jeudi 29 décembre 2011

Ganaderías retenues pour la Feria 2012 de Parentis-en-Born

COMMUNIQUÉ

Répétition de Valdellán, Retour des Raso de Portillo et début de Flor de Jara les 4 et 5 Août 2012 à Parentis.

L’Association des Aficionados de Parentis et la Commission taurine viennent de rendre public les ganaderias de la prochaine feria de la Sen Bertomiu qui se déroulera les 4 et 5 Août 2012.

Retour des Raso de Portillo le Dimanche 5 Août en matinée
En 2012 L’ADA de Parentis en Born poursuivra l’organisation d’une troisième novillada piquée avec 4 novillos le Dimanche 5 Août au matin (11h00). La ganaderia de RASO DE PORTILLO reviendra à Parentis après ses succès de 2007 et 2008. Contrairement à 2009 les novillos choisis seront issus exclusivement d’un croisement entre les vaches d’Origine Raso de Portillo et des Sementales d’origine Dionisio Rodriguez (Santa Coloma).

Reconduite de Valdellán le Samedi 4 Août
La devise de VALDELLAN d’origine Graciliano (Santa Coloma) sera reconduite le Samedi après midi après son succès de l’édition 2011. Pour mémoire rappelons que l’Association des Critiques Taurins du Sud Ouest avait décerné son prix de la meilleure novillada au lot combattu dans les Arènes Roland Portalier en 2011.

Début parentissois pour Flor de Jara le Dimanche 5 Août
Carlos Cancela Ganadero de FLOR DE JARA fera ses débuts à Parentis le Dimanche après midi. Cette ganaderia s’inscrit dans la plus pure tradition torista de l’ADA qui maintient sa confiance dans l’encaste Santa Coloma qui rappelons le sera présente dans les trois lots de l’édition 2012.

Le sable émouvant

Les années soixante-dix, voilà une époque que je n'ai guère connu. C'est là que tout a commencé. Ou plutôt, c'est là que certaines choses ont pris leur envol. Les années soixante-dix : je ferme les yeux et je tente d'imaginer. Il y a là tout un tas de couleurs d'arrière-plan exagérées, du jaune, du violet, du orange. Les auto-radios devaient fortement grésiller en hiver. Les années soixante-dix, c'est la fin pour le Caudillo. C'est l'époque où les Verts de Saint-Étienne connaissaient de nombreux symptômes face aux poteaux carrés. Plus sensationnel et tragique, c'est Marseille et la French Connection. Dix morts au Bar du Téléphone.
Dans les arènes, c'est une époque où bien évidemment, les vedettes consacrées affrontaient déjà des bestioles d'une effroyable indigence devant des publics parfois peu au fait de la chose taurine. Inversement dans certaines novilladas, ce sont des toros de plus de quatre ans qui foulaient le sable et que devaient défier des jeunes sans véritable expérience, un euphémisme.
L'autre jour, j'ai vu une vidéo de ces années-là, avec une corrida où un matador avait fini à l'infirmerie. Les caméras y étaient rentrées, et l'on voyait les portes grandes ouvertes de ce "bloc opératoire" de fortune. C'est alors qu'apparut le médecin, avec une cigarette à la bouche pour donner le diagnostic du blessé ! Au cours des années soixante-dix dans pas mal d'arènes, les infirmeries et les médecins devaient bien plus effrayer que les cornes des toros.

Les années soixante-dix, c'est donc là que tout a commencé. Dans des contextes certainement différents, Julio Robles et Christian Montcouquiol, dit "Nimeño II", ont commencé à asseoir leur notoriété. Tout cela à la force de leurs poignets, de leur courage, et de leur intelligence devant la bête. Deux carrières riches en intensité, avant que le drame ne vienne s'immiscer comme un éclair pour tout interrompre. En cette année 2011, cela fait vingt ans que Nimeño est parti, et dix ans Julio Robles.
Pour ce qui est de Nimeño, on dit souvent que la seule image qu'en ont les profanes est cette statue siégeant au pied des arènes de Nîmes. Elle est là, symbolique, pour rendre hommage à ce matador français rentré dans l'histoire de la tauromachie. Cette statue, c'est la première image que j'ai eu de Nimeño étant gamin. Et puis, à base de photographies et de récits, j'ai pu en savoir davantage sur ce personnage hors du commun qui s'en était allé. Pour les gens qui le connaissaient ou qui l'avaient simplement vu toréer, cet homme était à la base de souvenirs vifs qui ne pourraient jamais s'effacer.
En revanche, je n'ai pas une telle représentation pour Julio Robles. Lui aussi avait un visage de torero. Je me souviens surtout d'une vidéo de Pamplona, où il affrontait avec une maîtrise admirable un impressionnant toro d'Atanasio Fernández. Les gestes de Robles étaient marquants. Mais ce qui l'était encore plus, c'est qu'à Pamplona, une arène où le public fout habituellement un boxon terrible, on entendait seulement la voix du maestro accompagnée du pasodoble Gallito joué par les musiciens. Et il ne semblait y avoir aucun bruit sur les gradins.

Christian Montcouquiol et Julio Robles, deux visages de toreros. Deux hommes fauchés au sommet de leur carrière. L'un à Arles, l'autre à Béziers. A peine un an d'écart. A chaque fois, le même ciel gris. Le même habit céleste et or, quoique celui de Robles tirait davantage sur le bleu azur. Le toro n'était pas le même. D'un côté Pañolero de Miura, et de l'autre, Timador (ce qui en français veut dire "escroc") de Cayetano Muñoz. Et puis sous le même ciel menaçant, une identique atmosphère de drame. Le même accident. Deux hommes projetés dans les airs, aucun coup de corne ne transperçant la chair, mais des blessures sans remèdes.

Parfois j'y pense. Là-bas. Juste à côté du burladero des toreros à Arles. Sous la présidence à Béziers. A ces deux endroits, le sable a été battu et retourné depuis, par les toros, les triomphes et tant d'autres choses. Il m'est arrivé de regarder attentivement ces deux coins de sable, en me disant que des destins s'y étaient arrêtés. Des destins désormais légendaires.
A chacun de ces deux endroits, c'est une histoire qui a arrêté de s'écrire, une vie de torero. Les hommes eux, ont quitté la Terre plus tard. Il y a vingt ans Christian Montcouquiol, et il y a dix ans Julio Robles. Même sans avoir connu leur époque, on est quand même convaincu qu'ils représentent quelque chose d'immense et d'éternel. Leurs destins, à l'issue si tragique, ont fait de notre passion quelque chose de pas commun et de trop vrai. Sur le sable tout s'écrit, mais tout peut également s'arrêter d'un coup, violent et imprévisible. Je suis en colère lorsqu'aujourd'hui, certains bafouent la mémoire de ces deux hommes. Certains vont même jusqu'à dire qu'ils étaient des tortionnaires. Mais tout cela est faux, car ils resteront à jamais des héros de cette Terre.

Florent

vendredi 23 décembre 2011

De toutes les couleurs

De toutes les couleurs, c'est ce que veut vous faire voir la préfecture du département voisin, sans états d'âme avec les autres arènes qui pourraient proposer des Toros à la même date. Une sorte de concurrence déloyale...

Plus réjouissant : de toutes les couleurs sont les bichos de Don Fernando Pereira Palha. Un grand bonhomme qui s'est démené pour continuer à faire vivre un encaste des plus rares. La toute première sortie, c'était grâce à l'ADAC, à Céret un matin de 1994. Le mayoral avait fait la vuelta à l'issue de la novillada. Deux ans plus tard, c'était la première corrida de cet élevage, toujours à Céret, et les six magnifiques toros s'appelaient Tangerino, Moleiro, Levrado, Escardado, Padeiro et Gaitero.
De toutes les couleurs ils étaient : negro listón, jabonero, berrendo en negro alunarado botinero, negro zaíno, ensabanado bocinegro botinero, ensabanado capirote en negro botinero lucero. A l'époque, cet élevage sortait sous le nom de Herdeiros de Doña María Do Carmo Palha. Et par la suite, sous celui de Don Fernando Pereira Palha. Ils ont foulé à de nombreuses reprises le sable de Céret, ainsi que celui de plusieurs autres arènes françaises. Les quelques fois où j'ai eu la chance de les voir, j'étais impressionné par ces toros à la beauté à nulle autre pareille, avec toutes ces robes, ces charpentes et ces armures. Au moral, ils justifiaient totalement leur qualificatif de "taureaux de combat".

Car des taureaux de combat, c'est bien ce qu'élève Don Fernando Palha. Et puis, il y eut la "Langue Bleue", ces années d'oubli, et enfin, les retrouvailles à distance, lorsque je vis que ces toros étaient destinés systématiquement aux courses de rues ou aux recortadores. Je pensais que c'était foutu, et que je ne pourrais parler de ces fabuleux toros qu'au passé. Je me suis trompé.
Qu'ils le veuillent ou non, et je pense à ceux qui n'ont d'yeux que pour le troisième tiers, à ces "spectateurs" qui ont peur que des chevaux puissent potentiellement valdinguer, préférant qu'arrive très sereinement et rapidement la faena à la durée comparable à celle d'une orgie. Je pense à ces temps trop modernes, synonymes de rentabilité, où la garantie est recherchée à tout prix. Je pense aussi à ceux qui voudraient barrer la route à notre passion par le biais d'Initiatives Législatives Populaires. Je pense à ces 150 tocards qui pourraient s'enchaîner au milieu de n'importe quel ruedo de France ou de Navarre. Qu'ils le veuillent ou non, l'histoire va poursuivre sa route. En 2012, les bichos de Fernando Palha seront à l'affiche à Orthez. Rien que ça, c'est à la fois beau et inespéré. Ce sera le matin, et sans faire de prédictions, ce sera déjà tellement bien de voir ce nom ainsi que des novillos d'une belle présentation. Et cela ne s'arrête pas là puisque l'après-midi sont annoncés des toros de Veiga Teixeira (d'origine Pinto Barreiros), un autre nom illustre du campo portugais.

Quand on vous annonce qu'il y aura au même endroit et dans une même journée deux élevages que vous aimez et qui vous font rêver, alors cette arène là sera le centre du monde. Et la concurrence ne pourra exister dans une telle hypothèse.

Au passage, on pensera à adresser un grand merci à Xavier et à ses collègues orthéziens. Car l'afición a los toros a encore bien des couleurs.

Florent

mardi 20 décembre 2011

Si el tiempo no lo impide

Adelaída Rodríguez, Adolfo Martín, Aimé Gallon, Albaserrada, Alcurrucén, Andrés Ramos, Angel Sánchez y Sánchez, Antonio Bañuelos, Antonio Doblas Alcalá, Antonio San Román, Atanasio Fernández, Baltasar Ibán, Bernardino Giménez, Brito Paes, Cándido García, Casa Prudencio, Cebada Gago, Celestino Cuadri, Charro de Llén, Conde de Cabral, Conde de la Maza, Conde de Murça, Criado Holgado, Curé de Valverde, Dolores Aguirre, Domingo Hernández, El Pilar, El Sierro, Ernesto Louro Fernandes de Castro, Felipe Bartolomé, Félix Hernández, Francisco Galache, Françoise Yonnet, Fuente Ymbro, Gilbert Mroz, Granier, Guardiola Domínguez, Guardiola Fantoni, Hernández Pla, Hoyo de la Gitana, Hubert Yonnet, Isaías y Tulio Vázquez, Jandilla, Javier Molina, Javier Pérez-Tabernero, Jesús Tabernero Hernández, José Escolar Gil, Juan Luis Fraile, Justo Nieto, La Quinta, Laurentino Carrascosa, Los Bayones, Los Eulogios, Los Majadales, Luis Terrón, Manolo González, María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, Martín Peñato, Martínez Elizondo, Miura, Pablo Romero, Palha, Parladé, Peralta, Piedras Rojas, Prieto de la Cal, Robert Margé, Rocío de la Cámara, Román Sorando, Samuel Flores, Sánchez Ybargüen, Scamandre, Sepúlveda de Yeltes, Tabernero Orive, Tardieu Frères, Terrubias, Valdefresno, Veiga Teixeira, Victorino Martín, Victoriano del Río.

