mercredi 15 juin 2011

Vic-Fenouillet 2011 : Notre afición en liquidation

Vic-Fenouillet plutôt que Vic-Fezensac cette année, la chronique d'une feria torista démontée. Sur le papier initial : Dolores Aguirre, Palha, Corrida-concours, José Escolar Gil et Alcurrucén, de quoi vous mettre l'eau à la bouche. Mais en fin de compte, à cause de l'accumulation d'une multitude de détails, cette feria s'est transformée en calvaire pour les aficionados a los toros. Comment ne pas s'offusquer à la vue de certaines images révélatrices de la dégringolade vicoise ? Que ce soit la présence insupportable des peñas "chut" et "callate", ou encore la pitoyable prestation d'un alguazil en train de demander l'oreille pour Juan Bautista tout en étant à côté de la dépouille du taureau.
Pentecôte 2011 à Vic, où la goutte d'eau qui fait déborder le vase, des toros présentés de manière indigne, des lidias négligées, un public minable, voilà les composantes de la parodie de feria torista qui nous a été donnée de voir. Course après course, voici les cinq étapes de la peu glorieuse cuvée vicoise.

SAMEDI 11 JUIN – Matin – Corrida "correcte" de Dolores Aguirre

Le paseo s'est rompu, pour commencer avec une minute de silence émouvante en mémoire de Jean-Jacques Baylac disparu l'hiver dernier. Entre chaud et nuages, les toros de Dolores Aguirre ouvraient la feria. Après deux heures de course, on se dira que l'on a connu mieux de la part de cet élevage qui est l'un des plus intéressants ces dernières saisons. C'était un lot inégal en morphologies, et il n'y eut pas le poder et la mucha-casta espérés.
Le français Julien Miletto fut débordé face au premier de cinq ans et demi, sérieusement présenté, manso puis noble à la muleta. Le quatrième Aguirre était quant à lui le plus insipide du lot, car décasté, et il n'y eut rien à voir.
Si l'on se place du point de vue du respect de la lidia et du toro, le plus beau geste de David Mora fut le quite providentiel qu'il effectua pour sauver un banderillero au premier toro de Joselillo, le troisième. Le bilan de cette matinée pour Mora fut "vuelta et une oreille", mais s'il avait été "silence et silence", je n'y aurais pour ma part rien trouvé de scandaleux. Face au deuxième Dolores Aguirre, exécuté en deux piques assassines, puis noble malgré tout par la suite, Mora a toréé sur le voyage, pour au final réaliser un tour de piste plus proche de la comédie que du sérieux. Au cinquième, il y eut là-encore à charge de Mora une très mauvaise lidia. A la muleta, le toro fut mansote à la limite de la sosería. Et le matador, artiste mais lointain. Oreille impossible à concevoir si l'on a de la considération pour les toros et la lidia comme mentionné quelques lignes plus haut.
Le troisième Aguirre était un toro très armé mais maigre. Sortant seul des trois piques, il montra noblesse et transmission en fin de parcours. Joselillo, à la technique faible et toréant avec le bout de la muleta, fut quand même digne avec des cites de loin et de la volonté malgré son peu de bagage. Une oreille pas scandaleuse après une bonne estocade engagée au centre de la piste. Le sixième, qui provoqua le seul batacazo de la feria à cause d'une erreur du picador, fut invalide et soso, et Joselillo très brouillon... Fin du premier acte.

