mercredi 27 avril 2011

Rue de la Sauvagerie

Parler d'Arles en commençant par la fin. Lundi de Pâques, Miurada de clôture. A ma connaissance, il n'y a pas à Arles de rue baptisée de "la Sauvagerie". Pourtant, à la lecture de reseñas de sites internet et de journaux régionaux le mardi matin, j'aurais presque pu y croire. Malheureusement, quasiment tout ce que l'on lit actuellement n'est pas fidèle à ce qui s'est déroulé en piste. Miurada importante ? Miurada de caractère ? Miurada dans la tradition ? Une Miurada qui fera date ? Toutes ces sortes de titres racolleurs ne reflètent pas vraiment la réalité. Vivons désinformés !
Pour cette dernière de la Feria Pascale d'Arles, les six Miuras étaient certes dans le type de la maison au niveau de la morphologie, et avec des armures lamentables. Le plus âgé du lot était né en décembre 2006, soit quatre ans et quatre mois. Pour le reste, pas de sauvagerie jadis caractéristique, ni caste, ni flammes, ni puissance, ni forces. Pour une course de Miura, on est en droit de s'attendre à davantage de fiereza, mais l'évolution a fait que les choses en sont arrivées là. Et dire que certains exploitent toujours la phrase du Tío Pepe des années 1980-1990 : "Un Miura reste un Miura", pour tenter de faire vivre la légende d'un élevage devenu banal. Et malgré mon jeune âge, je ne prends aucun risque en affirmant que Miura a connu une évolution vertigineuse en l'espace de vingt ans.

Mais revenons à la corrida, six Miuras donc, Miuras dans le type mais pas vraiment au moral. Hasard ou pas, sur quinze rencontres avec la cavalerie, les deux plus intéressantes l'ont été sur le picador de réserve. C'est-à-dire devant la porte du paseo, face au toril, comme les jours de corrida-concours. La première est à mettre au crédit du quatrième Miura, qui poussa bien et mit l'équipage à terre. Et la seconde au dernier toro, qui après avoir désarçonné le picador titulaire Jacques Monnier à la première rencontre, poussa longuement et avec fixité dans le peto du cheval de réserve.
Ajoutez à cela des lidias plutôt passables, et en fin de compte, on se retrouva avec un lot globalement arrêté, manquant de forces, sans poder ni caste. Les deux toros de Savalli furent abordables mais sans étincelles. Vous aurez peut-être lu ici ou là que les Miuras ont provoqué en piste des moments d'effroi... Même si la sensation de danger est venue exclusivement des erreurs des hommes.
Devant ces Miuras sans rien d'extraordinaire, le sens de la lidia aurait pu être le seul allié des hommes, mais il est à déplorer que ce ne fut pas le cas. Seuls deux points positifs ont été à relever concernant les matadors lors de cette corrida : tout d'abord la mise à mort qui n'est pas ce que l'on vante le plus dans le "patrimoine immatériel", avec le Fundi qui au quatrième Miura mit un coup d'épée magistral qui n'aura pas la chance de passer dans le journal de Claire Chazal. Puis, une naturelle de face en mettant la jambe de Mehdi Savalli au dernier, même si ce n'est pas suffisant pour faire une bonne faena.
Plus en détails, El Fundi n'a toujours pas recouvré ses grandes capacités, apparaissant même inapte face au premier. Lointain, reculant souvent et trébuchant même tout seul face à la bête. Peu de choses à voir non plus au quatrième, où il ne domina pas, avant de reprendre très légèrement le dessus en fin de faena... sur un Miura décasté et sans forces. Puis il y eut le geste de Matador qui sauva la mise, mais de la à donner une oreille, il y a un pas difficile à franchir, sauf pour la présidence du jour.
Alberto Aguilar a pour sa part vécu un véritable calvaire, avec des broncas et cinq avis au total. Sans cesse sur la défensive, et se mettant en danger en faisant des ponts gigantesques entre lui et sa muleta. Fuera de cacho au superlatif, il a fait de la peine et l'on espère qu'il se ressaisira à l'avenir. Mises à mort sans s'engager et déroutes. Son premier adversaire collant dans la muleta se coucha juste après la sonnerie du troisième avis et ne rentra ainsi pas au toril. Même limonade ou presque au cinquième, avec une faena sans succès en reculant, ponctuée d'épées horribles.
Enfin, il y avait Mehdi Savalli, auquel on ne pourra reprocher l'envie de faire quelque chose. Spectaculaire aux banderilles mais toujours à corne passée, il fut volontaire face au lot le plus commode, tout en restant assez distant lui aussi. De sa faena au sixième sous l'orage, on relèvera cette naturelle isolée, même si le labeur fut long et démesurément porté vers le public. A chaque fois, Savalli connut à un degré moindre qu'Aguilar des échecs à l'épée.

On aurait tout de même aimé voir de véritables lidias face à ces Miuras sans grand intérêt, histoire de finir sur une note plutôt positive. A la mort du cinquième toro, les éclairs sont arrivés au-dessus de l'amphithéâtre romain, et la tempête eut lieu dans le ciel et non en piste. Les Miuras ne font plus rêver grand monde, et la Rue de la Sauvagerie apparue dans mes rêves a sûrement été ensevelie par la pluie.

Florent

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