mardi 30 novembre 2010

Toros en Kleiningrad

Fin novembre, le comité central de la commission taurine d'Orthez a annoncé les élevages retenus pour la journée taurine de juillet 2011. Il s'agit d'une novillada d'Aurelio Hernando (encaste Veragua) et d'une corrida de Dolores Aguirre, répétée après le grand succès de cette année. C'est tôt novembre pour annoncer les choix de la saison suivante, mais cela montre l'attachement et la passion des organisateurs envers le taureau qui est l'élément essentiel de la corrida. Il est ainsi probable que cette journée soit fort intéressante, surtout lorsque l'on connaît la caste habituelle des Aguirre. Et pour ce qui est de l'élevage d'Aurelio Hernando, on a pu voir cette saison la réussite de l'originalité avec la passionnante novillada de Javier Gallego (même encaste) à Céret.
Angel Nieves, Adolfo Rodríguez Montesinos, Saltillo... Ces trois élevages sortis des sentiers battus ont été présentés à Orthez par la nouvelle commission taurine, et même si les résultats furent divers, les organisateurs ont eu le mérite de les sortir de l'ombre. Car très souvent ailleurs, pour ne pas dire toujours, on préfère se casser la gueule avec un élevage commercial qui fait combattre entre dix et vingt corridas par an plutôt qu'avec un élevage méconnu et loin d'être marqué par la mode de la tauromachie unique et aseptisée.
Et pour cette raison, j'ai du mal à comprendre les personnes qui passent leur temps à fustiger le président de cette Commission, Xavier Klein. Heureusement qu'il y a des types comme lui actuellement au niveau des organisateurs, car il est un personnage qui dit ce qu'il pense, et qui montre que le taureau est l'élément central de la corrida. A Orthez, ils ont su démontrer cette année qu'ils étaient capables de faire sortir plus de toros intéressants en une journée avec un petit budget que Mont-de-Marsan en cinq avec des moyens incomparables.
Le mérite revient ainsi à ceux qui basent leur programmation sur des choses concrètes, c'est-à-dire les toros, plutôt que sur des spéculations. On pense à l'exemple de José Tomás qui devait être l'attraction de la Madeleine 2010. Et au final, il n'y eut ni José Tomás ni caste. Avant de monter des bodegas vendant des bières à trois euros, peut-être qu'il est préférable de penser au toro. Commencer par balayer devant sa porte peut également être une bonne chose. En tous cas, le déklein n'est pas près d'arriver.

Florent

mardi 23 novembre 2010

Le souvenir de Blanquet

Les temps changent, certains appellent cela une évolution, mais l'on peut quand même se poser certaines questions. Car cette année aura été marquée par la volonté des éleveurs français de s'ouvrir au marché et d'élever des taureaux pour les figuras. Il ne s'agit pas d'élever un taureau sauvage, puissant et combatif, mais plutôt un animal collaborateur, noble, et qui permettra des faenas propices au triomphe des figuras. Il convient donc d'évacuer l'idée d'élever un taureau de combat, mais plutôt une bestiole qui permettra le succès de l'homme, c'est-à-dire le point d'ancrage de la corrida commerciale. Ils ont vu Cuvillo réussir dans cette branche, avec des taureaux qui offrent des faenas artistiques tout en étant la plupart du temps terriblement... absents lors du premier tiers. Ils ont vu Cuvillo, ça leur plaît, et du coup, ils veulent tous faire comme Cuvillo. Malheureusement, ces derniers temps, les élevages français qui font encore saliver l'aficionado a los toros sont devenus de plus en plus rares.
Pourtant l'an dernier, nous avons eu Blanquet comme espoir. Blanquet, un taureau au pelage blanc tacheté de noir, appartenant à l'élevage d'Hubert Yonnet, et combattu un jour de corrida-concours historique à Arles. Il fut mal lidié, et il passa quelque peu inaperçu entre Clavel Blanco de María Luisa et Aguardentero de Prieto de la Cal, deux taureaux d'exception ! Malgré tout, Blanquet est resté dans la rétine, car il était un taureau magnifique de présence et d'armures, et parce qu'il était encasté, parce qu'il a pris quatre piques, même s'il n'était ni simple ni impossible. Exigeant, c'est une évidence. Au souvenir de Blanquet, taureau de combat par excellence, de chez Yonnet, et parce qu'il reste encore un peu de fierté au sein du campo français...