SAMEDI 11 JUIN – Après-midi – Imprésentable novillada de Palha

"Corrida de toros" sur l'affiche et "Con el toro sí" sur le programme, puis 6 Toros de Palha 6, toutes ces mentions avaient de quoi rassurer l'aficionado a los toros. Mais il n'en fut rien. Cette fois, il y eut un lot de bestioles imprésentables, probablement afeitées et indignes de la réputation vicoise. Ironie du sort, ceux qui ont relevé l'absence de la novillada au programme de cette feria ont eu une contrepartie avec les vulgaires utreros de Palha présentés ce samedi après-midi. Quatre invalides sur six ! Un festival de piques traseras, de cariocas et de mauvaises lidias ! Ambiance !
Juan José Padilla est passé sans gloire aucune, toujours à corne passée aux banderilles. Alberto Aguilar fut hors du coup, ce qui est devenu une malheureuse habitude.
Quant à Javier Castaño, il fut soulevé au moment de l'estocade par son premier adversaire, après avoir réalisé un labeur pueblerino. Jusque là, il s'agissait d'une course mal présentée et fort décevante, mais le comble du ridicule n'avait pas encore été atteint. Il arriva avec le cinquième Palha de l'après-midi.
"Peluquito" qu'il s'appelait, mais entre nous, il sera très vite oublié ! Il était le moins mal présenté, et comme une majorité de ses congénères, montra des signes d'invalidité à son entrée en piste. Face au picador Plácido Sandoval, il reçut une première pique dans l'épaule en se défendant sans bravoure. Aux deuxième et troisième rencontres, il partit promptement du centre, pour aller vers la cavalerie placée à dix mètres à peine du toril ! Sandoval fit bien son travail, mais le toro ne poussa jamais et ne fit que se coller au matelas. Il faut tout de même le reconnaître, Castaño et sa cuadrilla firent un effort pour la lidia avec ce cinquième... qui fut faible et noble à la muleta, en traînant toujours ses pattes arrières. Javier Castaño a toréé "Peluquito" de loin, lors d'une faena portée sur le public, et en réalité sans rien d'exceptionnel. Le ridicule en fin de compte : une oreille, vuelta du picador et vuelta posthume pour le Palha !
Et dire qu'il y a deux ans lors de la corrida-concours, le magnifique Camarito de Palha n'eut même pas le droit à cet honneur...
Pour clôturer cette charlotade sortit en sixième position un animal ne dépassant guère les 400 kilos, présenté comme un chat, et aux cornes à la fois courtes et totalement explosées... Voilà un lot qui n'aurait jamais dû être embarqué.

DIMANCHE 12 JUIN – Matin – Un supplice de deux heures et cinquante minutes

J'ai eu du mal à le croire quand on m'a annoncé la chose suivante : Les toros pour la corrida-concours vicoise sont stockés aux corrales de Logroño, à 400 kilomètres de Vic-Fezensac, pour un départ à 4 heures du matin alors que la course est prévue à 11 heures. Et pourtant, cela est vrai ! D'emblée, comment réussir sérieusement une corrida-concours avec de telles conditions ?
Premier exemplaire de Palha (le seul toro de la matinée qui était dans les corrales de Vic), remplaçant celui de Partido de Resina bloqué en Espagne à cause de la carte verte. Le Palha n'était pas présenté pour une corrida-concours. En face, Domingo López-Chaves ne le mit jamais à distance progressive au moment de la pique. En quatre rencontres, il partit promptement, mais sans jamais montrer de bravoure. A la muleta, un toro éteint.
Deuxième exemplaire de Victorino Martín. Indigne d'un concours lui aussi, invalide et aux cornes explosées, mais qui parvînt tout de même à déborder Julien Lescarret à la muleta.
Troisième exemplaire de Cuadri. Un toro cinqueño, sérieux et imposant. Manso à la pique et démontrant un léger manque de forces au cours du combat. A la muleta, il fut vite arrêté, ce qui n'empêcha pas Iván García (remplaçant Iván Fandiño) de toréer avec sérieux. Mais tout s'évapora à cause d'un bajonazo de gala au quatrième essai avec l'épée.
Quatrième exemplaire de Fuente Ymbro. Toro cinqueño, aux cornes explosées, sans bravoure à la pique et faible. Un toro invalide et soso, que Chaves toréa longuement sans conviction et tua très mal.
Cinquième exemplaire de Manuel Assunçao Coïmbra. Rien à voir avec les toros du même fer que l'on a pu voir à Céret deux années de suite. Toro faible et décasté.
Sixième exemplaire de Flor de Jara. Hors du type Santa Coloma-Buendía, charpenté façon Miura et aux armures veletas. Il fut puissant lors de ses quatre assauts à la pique, en tamponnant le cheval puis en se collant ensuite, une seule poussée sur quatre fut satisfaisante. Ensuite, le Flor de Jara fut noble, relativement éteint et sans vice. Muy a menos. Iván García eut quelques passages corrects avant de tuer d'une épée défaillante dans son emplacement. Au final, une oreille tombée d'on ne sait où, et des prix attribués. Tandis que si tout était resté "desierto", cela n'aurait gêné personne.