Voici la liste et elle est longue ! Aussi, on remarque qu'elle regorge de magnifiques et intéressants élevages pour l'aficionado a los toros. Toutefois, je suis au regret de vous annoncer qu'il ne s'agit pas des ganaderías visitées en vue de la prochaine saison madrilène.

Non, car cette liste, ce sont tous les élevages qu'a affronté José Pedro Prados "El Fundi" en France, depuis le jour de sa présentation, face aux Yonnet à Arles en Octobre 1989. Ces noms composent ainsi les 182 corridas de toros qu'a effectué El Fundi en France.

Le 14 octobre 2001 à l'issue d'une corrida de Javier Pérez-Tabernero à Floirac, Richard Milian, qui au début de sa carrière était annoncé sur les affiches comme "El Niño de Saint-Cyprien", en était alors à la 183ème et dernière corrida de sa carrière sur le sol français. Particularité, Milian est le matador de toros qui a effectué le plus grand nombre de corridas en France dans l'histoire. Alors...

Si el tiempo no lo impide, si le temps ne l'empêche pas, El Fundi deviendra l'an prochain le matador le plus "capé" de l'histoire de la corrida en France. Bien que ce soit symbolique, car la tauromachie n'est pas une affaire de chiffres et de quantité, il s'agit quand même d'un sacré palmarès !
Ces derniers jours, on a seulement pu lire ici et là que quelques lignes à propos du Fundi, qui annonçait sa retraite des ruedos au terme de la saison 2012. La carrière du Fundi s'est bâtie en France, face aux élevages les plus redoutables. Il est ainsi devenu un grand matador de toros, unique, courageux, généreux, et surtout : Exemplaire.
Enfin, après tant d'embûches, on pense notamment à sa rocambolesque et dramatique saison 2009, force est de constater que El Fundi est toujours là. Au moment où l'on parle partout de Quito et de tauromachie édulcorée, il est l'heure de saluer ce Matador de Toros exceptionnel qu'est José Pedro Prados "El Fundi".

Va por usted maestro !

Florent

(Image de François Bruschet (Campos y Ruedos) : El Fundi à Vic-Fezensac)

Aquí, la traducción

vendredi 16 décembre 2011

Souvenirs froissés (IV)

LA BULLE

Gelés nous étions. La feria elle, portait le nom de Primavera. Mais en plein Hiver, il n'y avait aucun air du Printemps annoncé. A Nîmes, il fut un temps entre 1989 et 2005, où lorsqu'arrivaient les périodes glaciales de l'année, l'arène devenait provisoirement recouverte par une Bulle gigantesque. Là-dessous s'y donnaient des courses de taureaux.
Chaque début d'année, une feria de novilladas avait lieu. Par ailleurs, de très nombreux matadors qui officient toujours à l'heure actuelle, et qui prirent l'alternative entre la fin des années 90 et le début du nouveau millénaire, sont forcément passés sous la Bulle en tant que novilleros.

Parmi plusieurs novilladas, je me souviens particulièrement d'une. C'était une nocturne en Hiver, et le bétail provenait de chez Hubert Yonnet. Dans la nuit gardoise, il faisait froid, les projecteurs éclairaient la piste mais ne transmettaient aucun ressentiment estival, loin de là. Les Yonnet étaient sérieux, âpres et rugueux. En face, Diego Urdiales fut sifflé si ma mémoire est bonne. L'accompagnaient Manuel Bejarano ainsi que Morenito d'Arles, devenu depuis banderillero. Si l'on se penche sur le tableau de chasse de ce dernier lors de sa carrière de novillero, on remarque qu'il "s'y est filé" comme on dit dans le jargon. C'était au mois de Février, l'Hiver, le froid et parfois la neige, mais il y avait des novilladas dans ces arènes temporairement couvertes.

Si l'on regarde l'historique de toutes ces ferias de Primavera, on constate qu'il y avait un peu de tout. Du "prêt-à-toréer" pour jeunes starlettes avec ou sans lendemain, il y en avait, c'est une certitude. Mais défilaient également des lots de novillos sérieux, comme ce fut le cas des Yonnet de 98. Le signe distinctif de la Primavera, c'est qu'il s'agissait d'une feria exclusivement composée de novilladas.

Puis vînt un schéma en quatre étapes.
Une année, des corridas (mixtes) furent introduites dans cette feria pour permettre à Manzanares junior de s'y produire. Les novilladas formelles avec deux compagnons de cartel de la même catégorie, ce n'était pas pour lui !
Une autre année, cette feria fut entièrement composée de corridas.
Et puis un jour, certains jugèrent la mise en place de cette Bulle trop coûteuse. Pour la dernière feria dans ces circonstances, il y avait une majorité de corridas. Mais comme un symbole, la dernière course qui y eut lieu était une novillada.
Et dans l'imaginaire, la Bulle s'envola.

Florent

mardi 6 décembre 2011

La saison française : côté pile

Saison 2011. Par où commencer ?
Saison 2011. Si l'on devait se fier à une simple lecture médiatique, on saurait que le grand triomphateur de la saison n'est autre que Dominique Strauss-Kahn. Si les médias ont autant parlé de l'affaire DSK, c'est que le sujet devait être rudement intéressant. Je leur laisse.
Saison 2011. Une année où les antis-taurins ont protesté contre le prosélytisme qui pouvait être fait de la tauromachie dans les écoles ! Pourtant, il me semble bien que l'un d'entre eux a parcouru diverses écoles de la région Bretagne cette année. Il était accompagné de son torito domestiqué, afin de prôner l'interdiction de la corrida et la non-dangerosité des taureaux de combat. Et ça, ce n'est peut-être pas du prosélytisme ? Toujours l'infâme deux poids deux mesures. Pour ce qui est du type en question, son aversion de la corrida lui provient de la vue d'un dessin lorsqu'il était jeune. Aujourd'hui, il est bien evidémment spécialiste en la matière et connaît parfaitement le sujet pour s'y opposer... (sic)
Saison 2011. Je ne remettrais pas de médailles aux "indignés" de la barrera dacquoise qui ont attendu le tout dernier moment de la temporada pour exprimer leur rancoeur. Ceux-là ne peuvent pas prétendre, à l'instar de Virenque aux Guignols, qu'ils se sont faits avoir à l'insu de leur plein gré.
Saison 2011. Il paraît que la commission taurine de Mont-de-Marsan a gagné 4 bras de fer sur 5. C'est elle qui le dit.
Saison 2011. Des organisateurs ont fait le choix d'embarquer certains "toros"... à l'insu de leur plein gré là-encore.
Saison 2011. En Espagne, des femmes viennent de remettre le prix du "Bô-gosse" de l'année à José María Manzanares. D'un autre côté, il semblait bien plus difficile de lui remettre un prix pour la présence des toros qu'il affronte.

Plus sérieusement, par où commencer ?

Avec Parentis-en-Born tiens ! Certainement la plus belle réussite de la saison en ce qui concerne les ferias. Qui plus est une feria de novilladas, ce qui n'est pourtant pas à la mode à l'heure actuelle (j'y reviendrai). On se souviendra des trois très beaux lots de Murteira Grave, Francisco Madrazo et Valdellán. Parmi de nombreuses images en tête, je garderai précieusement celle d'Artezano, le troisième novillo de Murteira Grave, brave et encasté. En tous cas, Parentis mérite vraiment de figurer tout en haut du tableau des distinctions cette année.

Quant aux toros, le lot le plus complet qui m'ait été donné de voir a été celui de José Escolar Gil à Céret. Même si l'intensité de cette corrida ne fut pas la même que celle de 2010, il était quand même question d'un important lot de toros.
Les Dolores Aguirre de Vic-Fezensac m'ont bien plu. Ceux d'Orthez ont eux aussi été très intéressants de par leurs comportements, malgré une présentation malheureusement passable.
En 2011, j'ai eu la chance d'assister à quelques surprises. Pour cela, je me dois de relever le combat de Deslenguado, le premier Garcigrande combattu à Arles au mois d'avril. C'était un toro brave et encasté, fort justement ovationné à l'arrastre. Pour l'une des rares corridas à l'étiquette commerciale que j'ai vu cette année, je reconnais que ce toro aura été une satisfaction. Cependant, et pour revenir à la réalité, ce genre de toros est loin d'être habituel chez Garcigrande. Et c'est bien dommage.

S'il fallait remettre une mention à l'originalité et à la singularité, certainement qu'elle reviendrait à la novillada d'Irmaos Dias de Céret. Unique en son genre cette année.
Parmi les regrets, car l'on ne peut pas tout voir au cours d'une saison, je sais de sources sûres qu'il y eut des Toros avec les Dolores Aguirre de Dax, les Joselito de Bayonne, les Cebada Gago de Saint-Martin-de-Crau. Et des Novillos, avec les Christophe Yonnet de Collioure, les Moreno de Silva de Millas, ou encore les Fidel San Román de Roquefort-des-Landes.
A des degrés moindres, j'ai également eu écho de moments intéressants avec les Baltasar Ibán d'Alès, les Samuel Flores de Mont-de-Marsan, les Fuente Ymbro de Nîmes, et plusieurs toros lors des corridas-concours de Vic-Fezensac au mois d'août et Arles en septembre.

Côté piétons, Javier Castaño aura été le lidiador de la saison. On pense ainsi à toutes les fois où il a mis les toros en valeur, en compagnie de son picador Plácido Sandoval.
Par ailleurs, il est à regretter qu'un matador comme Iván Fandiño n'ait été que peu engagé cette année dans les arènes françaises.
En ce qui concerne le troisième tiers, je retiendrai surtout deux mains gauches. Celle de Sergio Aguilar face au sixième Alcurrucén à Vic-Fezensac. Et celle, un peu plus étonnante, de Fernando Robleño face au quatrième Escolar Gil à Céret.

Chez les novilleros, rien d'extraordinaire. Si ce n'est la chance d'avoir pu admirer la cuadrilla d'Emilio Huertas, avec notamment les frères Otero Beltrán (même si l'un d'entre eux fut l'auteur d'une faute monumentale avec le cinquième Murteira titulaire à Parentis). En parlant de banderilleros, il est toujours plaisant de voir Vicente Yangüez "El Chano" (souvent dans des cuadrillas improbables) continuer à officier lors du deuxième tiers de très belle façon.
En tous cas, l'absence de l'esprit "novillero" chez les jeunes s'est particulièrement faite sentir cette année. Pourtant, on a par moments eu l'impression de retrouver cet esprit... chez un matador ! C'était avec Manuel Escribano à Aire-sur-l'Adour, lors d'une corrida d'Hubert Yonnet sous un agréable soleil d'automne, qui venait clôturer la saison française.

Voilà ce qui en est du côté pile. Pour le côté face, il semblerait bien que la liste soit longue...

