samedi 23 juillet 2011

Une corrida de première catégorie

Au cours de la semaine qui vient de s'écouler, j'ai laissé à plusieurs reprises l'oreille près de la radio. C'était Mont-de-Marsan, ça picotazait (du verbe picotazer) et ça monopiquait les Garcigrande, les Cuvillo ou les La Quinta. Il paraît même que les absents ont toujours tort. Doucement mais sûrement, je me marre. A l'écoute de ces piètres représentations tauromachiques, j'ai immédiatement repensé à la corrida de José Escolar Gil vécue à Céret une semaine plus tôt, bien qu'elle ne soit jamais sortie de ma tête entre temps.
On ne devrait pas faire de comparaisons mais pourtant, on s'y livre, consciemment ou inconsciemment, de bonne ou de mauvaise foi. En ce qui concerne les toros d'Escolar à Céret, on note que leurs trois dernières venues ont été aussi diverses que passionnantes, 2008, 2010 et 2011. A se remémorer, c'est vrai que celle de 2010 était d'une intensité extraordinaire et particulière. La comparaison involontaire s'arrête là.

L'autre jour à Céret, on a de nouveau assisté à la sortie d'un lot qui est probablement le plus important sorti en corrida en France cette saison. Et là où il faut saluer l'ADAC, c'est dans le sérieux et dans la présentation voulue de ces magnifiques toros de José Escolar Gil. Comme quoi, même avec un petit ruedo et une arène de capacité modeste, il est possible de proposer des courses de première importance. Et à Céret, ce n'est pas une nouveauté.

Pour revenir sur cette corrida de clôture de Céret de Toros 2011, il faut tout d'abord écarter le premier toro d'Escolar sorti en piste, apparemment blessé lors d'une bagarre aux corrales avec ses congénères, et arrêté de son entrée dans le ruedo jusqu'à l'estocade finale. Seul bémol de l'après-midi.
Les toros d'Escolar, très bien présentés et armés, n'ont pas réellement convaincu lors de leurs quinze rencontres avec la cavalerie. Et c'est au second, Cortesano, que la course a réellement été lancée, ce toro ne se faisant pas prier pour remater aux burladeros qui se présentaient à lui. Au cheval, face auquel il alla à trois reprises, il ne s'est jamais réellement employé. Mais il faut toutefois reconnaître que le matador sur son chemin, Javier Castaño, a réalisé une très bonne lidia. Muleta en main, Castaño est apparu en verve, tant dans le sitio que dans la distance à accorder à son adversaire. Cortesano était encasté, avec une charge franche mais sans docilité. Javier Castaño a ainsi réalisé une faena sans longueurs, principalement droitière mais d'un haut niveau. En fin de parcours, il s'est même mis à toréer à genoux l'espace de quelques instants, une note quelque peu pueblerina, mais dans le contexte et au vu de sa confiance et de son habileté, cela ne m'a personnellement pas choqué. Une entière plate a recibir lui permit de couper deux oreilles, alors que le mouchoir bleu était déployé au palco.
Face au cinquième Escolar, encasté et exigeant, Javier Castaño a semblé jouer la Grande Porte, restant en retrait et en-dessous des possibilités de son adversaire. Au toro précédent, à savoir le quatrième, Fernando Robleño a lui aussi obtenu un trophée. Après un début de faena plutôt moyen, l'habitué de Céret a réalisé une grande série de la main gauche, puis des naturelles de face, avant de tuer en deux temps.

Malgré tout cela, le toro le plus intéressant de l'après-midi a probablement été le troisième, Ventero, âgé de plus de cinq ans et demi. Negro entrepelado, sérieux et charpenté, il fut le plus brave du lot à la pique, puis déborda Alberto Aguilar, volontaire mais en difficultés devant tant de caste. Face au sixième possédant lui aussi de la race mais de moindres forces, Aguilar a une nouvelle fois été électrique, loin de son niveau de l'an dernier. Aussi, il s'avère presque systématiquement piètre tueur. Fâcheuse habitude.

Le soleil se couchait ainsi sur Céret de Toros 2011, avec comme plat final des toros d'Escolar Gil sérieux, mobiles, encastés, allant a más au cours du combat, et pourvus de nombreuses possibilités sans pour autant être candides et imbéciles. Comme une impression d'avoir assisté à une course de première importance que la majorité des dites "grandes arènes françaises" semblent pourtant incapables de proposer.

Florent

(Image d'Amandine Ségot : Cortesano à la pique)

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