vendredi 29 avril 2011

La frontière du tissu orange (Acte 1)

UN TORO ET DEMI

J'ai attendu une semaine avant de déblatérer quoi que ce soit sur la corrida de Garcigrande sortie à Arles. Sûrement le temps de prendre du recul, histoire de laisser reposer quelques impressions. En réalité, il y eut deux courses en une ce jour-là, et c'est pour cette raison que mes propos se divisent en deux temps. Chronique d'une course initialement sérieuse et intéressante. Vendredi 22 Avril, 17h34, ciel couleur gris perle, tribunes pas totalement garnies, le paseo se rompt, quelques instants de silence sont respectés en mémoire de Juan Pedro Domecq et des aficionados décédés durant l'hiver. Au programme du Garcigrande, pas le genre de bétail à faire rêver les aficionados a los toros. Puis le premier est sorti, destiné au doctorat de Thomas Joubert "Tomasito". Il s'appelait "Deslenguado", et était un toro correct de présentation. Il fut une grande et belle surprise, me rappelant en mieux un exemplaire de Zalduendo combattu il y a trois ans en corrida-concours à San Sebastián. Au cours du tiers de piques, il partit au galop vers la monture de la cavalerie Bonijol et poussa avec bravoure en deux rencontres. Il était étonnant, mobile, encasté, exigeant et fort intéressant. En face, le nouveau matador fut logiquement en-dessous des possibilités malgré du courage, et eut toutes les peines du monde à mettre à terre cet encasté "Deslenguado". Deux avis sonnèrent. Ovation bien légitime à la dépouille du Garcigrande. C'était-là un début de course prometteur, car l'on ne pouvait s'attendre à pareille surprise avec un tel élevage à l'affiche. Si seulement les bichos des fers de Domingo Hernández/Garcigrande sortaient plus souvent dans le style de ce premier toro...
Puis les clarines sonnèrent au-dessus de la présidence, et le deuxième sortait en piste. "Pasión", un colorado correct de présentation lui aussi. Dès le début, on commençait à croire que la caste du premier n'était pas le fruit du hasard. Et effectivement, à la première rencontre à la pique, "Pasión" poussa avec une bravoure belle à voir et à applaudir. Mais à la seconde, ce fut plus bref, et il ne poussa que légèrement sur une corne. Ensuite, l'espoir est revenu à la muleta, avec apparentes caste, mobilité... et aussi noblesse. Un toro intéressant. Devant "Pasión", il y avait Julián López "El Juli", grand technicien, qui le toréa dans tous les sens avec dominio, mais en restant à une distance certaine. Aussi, on a décemment le droit de se faire une autre idée du toreo. Puis El Juli a continué, dans le modernisme, avec un adversaire qui avançait comme un train. A ce moment-là précisément, tout bascule. Les faenas de combat brèves et sérieuses ne sont pas à la mode. La charge du Domingo Hernández a été canalisée, et El Juli profite de la noblesse en de longues et interminables séries. L'espoir d'une corrida sérieuse s'efface peu à peu. A une vingtaine de mètres de moi, un type se lève et vocifère "indulto". Ca y est je l'ai compris, cette course est terminée...

Florent

5 commentaires:

  1. C'est pas toi qui a crié ?

    RépondreSupprimer
  2. Heureusement que je ne consacre ma passion qu'à quelques arènes de prédilection - de plus en plus rares - où l'on peut encore jauger les véritables acteurs de la lidia, à commencer par le toro rey, et les belluaires qui osent l' affronter.
    Pour ne plus risquer d'entendre de tels connards hurler leur indultite pour des toritos dont on a émasculé la fiereza, par toutes sortes de tricheries qui condamnent à terme la corrida.
    Car la corrida fût-elle reconnue comme patrimoine immémorial français, le spectacle d'animaux faiblissimes que l'on tue sans risque ou que l'on grâcie est particulièrement éprouvant, répugnant, et évidemment condamnable.
    Les aficionados en tout cas ne veulent pas en être les complices muets.

    RépondreSupprimer
  3. Salut Florent,

    Après lecture de tes differents articles, je ne regrette pas de ne pas avoir été en Arles cette année et de m'être contenté d'avoir découvert Aignan.
    Prochaine étape pour moi: Vic où l(on devrait se croiser
    Mig93

    RépondreSupprimer
  4. Florent,
    n'ayant pu me déplacer en
    Arles, pourrais tu m'en dire plus sur ce qui c'est passé avec le jeune "Joubert"à son 2 ième toros,en efet on entend tout et son contraire....A bientôt l'ami.

    RépondreSupprimer