Florent

(Image : Aire-sur-l'Adour le 23 Octobre, l'ultime paseo avec picadors de la saison française)

mardi 29 novembre 2011

Paroles d'évangile

Je n'ai rien inventé. Rubrique faits divers, nous voilà la chronique taurine d'une mort annoncée.
Paroles d'évangile, pas question de plumes d'argile. Seulement des certitudes, comme le poète Virgile ou la combativité des toros d'Escolar Gil.
Par les temps qui courent, personne n'est à l'abri d'une contradiction, ou autre tracas du genre. Le fameux "errare humanum est" n'a jamais autant été d'actualité. Et puis, on redécouvre des choses au hasard, toujours au hasard...
Lorsque les évangiles ont des qualités de visionnaire.

L'histoire commence avec une reseña parue sur votre site taurin préféré : Terres taurines, en date du 12 août 2006, et relative à la novillada de la veille à Vic-Fezensac. Voici le début de la chronique.

"VIC : INFAME MORUCHADA DE VALDELLAN
Une ganaderia est née, disait la propagande avant la course en parlant de celle de Valdellan récemment créée à partir de celle de Hoyo de la Gitana et qui débutait officiellement à Vic. Une ganaderia est morte répond le bon sens après la sortie de cinq moruchos indignes du qualificatif de brave dont la présentation très sérieuse mais disparate ne saurait servir d'alibi à une absence totale de qualités offensives...."


Dont acte : une ganadería serait morte le Vendredi 11 août 2006 à Vic-Fezensac. A une heure tardive, puisqu'il s'agissait d'une course nocturne, les six pensionnaires de Valdellán, dénommés Leonés, Moruna, Forrero, Huelguista, Guajón et Mediador, auraient sonné le glas et l'infortune de leur fer. Après avoir foulé le sable gersois, ils représentaient désormais un élevage cliniquement voire "chronique-taurinement" mort.

Mais l'histoire est délicieuse. Cinq ans plus tard, au mois d'octobre 2011, l'Association des critiques taurins de France (section Sud-Ouest) décernait son prix au meilleur lot de novillos de la saison écoulée à celui de Valdellán combattu du côté de Parentis-en-Born...

Florent

mardi 22 novembre 2011

Route 66

Comme un symbole. A l'heure où la tauromachie en Catalogne du Sud se trouve face à une situation périlleuse (et c'est un euphémisme), son lustre a été redoré non loin de-là cette année : dans le département des Pyrénées-Orientales, de l'autre côté de la frontière. Aussi, on connaît la richesse de l'histoire taurine du Roussillon, comme peut en témoigner l'ouvrage de Claude Sabathié "Toros en Perpignan", relatif à la chose taurine dans cette ville jusqu'en 1959. Mais Perpignan n'est pas la seule. En outre, on s'aperçoit que la tauromachie du terroir subsiste encore, comme nous en a récemment parlé Étienne avec le "Bous a la plaça" d'Amélie-les-Bains.

On remarque toutefois qu'un bon nombre d'arènes du département qui donnaient lieu à des corridas ou novilladas en période estivale ont fermé leurs portes. Il n'y a pas si longtemps que ça... Je pense tout d'abord aux "arènes de plage", qualificatif dû à leur localisation par rapport à la Méditerranée. Saint-Cyprien a donné sa dernière course le 10 août 1991 (avec cinq novillos de l'élevage français de l'Esterel pour Michel Cayuela à cheval, et à pied : Mireille Ayma ainsi que le péruvien Juan Alonso Dávila) ; Argelès-sur-Mer le lendemain, 11 août 1991 (novillada de Los Majadales pour Antonio Vázquez, Niño de Leganés et Antonio Barrera "El Macareño"). Et Port-Barcarès son ultime le 15 août 1995 (novillos de María Luisa Paniagua pour Mireille Ayma, Alberto Manuel et César Orero).
Bien plus tard, c'est à Bourg-Madame, à l'autre bout du département, que la tauromachie cessa après sept années d'activité. C'était le 3 juillet 2004, à la suite d'une novillada de Valdefresno pour Antonio Caro Gil, Eduardo Gallo et Enrique Guillén.

Mais malgré tous ces éléments, et même si le "soixante-six" apparaît comme isolé sur la carte taurine, il reste de quoi être optimiste. Après les diverses annonces du début de saison, on pouvait s'imaginer que le millésime taurin 2011 dans ce département allait s'avérer prometteur... Et au final, ses trois arènes ont légitimé leur tradition taurine de fort belle manière.

Céret
Haut-lieu taurin connu de tout le monde, et que l'on ne présente plus. Une référence en matière de Toros pour tout aficionado qui se respecte. En outre, si les matadors ne voient pas forcément cette arène d'un bon oeil, ils savent pertinemment que le succès y revêt une grande importance. A Céret, l'histoire taurine est prolifique, et les souvenirs denses et intenses. L'an prochain, ce sera la vingt-cinquième édition de Céret de Toros.








Millas
Il était étonnant au début de l'année de savoir que Millas opterait pour un lot de novillos de Moreno de Silva. Aussi, le choix d'un tel élevage est à considérer comme un gage de sérieux, et il s'agissait-là d'un retour aux fondamentaux. Aux dires des présents, cette novillada ne fut pas une déception.
Aussi, je pense encore à toutes les fois où l'on m'a raconté la fameuse "première de Millas" en 1990. Une course épique du fer méconnu de Vicente Ortiz de Urbina, avec des novillos-montagnes et aux larges berceaux de cornes. En face, Domingo Valderrama, héroïque, avait fini l'après-midi à l'infirmerie. Juan Carlos Belmonte tua ce jour-là quatre novillos, tandis que le jeune français Thierry Durand ne sortit pas du callejón, décidant d'arrêter sa carrière à la vue des bêtes qui déboulaient en piste.


Collioure
La seule rescapée des arènes du littoral, avec une tradition taurine de longue date. Cette année, c'est un sérieux et magnifique lot de Christophe Yonnet qui a foulé le sable pour la novillada des fêtes de la Saint-Vincent (on peut par ailleurs se référer à la reseña de l'ami Fabien). Ayant vu quelques mois après la vidéo intégrale de cette course, il ne fait aucun doute à mes yeux que ce jour-là : le Toro eut la part belle !







Ainsi, les trois arènes citées ci-dessus ont démontré que les Pyrénées-Orientales constituaient un fier département taurin. On peut tout de même regretter que les différents organes représentatifs chargés de remettre des prix en fin de saison n'y aient pas pensé... En tous cas, on espère que le chemin emprunté durera encore longtemps. Voilà l'une des grandes satisfactions de l'année 2011. Il y a encore des Toros en Catalogne, et pas n'importe lesquels !

Florent

vendredi 18 novembre 2011

Souvenirs froissés (III)

ANA ROMÈRE !

Déjà quinze années nous séparent de cette image. Prise par mon père un jour de 1997 au moment où s'élançait le paseo aux arènes d'Arles, elle a tout d'abord été développée, avant d'être scannée quelques années plus tard. 1997, c'est à la fois récent et lointain. Il n'était pas question d'appareils numériques, ni du développement d'internet, a fortiori en matière taurine. Les DVD non plus, avec à la place en ces années-là, les bons vieux magnétoscopes et les cassettes VHS. Les téléphones portables, marginaux et à la morphologie aussi imposante que celle d'un réfrigérateur. J'exagère sans doute légèrement. Voyez comme la modernisation a avancé à grands-pas.
Presque quinze ans. Arles. Samedi 13 septembre 1997. Dix-sept heures et des poussières. Le ciel était voilé d'après mes souvenirs, avec peut-être même un vent frais qui caressait les pierres antiques. Des places libres, il me semble qu'il en restait un nombre certain dans l'amphithéâtre. Pourtant, au devant du paseo, il ne s'agissait pas de trois têtes inconnues au bataillon. Jugez par vous-mêmes : César Rincón, José Miguel Arroyo "Joselito" et José Tomás. De quoi épuiser la billetterie un mois avant la course en exportant un tel cartel en des temps plus actuels. L'opposition ce jour-là, portait le fer d'Ana Romero. Les toros gris d'Ana Romère, comme ils le disent là-bas, dans cette région à l'embouchure du Rhône.

Le plafond était gris, et je pense ne pas prendre de risque en affirmant qu'en ce jour de feria des prémices du riz 1997, il n'y eut pas corrida mémorable ou remarquable. Quelques images en tête, peu de choses à propos de César Rincón, une double bronca pour José Tomás. Et enfin Joselito, probablement auteur des meilleurs moments de la course. Sur les six Ana Romero, deux sont retournés dans les geôles, remplacés par des exemplaires de Sepúlveda. Deux toros remplacés. Faiblesse indigente ? Mauvaise présentation ? Fort possible. Pourtant, le lot d'Ana Romero dont il est question n'aurait initialement pas dû se trouver en terres arlésiennes. Sur les affiches de la feria, et hormis la corrida du dimanche de Baltasar Ibán, c'est le nom de Garcigrande qui accompagnait ceux des toreros César Rincón, Joselito et José Tomás le Samedi 13 septembre. En fait, les Garcigrande eux aussi étaient à Arles, mais la commission taurine n'a pas donné son aval pour qu'ils puissent sortir en piste. Alors vinrent à la place les cárdenos au fer représentant un L entouré d'un ovale.

Quinze années plus tard. C'est-à-dire ces jours-ci, Manzanares junior devenait le lauréat du trophée de l'Oreille d'Or 2011 décerné par Radio Nacional de España. Il semble par ailleurs être un adepte de plus du "se justifier à tout prix", comme en attestent ses quelques explications (traduites) : "Je torée des élevages qui permettent de profiter et de sentir le toreo comme je le conçois. De toutes façons, je n'ai pas non plus de problèmes pour affronter des "corridas dures", comme en témoigne par exemple la course de La Quinta à Málaga". Pense-t-il réellement ses propos ? Croit-il au contraire affirmer une supercherie qui ne sera pas détectée puisque les gens qui se rendent aux arènes sont trop naïfs à ses yeux ? En tous cas, il semble bien que José María Manzanares soit dans le déni. Car parmi les gens qui aiment et assistent aux corridas, il y a bien plus que des simples consommateurs et des profanes.

Et puis, toujours cet éternel débat et ces sempiternels qualificatifs : corridas toristas, corridas dures, le casse-pipe... Aussi, les "étoiles" de la tauromachie voudraient faire penser qu'affronter n'importe quel cornu gris, cárdeno, constitue un geste. Mais lorsque l'on voit depuis quelques années que ces toreros-là s'affichent avec des Ana Romero ou des La Quinta d'une docilité invraisemblable, on est persuadé du contraire. En gros, ils aimeraient nous dire que prendre tout ce qui n'est pas issu de la maison Domecq, c'est un geste, une corrida torista. Mais toutes ces considérations paraissent éloignées de la réalité. Car si l'on regarde par exemple quarante ou cinquante ans en arrière, on constate que ce sont bien des Santa Coloma que s'arrachaient les vedettes de l'époque.