DIMANCHE 12 JUIN – Après-midi – Une de plus

On m'a parlé à plusieurs reprises de la corrida de Cebada Gago du début de saison à Saint-Martin-de-Crau, il paraît qu'elle fut intéressante, mais je n'y étais pas. Du fait de cette seule course, nombreux ont été ceux qui ont roulé des mécaniques en sachant qu'un lot de Cebada allait remplacer celui de José Escolar Gil à Vic-Fezensac. Pourtant, ce que j'ai pu voir de cet élevage ces dernières saisons n'est pas très flatteur, avec par exemple une course très décastée à Santander il y a deux ans qui ne laissait aucun présage positif.
Hormis certaines armures astifinas, le lot de Cebada Gago vicois ne payait pas de mine. Et de là à se réjouir du remplacement des Escolar par cet élevage, il y a un pas infranchissable.
En fin de compte, on ne vit absolument rien de marquant.
Un premier toro sérieux, peu piqué, noble et de peu de forces.
Un deuxième, anovillado, mal lidié puis sur la défensive.
Un troisième bas et correct de présentation, mal piqué, réservé et sans race.
Un quatrième qui se coucha devant le cheval après l'avoir tamponné à la deuxième rencontre, manso et décasté, expédié d'un bajonazo par Rafaelillo.
Un cinquième toro très mal lidié, exécuté à la pique, sur la défensive au dernier tiers et occis d'un autre bajonazo de gala par Robleño.
Et au final, un sobrero de La Campana (d'encaste Domecq), lourd, invalide et pourvu d'un fond de noblesse, que Bolívar toréa de façon ultra-villageoise et lointaine. Une oreille (la seule de l'après-midi), fut accordée à Robleño à l'issue de son premier combat, au cours duquel il fut brouillon mais tua avec un engagement certain. Toutefois, la récompense paraissait excessive.

LUNDI 13 JUIN – A contre-style

Des toros d'Alcurrucén pour en finir avec cette feria décevante. L'an dernier, ces toros ont été très intéressants et surprenants à Bayonne et Bilbao, alors pourquoi pas à Vic ? Devant un public à la dérive, les Alcurrucén n'ont montré que peu de combativité, avec une fois de plus des lidias médiocres.
Un toro plutôt intéressant : le premier, seul cinqueño du lot et seul à aller a más, présent en trois piques sans pour autant être brave. Après, ce fut noblesse, fixité et transmission. Fundi lui coupa une oreille, mais resta tout de même en-dessous des possibilités offertes.
Des séquences de bon toreo : avec Sergio Aguilar au dernier toro de la feria, un Alcurrucén très manso tout au long de la lidia mais qui démontra un fond de noblesse au troisième tiers (un comportement loin d 'être rare dans l'encaste Núñez). Aguilar réalisa une faena essentiellement gauchère, bien débutée par le bas, avec des muletazos profonds, sobres, calmes et relâchés. Il tira le maximum de ce toro, et termina sa faena par des naturelles de face plaisantes. Une oreille légitime après une épée engagée et contraire puis un descabello.
Ainsi se terminait à contre-style la feria vicoise, car connue pour ses toros combatifs et rugueux. Aussi, il n'y eut pas de toros d'Alcurrucén dans la lignée de ceux qui ont réhaussé la réputation de l'élevage l'an dernier. Pour le reste de la course, il y avait aussi un toro invalide et totalement décomposé, le troisième. Un colorado mal lidié, exécuté à la pique puis sur la défensive à la muleta, le quatrième.
Et enfin, il me reste à évoquer les prestations de Juan Bautista ! Pueblerino et à la muleta très souvent touchée. Il affronta deux Alcurrucén mal lidiés par lui et son équipage, et sosos en fin de parcours. Double salut pour l'arlésien, et même pétitions d'oreilles ! Pourtant, le sartenazo qu'il mit à son premier adversaire aurait dû dissuader qui que ce soit de demander une récompense.
Perte de sérieux, voilà ce qui qualifie de la meilleure des manières l'ensemble de cette feria...

