samedi 26 février 2011

Impasse Cebada Gago

Si l'on regarde les affiches des corridas pour vedettes du début des années 1990, il n'est pas rare de retrouver l'élevage de Cebada Gago. Ce nom revenait fréquemment, jusqu'à ce qu'un jour, les figuras sentirent un goût de trahison. Trahies, par le lot d'énigmes que pouvait apporter l'encaste Núñez en certaines circonstances. Trop exigeants, trop de problèmes, trop de temps et d'efforts pour plier ces toros et triompher d'eux. Les vedettes ont brûlé ce qu'elles ont aimé, et l'élevage de Cebada s'en est allé pour d'autres contrées, celles des corridas pour toreros moins renommés, dans la pénombre. Seulement quelques années après cet abandon, Cebada Gago est devenu un "plat torista", et les aficionados n'ont pas perdu au change.
Le nouveau millénaire est arrivé, et l'on a aimé voir ces Cebadas à la belle musculature, charpentés et astifinos, des toros de guerre. Il était plaisant de voir la variété de leurs pelages, des castaños, des colorados, des ensabanados, blancs avec quelques tâches noires, des burracos, ou encore des negros entrepelados, noirs grisonnants. Ils étaient encastés et combatifs dans toute arène et à toute saison. Comme en témoigne l'année 2004. Rien qu'en France, il y eut des lots entiers à Arles, Vic-Fezensac, Béziers puis Floirac. A Arles, ce fut une grande corrida au mois d'avril avec un toro de vuelta, puis un autre toro de vuelta, Astillero, au mois de septembre lors de la corrida-concours, avec le prix en poche. Pour clôturer sa saison française, Cebada Gago avait envoyé un lot à Floirac, la seule arène au Nord de la Garonne. C'était au début de l'automne, dans cette grande plaza en fer, avec des immeubles autour. Là encore, sous le crachin girondin, il y eut quelques Cebadas d'un grand niveau, encastés et avec du moteur.
Puis le problème de la langue bleue est arrivé, et l'on ne vit plus les toros à la devise rouge et verte en France. Chez les Ibères, les toros continuèrent à sortir à Bilbao, à Pamplona et dans bien d'autres arènes. Mais l'heure du "bache" arriva, et Cebada rentra dans une période de moindre lustre. La caste n'était plus au rendez-vous, et l'élevage s'effaça peu à peu dans les noms fétiches de l'afición. En 2009 à Vic-Fezensac, lors de la corrida-concours où triompha Camarito de Palha, il y eut bien un toro de Cebada Gago. Il resta inédit tout en semant un peu d'espoir. Mais un toro, c'est trop peu pour donner des illusions et des certitudes sur un élevage. La même année à Santander, j'ai eu l'occasion de voir un lot complet de Cebada. Complet, car ils étaient six. Mais loin d'être complet au sens qualitatif du terme. Rien à la pique, deux toros décastés et totalement éteints, deux maniables sans qu'il ne s'agisse de bons toros, puis deux autres dangereux, arrêtés et sur la défensive. Rien de merveilleux en résumé. L'an passé, Cebada Gago a fait combattre une corrida entière à Istres, six ans après la dernière en France ! Toujours est-il que cette ganadería reste à un plan plus que secondaire, en attendant le retour de la caste et de la lumière.

Florent

(Image : Toro de Cebada Gago, Istres 2010)

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