mardi 22 mars 2011

L'envers du décor

Durant une semaine pour les Fallas de Valencia se sont succédées des corridas commerciales à la réussite diverse, bien que la proportion de toros faibles et invalides fut très importante. En clôture le Dimanche 20 Mars était annoncée une corrida d'Adolfo Martín. Ce ne fut pas la révolution certes, mais le décor a littéralement changé l'espace d'une fin d'après-midi. Les vedettes avaient quitté Valencia ce soir-là, les toros commerciaux aussi, quoiqu'il devait en rester encore quelques reliques dans les corrales, qui sortiront on ne sait où cette saison, après de longs voyages d'arène en arène. A la place, six Albaserradas d'Adolfo Martín, pour Rafaelillo, Tomás Sánchez et Alberto Aguilar. Un autre monde comparé à tout ce qui est sorti la semaine précédant cette course. Il y avait du soleil, du vent, et dans les chiqueros, six Adolfos âgés de cinq ans et sérieusement présentés. Au final, ils sont sortis variés au niveau du comportement, ont globalement manqué de forces même si la plupart ont récupéré pour le troisième tiers. Et à la pique, les douze rencontres n'ont rien révélé d'extraordinaire. D'accord, c'est vrai, ce n'était pas une révolution, mais il y avait dans le ruedo du Levante ce dimanche des animaux possédant une gueule de taureau de combat, et mieux encore, ses caractéristiques. Plusieurs toros ont été très intéressants, permettant de voir des combats dans l'adversité et l'émotion. Au mois de Mars, les toros sont généralement plus fragiles, les bêtes commerciales qui sortent avec peu de puissance le reste de la temporada s'avèrent être des limaces à ce moment-là. Chez Adolfo, on a déjà vu des signes de faiblesse en toute saison, et dimanche, il y en avait un fond. Le chef de lidia Rafaelillo en a fait les frais, son premier possédait une charge au ralenti, endormie, sans moteur ni transmission. Son second était carrément invalide, et le matador dut l'estoquer directement après l'avoir vu s'affaler deux fois en début de faena. Ce fut la mauvaise note de la course. Mais cette corrida de fin de Fallas a quand même offert quelques surprises et satisfactions. Tomás Sánchez, très sincèrement, je ne le connaissais pas avant cette course. Il a effectué deux paseos l'an dernier, et on a pu très vite le constater. Aviador, son premier adversaire, était magnifique de présentation, imposant et très armé, dans le type de son encaste. Vif dès son entrée, il se retrouva dans le callejón après un saut de félin. Mansedumbre ? Pas pour autant. Cet Adolfo comme d'autres a recouvré ses forces au dernier tiers. Il était un toro exigeant avec du genio tout en offrant une dizaine de muletazos. Et c'est là que le valeureux Tomás Sánchez s'est illustré, malgré le manque de sitio, avec un courage énorme et une volonté de novillero d'antan. Il a donné plusieurs passes sincères, avec émotion et transmission, dignes d'un vrai combat. A la mort, il s'est jeté, pour mettre une belle estocade sin puntilla, et a obtenu une oreille méritée, malgré son statut de matador modeste. Si seulement la corrida était plus souvent comme cela... Au cinquième, le téméraire Sánchez y est retourné, avec moins de réussite c'est vrai, face à un toro collant et exigeant. Il paya son envie et son engagement par un accrochage sans conséquences. La corne gauche de l'Adolfo offrait elle aussi quelques muletazos estimables. De nouveau une belle estocade... mais au troisième essai. Le lendemain, Tomás Sánchez reçut le prix à la meilleure estocade de la feria des Fallas. Même symbolique, c'est une belle récompense, car ces hommes sont matadores de toros avant d'être toreros.
Et puis il y avait Alberto Aguilar, qui fit meilleure figure qu'en fin de saison passée. Au troisième, il donna quelques gestes à droite en début de faena, face à un adversaire de courte durée, vite décomposé et sur la défensive. Cependant, c'est au sixième que la corrida toucha son point culminant. Le pensionnaire d'Adolfo Martín, Revoltoso, était âgé de quasiment six ans (né en avril 2005), il était redoutable de présentation, avec des armures veletas et très pointues. Aguilar l'accueillit par une larga à genoux. S'en suivit un tiers de piques pour la formalité, ce qui est dommage mais assez habituel avec les Albaserradas. Toutefois, ce combat n'était pas dénué de tout intérêt, loin de là. A la muleta, Revoltoso était un ensemble particulier mais pas rare dans son encaste, à la fois noble, encasté et exigeant. Au culot, Alberto Aguilar a très bien commencé avec un cite de loin, puis en enchaînant par trois séries droitières courageuses et vibrantes. En face, le toro ne permettait aucune erreur malgré sa belle charge fixe. De la gauche, Aguilar donna une belle série engagée, puis le tío très armé le souleva, et lui infligea un coup de corne en bas de la jambe. La zapatilla du matador épongeait son sang. Mais l'homme héroïque resta malgré tout en piste, très diminué, sur une jambe, qu'importe l'épée au vu de sa condition physique à ce moment-là. Alberto Aguilar, en "matador de toros" lui aussi, estoqua Revoltoso avec réussite, et coupa une oreille légitime. Ovation à la dépouille de Revoltoso.
Une fois de plus, voilà une course qui nous fait préférer les toros sérieux avec en face des matadors possédant coeur, courage et tripes... Plutôt que des corridas où l'animal désacralisé est le serviteur du torero de troisième tiers.

Florent

(Image : "Revoltoso", le sixième Adolfo Martín âgé de six ans à un mois près)

1 commentaire:

  1. Tout à fait d'accord avec toi concernant Aguilar. Je l'ai trouvé beaucoup moins "électrique" que l'année passée, plus profond, plus relâché et quel engagement !

    Au passage, bravo pour ton blog que je viens parcourir régulièrement !
    Manolete

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