toujours la même chose chaque année le dimanche matin de Pentecôte. Espérons que cela finira par cesser, le jour où ces arènes changeront de mains.

Nîmes capitale de la tauromachie : on s'y présente et on y confirme l'alternative, tout cela sous la houlette d'un empresario artiste, avec au cartel des toreros artistes et des toros artistes ! Vu les pinceaux qu'ils ont, je pense que cette appellation de "toro artiste" convient parfaitement.

Lundi matin avant d'aller à Vic-Fezensac, je découvrais dans le quotidien régional le récit de cette infâme pantalonnade qui s'est jouée dans la première arène du Cosmos alors que le Soleil était au zénith. C'est à ce moment-là que Morante de la Puebla serait entré dans l'histoire, après une faena artiste face à un collaborateur lui aussi artiste (comprenez "abecerrado" et afeité)
Mais il y avait là comme un caillou dans la godasse impossible à déceler pour ces spectateurs dont l'afición est aussi restreinte que la sauvagerie des animaux qu'ils vont voir en piste.
Car commencer sa faena d'artiste sur une chaise, cela montre que l'opposant n'en est pas un, impliquant que l'on pourrait faire ce que l'on veut face à un taureau. Or, on ne peut pas faire n'importe quoi dans un ruedo ! Mais cela n'a semblé déranger ni le torero artiste ni les dix mille spectateurs artistes présents dans les gradins.

Puis Morante tua la bête déjà apprivoisée, et alla s'asseoir de nouveau sur la chaise afin de regarder au plus près l'agonie de la bestiole de Juan Pedro. C'est une belle marque de respect... qui n'a pourtant rien de nouveau. A Gijón en 1994, Jesulín de Ubrique était allé se mettre à cheval sur son adversaire en fin de faena. Toujours à Nîmes le dimanche 19 mai 1991, le novillero vénézuélien Erick Cortés était également allé s'asseoir sur le Jandilla agonisant qui lui servait de partenaire, tout cela sous les yeux émerveillés de son mentor (celui qui est aujourd'hui à la tête des arènes de Nîmes).
Si nos héros tentaient de réaliser leurs prouesses face à des Moreno de Silva du même genre que ceux combattus lundi dernier à Madrid, peut-être voleraient-ils aussi haut que Luis Carrero Blanco... Ne vous indignez pas, c'est juste de la provocation.

Dans tous les cas, ces "corridas de toreros" au voyeurisme parfait ne rentreront jamais dans l'histoire. A force de ne pas respecter le toro, ce dernier finira par remettre chacun à sa place, mais nous ne viendrons verser aucune larme.

Florent

jeudi 20 mai 2010

La ferraille carcassonnaise résonne encore...

Combattus lundi dernier, les six novillos de Moreno de Silva avaient dû entendre l'appel de leurs frères de sang lancé le 22 août 2009 à Carcassonne. Palma del Río n'est pourtant pas la porte à côté par rapport à la cité audoise, et il doit bien y avoir des centaines de lieues de distance entre les deux.
Mais cet appel était fort, car l'arène portative trembla pendant deux heures quarante-cinq d'effroi et de panique. Le regard du splendide Diano en disait long au moment où une cuadrilla sans honneur décida de le puntiller de dos. La puissance et la caste de celui-ci avait dit aux hommes en piste que ce n'était pas la "der des der" de Moreno de Silva. Ainsi, les hommes habitués à un modèle de lidia uniforme auraient d'autres occasions de livrer des leçons de "sin vergüenza torera".

Quand les Pereda ou les Juan Pedro se retrouvent au sol après la première pique, cela les rassure. En revanche, quand les Moreno de Silva sont toujours debout à parcourir le ruedo avec deux ou trois bajonazos dans le corps, cela a de quoi effrayer un escalafón entier ainsi que des régiments d'élèves d'écoles taurines standardisées. Moreno de Silva ? « Des ganaderías comme celles-ci ne devraient pas exister » disait Paco Chaves à l'issue de son camouflet lundi à Las Ventas. C'est lassant d'entendre de pareils discours, mais sachant que Chaves ne sait pas toréer et affronte les 98 % de ses novilladas dans des pueblos bien gentils (il sera en revanche à Céret cet été), comment lui en vouloir ? Même s'il devrait songer à de sages résolutions et à une reconversion... Mais qu'auraient fait les vedettes de l'escalafón novilleril face à cette course de Moreno de Silva ? Qu'auraient fait ces Daniel Luque ? Rubén Pinar ? Cayetano Rivera Ordóñez ? Tous ceux qui n'ont jamais affronté un seul toro digne de ce nom dans leur carrière. Le lot de Moreno de Silva comportait trois exemplaires nés en mai 2007, donc ayant trois ans tout juste ! Mais face à ces jeunes novillos, c'est toute une profession qui aurait choisi la sortie par la petite porte, le « courage fuyons ! » et le « vamos a tomar el olivo » !