Pour ma part, le terme "Corrida torista" est la contraction directe de "Corrida de toros". Et ce n'est pas un tabou à mes yeux d'employer le terme "torista". Une corrida de toros, avec du bétail présenté, devrait être la norme. Car la corrida est quelque chose de sérieux. Toutefois en règle générale, les "corridas toristas" sont qualifiées en fonction des arènes ; des élevages comprenant des toros habituellement exigeants ou compliqués ; des types en face qui se les envoient ; de la présentation des toros ; de la catégorie du lot par rapport à la camada de l'élevage. Et parfois même, on dit d'une corrida qu'elle est "torista" seulement après son déroulement !
De la manière dont il est caractérisé, ce label constitue une catégorie vaste et incertaine, parfois sans queue ni tête comme on peut le constater. L'important reste tout de même que les toros soient d'une bonne présentation et dans le type de leur encaste. Le reste est bien plus aléatoire. Quant à la corrida d'Ana Romero de 97 à Arles, elle n'est pas passée à la postérité. Cependant, elle permet de comprendre que certains "gestes" autoproclamés à l'heure actuelle ne sont que tromperies.

Florent

samedi 12 novembre 2011

Dernières lumières

Une grande première de la part de la Peña Jeune Afición de Saint-Sever à l'occasion de ce 11/11/11, avec le pari de réunir en un tentadero de machos et en une non piquée, onze bêtes de onze encastes différents. En poussant davantage l'idée, 11/11/11, cela aurait pu donner quelque chose sous la forme de onze toros d'encastes différents / onze matadors différents / onze picadors choisis et rémunérés directement par les organisateurs. 33 noms sur une même affiche, il faut reconnaître que ça aurait de la gueule ! Mais le coût n'est pas le même, la saison ne s'y prête pas, le contexte non plus, et il serait probablement difficile d'être réceptif pour autant de combats sous cette forme.

Avec ses moyens et son afición, la Peña locale est parvenue à donner vie à sa journée singulière. Au final, le résultat fut plutôt décevant, notamment à cause des nombreux signes de faiblesse chez les bichos. Mais ce serait une ineptie totale de résumer la santé des différents encastes aux seuls combats du jour, a fortiori lorsque les bêtes sont âgées de deux à trois ans. Le résultat étant de ce fait aléatoire. Il est ainsi impossible de tirer des conclusions sur cet évènement original et unique jusqu'alors, et il n'est pas à considérer tel un échec. Pour parler de cette journée taurine, le mieux reste de procéder au cas par cas.

Le matin d'abord, et sous un soleil frais, il y eut un tentadero de machos avec cinq exemplaires, et autant de pouces vers le bas de la part des ganaderos à l'issue des lidias.

10 heures 02. Le pensionnaire de la ganadería Valrubio (encaste Vega-Villar, n°28, negro bragado meano lucero girón, guarismo 9) ouvre le bal des onze, s'avère abanto, puis accuse le coup après deux rencontres au cheval où il se défendit simplement. Ensuite, il fut très noble mais également très faible à la muleta.

10 heures 31. Entrée en piste de l'eral de Mariano Cifuentes (encaste Coquilla, n°18, negro entrepelado, guarismo 0), très vif dans la cape, brave pour de vrai à la première rencontre, se défendant sans continuité à la deuxième, et se cassant malheureusement la corne gauche contre le caparaçon à la troisième. En conséquence, bien peu de choses par la suite.

10 heures 48. Léger, armé large et astifino, voilà le bicho du fer landais de Malabat (encaste Atanasio-Conde de la Corte, n°26, negro meano, guarismo 9) qui se défendra sans pousser en quatre assauts face à la cavalerie. A la muleta, il était peu évident et Fernando Cruz commenca mal son labeur. Mais on vit en fin de compte un combat intéressant entre le Malabat, compliqué et donnant de nombreux avertissements même s'il passait dans la muleta, et Fernando Cruz, courageux et décidé à ne pas abdiquer. Un pinchazo, une entière engagée et deux descabellos mettent à 11 heures 11 fin à la vie publique de ce novillo qui venait de montrer un certain fond de caste.

11 heures 15. Eral de Gustal de Campocerrado (encaste Arranz, n°2, negro, guarismo 9), élevage inconnu au bataillon, comme quelques autres lors de cette journée. Au départ, cet exemplaire a été tout à fait quelconque, se collant à chaque fois contre le cheval lors des trois rencontres, puis mou et maniable en début de faena. Il était en réalité à géométrie variable, puisqu'il changea littéralement en un instant pour devenir âpre, très avisé et dangereux. A trois reprises, il souleva Raúl Velasco, vaillant dans l'adversité.

11 heures 38. Le dernier de la matinée provenait de chez Andrés Celestino García (encaste Santa Coloma, branche Dionisio Rodríguez, n°7, negro, guarismo 9). En somme, une petite bestiole, invalide après le premier (poussé sur une corne) de ses deux contacts avec le groupe équestre. Ennui, car eral noblón et extrêmement faible.

Enfin l'après-midi, il n'était plus question de piques, alors que les habits de lumières et les banderilles avaient fait leur apparition. On notera par ailleurs que pour cette novillada non piquée, les organisateurs ont probablement fait une meilleure entrée que celles des deux novilladas piquées qui eurent lieu cette saison dans les mêmes lieux. Belle chambrée sur les gradins donc... et no hay billetes apparent en callejón.

16 heures 16. le sixième cornu de la journée est de Pablo Mayoral (encaste Veragua, n°4, au pelage oscillant entre le jabonero claro et l'ensabanado en fonction de sa position dans l'arène, à l'ombre ou au soleil, guarismo 9), et j'ignorais jusqu'à il y a peu que cet élevage possédait des animaux de cette origine qu'est la Casta Vazqueña. L'eral en question : joli de présentation, noble et très faible.

16 heures 38. C'est un Castillejo de Huebra (encaste Murube, n°117, negro, guarismo 9) qui apparaît sur le sable des arènes. S'agissant de cet élevage, la destinée la plus probable de ce numéro 117 aurait été celle d'une corrida de rejoneo. Retenu dans le onze de départ de cette journée, il était "manso con nobleza", et fut toréé totalement fuera de cacho par le novillero Borja Jiménez, détenteur d'un bagage technique certain, mais qui aurait tout de même pu être bien moins distant avec le Murube lors de son ouvrage. Une oreille après un pinchazo et une épée basse.

16 heures 58. C'est le tour du Cruz Madruga (encaste Martínez, n°7, negro bragado meano, guarismo 9), invalide de A à Z.

17 heures 22. Le propriétaire de l'eral est Victorino Martín. Le fer, c'est celui de "Toros de Urcola" (encaste Urcola, n°68, negro, guarismo 9) représenté par un pupille peu épais, et qui aura reçu énormément de capotazos en début de parcours. Le banderillero de Juan Cortés salua après deux belles paires de bâtonnets. Au milieu d'un labeur transparent, Juan Cortés livra la meilleure naturelle de l'après-midi, une seule, mais donnée parfaitement dans les canons, à un adversaire devenu éteint et plutôt fade, gratifié au final de trois épées atravesadas successives.

17 heures 33. Eral gersois de l'Astarac, propriété de Jean-Louis Darré (encaste Pedrajas, n°50, negro, guarismo 9). Comme face à son premier, Borja Jiménez banderilla de lui-même, et il faut remarquer que les trois paires qu'il mit furent très correctes et étonnantes, je ne l'avais par ailleurs jamais vu dans cet exercice les quelques fois auparavant. La suite fut longuette et ennuyeuse, tant à cause de l'acharnement du novillero que du comportement de la bête, à tendance décastée.

18 heures 03. Le soleil est déjà tombé, et c'est le plus célèbre des onze élevages de la journée qui comparaît. Celui de Baltasar Ibán (encaste Contreras-Domecq, n°30, negro mulato bragado meano corrido girón listón, guarismo 9). Tiago Santos, le novillero, effectue de jolies saltilleras à la cape, avant de transformer le Baltasar en porc-épic avec les banderilles. Le modèle de son compatriote portugais Victor Mendes ne semble pas avoir été étudié, ou s'il s'agit du contraire, la ressemblance est fort lointaine. Quant à l'eral, il s'avèra mobile et encasté dans la muleta, alors que Santos fut débordé, et montra qu'il était encore un aspirant. Ovation à l'arrastre.

18 heures 30. Rideau sur la saison taurine.

Florent

jeudi 10 novembre 2011

Fumée grise au Plumaçon

Pour toi Montois, aficionado lambda, toi qui aimes les Toros et désires à tout prix redorer le blason de ton Plumaçon,

Hier, en cette fin de soirée d'un banal jour d'automne, tu vivais dans l'attente d'une fumée blanche synonyme de changement. Hier n'était la fin d'aucune feria désastreuse, mais pourtant, c'était tout comme.
Tu pensais pouvoir tourner la page, et qu'un air frais viendrait souffler sur tes arènes, avec un nouveau départ, un nouveau prestataire, travaillant de concert avec le Collectif et les aficionados pour repartir de plus belle, et refermer les plaies trop ouvertes ces derniers temps. La fumée d'hier soir, à 22 heures, n'était pas blanche, mais plutôt de couleur tristesse. J'ai imaginé le Plumaçon sous un ciel bas avec un crachin des mauvais jours. Je comprends parfaitement ton désarroi aficionado Montois, et avec toi j'aimerais respecter une minute de silence en hommage de tes arènes qui ont plus d'un siècle d'histoire, et dont aujourd'hui, certains se servent comme d'un simple miroir. Pourtant, ils devraient comprendre que l'identité taurine de Mont-de-Marsan et de sa Madeleine ne consiste pas en la flatterie de l'égo de qui que ce soit. Ce qui compte, c'est la fierté de l'afición locale et le blason de son arène.

Je sais bien que ce papier est défaitiste, car les mêmes personnes pourraient très bien changer de cap et améliorer la chose si l'on reste idéaliste. Mais hier, tu as dû ressentir un mauvais goût de conservatisme, et pire encore, la sensation d'une immunité pour les fautifs. Car oui, certains ont été fautifs, et je pense notamment à ceux qui sont responsables de l'embarquement et de la lidia des La Quinta de 2011 (la cerise sur le gâteau). Par cette course là, et il y en eut malheureusement d'autres de cet accabit, la réputation et le grade de ton arène ont été un peu plus salis. Putain ! Il y aurait pu y avoir une lettre d'excuses dans le style "Nous tenons à nous excuser pour la présentation du lot de La Quinta (et de certains autres) de la Madeleine 2011, il était indigne du label Corrida de Toros et d'une arène de première catégorie française". En réalité, il n'y eut rien de tout cela. Pire encore, ces responsables ont tenté de faire culpabiliser l'afición en utilisant une fois de plus les termes d'"aigris" ou même de "grincheux". Trop d'ondes négatives. Aussi, il me semble qu'à un moment, à cause de fautes devenues répétitives et inexcusables, on ne peut plus accorder de chance supplémentaire, même si les intéressés pourront prétendre que la situation reste perfectible pour les années à venir. Pourtant, l'empreinte fautive a trop d'ampleur, et il est incompréhensible de vouloir continuer.

J'ai du mal à me mettre à ta place, car je ne suis pas habitant d'une ville taurine. La dernière fois, j'avais neuf ans. C'est comme si je n'avais jamais réellement su ce que c'était, vouloir être fier des arènes de sa ville. Les années à venir, peut-être que le Plumaçon évoluera, stagnera ou régressera encore... Je n'en sais rien. Toi qui côtoies sur le ciment de tes arènes, aficionados d'ailleurs, gens de passage peu au fait de la corrida, et d'autres encore, tu aimerais leur dire ta fierté pour la particularité de ta ville taurine. Une "Nîmes bis", une "Petite Valencia", une "Maestranza française", tout cela, ce ne sont que des conneries. Chaque arène doit affirmer sa propre identité. Aussi, tu te méfieras de ceux qui jouent les faux indignés, mais en réalité s'en foutent tant qu'ils pourront venir manger dans la gamelle. Évite-les.

