jeudi 21 juillet 2011

L'adversaire

Le Dimanche cérétan, récit tardif. J'ai l'impression de raconter ces courses à une autre saison, fin d'hiver ou début d'automne. Il pleut au mois de juillet, "ce sont les agriculteurs qui vont être contents", une habitude, les gens disent toujours la même chose. Cela me fait penser à l'arrière-saison, ainsi qu'à ces coups de fil que les Pyrénées séparent et qui pourraient s'égarer. En exagérant à peine.
- Allo bonjour, je suis l'organisateur de la novillada, je vous appelle car ici nous sommes intéressés par votre protégé pour qu'il figure au cartel.
- Ah bien ! Perfecto ! Laissez-moi deviner, bonita non ? bajita ? d'origine Domecq ? ou bien Núñez ? Une novillada qui va servir pour que mon petit puisse couper les oreilles ?
- Non. Les novillos seront de Joaquín Moreno de Silva.

J'imagine à peine le silence terrible qui pourrait être la suite de cette conversation imaginée. Mais qui sait, peut-être est-elle bien réelle ? Nous ne sommes pas en mesure de le savoir. En revanche, on est conscient que l'élevage de Moreno de Silva est probablement celui le plus craint, sinon détesté, du milieu taurin. En quelques années, ce fer composé d'un M et brodé d'un O est devenu une sorte de légende qui effraye à la simple évocation de son nom, et qui répandrait caste, grande mobilité, poder et même genio.

L'autre jour, la rencontre entre Céret et Moreno de Silva était très attendue, puisque les deux sont des symboles, que certains désireraient par ailleurs attribuer au passé. 2 heures 45 minutes de course au total, et planait sur les visages une sensation de déception et d'ennui. Déception c'est une certitude, en tous cas pour ma part, de devoir me contenter d'une majorité de Novillos restés inédits. En langage politiquement correct, ils furent durement châtiés à la pique. En d'autres termes : défoncés, descendus ou flingués, c'est au choix.

Certes, cette novillada de Moreno de Silva était forte, lourde et imposante. A la cape, on sentait le poder certain de ces bêtes désirant imposer leur loi en piste. Grand mal leur en a pris, car la plupart du temps, ce fut une moyenne de trois rencontres à la cavalerie pour dix impacts de pique diversement placés. Parfois atones ensuite, ils ont globalement résisté, surtout lorsque l'on imagine un toro commercial de troisième zone avec un châtiment aussi important, qui en serait probablement telle une carpe sur la terre ferme avec la gueule ouverte.

Aussi, il faut dire que d'emblée, les hommes se sont retrouvés comme en proie au doute. Daniel Martín, chef de lidia pour l'occasion remplaçant le biterrois Cayetano Ortiz, s'est retrouvé au bout de quelques secondes de jeu à la merci de Palmeñito et de ses 550 kilos de barbaque annoncés sur la pancarte. Martín avait glissé, et il fut sévèrement chargé au sol. La suite, un tiers de piques vengeur laissant le Moreno de Silva fortement diminué.
Puis j'ai bien aimé le deuxième, Viruto, un manso con casta, combatif, puissant et avec de l'allant lors de ses deux premières rencontres au cheval. Quatre assauts au total, et des piques mal placées, beaucoup de capotazos d'un autre côté, et en fin de compte, inédit lui aussi.
Le troisième renversa violemment Adrián de Torres dès les premières passes de cape, et il fut le plus grossièrement châtié de l'envoi. Un véritable attentat avec la colère du public comme sanction. Malgré tout, Librado est resté fier gueule fermée jusqu'à la fin du troisième tiers.
Le cinquième, très mal piqué et lidié lui aussi. Bien que pour celui-ci, on aurait éventuellement pu penser à un problème de vue en début de parcours.
L'ultime novillo de l'envoi, Fabiolo, nous a offert un magnifique batacazo de la cavalerie après avoir poussé lors de la première rencontre. Aux deuxième et troisième, il resta là encore combatif, et se retrouva avec une grande estafilade. Dans cette même estafilade, trois banderilles sont venues se loger sur facilement 20 centimètres de profondeur. Et pourtant ! A la muleta, Fabiolo était encore entier, avec une noblesse sans niaiserie. Face à lui, Adrián de Torres s'est montré maniéré avec des gestes, mais n'a pas donné de distance et a étouffé son adversaire. Hors Sujet.

Entre temps, il convient de mentionner que la lidia la moins sale a été celle du quatrième Moreno de Silva, le plus armé, porteur d'un berceau de cornes ouvert et très sérieux de présence. Chargé de le combattre, Daniel Martín a une nouvelle fois donné satisfaction aux aficionados qui ont pu l'admirer il y a deux ans à Parentis (novillada-concours) et à Dax (Adolfo Martín). Face à cet adversaire mobile et loin d'être évident, Daniel Martín a allié courage et séries de muletazos vibrantes, de la droite comme de la gauche, avec sincérité. Voilà le point positif de la matinée au niveau des hommes. Les novilleros de ce style étant peu nombreux, il semble évident que Daniel Martín mérite d'être revu, lui qui montra de plus quelques détails de lidiador.

Malgré cette petite satisfaction, l'amertume régnait à l'issue de cette matinée passée avec les Saltillos de Joaquín Moreno de Silva, à cause de lidias bâclées synonymes de rendez-vous manqué. Pas assez de certitudes pour l'aficionado car trop d'exemplaires restés inédits.

Florent

3 commentaires:

  1. Même sentiment de massacre prémédité à la pique
    Dommage car nombre d'entre eux , une fois l'équation résolue, permettait si on savait se croiser et dominer
    Mais là...
    Mention à el Dani et ne pas oublier à l'heure des récompenses le rôle du piquero ....

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  2. tu penses pas qu'il y avait un surpoids génant pour ces novillos ?

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  3. Il y avait un surpoids sur les novillos de Moreno de Silva par rapport au type habituel sorti par cet élevage. En revanche, que ce soit gênant, je n'ai pas trouvé tant que ça.

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