Lundi, on a tout de même eu la chance de voir un homme extraordinaire en piste, Domingo Navarro ! Les bregas et les quites qu'il réalisa furent salvateurs pour plus d'un de ses collègues en piste. Mais face à ces Moreno de Silva, qui à part Esplá des grands jours ? Le Fundi ? Rafaelillo et quelques autres ?
Là est le problème gravissime de la profession à l'heure actuelle : le modèle de lidia n'est adapté qu'à un seul type de toro, celui qui "collabore" comme diraient certains ! La lidia des mansos, des toros âpres et encastés, tout cela est malheureusement obsolète, et ils se contenteront de prendre l'échappatoire et d'énoncer la même phrase d'impuissance à la fin des combats face à ces adversaires retors : "Lo siento, pero es que el toro no ha servido."

Les Moreno de Silva ont développé beaucoup d'attitudes différentes ce lundi à Las Ventas, avec de la puissance, de la sauvagerie, de la bravoure (notamment le premier à la pique), de la caste, mais aussi de la mansedumbre, du genio et parfois de la noblesse. Deux novillos n'étaient toujours pas à terre alors que les trois avis fatidiques venaient de sonner. Ce soir, Paco Chaves, Miguel Hidalgo et Antonio Rosales vont encore faire des cauchemars en repensant à cette course, tout comme Moreno Muñoz lorsqu'il repense à Diano avant d'aller se coucher... Dans tous les cas, cette course fut un point positif au niveau de l'expérience de ces novilleros, car ils ont pu apprendre qu'il n'existait pas un seul type de toro !

C'est légitime d'en vouloir aux hommes qui ont fait le paseo de cette course de Moreno de Silva, à l'exception de Domingo Navarro... Mais ils sont loin d'être les seuls coupables, car c'est un escalafón entier qui refuse de voir la réalité de ces courses là.

"Cada toro tiene su lidia", dicton désuet...

Florent

vendredi 14 mai 2010

Qui sont les véritables anti-taurins ?

- Bonjour, je voudrais le DVD du grand triomphe nîmois de Sébastien Castella le jour de la corrida au bénéfice d'Haïti !
- Désolé, ce n'est pas possible.
- Comment ça ce n'est pas possible ?

Vous l'aurez compris, je n'étais pas à Nîmes ce jeudi 13 mai pour voir le seul contre six (on se demande à quelle espèce appartenaient les "six" en question) de Sébastien Castella au bénéfice d'Haïti. On me dira que ce "spectacle" était à but caritatif, certes c'est vrai, mais je ne m'aventurerai pas davantage à aborder le débat extra-taurin. Simplement, je trouve assez cynique cette manie occidentale de vouloir attendre qu'il y ait des morts par dizaines de milliers dans un pays avant d'aller au secours de celui-ci, bien qu'il se trouve dans une grande précarité et sans aide depuis des siècles...

Je ne suis donc pas allé à Nîmes, ne désirant pas y voir la tauromachie être insultée. Là encore, certains pourront dire que le terme "insulter" est trop fort, mais quand je vois ce cliché d'un ami représentant le sixième bestiau d'El Pilar sorti hier après-midi, je trouve même qu'il est trop faible...

Oeuvre caritative ou non, c'est dans tous les cas un avant-goût de la prochaine Feria de Pentecôte, et il paraît que c'est la première arène de France...

Florent

mercredi 12 mai 2010

La Vierge des Désemparés

Les hostilités nîmoises commenceront d'ici peu de temps, menées par le grand homme de la tauromachie universelle ! Vous le connaissez tous, et il serait selon lui à la tête de la première arène du monde ! (Nîmes) et de la troisième d'Espagne ! (Valence).
Il y eut par ailleurs une corrida dans cette dernière le samedi 8 mai, afin de célébrer la Vierge des Désemparés (Virgen de los Desamparados). Et vous verrez que celle-ci porte bien son nom !