La situation est à peine croyable, car ce que tu demandes n'a rien d'extraordinaire pour les cinq jours de corridas de la Madeleine. Tu aimerais simplement une bonne fois pour toutes, la dignité (sans que ce terme n'apparaisse pour autant moralisateur) de la chose taurine, avec des toros présentables, des matadors de tous horizons, des vedettes aussi. En bref, une vraie feria équilibrée dans sa programmation. Aussi, je te sais altruiste, et que tu préfères par exemple voir le retour de la corrida portugaise nocturne au sein de la Madeleine à la place du rejoneo matinal, même si comme moi la tauromachie à cheval ne te plaît guère. Car c'est cela aussi, prendre conscience et vouloir affirmer l'identité taurine locale. Et ce n'est vraiment pas la lune que de vouloir quatre corridas (variées), une corrida-concours, une véritable novillada avec picadors, une novillada sans chevaux, et une corrida portugaise.

Mon pauvre, tu en as suffisamment bouffé, des toreros doublés dans ta feria qui ne comporte "que" cinq corridas, de la corrida-mixte, une course de Margé annoncée "torista", des Miuras hard discount, ou encore des Garcigrande (chez toi ils disent "Garcimore"), Zalduendo ou La Quinta vraiment trop indignes. Tes prochaines fêtes de la Madeleine auront lieu du Mercredi 18 au Dimanche 22 juillet 2012. Peut-être une amélioration, peut-être rien, peut-être pire. Mais en tous cas, l'envie de déclencher une bronca d'entrée te viendra peut-être à l'esprit car les fautifs ont été immunisés. J'ai peur pour toi. Tu voulais une vraie novillada, car tu en as assez de 4 novillotes de Ponce, 4 novillotes de El Torreón... Comble de malchance, peut-être t'en mettront-ils six... de Los Galos ! On gardera toutefois les spéculations pour plus tard.

Aussi, et tu n'y es pour rien, des arènes voisines et plus petites seront désormais concurrencées de manière injuste. C'est le cas d'Orthez et de Tyrosse. Alors en guise de rédemption, même si ce n'est pas de ta faute, peut-être t'y rendras-tu. Pauvre Plumaçon qui donne l'image de ne plus respecter les autres arènes du coin. Une faute semble avoir été commise, et je compte sur toi pour élever la voix, et pour que ton Plumaçon redevienne une Plaza de Toros digne de ce nom.

Florent

P.S : En restant relativement pragmatique, voilà une idée "d'affiche" (la mienne) qui pourrait être en rapport avec l'identité taurine Montoise (celle, notamment, du début des années 90)

Corrida de José Escolar Gil (Albaserrada) : Rafaelillo, Fernando Robleño, Serafín Marín.
Corrida de Alcurrucén (Núñez) : Enrique Ponce, David Mora, Thomas Dufau.
Corrida-concours (Murteira Grave, Guardiola Fantoni, Fernando Palha, Rocío de la Cámara, Valdefresno, Joselito) : Juan Mora, Javier Castaño, Alberto Aguilar.
Corrida de Baltasar Ibán (Contreras – Domecq) : Morante de la Puebla, El Juli, Alejandro Talavante.
Corrida de Celestino Cuadri (Santa Coloma) : Juan Bautista, Sergio Aguilar, Iván Fandiño.

Novillada de Francisco Madrazo de la Vadima (Santa Coloma – Graciliano) : Emilio Huertas, Mario Alcalde, Cayetano Ortiz.
Novillada non piquée avec du bétail français.
Corrida portugaise nocturne.

lundi 7 novembre 2011

Festibanyes

Culture et tradition catalanes. C'était à la fin de l'été, du côté du Vallespir...

Le traditionnel "Festibanyes" s'est déroulé le 3 septembre dernier dans le village d'Amélie-les-Bains, beaucoup plus connu pour ses thermes que pour cet évènement taurin qui existe depuis 2004. Il est né de l'idée d'un groupe de jeunes aficionados, souhaitant relancer et conserver la culture taurine en Vallespir.

Alors que Barcelone a tiré le rideau et tourné le dos à son histoire taurine, que le mundillo et les maestros du G-10 ne voient qu'intérêts personnels et argent sans se préoccuper du futur, il y a dans des villages comme à Amélie des aficionados qui se battent encore et essayent avec leurs moyens et leur temps de relancer ce qui était jusqu'alors voué à disparaître. Je tenais donc à leur rendre un petit hommage en parlant de Festibanyes 2011.

Il faut savoir que cet évènement se déroule au "Théâtre de Verdure" du village, et que la piste est entièrement montée par les bénévoles de l'association "Afició Catalana". Cette année, il y avait tout d'abord le matin une manifestation (avec entrée gratuite) comprenant "vache à la corde" et "correbous" pour enfants.

Enfin, le plat fort eut lieu l'après-midi avec le "Bous a la plaça". D'une durée de deux heures trente, avec un becerro et huit vaches de la ganadería Hermanos Ozcoz de la province de Saragosse. Le novillero Alejandro de Benito Fernández affronta sans mise à mort le becerro avant que n'interviennent la cuadrilla "Afició Catalana", puis le groupe "Arte y Emoción" (Recortadores de la région de Valencia). Enfin, ce sont les jeunes forcados (âgés de quatorze à dix-huit ans) amadores de Vila Franca de Xira qui ont animé la fin de cet évènement.

Je ne rentrerai pas plus dans les détails, car à ce niveau-là, on ne peut pas faire de reseña comme en corrida ou en novillada. En revanche, il me semble nécessaire d'écrire quelques lignes pour remercier cette association qui fait revivre tous les ans ce que nos grands-parents ont connu.

Enfin pour terminer, il faut souligner que le prix d'entrée à ce "Correbous" était de 5 euros, pour voir un becerro et huit vaches, des recortadores, des forcados, avec en plus l'équipement et la sécurité nécessaires aux soins éventuels de tous les participants. On ne peut que conseiller à certains de prendre exemple, quand on voit que parfois, il y a des petits festivals, des tientas, ou des courses sans picadors (avec trois ou quatre becerros) dont l'entrée est de plus de 10 euros, si ce n'est pas 15.

Étienne Quintana

dimanche 6 novembre 2011

In vino (griego) veritas

Dax, voilà un curieux nom composé de trois lettres et non sans connotation hellénique. Par ailleurs, il paraît que ça bouge en ce moment du côté Sud de la péninsule Balkanique. Les vedettes de là-bas le font savoir, et ce n'est visiblement pas la crise pour tout le monde. Un mystérieux groupe dénommé "Gédis" a dès à présent entrepris de grandes manoeuvres avant le début de la prochaine saison taurine grecque. Une convention a été établie, aboutissant à un chantier comprenant douze travaux et obligations. Voici la lettre ouverte du "Gédis" :

- Nul ne pourra nous contredire, nous divinités, tout droit descendues du Mont Olympe taurin.

- Nous nous inscrivons en faux contre toute proposition malsaine émanant de l'Union des Cités Taurines.

- Les matadors valeureux qui se plaignent à longueur de saison du manque de contrats, auront comme cachet maximum une couronne de lauriers, car l'important est bien de participer (du moins pour eux)

- Nous ferons en sorte que les moyens de propagande spécialisés relancent le débat sur la taille de la pique ou le poids du caparaçon, pour aveugler les aficionados et que ces derniers restent indulgents avec les éleveurs de nos collaborateurs.

- L'an prochain encore, aucune retransmission des prestations de Xosé Tomasidis ne pourra être envisagée. En revanche, nous négocions de manière ferme pour que notre droit à l'image soit bien plus fructueux.

- Toute âme perdue et vêtue d'un simple drap blanc passant son temps à philosopher de manière stérile sur notre activité, à contester la légitimité de Kayetanopoulos, ou à comparer les poses de banderilles de Fanditzas au ridicule d'un danseur de sirtaki, sera condamnée à boire la cigüe.

- Nous avons ces derniers temps beaucoup entendu parler de la légende du "Taureau de Crète", et en avons conclu qu'aucun d'entre nous n'ira s'aventurer dans cette île, jugée excessivement torista.

- Aucun d'entre nous n'est d'ascendance Spartiate. En conséquence, nos adversaires devront être adaptés et taillés pour la circonstance. Nous hésitons encore à nous afficher l'an prochain face aux petits gris de La Xyntha, c'est vrai que sur ce point-là, on a quand même déconné cette année...

- Tout aficionados (car "dos" est un suffixe grec) aura sa ration de Domekis et il lui sera interdit de protester. Le prix des places devra par ailleurs être augmenté afin qu'en profitent les rédacteurs de cette convention.

- Le "Vino Griego" sera joué à chaque fois qu'un membre de ce groupe quittera l'arène en triomphe. Les insupportables aficionados intégristes verront en cette mélodie une marche funèbre pour leurs revendications.

- Les arènes de la région d'Athènes, du Péloponnèse et du reste du territoire seront toutes classées en première catégorie, pour des raisons financières (les nôtres)

- Tout candidat à l'entrée dans le "Gédis" fera l'objet de nombreuses contraintes ainsi que d'un exil forcé à Crète.

Convention signée par les divinités : Pererakis, El Juliandréou, El Fanditzas, Poncéas, Xosé Mari Mantzanarakis, El Cidounis, Talavantzakis, Xosé Tomasidis, Morantsidis et Kayetanopoulos.

En tant qu'observateurs extérieurs, n'étant pas sous le coup de représailles, on constate que cette convention n'est pas dépourvue de cynisme. Aussi, elle fait quelque peu penser à l'Antiquité, où sous couvert de démocratie directe, les puissants prenaient tout de même le dessus. Il faut quand même reconnaître un certain talent aux membres du "Gédis", car à croire qu'ils demanderaient toujours plus, même après être allés se faire voir chez les grecs...

Florent

lundi 31 octobre 2011

Souvenirs froissés (II)

LE CHAMP DES BAÏONNETTES

On serait parfois tenté d'écrire à propos de notre afición un texte unique et à la longueur indéfinie. Une sorte de justification subjective du pourquoi continuons-nous à nous rendre aux arènes, à admirer les toros vivre, se battre, puis mourir, ainsi qu'à regarder des hommes peu communs les affronter. Composer un papier, un seul, sur toutes les questions qui viennent à notre esprit afin de donner des débuts d'explications, paraît peut-être trop théorique et même éloigné d'une certaine manière de la réalité. Aller aux arènes est une suite, de corridas, de novilladas, de détours par le campo et de bien d'autres choses. Et le meilleur moyen d'entretenir cette relation passionnée reste tout de même d'y aller et de voir, encore et encore. C'est probablement pour cette raison que les discussions entre aficionados s'avèrent parfois interminables, et que d'y mettre fin laisse un goût amer. La corrida est un domaine large et très diversifié, et les souvenirs sont exponentiels. En sport, et quel que soit ce dernier, les supporters d'un même club n'ont certainement pas autant de matière à discussion et à débat. Tandis qu'en tauromachie, la chose est bien différente, car généralement, deux aficionados qui auraient au cours de leur vie vu exactement les mêmes corridas relèverait de l'exploit. Là où des hommes se jouent la vie, on peut rarement en voir les ralentis a posteriori. Et puis, en tauromachie, un écran interposé ôte de très nombreux paramètres indispensables à l'émotion.

