samedi 31 juillet 2010

La mémoire des sorteos

Comme on a pu le constater ces derniers temps, la ganadería portugaise de Palha est probablement la plus irrégulière du circuit, avec des temporadas en dents de scie. Ce week-end, j'ai dû renoncer à une escapade prévue du côté d'Azpeitia (Pays Basque espagnol), afin d'y voir les corridas de Dolores Aguirre et Palha. Cependant, on m'a informé il y a quelques minutes à peine du sorteo des toros de Palha qui y seront combattus cet après-midi. Après vérification, j'ai pu constater une nouvelle fois que les sorteos avaient de la mémoire... Cette fois-ci, c'est au tour du toro "Espadilho" et de son destin qui le mena de Vic-Fezensac à Azpeitia en passant par le Portugal.

Vic-Fezensac – Dimanche 23 Mai 2010 – Toros de Palha pour Morenito de Aranda, Alberto Aguilar et Mehdi Savalli
Ordre de sortie des Toros :
1. "Espadilho" n°607 negro mulato listón (né en novembre 2005)
2. "Camarito" n°539 negro (né en août 2005)
3. "Raposo" n°571 negro mulato (né en septembre 2005)
4. "Carpeteirado" n°569 negro (né en septembre 2005)
5. "Bandeirito" n°620 negro (né en décembre 2004)
6. "Trombón" n°504 negro mulato listón (né en août 2005)

Avant cette course vicoise qui fut intéressante, un avis figurait sur la porte principale des arènes "Le toro "Espadilho" de Palha s'est blessé durant l'apartado et a dû être remplacé par "Santanero" n°557 negro (né en septembre 2005)"

Azpeitia – Samedi 31 Juillet 2010 – Toros de Palha pour Rafaelillo, Alberto Aguilar et Javier Cortés
Ordre de sortie des Toros :
1. "Cartilho" n°619 negro (né en novembre 2005)
2. "Guitarrinho II" n°605 negro (né en novembre 2005)
3. "Formoso" n°510 negro mulato (né en août 2005)
4. "Raposón" n°665 negro mulato (né en janvier 2006)
5. "Espadilho" n°607 negro mulato listón (né en novembre 2005)
6. "Babosillo" n°590 negro bragado corrido (né en octobre 2005)
Sobrero de Palha : "Peluquero" n°508 negro (né en août 2005)

Moins de soixante-dix jours après sa blessure (armures ? pattes ? coup de corne d'un congénère ?) durant l'enchiqueramiento aux arènes de Vic-Fezensac, "Espadilho" a pris place parmi les six toros de Palha qui seront combattus cet après-midi à Azpeitia... Chacun se fera sa propre opinion.

Florent

(Photo : un Palha à Alès en 2009)

Interrogations sur la déraison

Lire, voir, entendre, écouter, interpréter. Malgré cela, il en est de certaines choses dites ou écrites qui s'avèrent impossibles à comprendre. Et parmi elles, deux énigmes pouvant aisément se multiplier : qu'est-ce qu'une "présentation démagogique" ? Qu'est-ce qu'une "novillada de luxe" ?