Même si l'exemple qui va suivre est monnaie courante dans "l'univers économico-taurin", cela fait quand même un peu tâche pour une arène dite de première catégorie.
En Mars dernier avaient lieu à Valence les célèbres Fallas, avec notamment deux corridas d'Adolfo Martín le Vendredi 12 Mars et de Valdefresno le Samedi 13. Pour ces deux courses, le premier sobrero ne fut pas utilisé et portait le fer de La Dehesilla ainsi que les datos suivants "Beodo" n°175 negro. Le Lundi 15 Mars pour la corrida de Fuente Ymbro, le premier sobrero était de la même maison – avec le fer de José Luis Pereda cette fois-ci – "Miedoso" n°39 negro listón.
Enfin le Samedi 10 Avril à Séville, il y avait une corrida de José Luis Pereda avec un sobrero du même fer "Tuerto" n°37 negro 585 kg.

Sachez également qu'à ce jour, l'entreprise Pereda/La Dehesilla est deuxième de l'escalafón ganadero avec trente toros lidiés cette saison ! Ce qui fait quand même beaucoup pour un élevage réputé pour ses produits décastés et à la limite de l'invalidité. Sur ces trente, il y avait trois corridas complètes à Séville, Las Ventas et Valence le 8 mai !

Jetez un oeil sur le sorteo de cette course...

Valence – Samedi 8 Mai – Corrida de la Virgen de los Desamparados
Cinq toros de José Luis Pereda et un de La Dehesilla (cinquième) pour Curro Díaz, Antonio Barrera et Sergio Aguilar.
Ordre de sortie :
1. "Templado" n°25 negro bragado 533 kg
2. "Miedoso" n°39 negro listón 545 kg
3. "Andador" n°54 negro mulato 477 kg
4. "Filantro" n°69 retinto meano 520 kg
5. "Beodo" n°175 negro 510 kg
6. "Tuerto" n°37 negro 563 kg

On peut ainsi se poser beaucoup de questions à la suite de cette analyse :
- Certaines corridas pour des arènes de première catégorie ne seraient même plus "reseñées" ?
- Combien de mises en chiqueros au total pour ces exemplaires ?
- Combien de temps passé dans le camion et à arpenter divers corrales ?
- Ces toros savaient-ils au moins ce qu'est le campo ?

Après des faits comme ceux-là, on vient s'étonner que les toros – même si les Pereda ne sont pas des foudres de guerre – affichent un manque de caste et de forces inquiétant. Ils sont en réalité des marchandises manipulées et déplacées au mépris de leur être sauvage.

Les toros sont aujourd'hui devenus des bien commerciaux, ce qui ne choque pas grand monde. Si bientôt ils sortaient en piste avec des fundas sur les cornes, à croire que presque personne ne s'offusquerait... Car l'ère du "toro prisonnier" a commencé depuis bien longtemps.

Florent

lundi 10 mai 2010

Quand la tauromachie de vérité crève l'abcès

Tarde de rafales hier à Las Ventas. Rafales de vent, de caste, de pundonor et de toreo sincère ! Affirmer que « ce type méritait de sortir par la grande porte » en parlant de Rafaelillo ce dimanche est un euphémisme. Mais quand on sait que ceux qui siègent au palco présidentiel de cette plaza éprouvent assez souvent une dose démesurée d'autisme, tout cela n'a malheureusement rien d'étonnant. Qu'importe car en ce moment, Rafaelillo démontre course après course qu'il est une valeur sûre de la tauromachie avec face à lui des toros dignes de ce nom. Ce « type » d'un mètre soixante et des poussières est en effet habitué à prendre des douches au napalm entre vingt et trente après-midis par an avec des Dolores Aguirre, des Palha, des Escolar... Et il est entrain de jeter un véritable pavé dans la mare. Car il fait mieux avec des toros-toros que ce que d'autres collègues d'escalafón font avec des adversaires civilisés et collaborateurs.

Ce dimanche, il a de nouveau été insolent de courage, de vaillance, et même de calme ainsi que de sérénité. Le fait de le voir mettre la jambe et de s'exposer face à des toros sauvages révèle quelque chose de « pas humain » dans cette tauromachie. A l'inverse la plupart du temps, les « ballets artistiques » entre toreros accompagnateurs et toros collaborateurs symbolisent une humanisation de la corrida, comme si elle était créée de toute pièce par la main de l'homme. D'ailleurs, il n'est pas souhaitable de parler du premier type de tauromachie cité avec les starlettes à la mode qui présentent pour l'écrasante majorité des symptômes de TOROphobie. Ces pleutres affirmant même que tout ce qui n'est pas d'origine Domecq ou Núñez ne peut être en adéquation avec leur toreo...

