mercredi 9 mars 2011

Contre vents et marées

Les fondations, le ciment, le bois, ou le fer de la portative, le sable, le ruedo, et les toros qui le parcourent. Les hommes vêtus de lumières diront toujours qu'ils préfèrent être dans l'arène sous la pluie plutôt qu'en plein milieu de rafales de vent. Mais la flotte peut avoir à la fois des avantages et des inconvénients. Le vent fort, qui dégage les nuages pour offrir un ciel azur n'est jamais du meilleur effet, le sable vole dans tous les sens, et les capes et muletas sont en proie aux rafales comme le linge étendu en plein courant d'air. Quand Eole souffle, le moindre mouvement pourtant bien donné peut s'avérer être une erreur fatale. Le vent découvre, et offre le corps de l'homme aux armes de la bête sacrée.
L'eau, la pluie, c'est une autre affaire. Avec le crachin, ou quand elle se fait légère avec des gouttes éparses et éphémères, le pluie n'est pas gênante. Et elle donne même parfois de la fluidité aux mouvements, les toros sont plus mobiles, et les hommes plus motivés, en condition pour le succès. D'autres fois, la pluie fine juxtaposée au ciel sombre et inquiétant donne un côté morne, où tout est interminable, sans éclaircies, que de grisaille, sur terre comme au ciel. En revanche, quand elle tombe de plus belle, la flotte démotive ou bien surmotive. Faut-il sortir les toros malgré ce temps ? Ou bien repousser l'échéance ? Ou même ne rien célébrer, sine die, à jamais ?
Parfois aussi, la pluie se fait forte et l'on assiste à une belle course, au final, les vêtements mouillés qui collent au corps ne sont que le tribut à payer, une sorte de contrepartie. Mais lorsque les nuages font naître une pluie diluvienne, ainsi que des marécages incertains en guise de piste, on préférerait que rien n'ait lieu. Conditions impossibles, lidia faussée, sol impraticable. Malgré une piscine sur la piste ensablée, le paseo a lieu, et les hommes redoutent le moindre faux-pas. Ce fut le cas à Céret en 2008 pour la corrida de Prieto de la Cal. Il y avait une pluviométrie telle que la célébration de la course fut une surprise. La piste était inondée, les hommes étaient là, et trois Prietos virent pour la dernière fois une autre marisma. La marisma cérétane. Trois sortirent, dans des conditions dantesques, si bien que l'on ne put pas les voir réellement, ni juger leur comportement. Rafaelillo fut d'un courage épique, comme souvent. Trois des sept Veraguas amenés à Céret tombèrent ce soir-là, quand se mêlèrent trombes d'eau, orages, tonnerre et éclairs. Quatre restèrent et virent un répit accordé. L'année d'après, Comilón, un magnifique jabonero faisant partie du lot cérétan, sortit pour Luis Miguel Encabo dans une plaza d'Aragon. Un autre rescapé, Pajarraco, au pelage castaño, fit quant à lui une belle impression au printemps suivant lors de la corrida-concours de Saragosse. Et puis Aguardentero, qui se révéla en septembre 2009 aux arènes d'Arles, lors d'une autre corrida-concours. Lui était sobrero à Céret, et ne risquait donc pas de sortir à l'époque sauf en cas d'un problème physique de l'un des six autres Prietos. Aguardentero avait ainsi pris une herbe, et pour le reste, ce fut à la fois bonheur et émotion. Trapío, belleza, sauvagerie, caste, poder, avec un tiers de piques extraordinaire. Ensuite, le matador qui l'affronta sembla peu motivé à nous le montrer au troisième tiers, sous un grand soleil estival. Voilà le destin d'Aguardentero, de ses frères de camada, rescapés de l'orage et du déluge, et dont le blason de leur caste allait s'avérer au grand jour bien des mois plus tard. Il en est ainsi de la tauromachie, des éléments, du soleil, de la chaleur, du vent, de la pluie ou de l'orage. Tant d'incertitudes.

Florent

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