Florent

12 commentaires:

  1. Florent:
    Poco a poco parece que la peste infecta a todas las plazas. Han sido muchos los aficionados españoles que han viajado para ver al toro, pero parece que al aficionado solo le toca sufrir.
    Un saludo

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  2. Mon cher Florent,
    Cela fait déjà plusieurs années que Vic est à la dérive. Celle ci a débuté avec la funeste course de Ramon Flores avec Bauttista et El Cid et s'accentue année après année. Pour compléter ta très bonne et pertinente analyse, je rajouterai l'absence des poids, l'absence du nom du sobrero. Même à Dax, on n'a pas cela, c'est dire.
    Concernant, la dernière journée, c'est peut être la seule divergence que j'ai avec toi, une course d'Alcurucen avec Bautista, il ne faut pas exagérer: j'ai piscine !!!!! d'ailleurs, j'ai refusé de cautioner et me suis abstenu de m'y rendre.
    Amicalement.
    Frédéric.

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  3. "Fermez le ban", tout est dit...
    Mig93

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  4. Le cochon ( de payant) est dans le maïs
    Avec la dernière corrida, on voit à peu près ce qui va se dessiner pour les années à venir
    D'ailleurs il manquait des aficionados, place au bling - bling, ya que ça qui compte maintenant(:-(
    les chut et ta g...dès qu'une remarque logique ou réaliste est faite, la présentation discutable des toros et la satisfaction, sans doute aucun, des organisateurs, n'augure pas d'un avenir "a los toros"..., pour cette place
    Fidèle abonné, je vais revoir les choses et ferai piscine aussi sûrement.

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  5. pourquoi le sixième cebada gago a été remplacé ??!!!

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  6. C'est mort.
    Et en plus aujourd'hui, on envoi les vigiles pour faire taire les braillards au lieu d'exiger des mecs en piste plus de respect.


    JPc

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  7. A lire dans Sud ouest avec au détour de l'article cette fin de phrase qui résume tout :..."une manière de regrouper ''toristes'' et ''toreristes

    http://www.sudouest.fr/2011/06/16/la-feria-d-auguste-oller-427347-716.php

    Mig93

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  8. Je ne suis pas d'accord avec Flo!!!! Le Fundi a son premier toro n'etait pas en dessous...

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  9. Certes avec le premier Alcurrucén, El Fundi a été mieux qu'on a pu le connaître ces derniers temps, mais c'était un toro pour couper deux oreilles, lui a mis pas mal de temps avant de se centrer, il est quand même beaucoup resté sur le voyage.

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  10. je trouve que tous ceux qui ont des choses à dire ne les hurlent pas assez ; ça gueule sur le net mais "personne" ne bronche ; que ça serve ou pas, ça servira toujours

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  11. la charge est rude, mais malheureusement très proche de la réalité
    que dire aussi du ruedo complètement défoncé dès le passage du 1er toro
    une feria à oublier ...ou plutôt à ne pas oublier pour ne pas faire les mêmes erreurs

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  12. Et en plus, le CTV persiste et signe. Il a l'audace de décerner le prix du meilleur piquero à quelqu'un qui pique à côté du toril. On se pince pour le croire. Cela montre vraiment l'évolution de cette plazza et l'état de délabrement dans lequel elle se trouve.

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