Après cela, on viendra parler d'escalafón, de paseos réalisés, d'oreilles ou de queues obtenues... Ce qui n'a aucun sens. Hier Rafaelillo a touché un bon sorteo de Dolores Aguirre, mais qui n'avait pourtant rien de facile. Ses deux toros possédaient de la caste, de la mobilité, de la mansedumbre, de la noblesse et de la transmission. On ne peut par ailleurs pas désigner de manière définitive ces toros avec un seul qualificatif car ce serait occulter le reste. Ils étaient à l'image de ce que devrait être plus souvent un taureau de combat, sauvage avec une palette étendue de caractéristiques tout en se grandissant au cours du combat.
Face au vent, Rafaelillo fut courageux, mit la jambe en avant, garda la muleta très basse afin de dominer ses deux adversaires, fins de type mais redoutablement armés comme le quatrième qui portait deux poignards sur la tête. Rafaelillo a parfois toréé relâché, et il est allé chercher son deuxième adversaire, alors que d'autres n'auraient pas fait un tel effort. Ses deux confrontations étaient synonymes de tauromachie de combat, de puissance, celle que l'on aime.

Aussi, personne n'a triché ce dimanche à Las Ventas, Fernando Cruz essaya, alors que Joselillo fut en-dessous de son premier adversaire mobile et encasté, avant d'être spectaculairement pris par le dernier Dolores Aguirre. Ce sixième toro, du nom de « Argelón », âgé de cinq ans et demi était puissant, expert en lutte gréco-romaine, doctorant en hébreu, en latin et en sanscrit. Sauvage qu'il était, il envoya Joselillo au tapis après que ce dernier se soit aventuré à une partie de roulette russe.

Ce fut une course sans ennui, avec une majorité de Dolores encastés, mobiles, avec du poder, de la transmission et de l'émotion. Il y eut des piques, pas toutes bien administrées, et il y eut des batacazos aussi... rappelant cette atmosphère de puissance et de combat. On eut également une extraordinaire paire de banderilles de Juan Navazo face au second.

Ce dimanche à Madrid, il y avait des toros et des hommes en piste, dont un très grand Rafaelillo. La tauromachie c'est ça, inutile d'aller chercher plus loin.

Florent

(Photo de François Bruschet : Rafaelillo à Arles face à un Miura)

samedi 1 mai 2010

Torhéros

Ailleurs qu'à Aguascalientes, d'autres se jouent la vie d'une manière différente et on les appelle belluaires, gladiateurs, vaillantasses tout au plus... C'est ainsi qu'ils sont qualifiés ces matadors faisant partie de cette sorte d'escalafón parallèle, ceux pour qui le danger en piste n'est pas artificiel. On pense au Fundi, à Rafaelillo, aux deux Aguilar et à quelques autres... Leur place dans l'actualité est inexistante depuis la blessure de José Tomás samedi dernier. Et ils n'ont que rarement les récompenses à la hauteur de leur mérite et de leur engagement.
Depuis une semaine la terre s'est arrêtée de tourner, quasiment tous s'émeuvent exclusivement de la blessure de leur icône, faisant passer à un plan plus que secondaire l'arrimón de Rafaelillo à Séville, du Fundi dans les mêmes lieux, ou encore d'Alberto Aguilar à Saint-Martin-de-Crau. Respectivement face à des Miura et à des Prieto de la Cal peu évidents, ces trois là ont réalisé des efforts notables rapportant... tout au plus un salut au tiers, un tour de piste sans oreille, alors que d'autres récoltent des montagnes de trophées pour des faenas devant des partenaires collaborateurs et propices au toreo post moderne.

Toréabilité ? Triomphabilité ? N'est-ce pas ce que cherche l'entourage de José Tomás et notamment ses veedores lorsqu'il s'agit de mettre minutieusement de côté quelques lots en début de saison. Samedi, de l'autre côté de l'Atlantique, José Tomás a été pris par un de ces "toros" qui aurait dû lui permettre le triomphe, un de ceux qui étaient destinés à "servir". Le mythe propulsé dans les airs, la fémorale arrachée... Et ce toro qui dès le lendemain aura une réputation de dur, de dangereux, d'avisé... sans que l'on puisse une seule seconde imaginer l'hypothèse d'une erreur technique pourtant avérée par des images qui ne trompent pas. José Tomás aurait pu aller à Séville, histoire de jouer la "competencia", mais il se rendit au Mexique et rencontra cet animal qui de potentiel faire-valoir est passé au statut de "dangereux criminel" du fait de la grave cornada. Mais on allait en apprendre bien plus quelques jours plus tard.

