lundi 7 février 2011

Toros y Cárcel

Il y avait comme une sensation étrange ce jour-là. Et c'est seulement un an et demi après que j'en ai compris le pourquoi. Il y a quelques semaines, au mois de janvier, le site taurino-publicitaire Mundotoro a diffusé un reportage sur la ganadería de Cantinuevo, basée en Castille. Sur cette brève mais éloquente bande vidéo, on pouvait y apercevoir des conditions intensives d'élevage, avec fundas, espaces restreints et grillages. Mais à quoi bon promouvoir ce genre de choses lorsque l'on sait qu'elles desservent la tauromachie ? Peu de temps après, chez nous, de l'autre côté des Pyrénées, le phare de Vieux-Boucau s'est offusqué en qualifiant d'"Horreur" l'élevage de Cantinuevo, et en concluant cependant sur une note d'espoir pour le ganadero en écrivant "Si Antonio González triomphe, l'horreur est pour demain". Mais comment est-il possible d'envisager le triomphe de cet élevage qui ne s'est jamais présenté dans une arène sérieuse (de petite ou grande taille) et qui n'a pas pour vertu le respect du taureau de combat ? Pourtant, on peut aussi mesurer la chose en se disant qu'il y a bon nombre de ganaderías commerciales (quasi-industrielles) faisant combattre beaucoup de courses par an et dont les conditions d'élevage pourraient se rapprocher de celles de Cantinuevo même si ce dernier exemple est une exception très poussée de l'élevage intensif.
En faire la publicité me semble être une chose malsaine, mais je dois reconnaître que pour le coup, j'ai été en contrepartie informé. Car un lot de Cantinuevo, j'en ai déjà vu un, et je ne savais absolument pas d'où cela sortait. Je suis désormais en mesure de faire le rapprochement, en relevant également quelques coïncidences. Il y avait ainsi une corrida de Cantinuevo le 4 octobre 2009 à Soria, en Castille-León. Le résultat fut piètre, et j'en avais même gardé la petite affiche de 30 centimètres de long sur 10 de large distribuée à l'entrée des arènes. Il y avait marqué "6 BRAVOS TOROS DE CANTINUEVO 6", mais aucune mention ne figurait en rapport avec l'élevage intensif. Les arènes de Soria ont une capacité de 6 000 spectateurs, mais ce 4 octobre 2009, il y en avait 200. J'avais titré "Huis Clos" pour qualifier cette corrida sans histoire, marquée par le dominio de Raúl Velasco face à des toros décastés, sans race, et au comportement parfois étrange pour lequel j'arrive désormais à faire le rapprochement avec les conditions d'élevage. Mais peut-être que je me trompe et que cela n'a rien à voir. Pourtant, c'était la première fois que je voyais sortir des toros ainsi, décastés, mièvres, avec en plus de cela quelque chose de difficile à définir. Ce qui est sûr, c'est qu'ils entraient dans les qualificatifs : mansos, descastados, con poca fuerza y mal hechos. C'était un sentiment de concentration qui pesait au-dessus de cette course. Le premier toro portait le nom de "Matón", en espagnol cela veut dire "brute", mais si l'on garde le terme tel quel en français, cela donne gardien de prison. L'élevage de Cantinuevo n'a probablement pas d'avenir ni de possibilité de succès sur le plan taurin, surtout lorsque l'on voit comment les toros sortent. Et puis le taureau de combat, ce n'est pas un taulard.

Florent

(Image : Juan Luis Pizarro face à "Matón" de Cantinuevo)

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