Florent

mardi 16 novembre 2010

Quarante ans

Quarante ans aujourd'hui. 16 novembe 1970. L'hebdomadaire Hara-Kiri écrivait en Une "Bal tragique à Colombey-les-Deux-Eglises : un mort ". Le sacrilège ! Le blasphème ! La censure, vite ! La censure ! Un tel titre, c'est porter atteinte à la mémoire de l'appel du 18 juin 1940, et au système de la cinquième République... De nos jours encore, ce sont les pages les plus glorieuses de l'histoire du personnage ciblé par cette Une qui sont restées. Le reste, il est convenable de ne pas l'évoquer. Et pourtant ! Que penser du sang sur les mains ? De l'affaire Ben Barka ? Des évènements de la rue de Charonne ? Du Service d'Action Civique ? Entre autres histoires que le gaullisme se garde d'évoquer aujourd'hui.
Cette Une, même si certains l'ont trouvée choquante à l'époque, est en quelque sorte un symbole de la liberté d'expression. De là, j'ai de fortes considérations envers les libres penseurs, que ce soit au niveau de la tauromachie, ou n'importe quel autre sujet. Cette Une fête ses quarante ans aujourd'hui, et pour ce qui est de la liberté d'expression, il est difficile de dire si les choses ont réellement avancé. Car il en reste un grand nombre pour lesquels les penseurs libres doivent être matraqués...

Florent

mardi 9 novembre 2010

Le tribut des modestes

C'était au mois de juin 2008. Le monde des toros avait les yeux rivés sur José Tomás qui sortait à deux reprises par la Grande Porte de Las Ventas, la sélection espagnole de football devenait championne d'Europe. L'atmosphère était donc à la fête, et personne ne s'attendait à un drame dans l'arène. Mais il en est souvent ainsi, car les accidents les plus graves surviennent là où on ne les attend pas, et les victimes sont souvent les plus modestes.
Par ailleurs, quiconque foule un ruedo connaît les risques qui en découlent. Ici, il ne s'agit pas de mettre deux ou trois cent euros sur la table comme au casino, il ne s'agit pas non plus de mettre en jeu sa crédibilité comme dans un débat politique. Non, dans l'arène, c'est leur vie que les hommes mettent au prix fort. Au mois de juin, dans la banlieue de Madrid, le nombre de courses est incalculable et il va de pair avec tous les saints-patrons que l'on fête à cette période. De l'autre côté de l'aéroport de Barajas, à Torrejón de Ardoz, il y avait une novillada le 23 juin 2008, du fer d'Antonio San Román. Le banderillero Adrián Gómez, récent membre de la cuadrilla du Fundi, venait compléter l'équipage d'un novillero modeste, Miguel Luque.
Je me souviens de ce soir là, et des terribles images de l'accident du banderillero qui étaient en ligne sur un site d'information taurine. On y voyait son effroyable accrochage face au cinquième novillo de l'après-midi, avec également l'inquiétude sur les visages, due au caractère gravissime de l'accident qui venait de se produire. Adrián Gómez venait d'être désarticulé de manière irrémédiable. Dans cette galerie d'images, il y avait également un cliché pris environ trente minutes plus tard, montrant le novillero Rubén Pinar, le sourire aux lèvres, quittant en triomphe les arènes de Torrejón de Ardoz. Pour ma part, j'avais trouvé ça déguelasse, mais là n'est pas le débat. Aussi, ce sont souvent des hommes modestes qui payent de leur vie le tribut des toreros dans l'arène. La semaine dernière, Adrián Gómez est mort, après deux ans d'une souffrance physique et morale inimaginables et difficiles à surmonter, il est donc légitime de lui rendre hommage.

Florent

(Photo de Juan Pelegrín : Adrián Gómez à Las Ventas)