En effet, c'est le 27 avril qu'un quotidien régional publia l'interview accordée par "celle" qui organise les corridas à Mont-de-Marsan. A propos de la blessure de José Tomás à Aguascalientes, la grande dame a affirmé ceci : "On ne doit surtout pas oublier que l'on parle d'un être exceptionnel ! Tout autre que lui serait mort"
J'avais oublié... José Tomás est un dieu, une icône, et il semblerait impossible de survivre à une telle blessure, puisqu'elle est unique. Chère madame, allez leur dire que "tout autre serait mort" à Gil Belmonte (Fréjus 1998) à Curro Sierra (Séville 2004) ou encore à Arturo Saldívar (Santa Cruz del Retamar 2009) pour ne citer qu'eux... Ils ont survécu, même si le deuxième cité a dû mettre un terme à sa carrière à l'âge de dix-huit ans des suites de sa blessure. Inutile de parler davantage de l'icône et d'émettre une quelconque critique à son encontre car c'est un coup à se faire traiter d'anti-tomasiste ou pire encore de "négationniste de l'art taurin".
Mais avouez toutefois que le fait d'affirmer qu'un seul être humain est capable de survivre à un coup de corne à la fémorale est un argument marketing assez malsain.
En revanche, que Rafaelillo ou Alberto Aguilar aient mis tout leur coeur et leur corps dans le combat face à des toros de respect, cela n'a apparemment rien "d'exceptionnel". Pourtant, certains affrontent des taureaux de combat, alors que d'autres se mettent devant des taureaux pouvant également blesser mais ayant cependant une vocation à la toréabilité et aux embestidas bêtes et répétitives...

Aussi, jetez un coup d'oeil aux prix à la Feria de Séville ! Et vous verrez qu'on a l'impression que le jury n'a délibéré que sur deux ou trois courses tout au plus, allant même jusqu'à décerner le prix à la meilleure estocade au Juli ! Alors que ce dernier ne porta que des épées plus ou moins traseras en prenant le périphérique comme il sait le faire... En voyant les avis sonner une semaine plus tard face aux Miura, Rafaelillo s'est jeté dans les cornes pour mettre une entière on ne peut plus engagée face au dernier toro de la Feria. Qu'importe, ils ont préféré tout donner au Juli qui a peut-être réalisé des bijoux techniques cape et muleta en mains face à ses adversaires, mais de là à lui donner le prix à la meilleure estocade, ce serait restreindre la feria à quatre ou cinq corridas seulement... En oubliant les prestations d'Oliva Soto face aux Conde de la Maza et de Rafaelillo face aux Miura.

Mais en tauromachie il faut absolument un classement sur des bases artistiques. Ceux qui s'envoient des Toros dignes de ce nom, ce sont des "modestes" victimes d'une situation inégalitaire.
Certains sont sortis, sortent et sortiront par la fameuse Porte du Prince car les toros auront "servi" et les triomphateurs auront été "a gusto". Alors que d'autres se jouent la vie d'une manière différente et on les appelle belluaires, gladiateurs, vaillantasses tout au plus...
Je pense à El Fundi tant de fois depuis vingt cinq ans, et à d'autres souvenirs éparpillés : Rafaelillo cette année à Arles, Sergio Aguilar à Vic-Fezensac, Alberto Lamelas à Parentis avec les Raso de Portillo, Alberto Aguilar un soir d'août à Vic...
Mais le désir du public actuel fait qu'ils vendent moins, et ils sont ainsi éclipsés par le Top 50 du toreo moderne établi sur ces bases artistiques et numéraires. Pourtant, ces simples belluaires n'auront quant à eux pas compté le nombre de fois où ils se seront jouée la vie. Car dans leur quotidien, il s'agit de mettre en jeu la leur avant d'aller chercher quelque triomphe qu'il soit. Ils sont éclipsés mais ils sont bien là, ils se jouent la vie et leur mérite est IMMENSE.

Florent