samedi 30 avril 2011

Bizarreries du contexte

De la cuvée arlésienne, il me restait à évoquer la corrida matinale du Dimanche de Pâques, durant laquelle défilèrent les taureaux français du Scamandre. A première vue, j'aurais pu expédier en trois lignes cette longue course de 160 minutes globalement fade. Toutefois, il y eut quelques moments intéressants mais éparpillés, et c'est de là qu'est venu l'ennui. Un soleil de plomb régnait au-dessus des nuages ce matin-là, et la foule snob-torerista avait décidé de ne pas assister à cette corrida. Peut-être ont-ils davantage eu peur de voir le soleil moudre leurs scaphandres, plus que de voir sortir sans foudre le lot du Scamandre. Un cinquième d'arène donc un dimanche matin de feria.

Trivialement nommés les "Valdefresnos français" dans un journal local, il est tout de même vrai que ces taureaux s'inscrivaient parfaitement dans la lignée de l'origine Atanasio Fernández / Lisardo Sánchez. Tant par leurs physiques que par certains noms éloquents, comme Dudito, Cigarrito ou encore Buscatriunfos qui ne sont pas rares chez Puerto de San Lorenzo, Los Bayones ou Valdefresno. Première bizarrerie, cette corrida d'un fer hexagonal ne figurait pas au concours "Toros de France". Vêtus du poil d'hiver, les sept Scamandre ont composé un lot inégal, souvent charpentés, avec de nombreuses pointes abîmées, astillées, sans que l'on ne puisse pour autant envisager une intervention de basse-police en arrière-cour. Le plus intéressant à la pique fut le taureau d'ouverture, "Molinero", qui poussa avec bravoure en deux belles rencontres, un beau batacazo ponctuant la première. Nuance avec le cinquième exemplaire qui lui aussi mit la cavalerie à terre, mais sans bravoure. La raison, un cheval beaucoup trop léger qui tenait à peine sur ses antérieurs.

En général, on vit un lot rapidement éteint, au moteur et à la caste enrayés. Devant le premier qui fut brave à la pique, Luis Vilches a réalisé une faena appliquée et décidée. Mais elle fut gâchée par ses cris intempestifs et la trop grande distance de sécurité avec l'adversaire. Ce dernier s'avérant noblón et éteint. Gueulard et piètre tueur, Vilches délivra de nouveau quelques intentions au quatrième, qui possédait un fond de noblesse mais bien peu de forces.
Le mexicain Israel Tellez revenait à Arles suite à sa prestation lors de la corrida-concours du mois de septembre. Son premier taureau, déjà faible, se brisa un sabot à la fin du deuxième tiers. Et sous les protestations, il n'y eut pas de troisième acte. Certes, le cinquième Scamandre avançait à la muleta, mais sans transmission ni caste. En face, Tellez a fait une faena sans queue ni tête, en mettant très rarement la jambe, et en écoutant même un avis en plein milieu d'une série. Après un bajonazo très moche, c'est bien une oreille qui tomba du ciel !
Et puis, l'arlésien Marco Leal complétait le cartel. Lui qui ne s'était pas vêtu de lumières depuis plus d'un an maintenant. Le troisième Riboulet désarçonna le picador sans cependant faire signes de bravoure et de caste. Arrêté et sur la défensive, il fut un taureau compliqué. Sans réponse face aux difficultés, Marco Leal l'expédia d'un laid golletazo au deuxième essai. Je n'ai par ailleurs jamais vraiment apprécié la tauromachie de Leal à chaque fois que j'ai pu le voir en novillada avec picadors. Mais face au sixième Scamandre, il faut reconnaître qu'il fut l'auteur d'un bel effort...

En deux temps. Tout d'abord, le taureau "Cigarrito" se blessa à un sabot (ce ne fut pas le seul lors de cette corrida), et le mouchoir vert apparut au palco. C'est alors que sortit un sobrero totalement différent de ses six prédecesseurs. En effet, Buscatriunfos, numéro 11, était playero et pointu, bien plus armé que les six titulaires du Scamandre. Très sérieux de présentation, on ne retiendra pourtant que son paraître, car pour le reste, il fut arrêté et décasté. Malgré tout, pour la deuxième corrida de sa carrière, Marco Leal voulut à tout prix faire les choses bien. Pour commencer, trois belles mises en suerte pour le piquero Gabin Rehabi, même si "Buscatriunfos" fut décevant sous le fer. Sur la forme, c'était une lidia comme on aimerait en voir plus souvent. Ensuite, face à un taureau sans caste ni moteur qui n'avait que des cornes, beaucoup auraient abrégé. Mais ce ne fut pas le cas de Marco Leal, qui sans autres possibilités, alla se planter dans les larges cornes du Scamandre avec un grand courage. Limite suicidaire même, Leal ne fit aucun geste pour amadouer le public, et se contenta de tirer les maigres assauts de son adversaire. Faena exposée, digne d'un belluaire, et à saluer car il n'y avait vraiment rien d'autre à faire. Après avoir mis sa vie à disposition du Riboulet, Marco Leal logea une estocade basse au deuxième essai. Une épée excusable pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les armures très playeras du Scamandre. Et ensuite, l'engagement quasi-irréprochable de Leal, qui ressortit de cette ultime rencontre avec un coup de corne à la jambe. Tour de piste fêté et déception du matador qui n'obtint pas de récompense de la part du palco. Deux poids deux mesures. Au cinquième : faena sans style, bajonazo sans engagement, grotesques lauriers accordés. Au dernier, sens de la lidia, courage, estocade basse mais engagée : et ignorance...

Florent

(Image : le deuxième Scamandre, "Dudito", numéro 20, negro, 520 kilos, né en juin 2006)

3 commentaires:

  1. cette corrida ne pouvait pas rentrer dans le cadre de "toros de france" car l'élevage du scamandre est inscrit en espagne et non à l'association française des éleveurs de toros.

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  2. Je l'avais déjà évoqué ici : http://al-toro-rey.blogspot.com/2011/02/cornus-de-france.html

    Tout cela pour dire qu'il s'agit d'un concours "Toros de France" au sens restreint du terme, ne comprenant que les élevages affiliés à l'AEFTC, et non n'importe quelle ganadería située sur notre territoire.

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  3. Une question de papiers et de cotisations ?

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