Je repensais ainsi à ces deux novilladas qui se sont célébrées en Béarn la semaine passée, dans un intervalle de quelques heures, à Garlin puis à Orthez. Evoquer ces deux courses en les mettant sur le même plan est impossible, car ce serait "comparer l'incomparable". Mais on peut cependant trouver diverses similitudes et points communs entre elles. Tout d'abord, elles ont posé plus de questions qu'elles n'ont apporté de réponses.
Garlin, fidèle à sa ligne de conduite, nous proposa d'assister à une course avec un élevage bien connu, et des novilleros plus ou moins en vogue. Au final, les pensionnaires du Conde de Mayalde sont sortis avec une noblesse tendant à la sosería, sans ardeur, et avec une faiblesse récurrente selon les novillos. Le seul exemplaire réellement intéressant pour l'aficionado a los toros fut mal exploité, car laissé cru après une monopique. Il déborda de ce fait le novillero mexicain Arturo Saldívar, peu en vue ce jour-là. En fin de compte, les novillos de Mayalde, tous monopiqués, n'ont pas été étincelants, à l'instar des novilleros. Et alors que chacun s'apprêtait à regagner ses pénates, après avoir rencontré des fortunes diverses, voilà que le mayoral s'immisça en piste afin de saluer sous l'ovation... d'une dizaine de spectateurs !
Marchons sur la tête ce sera mieux, mais pourquoi appelez-vous cela une "novillada de luxe" ? "Un lot d'une douceur et d'une grandeur déconcertantes" ? Au mois d'avril dans les mêmes lieux, Joselito avait lui aussi salué après le combat de ses six novillos, qui eux furent réellement honorables, d'où un salut justifié. Si la ligne de conduite d'une arène reste la même dans l'organisation des courses, à quoi bon tirer à chaque fois les mêmes conclusions, quel que soit le résultat ? Car c'était Garlin ? Peut-être, mais personne ne doit tomber dans l'impasse et céder au superfétatoire. Faire saluer un mayoral après une telle course est quelque chose d'hypocrite, tout d'abord pour l'élevage, mais également pour celui qui prendra connaissance de ce salut final, qui eut lieu un soir de juillet dans un petit village du Béarn. Si c'est cela un lot de luxe (certains l'ont dit ou écrit), à quel niveau se placent les exigences de leur afición ? Que ce soit à Garlin ou ailleurs.

Puis Orthez le lendemain matin, avec un lot de Saltillo d'une "présentation démagogique" selon certaines plumes (ou claviers). Là aussi, je dois vous admettre (et je ne suis sûrement pas le seul) que je ne suis pas en mesure de décrypter une telle expression. "Démagogique", laissons ce terme inquisiteur de côté. Car les Saltillo étaient d'une présentation variable, avec un avacado et maigre premier aux armures impressionnantes, en passant par les deuxième et troisième, sérieux et possédant des carrosseries fortes, pour finir avec un quatrième moins avacado que le premier, et un cinquième charpenté. Pour cet élevage en reconstruction, cette novillada ne fut pas une réussite, avec un premier exemplaire faible et très avisé, trois suivants plutôt âpres et un dernier plus abordable que le reste. Les tercios de piques du deuxième (quasiment inédit au troisième tiers faute de novillero expérimenté) et du cinquième furent intéressants, mais l'on n'assista pas à une novillada satisfaisante, simplement à une expérience ganadera, s'avérant très dure pour les deux novilleros. A l'issue des quatre premiers combats, on pouvait même se demander si le fait d'offrir le cinquième novillo était une chance ou un supplice ! Car ce fut dur, très dur ce matin là !
Le terme "adversité" reflétant le mieux cette novillada. C'est vrai, Juan Carlos Rey laissa le deuxième inédit, mais au vu de son expérience et de la trouille qu'il démontra, cela ne pouvait en être autrement. Son deuxième adversaire rentra vivant aux corrales après la sonnerie des trois avis. A ce propos, le président – Olivier Barbier – fut critiqué ultérieurement pour avoir respecté le règlement à la lettre ! Ce qui est pourtant demandé à quiconque lorsqu'il monte au palco !
Vu l'engagement de Juan Carlos Rey au descabello (il n'osa pas porter un deuxième coup d'épée à son adversaire) face à un novillo qui avait toujours la tête en haut, il était obligatoire et raisonnable de ne pas laisser de temps aditionnel, car un départ du descabello vers les tribunes se faisait sentir et approchait à grands pas au vu des coups de tête du Saltillo et de l'implication de Rey. Mais à quoi bon tirer à boulets rouges sur un président qui respecte le règlement ?
Malheureusement, cela ne s'arrête pas là... Après plusieurs essais infructueux du puntillero, il fut décidé de renvoyer le novillo aux corrales... sous une grande ovation ! Comme s'il avait été gracié ! Alors qu'il ne montra aucun signe de bravoure et de caste, que pouvait être cette ovation quasi-unanime hormis un signe de compassion envers la bête ? La bronca à Juan Carlos Rey était logique et inévitable, mais pour ce qui est de l'ovation au novillo, cela reste incompréhensible.
Aussi, à la mort du cinquième, la présidence n'accorda pas une oreille peu plébiscitée sur les gradins, à tort ou à raison, cela ne changera pas le cours de l'histoire. En revanche, honorer le mayoral de l'élevage (qui avait déjà quitté les arènes à ce moment-là) à l'issue d'une telle course est très contestable, car cela pouvait se faire ultérieurement et avec une assistance réduite. Le simple fait de programmer un élevage inédit est déjà un honneur pour celui-ci, mais faire saluer l'un de ses responsables sans qu'il n'y ait eu de succès est plutôt malsain, car il y a toujours des efforts à accomplir avant de recevoir les lauriers.