Ci-contre, un objet en rapport avec le souvenir sans exactitudes que je viens à évoquer aujourd'hui. Nîmes, 30 mai 1998. Toros de Los Bayones, d'origine Atanasio-Lisardo, avec généralement moins de tête que chez Puerto de San Lorenzo ou Valdefresno qui sont du même encaste. Los Bayones, ce sont surtout les vedettes qui s'y collaient à la fin des années 90 et au début du nouveau millénaire. Aujourd'hui, force est de constater que ce fer est tombé dans un relatif anonymat. Cette corrida de 1998 pourrait être banale, au vu du cartel, et je pourrais très bien n'en avoir aucun souvenir, car pouvait-il y avoir quelque chose d'imprévisible ? Sur le papier, au sens propre, l'identité et le parcours de Morante de la Puebla ne sont pas détaillés. Pas une image. Morante remplaçait ce jour-là César Rincón, convalescent, et effectuait pour le coup sa présentation en France en tant que matador de toros. Mais ce n'est pas une ode à Morante dont il est question, je ne saurais même pas vous dire de quelle couleur était son costume, comment toréa-t-il, ni même comment se comportèrent ses deux compagnons de cartel.

Le souvenir provient en fait des tiers de piques, une sorte de tempête précédant une accalmie. Les arènes n'étaient guère loin de la maison, et le ciel était gris orageux ce jour-là. Imprévisibles. Les premiers exemplaires de Los Bayones ont semé le chaos. Une rupture après le boxon, c'est une certitude. Les trois premiers puis les trois derniers ? Quatre puis deux ? Ou deux puis quatre ? Impossible de s'en rappeler, même si je pencherais plutôt pour trois. Trois toros de Los Bayones, voire quatre, violents ou encastés, peut-être même les deux à la fois. Fascinant. Un toro dans la contre-piste, des chevaux au sol, un picador désarçonné, mis sur la touche et sérieusement touché, et un monosabio de la cuadra Heyral risquant sa poitrine et son existence en tenant la bride d'un cheval sans cavalier. Des images ici et là, et un ciel menaçant, un peu comme un plafond prêt à s'effondrer. Los Bayones n'a jamais dans sa réputation été un élevage fournissant des foudres de guerre. Il y a certainement eu quelques exceptions. L'histoire de ce fer et de cette appellation, ne provient pas comme on pourrait le penser à première vue d'hommes ou de femmes originaires de la ville de Bayonne. Le nom de Los Bayones découlerait en fait des baïonnettes retrouvées au début de l'existence de l'élevage, dans les prés où sont élevés ces toros. Champ des baïonnettes et atmosphère de guerre, maintenant je sais.

Florent

jeudi 27 octobre 2011

Ultra-Violets pour Toreros Friqués

"Les riches c'est fait pour être très riches, et les pauvres très pauvres". Don Salluste (Louis de Funès). La Folie des Grandeurs. 1971.

Chères vedettes,
L'an prochain, il fera grand soleil à Nîmes, aussi bien au mois de mai qu'en septembre. Même si cette ville s'est auto-exclue il y a quelques années, nous vous la conseillons tout de même. Dans les Landes, en juillet et en août, vous passerez par Mont-de-Marsan puis Dax, les toros sont mignons, la fête est sympa et la musique est bonne. Bayonne n'est pas très loin. Béziers et Arles vous plairont également. Quant à Vic-Fezensac, nous n'aborderons pas le sujet tout de suite, mais nous n'excluons pas pour autant un éventuel changement, qui pourrait permettre de vous y rendre d'ici un ou deux ans...

Samedi dernier, un "G7" de la tauromachie en France s'est réuni à Bayonne. A la suite de ce sommet, un communiqué a été publié, et il amène à diverses questions et observations.

"Pour la première fois, à l'initiative des maires de Bayonne, Dax et Mont-de-Marsan, s'est tenue le 22 octobre à Bayonne une rencontre historique entre les sept organisateurs publics et privés des arènes françaises de 1ère catégorie.

Dans le contexte de crise économique mondiale et dans le but de pérenniser la tauromachie, aujourd'hui inscrite au patrimoine immatériel culturel de la France, l'ensemble des participants (Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan, Arles, Nîmes, Béziers et Vic-Fezensac), à l'unanimité, a décidé de signer une charte définissant des règles communes afin de garantir l'avenir des places taurines françaises de façon solidaire.

Notons qu'ici, il est question "de garantir l'avenir des places taurines françaises de façon solidaire". Pourtant, seules sept d'entre elles étaient conviées et représentées à cette réunion.

Il a été convenu :

- De créer un groupe de travail visant à obtenir l'application du taux de TVA relatif aux spectacles vivants et culturels ;
Au mois de Septembre, des brèves sont apparues dans les revues Toros et Semana Grande, selon lesquelles des aficionados ont fait savoir que certains billets de corridas de fin de saison portaient la mention "TVA 5,5 %", sans qu'une baisse du prix des places soit constatée.
En conséquence, qu'en serait-il de la répercussion sur le prix des places si un nouveau taux de TVA venait à s'appliquer ?
Le taux de TVA actuel est-il considéré par les organisateurs comme un manque à gagner par rapport au futur taux de TVA envisagé ? Ou est-ce une démarche délibérée des mêmes organisateurs afin de permettre un meilleur accès à la tauromachie espagnole en France ? J'ai pour ma part bien peur qu'il s'agisse davantage de la solution n°1.

- De réduire les honoraires des toreros et le prix des élevages de 20 % pour les cachets et les contrats supérieurs à un montant de 60 000 euros ;
L'idée est louable. Cependant, un plafond maximum a-t-il été fixé pour les honoraires des toreros et ganaderos ?
La question de la présentation des toros qu'affrontent les vedettes a-t-elle été prise en compte ? Car hormis l'aspect financier, celui de la qualité des corridas proposées n'est pas négligeable (meilleure présentation des toros dans les grandes arènes). Surtout lorsque l'on pense aux multiples demandes des aficionados ces derniers temps.
Si cette baisse de 20 % est effective, n'y a-t-il pas pour le coup une obligation de transparence et d'information de la part des organisateurs ?

- De revaloriser dans la même mesure (20%) les cachets des toreros les plus modestes.
Pourquoi pas là-encore, tout en ayant à nouveau une obligation de transparence.

Par ailleurs, pour l'ensemble des novilladas, piquées et non piquées, il est décidé de faire appel aux ganaderos français, dans la mesure de leurs possibilités.
La question du protectionnisme est souvent de mise lors des diverses réunions et congrès de fin de saison.
Toutefois, si l'on se penche plus généralement sur les stats de l'intégralité de la saison française 2011, on constate que la profession de l'hexagone (toreros et éleveurs) est loin de constituer une portion congrue. Voici quelques chiffres :
Saison française 2011. 76 Corridas de Toros / 35 Novilladas / 44 Novilladas non piquées.
Sur 76 Corridas, un total de 443 toros ont été combattus, dont 79 provenant d'élevages français.
Sur 35 Novilladas avec picadors, un total de 208 novillos ont été combattus, dont 56 provenant d'élevages français.
Sur 44 Novilladas non piquées, un total de 202 erales ont été combattus, dont 146 provenant d'élevages français.
Quant aux toreros ; 217 "postes" étaient à pourvoir sur les 76 corridas organisées, 69 l'ont été par des matadors français. Et enfin, sur 104 "postes" à pourvoir sur les 35 novilladas organisées, 37 l'ont été par des novilleros français. Dans les deux cas, le ratio est aux environs d'un tiers, ce qui signifie qu'il y eut quasiment un français à l'affiche de chaque corrida ou novillada.

Cette charte sera proposée à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale de l'UVTF, afin d'être discutée et appliquée dans l'ensemble des arènes françaises.
Même question qu'au début. Cette réunion du 22 octobre était-elle un accord entre les 7 "plus grandes arènes" de France ou bien une sorte d'Avant-Congrès de l'Union des Villes Taurines de France ?

La réunion des sept arènes de première catégorie est fondatrice d'un groupe qui se réunira aussi souvent que nécessaire."

En résumé, on aurait aimé que d'autres questions soient abordées et dévoilées lors de ces "assises" de la tauromachie, avec moins de zones d'ombres. De la théorie à la pratique, n'y a-t-il qu'un pas ? En tant que contre-exemple, on peut se référer aux "Objectifs de la Nouvelle Présidence de l'Union des Villes Taurines de France" publiés le 2 décembre 2010. Publiés ou Oubliés ? Voici quelques extraits.

"Moderniser la gestion de l'institution UVTF, mais aussi par un effet incitatif, du monde taurin français en général, pour adapter la tauromachie aux exigences de l'époque actuelle, tout en faisant respecter l'intégrité du spectacle taurin qui ne peut se concevoir que dans le respect strict de grandes règles fondamentales ; INTÉGRITÉ DU TORO / RESPECT DES TERCIOS"
Y-a-t-il eu respect de cette intégrité en conséquence en 2011 dans les grandes arènes ? Notamment à Dax, à Mont-de-Marsan, et ailleurs... ?

"L'UVTF doit engager des actions pour permettre de réguler l'inflation galopante des prix des entrées, afin de conserver l'assise populaire de la culture taurine, et favoriser sa transmission aux générations futures."
Si quelqu'un pouvait m'éclairer sur ce point, car je n'ai pas constaté de changements pour la saison 2011.

"Assainir le monde taurin [...] Les sanctions règlementaires doivent être réformées pour être justes, dissuasives, tout en favorisant le spectacle."
Attendons par exemple les résultats des analyses de cornes de l'année écoulée, et voyons si l'UVTF prendra en conséquence des mesures. Par ailleurs, mentionnera-t-elle le cas de novillero(s) forfait(s) de certains cartels par le biais de faux certificats médicaux cet été, afin de proposer par exemple une interdiction d'un an de toréer en France ?

"PAS DE GRANDES OU DE PETITES ARENES [...] La tauromachie est une, multiple est variée, depuis une novillada sans chevaux d'un village jusqu'aux corridas de vedettes des grandes férias. C'est cette diversité de spectacles qui permet à tous d'accéder à la culture taurine, quel que soit l'âge ou les moyens financiers."
Disons que ce point ne légitime pas réellement la création d'un G7, surtout au vu de son intitulé.

Il y a comme un problème...

Florent

mardi 25 octobre 2011

Au bout du monde

Devant l'auto-radio comme seul guide, les mains sont moites. Pourtant il n'y a pas mort d'homme. Le sport réconcilie les nations, il permet aux hommes d'éviter les conflits et la guerre. Cela doit être l'esprit Coubertin ou dérivés. Pas d'images. Seuls des mots donc, ont pu accompagner ma lanterne lors de la finale du mondial de rugby, ce dimanche matin. Dès le début, les paroles symbolisaient des instants forts. Les joueurs français, auxquels on avait promis la déroute, l'humiliation et la honte se sont avancés face à la sauvagerie du cri de guerre de l'adversaire. Ils sont même allés jusqu'à franchir la ligne médiane. Puis la partie commença, les hommes vêtus de blancs ont été dignes et courageux, tandis que leurs adversaires "Néo-Z" ont balbutié leur jeu. Au milieu, un corps arbitral apparemment contesté. L'issue, chacun la connaît, et elle est plutôt douloureuse, même s'il n'y a pas mort d'homme. 8 à 7, le quinze de la Fougère a remporté le droit de soulever le trophée, mais son mythe est délavé et a pris un sacré coup. Le sport est censé réunir, pourtant l'issue d'une telle partie déchaîne la passion des nations et leur redonnerait presque une envie de guerre...

