lundi 18 avril 2011

Point de relief au pied des Pyrénées

Certes, il faisait gris et frisquet, mais il y avait là quelques battements de coeur. Bilbao, souvenirs de l'été 2010. Vent frais et glaçant venu de l'Atlantique, les effets pervers du climat océanique. Et dans les tribunes, il y avait même un Hautbois mélancolique. L'automne et l'hiver se sont écoulés depuis, et le soleil radieux est revenu. Nous voilà en plein printemps dans le Béarn, à Garlin, où l'an dernier la caste et la combativité des pensionnaires de Joselito nourrirent copieusement notre afición. Cette année ce fut différent, pour cette novillada goyesque, avec des exemplaires sans beauté ni fierté. Rien que les cornes déjà, des gachos, des brochos, parfois même des bizcos, et des extrémités sans aigus, avec des trapíos dignes d'un lot de rebut. Peut-être même que les pinceaux de Picasso n'en auraient pas voulu.
Au moral, de la noblesse, des collaborateurs comme se plaisent à dire certains, mais sans étincelles, ni caste, ni bravoure ni belle puissance. Lors de cette course aux allures d'un autre siècle, les anachronismes n'ont pas manqué. Décor d'antan en tant que contenant, et pour ce qui est du contenu, des faenas et des toritos modernes. Les trois novilleros du jour, vêtus d'habits goyesques, ont réalisé des ouvrages sans fin, avec des passes, des passes et encore des passes, sans réellement aller à l'essentiel, face à un bétail fade mais noble. Point d'enchantement non plus au niveau des lidias qui furent menées de manière assez médiocre. Au compteur, deux oreilles pour Juan del Alamo, décevant et même lassant, certes dominateur, mais répétitif et sans vent de fraîcheur. Deux pavillons également pour Alberto López Simón face au sixième au comportement changeant, manso en début de parcours, puis maniable, puis avisé. Devant ce dernier exemplaire, López Simón a été audacieux et courageux, avec cependant une tauromachie décroisée et des attitudes très villageoises. Il fut interminable face à son premier adversaire. Le sévillan Mario Diéguez complétait le cartel, et il fut élégant, notamment au cinquième novillo, mais il accusa un manque de technique et des difficultés épée en main à chaque fois.
J'aurais aimé titrer "étape de montagne pour les novilleros", après avoir vu une course mobile, encastée et demandant un minimum d'exigences aux jeunes toreros, comme ce fut le cas l'an passé. Malheureusement, nous vîmes une novillada sans relief au pied des Pyrénées. Le lot de Joselito sorti cette fois-ci à Garlin ne pouvait prétendre à la corrida formelle au vu du physique des quatre La Reina et des deux El Tajo qui le composaient. Garlin est une petite arène, et ces six novillos ne peuvent être représentatifs à eux seuls de leur élevage. En revanche, il y avait là une tendance très actuelle de perte de valeurs, à la fois dans les combats et dans le sérieux. Goyesque moderne n'est pas un oxymore. Je passe sur le jeu de mots Goyesque/Grotesque, car ce ne fut pas le cas, nous n'avons pas assisté à une course honteuse, loin de là. Simplement, il n'y eut pas d'éclats.

Florent

(Image : l'affiche garlinoise réalisée par Mathieu Sodore)

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