Parfois, plutôt que de s'éterniser dans un triomphe usurpé, il vaut mieux quitter la scène et se tourner vers l'avenir.

Florent

(Photo de Campos y Ruedos : novillo de Saltillo dans les corrales de Saint-Sever)

jeudi 29 juillet 2010

Consternation

Qu'ils s'embrassent, qu'ils s'aiment, qu'ils se congratulent, qu'on les surprenne en plein coït public... Vous penserez peut-être que le pronom "ils" s'applique seulement à ceux ou celles qui ont le désir d'en finir avec la tauromachie. Mais pas seulement, car la liste est interminable. Vous aussi, vous avez peut-être envie de vous élever contre cette mascarade planétaire qui vous afflige, vous répugne, et vous laisse seuls avec votre dégoût, votre amertume et votre tristesse. Les contresens auxquels vous assistez tous les jours vous provoquent un mal-être intérieur et vous aimeriez bien vous exprimer contre tous ces déboires. Mais ne vous inquiétez pas car vous possédez au moins un droit face à cela, celui de fermer votre gueule. Bientôt, votre seule possibilité vitale sera de rester assis sur une chaise, vêtu d'une camisole, à regarder en boucle les documentaires de Yann Arthus Bertrand tout en vous abreuvant de soupes lyophilisées à base de gazon synthétique.

Aujourd'hui, j'ai peur, j'ai mal et j'ai honte d'être le contemporain d'une époque où l'on vous balance en pleine figure à l'aide de l'audiovisuel tant d'inepties et de vulgarités. Ces sociétés sont des parangons de médiocrité où il reste cependant quelques portes ouvertes au rêve, à la passion et à l'émerveillement malgré les menaces sur les minorités. Si tu n'es pas majoritaire, alors tu seras condamné à crever. Mais parmi les rêves, il y en a un qui existe encore pour certains êtres de chair, et s'appelle la tauromachie. Selon les personnes, cela peut-être un simple passe-temps, une passion, voire l'amour d'une vie pour les plus ravagés d'entre nous. Emerveillés devant la splendeur du taureau de combat, nous lui vouons un véritable culte, et nous ne nous lassons pas de pouvoir encore admirer sa puissance et sa combativité. Elevé au rang de mythe, il meurt dans l'arène en tant que combattant et dans le respect absolu. Et chacun sait que quiconque manquera de respect au taureau de combat en piste subira les foudres des plus passionnés. L'univers taurin lui aussi est loin d'être beau, mais il existe encore en son sein une part de rêve non négligeable. Voir ce taureau fier combattre face à l'homme nous permet de nous évader, et justement de pouvoir oublier le monde extérieur, celui qui avance à reculons.

Florent

mardi 27 juillet 2010

Ces toros qui triomphent...

Burgalés, Cigarrero segundo, Clavisero, Carafea, Langosto, Cigarrero primero. Les toros de Dolores Aguirre ayant foulé ce dimanche le sable d'Orthez portaient tous des noms célèbres issus de l'encaste Atanasio Fernández. Des pelages magnifiques, allant du castaño oscuro chorreado au colorado ojo de perdiz en passant par le noir luisant. Sérieux de présentation, charpentés et généralement bien armés, les Aguirre ont été les triomphateurs d'une tarde où les hommes ne furent que l'ombre d'eux-mêmes.

