mercredi 23 février 2011

Quand tauromachie rime avec oligarchie

Dolores Aguirre, Conde de la Maza ou encore Alcurrucén, voilà quelques noms qui mettent l'eau à la bouche lorsque l'on regarde de manière évasive la liste des ganaderías pour la prochaine feria de Séville. Mais à s'y pencher de plus près, on peut vite devenir dubitatif, puisque le lobby des figuras (qui se proclament désormais comme faisant partie du "G-10 de la tauromachie") se fait fortement sentir. Et il y a de quoi lorsque l'on aperçoit par exemple la double présence de Cayetano Rivera Ordóñez lors de cette prestigieuse feria, dont la durée est de quinze jours. Cayetano affrontera ainsi des courses de Garcigrande et Torrehandilla. Mais à y trouver une légitimité, il faut vraiment bien chercher, qu'y a-t-il hormis le fait qu'il soit un enfant de supplicié ? C'est avec de tels exemples que l'on voit bien que la tauromachie rime avec oligarchie, car quelques puissants ont l'emprise sur elle, et ils décident, imposent, tout en faisant avaler des choses de peu de vertu. Que ce soit pour Cayetano ou les autres oligarques, si le triomphe n'est pas au rendez-vous, alors on entendra les sempiternels et énervants "la corrida podía haber funcionado, pero a los toros les faltaba fuerza". Et c'est à l'unisson que toreros, apoderados et revisteros reprendront ce refrain. Aussi, aucune voix ne s'élève contre Cayetano, ce torero jet-set dont la présence dans de nombreux carteles n'est pas due à une réussite acharnée. Il est là parce que son père a été, et parce que c'est un bel exemple de "réussite aux pistons". En plus de cela, les médias taurins ou extra-taurins ne se privent pas pour lui cirer copieusement les pompes. En parlant de courage, d'opiniâtreté dans l'adversité et d'efforts peu reconnus, cela fait penser à des choses récentes. Le 22 août dernier à Bilbao, Sergio Aguilar affrontait une course très sérieuse du fer d'Alcurrucén, pas le genre de corrida où l'on verra en face Cayetano et ses collègues à la mode. Ce jour-là, à Vista Alegre, Aguilar n'eut qu'un seul adversaire, un toro très charpenté, avec des armures astifinas et longues, perçant presque le ciel bas de Vizcaye. Aguilar fut d'un stoïcisme remarquable, tentant de dominer son adversaire exigeant avec calme, sitio et courage. Le toro d'Alcurrucén encorna une première fois Sergio Aguilar à la cuisse, mais le matador resta en piste. Puis un autre coup de corne peu de temps après, sous le menton cette fois-ci. Blessure très grave. Etre matador de toros, ça ne veut pas dire être suicidaire ou kamikaze. Mais quand on voit des hommes comme Sergio Aguilar donner toute leur sincérité face au toro de combat, on ne peut être qu'admiratif. Aguilar ne fait pas les gros titres de la presse people espagnole ou des médias taurins-commerciaux. Le 22 août dernier au soir, le site taurin espagnol le plus connu avait titré "La saveur amère d'une corne". Un jeu de mots pas vraiment intelligent, que le rédacteur n'aurait sûrement pas osé si le matador en question avait été Cayetano. Paradoxe de la tauromachie, il y a ces êtres superficiels, qui font de la figuration, et engrangent de très nombreux contrats face à des corridas relativement commodes. Puis il y en a d'autres qui se jouent la vie pour de vrai à chaque course, et savent ce qu'est l'adversité. Dans notre coeur d'aficionado a los toros, seule la deuxième catégorie citée a de l'importance.

Florent

(Photo de "Estimado" François Bruschet : Sergio Aguilar face à "Mimoso" de José Escolar Gil lors de Céret de Toros 2008)

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