jeudi 14 juillet 2011

Quatre Irmaos Dias dans le tube à essai

Irmaos Dias : salaire de la peur, peut-être même de l'horreur ? Chair à taureau inutile, nauséabonde, sans intérêt ? Chacun jugera. Comment peut-on oser mettre dans un ruedo des bêtes aussi infâmes pour des jeunes novilleros ?

Céret. Samedi 9 juillet. Novillada matinale. Deux des quatre exemplaires (1er et 4ème) du fer portugais d'Irmaos Dias ont été condamnés aux banderilles noires. Tout de suite, je les ai vus arriver, ces discours habituels et infatigables, de ceux qui auraient préféré voir à la place une merveilleuse corrida du Concours Toros de France, avec le non moins fréquent "pourquoi aller chercher si loin alors que l'on a bien mieux sous la main ?". Irmaos Dias dans le tube à essai cérétan, origine moruchos portugais, Saltillo, Santa Coloma... Une expérience donc. Aussi, chaque aficionado qui se rend aux arènes détient humblement sa propre vérité. C'est ainsi.

Et moi elle m'a plu cette course d'Irmaos Dias, et il faut le reconnaître, ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de voir tous les protagonistes en piste faire leur présentation en France (aussi bien l'élevage portugais de ce samedi matin que les deux novilleros : Miguel Angel Moreno et Emilio Huertas). Les quatre exemplaires étaient de petit gabarit, diversement armés mais aux cornes intègres. Deux fois, le mouchoir rouge est tombé. Il s'agissait de novillos très mansos, fuyant les chevaux au moindre contact avec la pique. A trois reprises, le président décida même de faire rentrer un deuxième picador en piste.
Moi ça m'a plu, et je n'ai pas trouvé une seconde d'ennui. Attention, je n'ai pas dit que les courses de ce genre devaient être la norme. Mais justement, celle-ci était intéressante car totalement différente des normes actuelles. Parfois, il est bien de s'éloigner de tant de "normalitude".

Cette novillada d'Irmaos Dias était une inconnue pour l'aficionado qui s'y rendait. Mansos ils étaient, mais il y avait une mobilité et une solidité très intéressantes. Le premier exemplaire de la matinée vint même au galop mettre un coup de barrière à un banderillero en toute fin de troisième tiers. Quelque chose d'une autre époque. Et puis il y avait les novilleros. Miguel Angel Moreno tout d'abord, qui n'a pas démérité et qui est resté digne lors de ses deux combats. Et enfin Emilio Huertas, accompagné d'une excellente cuadrilla, composée notamment des frères Angel et José Otero, parfaits dans la brega. C'est d'ailleurs Angel Otero qui salua au deuxième sous une énorme ovation après avoir posé deux magnifiques paires de banderilles.
Et l'on découvrit Emilio Huertas, un novillero à l'ancienne, courageux et appliqué, qui coupa une oreille méritée à son premier adversaire, mobile et manso, après une faena d'un intérêt certain, et une estocade plutôt plate mais correcte. Le dernier Irmaos avait encore plus le pied au plancher, et Huertas ne réédita pas sa belle prestation initiale. En revanche, il tua avec engagement et réussite.

Se terminait ainsi la novillada expérimentale des Irmaos Dias, mobiles, très mansos, mais sans pour autant démontrer un grand danger, le troisième était celui qui en possédait le plus. Dans tous les cas, ces novillos nécessitaient une lidia. Ce que les cuadrillas, et surtout celle d'Emilio Huertas, ont très bien compris. Pourtant, le terme "lidia" est devenu si rare...

Florent

(Image de David Cordero : Angel Otero aux banderilles face au deuxième Irmaos Dias)

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