Tous les toros portaient une devise noire en mémoire de Federico Lipperheide, mari de la ganadera décédé au début de l'été. Six rubans couleur jais qui vînrent également nous rappeler que ce capharnaüm de monde taurin n'est pas tout beau et s'avère souvent obscur ces derniers temps. Quant aux toros de Dolores Aguirre, ils ont entretenu de bout en bout la course, avec plus de vingt assauts lors du premier tiers face à une cuadra de mammouths. Mais malgré des picadors dont la précision fut comparable à celle des orthodontistes du dix-septième siècle avant Jésus-Christ et des chevaux rappelant les tanks de la première Guerre du Golfe, les toros ont gardé suffisamment de forces et de caste pour arriver fièrement à la fin de leurs combats respectifs. Pour ce qui est de la pique, on vît malgré tout de la puissance, de la bravoure, parfois de la mansedumbre. Et l'on retiendra la pitoyable image de Clavisero – troisième toro de l'après-midi honoré d'une vuelta posthume – qui s'employa avec bravoure en mettant les reins face à un cheval démesuré qui de ce fait ne bougea que très peu malgré l'acharnement du bicho.

Le premier toro fut quelque peu faible, mais il resta très maniable. Quant aux autres Aguirre, ils furent encastés en arrivant pour la plupart au troisième tiers avec du recorrido et de grandes embestidas diamétralement opposées à la bête sosería proposée par de nombreux élevages commerciaux. Une corrida de toros, pour aficionados, et pour matadors en quête de succès ayant le goût du vrai. Malheureusement, hormis un début de faena d'Iván Fandiño et le courage d'Alberto Lamelas ponctué d'un côté brouillon et d'un manque de technique, les toreros rendirent copie blanche. Trop de bajonazos vînrent en terminer avec les toros de Doña Dolores Aguirre, dont trois à l'actif de Julien Miletto, pour lequel je ne m'élargirai pas sur la prestation car il fut en-dessous des possibilités de ses adversaires. Après tout, tirer sur les ambulances n'est pas d'une grande utilité. Mais quelle belle tarde de Toros !

Florent

(Photo de Laurent Larroque : le premier Dolores Aguirre d'Orthez, du nom de Burgalés)

jeudi 22 juillet 2010

Vidange montoise

Chiclanero n°75 negro listón (né en août 2004) de la ganadería José Vázquez (origine Domecq) était déjà sobrero à Nîmes le mercredi 27 mai 2009, lors d'une corrida de Miura où figuraient au cartel Juan José Padilla, "Rafaelillo" et Juan Bautista. Il est finalement sorti en piste pour Julien Lescarret le 16 juillet dernier à Mont-de-Marsan, où le torero landais partageait l'affiche avec Juan José Padilla et "Rafaelillo" lors d'une autre corrida de Miura. Chiclanero fut invalide et s'allongea à plusieurs reprises sur le ruedo montois. Même empresa, mêmes carteles, mêmes toreros, mêmes élevages, mêmes sobreros... Tout cela est d'une grande originalité. La corrida de Miura de Mont-de-Marsan a bien souvent été invalide, faible et mal présentée, seuls un ou deux toros ont tenu debout. Et seul Rafaelillo a donné de l'intérêt à cette course, avec peut-être également le premier toro de l'après-midi à la pique. Cette course du fer de Zahariche fut très loin du bon niveau montré par le lot de Miura du mois d'avril à Arles, où là encore Rafaelillo avait été en verve.

Rien à dire en revanche sur la corrida de Garcigrande indigne des exigences que devrait avoir une arène comme Mont-de-Marsan. Le dimanche, la corrida de Fuente Ymbro était quant à elle bien présentée mais elle fut moins étincelante que celle de l'an passé dans les mêmes lieux. Sergio Aguilar a toréé dans les canons sans récompense, Bolívar est apparu maître des distances dans tous les sens du terme, laissant respirer son premier adversaire en le citant de loin tout en toréant avec le pico à un mètre cinquante de lui. Arturo Macías fut courageux, tout en restant vert et avec une technique faiblissime.