Mort d'homme il y eut en revanche la veille. Antonio Chenel "Antoñete" s'en est allé, et ceux qui comme moi n'ont jamais eu l'occasion de le voir toréer retiendront une mèche blanche, quelques images en noir et blanc pour l'éternité, de quelqu'un qui a marqué l'histoire de sa profession, et mieux encore, rentra dans la légende de son vivant.
Quelques jours auparavant, un autre homme est passé de vie à trépas. Son nom : Alfonso Guardiola. Là-encore, de nombreuses pages d'histoire pour ce patronyme dans le grand livre de la tauromachie. Guardiola, María Luisa, Séville, Lunes de Resaca, Puntillo, Mont-de-Marsan, Hagetmau, un incroyable nombre de trophées glanés par les toros de la maison. A titre personnel et davantage récent, je me souviendrai qu'Alfonso Guardiola a vu grandir dans ses près, le plus grand Toro qui m'ait été donné de voir dans une arène jusqu'à présent, un certain "Oeillet Blanc".

Une solennelle minute de silence est respectée en mémoire de ces deux hommes, à quatre heures de l'après-midi, lorsque se rompt le paseo aux arènes d'Aire-sur-Adour. A l'affiche, les toros sont de Yonnet, les cinq premiers avec le fer d'Hubert et le sixième avec celui de Françoise. Nés entre février et avril 2007, les uns et les autres sont tous différents de morphologies, tout en étant sérieux et irréprochables de présentation. Par la suite, aucun d'entre eux ne s'avèrera être un collaborateur docile.

Le chef de lidia Javier Castaño tomba sur un premier adversaire très faible voire invalide, qui dut être ménagé pendant la lidia. En fin de compte, le Yonnet démontra de la noblesse sur sa corne droite et Castaño des dispositions. Son second opposant, le plus corpulent du lot, laissa de nombreuses plumes en poussant lors de la première rencontre face à un mur en béton. La lidia suivit son cours, très bien menée par Javier Castaño, mais les deux autres piques administrées par Plácido Sandoval furent très légères, alors que le toro avait déjà commencé à s'éteindre. Fort dommage, car ce quatrième Yonnet semblait promettre bien mieux. En face, Castaño fit une nouvelle fois preuve d'un métier aguerri.

Dans un costume bleu piscine municipale et or, Manuel Escribano s'est joué la vie à l'occasion de son retour en France. Très exposé cape en mains, il réalisa une extraordinaire paire de banderilles au deuxième toro de l'après-midi. Escribano, assis sur le marchepied de la barrière, attendit le départ de son adversaire, situé à trois mètres de lui, pour clouer une très grande paire, à la fois por dentro et al quiebro ! Des choses que l'on ne voit plus fréquemment dans les arènes. Ce deuxième Yonnet, numéro 744, était si l'on parle vulgairement celui qui permettait le plus de "couper les oreilles" au cours de cette corrida. Avec l'envie d'un novillero, Manuel Escribano fit face à ce toro noble une faena quelque peu hachée, mais très volontaire et vaillante. Derrière le peu de contrats et un certain manque de technique, on devine tout de même que ce type sait toréer. Aussi, il est d'une catégorie de corridas que refuse les vedettes et au sein de laquelle ce torero semble avoir sa place. Il connut l'échec à l'heure de vérité. Devant le cinquième, distrait, compliqué, âpre et bronco, Manuel Escribano connut des difficultés. A plusieurs reprises, il aurait pu se faire soulever du fait des assauts violents du Yonnet. Un toro qui aurait par ailleurs mérité une faena appropriée, courte et avec des passes de châtiment par le bas, ce qui aurait évité quelques frayeurs au matador.

Enfin, Mehdi Savalli fut le matador le moins à la fête, tout d'abord débordé par le troisième, qui n'était pas prévu initialement dans le lot, puissant en deux piques, et compliqué. Lors de cette course, Savalli a montré sa technique limitée, puisqu'il connut également des difficultés face au dernier, porteur du fer de Françoise Yonnet. Cependant, malgré son côté brouillon et son manque de recours, l'arlésien a signé un sursaut d'orgueil final, et même si la réussite ne fut pas au rendez-vous, l'envie était là.

Un peu moins d'une demie arène. Très beau temps pour un dimanche de fin Octobre. Présidence de Matías González de Bilbao. Avec plus de forces et de caste, on aurait eu droit à un notable lot de toros. A signaler que tous les exemplaires de Yonnet ont pris au minimum deux piques, et que les trois matadors ont joué le jeu au moment de les mettre en suerte, ce qui est devenu assez rare à l'heure actuelle.

Florent

P.S : Pour clôturer le récit de cette course, il est regrettable qu'en Corrida de Toros, aucun cornu ne soit annoncé au public par le biais d'une pancarte avant chaque combat (ne serait-ce que le nom, le numéro, et la naissance). Il faut ainsi s'en remettre aux vétérinaires voire à l'éleveur pour récupérer les "datos" des toros. Si j'écris ces quelques lignes supplémentaires, c'est parce que je pense que les toros ne doivent pas être considérés comme des combattants anonymes.

Voici les "datos" des cinq toros d'Hubert Yonnet et de celui de Françoise Yonnet (sixième) combattus ce Dimanche 23 Octobre à Aire-sur-l'Adour :
1. "Estela" n°736 negro bragado meano corrido lucero (né en février 2007)
2. "Alios" n°744 burraco listón (né en mars 2007)
3. "Bougidan" n°769 negro mulato (né en avril 2007)
4. "Piquepoult" n°758 negro bragado meano (né en mars 2007)
5. "Paldmayre" n°765 negro bragado meano corrido gargantillo (né en mars 2007)
6. "Cassaïre" n°738 negro bragado (né en avril 2007)

mercredi 19 octobre 2011

Fête nationale

En fin de semaine dernière à Saragosse, il était impossible de parcourir plus de cinquante mètres autour des arènes sans tomber sur l'affiche du concours de recortadores avec les toros de Fernando Pereira Palha. Cette course dénommée "populaire" venait d'avoir lieu en matinée du 12 octobre, jour de la fête nationale espagnole. Je n'ai ni vu les recortadores esquiver les assauts des magnifiques toros illustrant les affiches, ni même la corrida qui eut lieu le même après-midi, avec du bétail de Parladé. Je sais simplement que lors de cette corrida, le mouchoir vert est tombé à quatre reprises. Symptomatique de la tauromachie actuelle, où l'on offre une place démesurée aux bêtes commerciales et indigentes, et en donnant trop peu l'occasion de briller aux élevages de Toros de combat. Pourtant, la corrida est historiquement caractérisée comme "Fiesta Nacional" en Espagne. Mais sûrement à cause de l'argent et de quelques intérêts, elle est désormais et malheureusement aux abois, se coupant toujours plus de ses racines populaires.

A chaque pré-saison, on entend les discours éplorés de commissions taurines ou d'organisateurs se plaignant d'avoir un choix restreint en matière d'élevages de "garantie". Et dans tout cela, c'est comme si l'élevage de Fernando Pereira Palha, parmi d'autres, n'existait pas. Prendre un risque à l'heure actuelle dans la composition d'une feria est quelque chose d'impensable pour la grande majorité de ceux qui les bâtissent, car il y a d'après eux l'obligation de garantie, avec des toros qui mettent la tête, permettant aux toreros de donner des passes, et aux spectateurs de passage d'en avoir pour leur argent. Pourtant, nous aficionados, aimerions tant admirer ne serait-ce qu'une fois, les charpentes et les robes multicolores des toros de Quinta da Foz. Parce que l'histoire de cet élevage est merveilleuse, parce que ces toros de Casta Vazqueña ont dans le sang et dans le ventre quelque chose de peu commun, et car lorsque l'on se penche sur les faits qui ont permis l'existence de cet élevage, on reste rêveur, avec la fabuleuse histoire de la vache Chinarra, dernière "Duchesse", sauvée de l'abattoir par David Ribeiro Telles, beau-frère de Fernando Palha.
Il y a une dizaine d'années, ces toros foulaient encore les ruedos pour y être combattus, et n'étaient pas réservés comme maintenant qu'aux acrobaties des recortadores et aux courses de rues. Sur le papier de présentation de la corrida que je suis allé voir à Saragosse – celle de Prieto de la Cal –, il y avait une curiosité, avec la présence dans les cuadrillas du jour de deux anciens et vaillants matadors de la fin des années 90, Rafael González et Juan Carlos García, en sachant que le premier des deux avait pris l'alternative à Céret... face aux toros de Fernando Palha.

La corrida de Prieto de la Cal en question a pour sa part été décevante. Et l'on constate que ces deux dernières saisons, cette ganadería n'est pas sur une bonne pente. Cependant, les toros de Prieto nous ont émerveillés jusqu'à récemment encore, comme me le faisait remarquer durant la corrida le cérétan José Angulo, avec le souvenir du toro Aguardentero combattu lors de l'exceptionnelle corrida-concours d'Arles, c'était il y a deux ans à peine. Et cela aide à garder espoir pour cet élevage. De la corrida de Saragosse, on retiendra que les Prieto ont déçu tant par leur présentation, certains trapíos et plusieurs cornes étaient contestables, que par leur moral, manquant de puissance et de caste.
Le toro le plus intéressant de l'après-midi fut un exemplaire d'Alcurrucén, sorti en quatrième position et complétant le lot, puisque les vétérinaires ne validèrent que cinq exemplaires de Prieto de la Cal. Barbero, du haut de ses cinq ans et demi, eut le comportement typique des Núñez dès le début de son combat. Suelto, abanto et froid, il alla mettre à terre le picador dès son entrée en piste, avant de prendre quatre autres rations de fer en sortant seul de la cavalerie. A la muleta, il était un toro exigeant, regardant sans cesse l'homme et lui demandant les papiers. Par chance, c'était Fernando Robleño sur son chemin, un torero expérimenté qui livra là une honorable prestation, pleine de courage et de sérénité. Voilà un matador indispensable à la corrida actuelle, on ne pourrait par ailleurs que trop conseiller aux générations futures de s'en inspirer.

A la sortie des arènes, voilà que me caressait l'esprit l'envie de revoir dans les ruedos des combats avec les toros de Don Fernando Palha...

Florent

lundi 10 octobre 2011

Huile de coude

Vu de l'extérieur. A Mont-de-Marsan, la mairie a mis en place il y a quelques semaines un appel d'offres afin de choisir un prestataire pour les arènes à partir de la saison prochaine. Avant cette procédure, le prestataire en charge des Toros à Mont-de-Marsan aura fait trois saisons. Curieusement, ce mandat a commencé par une corrida de La Quinta pour s'achever sur une autre... de La Quinta. La première des deux citées, celle de 2009, je m'en souviens bien, puisque c'est le jour où j'ai perdu toute illusion sur cet élevage. A regarder l'ensemble de ces trois saisons en question, et sur ce que j'en ai vu, je retiens bien évidemment la grande corrida de Fuente Ymbro en 2009. Quant au reste, je ne m'étendrai pas davantage, si ce n'est pour dire que trop de bestioles imprésentables ont foulé la piste du Plumaçon. Vers le mois d'avril de cette année 2011, j'avais écrit un papier intitulé "A Monté-dé-Marsane no iremos", trouvant les cartels peu dignes d'intérêt, et surtout peu dignes des exigences que devrait avoir cette arène. Mont-de-Marsan méritait autre chose. Le 19 juillet dernier, il semble bien que la boucle ait été bouclée avec le ridicule défilé des La Quinta, planqués en catimini dans les corrales de Saint-Sever jusque trois heures avant la course.

