vendredi 29 avril 2011

La frontière du tissu orange (Acte 2)

A MON AMI CLAVEL BLANCO

"La corrida c'est un combat, on appelle ça des toros de combat d'ailleurs, ce ne sont pas des enjoliveurs ou des faire-valoirs pour toreros, et les toreros ce ne sont pas des chanteurs de flamenco ou des danseurs de sévillanes."
Jean-Louis Fourquet, président de l'ADAC, dans l'émission Face au Toril (Juin 1999)

"Si un jour la corrida vérité disparaît, alors la corrida mensonge n'en aura plus pour longtemps."
Jean-Jacques Baylac, regretté président du Club Taurin Vicois (Mars 2010)

... Le mot clef du messager de la grâce a ensuite été repris en choeur, par une, puis quinze, puis cent, puis de nombreuses autres personnes. Ils étaient heureux de demander leur indulto, par cris et mouchoirs agités. Mais en quel honneur ? A croire que dans les arènes, on tue les braves et on gracie les nobles. La pétition était persistante, plusieurs habitués du callejón sont venus s'agglutiner sous la présidence, et Julián López Escobar lui-même a fait un geste lourd de signification envers le palco, pour que soit sauvée la vie du Domingo Hernández. Et le mouchoir orange fut déployé, la faena du Juli graciée, avec un Julipié épargné par ce tissu.
Ma mémoire a fait un bond d'un an et demi en arrière, et j'ai repensé immédiatement à Clavel Blanco de María Luisa, que je vois encore courir dans mon esprit. Non, il n'est pas mort, et peu à l'avenir lui arriveront à la hauteur de la pezuña. Toi, Clavel Blanco, brave au superlatif, si encasté, si beau, si fier, si Toro de vérité. Toi et quelques autres, resterez à jamais dans ma rétine. Tu cours encore, même si au centre de cette même piste tu es mort. Tu as livré un combat épique, caste, sauvagerie, poder, bravoure et cinq grandes piques. Quant à "Pasión" de Domingo Hernández, il a dans ma tête passé l'arme à gauche au moment de regagner le toril. Les gens étaient heureux, El Juli (sauvé de son Julipié) et le ganadero aussi. C'était le troisième exemplaire de D.H/Garcigrande gracié cette saison par Julián López Escobar, et à ce rythme, l'éleveur finira par se retrouver avec sa camada sur les bras. Ces insupportables cris d'indulto résonnaient encore dans l'amphithéâtre d'Arles même dix minutes après la grâce de "Pasión".

Il y avait en piste un Desgarbado de luxe, d'un meilleur niveau. Cependant, de là à sortir le mouchoir orange, il y a une frontière à ne pas dépasser. Trop tard, ils l'ont fait. Utopie de penser qu'un jour, on en reviendra à l'ancien règlement qui n'autorise à gracier qu'en corrida-concours. Ce coup-ci, ce fut l'indulto d'un toro noble et mobile, qui reçut deux piques, réellement brave à la première seulement. L'autre versant de la course, ce fut du Garcigrande bien plus habituel et morne. Certes, on a vu quelques détails de Manzanares, mais aussi des inévitables Julipiés, et au final, un grave coup de corne pour le doctorant Thomas Joubert. Vendredi 22 avril (22 avril et non 21 avril), c'était l'indulto d'un toro noble et d'une faena, et aussi la symbolique de leur Patrimoine immatériel. La préoccupation est à l'extérieur et au paraître de la corrida, mais en elle, l'afición crie son manque d'authenticité, de sincérité, de caste et de sauvagerie.

Florent

(Image de François Bruschet : L'historique Clavel Blanco)

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