L'étape montoise s'est arrêtée là pour moi. Il paraît qu'il y eut une corrida mixte le lendemain avec des toros de El Pilar (origine Domecq), du moins c'est ainsi qu'ils étaient annoncés. En réalité, ils étaient porteurs du fer de Moisés Fraile (même maison mais encaste Atanasio-Lisardo Sánchez). Le fait de ne pas l'annoncer montre l'attachement des organisateurs pour le toro. Lorsque l'on base une feria uniquement sur des hommes, il ne faut pas ensuite s'étonner d'un possible fracaso et essayer de se sauver avec le traditionnel et terriblement énervant "les toros n'ont pas servi, ils devaient avoir un problème, peut-être la pluie, l'alimentation, la boue..."

Florent

(Photo de Dadou : "Chiclanero" de José Vázquez)

mercredi 21 juillet 2010

L'hégémonie cérétane

Sous le ciel orageux d'un soir de juillet, Céret venait de nous faire oublier quasiment toutes les arènes de la planète taurine, s'il est encore possible de l'appeler ainsi. Céret la catalane, la torista, la magnifique, venait de nous démontrer en l'espace de deux jours qu'il y avait encore des taureaux de combat sur cette terre ainsi que des hommes valeureux pour les affronter. Le bonheur était à Céret le temps de cette feria pour le souvenir... Quatre courses, vingt-deux bichos combattus, et des images qui resteront longtemps dans nos mémoires.

On se souviendra de cette novillada de Javier Gallego (encaste Veragua) composée de trois jaboneros sur quatre exemplaires. Elle fut imposante, âpre et difficile. Condesito le deuxième novillo de la matinée, fut puissant et combatif face à la cavalerie en recevant un total de cinq piques. Cinq piques pour un novillo sans qu'il n'y ait de génuflexions ultérieures. Alors que pour beaucoup d'élevages du Campo Bravo, on vous explique qu'il faut limiter le premier tiers à une petite pique afin d'économiser les forces des toros avant le troisième tiers, une ineptie. Sérieux adversaires, les Gallego ne furent pas propices à la tauromachie moderne, mais ils étaient une possibilité de forger le métier des novilleros au cartel. Occasion que Sergio Flores et Mario Alcalde surent exploiter à merveille. Tension, envie, maladresse, courage, pundonor, tout était dans l'esprit de ce que doit être une novillada. On retiendra cette magnifique estocade de Sergio Flores qui venait pourtant de recevoir un coup de corne aux parties sensibles, ce coup d'épée engagé méritait à lui seul l'oreille accordée. Quant à Mario Alcalde, on se souviendra de ses quelques naturelles de face et de sa volonté de bien faire. Une novillada d'ouverture sous le signe du renouveau. Un élevage inédit, deux novilleros courageux et volontaires, voilà un retour aux valeurs fondamentales de la novillada.

On se souviendra aussi de la matinée du dimanche, fade et longue sous un soleil brûlant. Mais au bout d'une novillada de peu de relief, c'est le dernier novillo qui vînt sauver la course. Oye Mucho un impressionnant exemplaire de Fidel San Román reçut quatre piques avec bravoure, partant du toril à la dernière rencontre, quelque chose de plutôt rare actuellement ! Plus toro que novillo, Oye Mucho déborda Arenas d'entrée de jeu à la muleta. Brave et encasté, il mourut debout sous l'ovation avant d'être honoré d'un tour de piste posthume.

On se souviendra de cette corrida mouvementée avec les toracos portugais de Coïmbra. Deux tiers de piques venus d'une autre époque, avec mention à Espiao combattu en premier par Rafaelillo. On se rappellera du métier démontré par le petit matador de Murcie, de diverses broncas à l'encontre de piques assassines et de la mansedumbre de plusieurs toros de Coïmbra. Sauvagerie, mansedumbre, puissance, caste, bravoure, il y eut de tout et à divers degrés lors de cette course. Cette corrida de Coïmbra passionnante du début jusqu'à la fin sut nous rappeler à juste titre que la corrida était avant tout un combat.