Il y a quelques jours, j'ai découvert l'existence d'un "Collectif" – puisque c'est ainsi qu'il a été nommé – regroupant les aficionados de Mont-de-Marsan, afin de se faire entendre, et de faire pression pour que le Plumaçon retrouve son véritable statut : celui d'une arène de catégorie (en première à l'UVTF). Cette démarche est audacieuse et tout à fait louable, car comment ne pas écouter l'afición locale lorsqu'elle monte au créneau ? Ce qui est le cas aujourd'hui. L'afición locale, à Mont-de-Marsan ou ailleurs, elle sera toujours-là, car elle fait partie du décor, et il faut la respecter. Tandis que les commissions taurines sont quant à elles simplement de passage, et parfois même, elles dégagent.

Une belle initiative donc, car devant bon nombre de corridas affligeantes, les aficionados Montois auraient pu tourner le dos et se désintéresser. Au contraire, ils montrent qu'ils n'ont pas joué les déserteurs. Pourquoi ? Certainement parce qu'ils sont attachés au Plumaçon, à son image, et qu'ils veulent être fiers des corridas qui s'y déroulent. Aficionados locaux qui payent leur place, ils n'ont plus envie d'être les dindons de la farce, et de voir l'appellation "Corrida de Toros" galvaudée, avec du bétail mal présenté, et souvent monopiqué... Ce qui ne correspond pourtant pas à la catégorie de l'arène. Les aficionados Montois se mobilisent, et en conséquence, on les comprend, et on approuve totalement leur démarche.

Florent

Voici l'adresse du site du "Collectif" :
Collectif-madeleine2012.blogspot.com

"Le Collectif Madeleine 2012 est un regroupement d’associations taurines de Mont de Marsan et ses alentours, d’aficionados locaux et de personnalités diverses, créé dans le cadre de l’appel d’offres pour l’organisation des corridas de la Madeleine (oct.2011).

CHARTE DES SIGNATAIRES

Dans le cadre de l’appel d’offres pour l’organisation des corridas du Plumaçon, le Collectif "Madeleine 2012" est une force de proposition et de soutien unique dont l’objectif clairement affiché est d’établir un partenariat avec le candidat le plus à même de comprendre les attentes de l’Aficion de Mont de Marsan.

Nos buts :

- L’implication de tous les acteurs de la vie taurine montoise dans la conception des spectacles tauromachiques de la Madeleine ; implication dont on sait l’énorme portée identitaire.

- La mise en œuvre d’une feria vraiment équilibrée, représentative des aficionados locaux dans leur diversité, alternance de corridas toristas et toreristas sans déficit de présentation.

- La pérennisation d’une novillada sérieuse et d'une corrida-concours "événement", fleuron de nos Fêtes, avec ou sans vedettes, sous une forme traditionnelle ou tout à fait nouvelle.

En cas de victoire de notre regroupement et du candidat/partenaire, le Collectif élira en son sein un comité de représentants chargé de négocier directement avec le prestataire et d’en valider ou non les décisions. Porte-parole du Collectif, il est le garant du strict respect de cette charte et de son esprit. Dans tous les cas, ce comité sera chargé de négocier avec les responsables municipaux (mairie et commission taurine), dans le respect des objectifs définis dans la Charte ci-dessus."

dimanche 9 octobre 2011

Christian Baile

C'est au hasard d'internet que j'ai appris ce soir le décès de Christian Baile. Comme on s'en rappelle encore, cet homme avait été pris de manière terrible par un novillo de Miura dans le callejón de Carcassonne le 23 août 2009, alors qu'il officiait en tant qu'alguazil. De manière miraculeuse, avec grand courage, et grâce à l'équipe médicale, Christian Baile avait survécu à ce très grave accident. Ce week-end carcassonnais d'une intensité extraordinaire, j'ai l'impression que c'était encore hier, avec les deux novilladas très marquantes, pour des raisons différentes, de Joaquín Moreno de Silva et de Miura. C'est non sans peine que j'ai donc eu connaissance de la mort de Christian Baile ce week-end, lui qui avait été en dehors des toros une figure dans le milieu du rugby à XIII.

Une pensée pour sa famille et ses proches.

Florent

En lien, l'article du "Magazine du Carcassonnais", dont l'image en illustration est issue.

samedi 8 octobre 2011

Souvenirs froissés (I)

CICATRICES

Débuts avancés pour cette série intitulée "Souvenirs froissés" que j'avais l'intention de commencer dans les semaines à venir. J'en expliquerai par ailleurs les motivations ainsi que le sens dans un article ultérieur. Mais hier soir, du fait de l'actualité et de certaines images, ma mémoire a fait un bond de plus d'une dizaine d'années en arrière, et il m'est venu à l'idée d'écrire sur ce ressenti.
Ce souvenir, aussi marquant que terrifiant, date de 1997, et ne se ponctuait avant que je ne fasse des recherches, qu'à quelques vagues images dignes d'un cauchemar. C'était dans Face au Toril, sur France 3 Sud, à l'époque où ma zone géographique me permettait de regarder cette émission du haut de mon très jeune âge. Joël Jacobi était probablement la personne qui commentait cet extrait vidéo. Le contenu de ces images : un homme vêtu de bleu roi et or, allant à porta gayola à la Maestranza de Séville, se faisant percuter de pleine face, puis retombant inanimé au sol, le visage scindé en deux. Ce torero avait-il survécu ? Était-il mort ? Voilà les questions que je me posais car je ne savais rien de plus que les quelques images qui venaient de se graver dans ma tête.

Ce n'est que quelques années plus tard que j'ai su, à force de lectures, et d'images, que ce torero s'appelait Franco Cardeño. Et il n'est pas mort, premier miracle. Aussi, ce terrible coup de corne ne lui a pas laissé de séquelles par la suite, second miracle. La scène dramatique et à vous glacer le sang que l'on voit à l'image, a donc eu lieu à Séville, le 8 avril 1997. Chef de lidia ce jour-là, Franco Cardeño alla accueillir le premier toro de l'après-midi à genoux, face au toril. Puis Hocicón, numéro 40, de Prieto de la Cal, sortit, et le prit de plein fouet, pour lui déchiqueter le visage de la bouche jusqu'à l'oeil. J'imagine à peine la sensation qu'ont eu les aficionados présents dans les arènes ce jour-là, probablement comme un grand souffle froid. Il s'agissait qui plus est de la première corrida de la Feria de Abril, dite "Corrida de l'Opportunité" par l'empresa, qui avait fait venir six toreros sévillans pour affronter les toros de Prieto de la Cal. Aux différentes lectures que j'ai eu, il faut également dire que Franco Cardeño avait préalablement mené une grève de la faim pour protester contre le non-engagement des modestes toreros sévillans. Et puis vint cette corrida, cette porta gayola menant à l'effroyable, et laissant l'une des images les plus prenantes de la Corrida ces vingt dernières années.

Si j'évoque le souvenir de la dramatique blessure de Franco Cardeño, c'est parce qu'elle m'a fait beaucoup penser à celle de Juan José Padilla reçue hier à Saragosse, et vous l'aurez certainement compris. Depuis hier, je me suis fait une conviction personnelle selon laquelle les coups de corne au visage ne sont pas sytématiquement les plus graves et les plus lourds de conséquences, mais en tous cas les plus effrayants et la pire vision d'horreur que l'on puisse avoir dans une arène. Je ne vais pas me livrer à un historique des cornadas reçues au cou ou au visage par des matadors, mais par exemple, celle de Julio Aparicio à Madrid l'an passé vient conforter cette idée de l'effroi. Souvent, les blessures les plus graves se produisent aux moments où on ne les attend pas. Alors que la tragédie elle, plane tout le temps au-dessus d'une arène. Le risque et l'incertitude font de la corrida quelque chose de sérieux et d'unique, sans pour autant que ses amateurs ne puissent être taxés de voyeurs ou de masochistes. Le danger est présent, et les drames font partie intégrante du décor, même s'ils sont douloureux et parfois malheureux. Me vient alors à l'esprit le célèbre dicton "Ici on se joue la vie".

Si j'écris ce texte aujourd'hui, c'est pour rendre hommage à Juan José Padilla. Et pour aller jusqu'au bout de ma pensée, je reconnais que je ne suis pas un fervent admirateur du "Ciclón de Jerez", à cause d'attitudes parfois déplaisantes et de certaines pitreries tendant à la vulgarité. Mais, comme d'autres, j'ai peut-être été très dur et ai trop souvent oublié de là où était revenu Padilla à plusieurs reprises, à savoir l'enfer. Il faut citer à cet égard les gravissimes blessures de San Sebastián et de Pamplona en 2001, parmi de nombreuses autres. Aussi, je préfère mentionner le fait que je ne suis pas un inconditionnel de Padilla, car cela m'évite de faire le faux-derche et de tenter de retourner maladroitement ma veste.
Ce torero est un paradoxe. A Béziers, il y a quelques années, j'avais eu un étrange ressenti vis-à-vis de sa prestation face à un toro impressionnant de Valdefresno, doté d'une douce noblesse. Il avait coupé deux oreilles, et j'avais trouvé là un mélange de populisme, de courage, de vulgarité, de sincérité et aussi de trucages. Durant la faena, du sang coulait sur le long de sa jambe, et ce n'était pas dû à son adversaire de Valdefresno, mais à un autre de José Escolar Gil qui l'avait encorné la veille à Dax. Abnégation hors du commun.

Hier à Saragosse, Juan José Padilla a été pris au sol par un toro d'Ana Romero après avoir posé la troisième paire de banderilles. Il a été pris et défiguré à la suite d'un geste très torero. En effet, alors que le toro lui coupa le terrain, Padilla ne chercha pas l'échappatoire et alla poser les banderilles dans le berceau, avant de trébucher pour le dramatique accident que l'on connaît. En vingt années de carrière, Juan José Padilla aura ainsi énormément souffert de la corne des toros. Matador à l'incroyable décontraction les jours de corridas, il faut rappeler qu'au-delà de ses attitudes parfois "villageoises", Padilla possède de grandes capacités techniques, physiques, et peut atteindre un très haut niveau lorsqu'il se met à toréer et à lidier avec sérieux. Sa carrière elle, est unique et très méritoire. Après tant d'années passées à affronter les Toros de respect, il semble qu'il n'ait pas de problèmes pour joindre les deux bouts à la fin de chaque saison. Ainsi, personne ne l'a obligé à continuer à affronter après tant d'années, les élevages redoutés par les vedettes. Car oui, il aurait pu sans encombres tendre vers une carrière de torero-banderillero façon "El Fandi" pour ne citer que lui, et parcourir les villages pour y affronter des bêtes sans rapport avec celles qu'il a l'habitude de croiser.

Après cette blessure, je n'ai pas envie de parler de la carrière de Juan José Padilla au passé. Pourtant, les dégâts et les séquelles semblent difficiles à éviter d'après les propos des médecins. Mais si son rêve est de revêtir à nouveau l'habit de lumières pour revenir une fois de plus de l'enfer, ce qui sera peut-être le cas, alors on le soutiendra, tant pour l'homme que pour le matador qu'il est. Et quoi qu'il en soit, Juan José Padilla a depuis longtemps inscrit son nom en haut de la liste des héros des ruedos.

Florent

(Image M.B Production : Franco Cardeño, Séville, 8 avril 1997)