Mais le meilleur fut pour la fin avec la grande corrida de José Escolar Gil. On pouvait avoir des doutes sur cet élevage après les sorties de Vic-Fezensac et de Saint-Sever. Toujours encastés, les pensionnaires asaltillados d'Escolar ont animé ce qui sera sans doute la corrida de l'année en France. Avec deux toros nobles et abordables (les premier et quatrième), deux alimañas d'antan (les deuxième et troisième), un exemplaire brave et encasté le cinquième, puis un dernier toro encasté mais très mal exploité par un Joselillo dépassé. Il y eut plusieurs tiers de piques exceptionnels, deux paires de banderilles extraordinaires du subalterne Manolo Linejo face à un toro pourtant très difficile, et des combats toujours mouvementés et pleins d'émotion. Robleño obtint une sortie en triomphe après avoir résolu les deux équations les plus simples alors que Joselillo fut complètement débordé. Quant à Alberto Aguilar, il totalisa trois tours de piste. Tout d'abord auteur d'un combat épique, courageux et sous haute tension face au deuxième, il réalisa devant le cinquième une grande faena. Piqué à quatre reprises, Cuidadoso fut brave, encasté et exigeant. En tant que jeune torero mort de faim, Aguilar fut courageux et offrit des muletazos d'une grande intensité. Cependant, il tua mal et sa récompense fut limitée à des vueltas fleuries sous l'ovation. Un grand après-midi de Toros débuté par une autre ovation, celle offerte aux areneros ayant évacué illico les quelques décérébrés venus s'enchaîner au centre de la piste.

Au pied des Albères, Céret est une forteresse imprenable où nous pouvons encore profiter des joies de la corrida intégrale, celle qui se déroule en trois tiers et qui vous passionne de bout en bout. Heureux est l'aficionado qui aura trouvé à Céret son bonheur pour toute une temporada.

Florent

(Photo d'un ami : Le sixième toro de José Escolar Gil, au pelage d'une grande rareté : cárdeno claro capirote en negro)

mercredi 14 juillet 2010

La piste aux étoiles

Alors qu'ailleurs, les ferias se succèdent au rythme des faenas banales, du toreo longiligne et des toros affligeants, Céret de Toros a montré un visage bien différent de ce que l'on peut voir presque partout actuellement. Cette édition 2010 fut d'un niveau exceptionnel et laissera aux aficionados présents le souvenir de quelques courses épiques au coeur d'un Vallespir où la sauvagerie du taureau de combat souffle encore. J'aurai l'occasion d'y revenir plus amplement.

Espião, premier pensionnaire de l'élevage portugais de Manuel Assunçao Coïmbra, fera désormais partie de ces souvenirs qui rassurent votre afición parfois désespérée et exaspérée à la vue des banalités rencontrées aux quatre coins du monde taurin.
Sous une chaleur lourde, un ciel orageux et menaçant, était annoncé Espião, numéro 34, negro bragado meano listón, 550 kilos, né en décembre 2005. Il était digne du Toro de Madrid, du Toro de Bilbao, bien loin du "Toro de Casas" mais tout simplement Toro de Céret. Un toraco, charpenté et terriblement armé. L'émotion mit peu de temps à arriver sur la piste cérétane, Espião entra sur scène abanto et réservé. Mis en suerte par Rafaelillo à la première rencontre, il alla envoyer sur la lune et telle une plume la cavalerie menée par le picador Juan José Esquivel. Le toro portugais fut puissant et brave. Au moment où la cavalerie retourna sur terre, deux rangées de tablas se brisèrent. Batacazo monumental. Indescriptible. A la deuxième rencontre, Espião amena le cheval jusqu'au centre du ruedo avec bravoure, poder, caste. Fiereza es belleza ! Au final, quatre piques d'une intensité énorme et une émotion unique pour cette temporada qui a pourtant commencé depuis longtemps !

Que c'est beau la fiereza, la puissance, la caste ! N'en déplaise à certaines dames effrayées, insultant Alain Bonijol ainsi que les peones qui n'étaient pas intervenus alors que le cheval était à terre depuis une fraction de seconde tout au plus. Allez-y ! Pleurez ! Insultez ! Mais ne vous inquiétez pas, vous aurez beaucoup d'occasions de voir des corridas modernes, où les toros dociles respecteront la hiérarchie des toreros du haut de l'escalafón. Les six toros-sosos mourront de six bajonazos, et les trois toreros sortiront en triomphe dans la satisfaction générale. Ce qui est peu ordinaire semble vous choquer, mais que c'est beau un batacazo !

Espião était un véritable taureau de combat. Mobile, encasté et peu évident, il eut face à lui un matador aguerri et put être mis en valeur au cours d'une faena brève et intense. Trois séries droitières et une de la gauche dignes d'un grand combat. Rafaelillo tua mal mais peu importe, car l'émotion était totale. Céret, la piste aux étoiles.

Florent

(Photo de François Bruschet : "Espião")

mardi 6 juillet 2010

Comme des bleus

Sors ton mouchoir couleur bleu canard, c'est la vuelta qui redémarre !

Cet été vous n'y échapperez pas ! A défaut d'indultos et d'oreilles gratuites, vous risquez de voir un peu partout un nombre important de mouchoirs bleus fleurir au palco. Ce mouchoir signifiant le tour de piste posthume accordé à un toro d'exception pour que l'on puisse acclamer sa dépouille de manière solennelle est désormais banalisé. Ce mouchoir est maintenant offert à n'importe quel bovin qui se sera laissé toréer et qui aura permis aux novilleros ou toreros d'obtenir un ou plusieurs trophées.

Vueltaaaaaa ! Cela risque malheureusement d'être le tube de l'été 2010. Remarquez, les incompétents qui ont l'habitude de siéger au palco n'ont pas attendu le début de l'été pour balancer sans retenue leurs mouchoirs bleus. Depuis le début de la présente temporada française, on compte six vueltas posthumes pour trente-trois corridas et onze vueltas pour quinze novilladas piquées ! Sans parler des spectacles mineurs.

Que ce soit à Nîmes, Palavas ou Vic, le refrain fut le même : vueltaaaaaaa !
Cet été, vous n'y échapperez pas, de Béziers à Mont-de-Marsan et de Dax à Carcassonne.

Et le mouchoir bleu il signifie quoi ? Vueltaaaaaa !

A Captieux encore mieux ! Et un ! Et deux ! Et trois ! Et triple vueltaaaaaa !

Mais pourtant ce toro n'a pris qu'une pique ? Et bien ce n'est pas grave puisqu'il a pris cent passes ! Donc vueltaaaaaa !

Et puis de toute façon tu devrais le savoir la bravoure se juge surtout à la muleta ! Alors vueltaaaaaa !

Même à Vic-Fezensac, David Mora et Alberto Aguilar obtiennent deux oreilles de différent poids... et les toros ? Même combat : Vueltaaaaaa !

Mais ne vous inquiétez pas, il y aura également des tardes sans vueltas, du moins jusqu'à la mort du cinquième toro. Car une fois le sixième tombé, rebelote : vueltaaaaaa ! Et comme explication systématique à vos interrogations, on vous sortira "mais c'était pour récompenser l'ensemble du lot"

Le sujet est évidemment douloureux mais il est peut-être préférable de le prendre avec dérision. Un jour qui sait, un renouvellement permettra d'avoir des personnes sérieuses à la présidence technique et le lobby du callejón cessera. Pour le moment, la vuelta au toro est devenu quelque chose de très banal, trop banal même...

Florent

jeudi 1 juillet 2010

Parentis 2010

L'Association des Aficionados de Parentis vient de publier les cartels de l'édition 2010 de la Sen Bertomiu :

Samedi 7 août à 18h - Novillos de Prieto de la Cal pour Javier Herrero, Luis Martín Núñez et Esaú Fernández

Dimanche 8 août à 18h - Novillos de Joaquín Moreno de Silva pour Nuno Casquinha, Juan Ortiz et Daniel Palencia

(Photo de François Bruschet pour l'ADA : novillos de Prieto de la Cal)