mardi 26 juillet 2011

Une heure quarante au Groland

D'après plusieurs sources d'informations, le novillero Raúl Rivera aurait triomphé dimanche matin à Orthez. Pourtant, il semblerait exister un immense décalage entre ces écrits et la réalité. Décalée, la saison l'est tout autant, puisqu'un crachin frais et permanent s'était installé au-dessus de l'arène béarnaise.
Au programme, il y avait des novillos d'Aurelio Hernando, à la présentation correcte, mais que l'on aurait pensé plus costauds, surtout par rapport aux clichés que l'on avait pu découvrir les semaines et les mois avant la course. Le troisième bis était le plus sérieux de l'envoi. Au final, ce fut une déception, car l'on attendait de la caste de la part de ce bétail. Et à la place, sur les quatre novillos sortis en piste, il y eut généralement de la noblesse, alliée à une impression générale de fadeur et de forces limitées. Lors des tiers de piques, nous ne vîmes rien de flamboyant.

Pour autant et malgré l'ennui, cette matinée comporta des images pittoresques et troublantes, laissant réfléchir à la possible dérision de la part des protagonistes. Le sobresaliente Víctor Manuel Rodado était vêtu d'un excentrique costume noir brodé de rose, et son unique fait de la matinée fut une frayeur lors de sa non moins unique présence en piste.
Bien plus tard, il y eut une autre scène, cette fois-ci triste et dommageable pour un ganadero, qui est celle de voir l'un de ses pensionnaires se tuer d'entrée de jeu contre un burladero. Ce fut le cas du troisième Aurelio Hernando, un negro salpicado bas et bien armé, qui se scratcha irrémédiablement au bout de quelques secondes à peine. A la vue de cette image, les cuadrillas ont rigolé ostensiblement, comme si cela n'était pas plus mal d'avoir un novillo en moins à combattre. Le troisième bis lui, a failli s'assommer contre l'imposant cheval lors de la seconde rencontre à la pique...

Vient ensuite le tour des novilleros. Avec tout d'abord Cristian Escribano, qui lors de ses deux prestations, a été pegapase et spécialiste des desplantes, entre autres postures. Quant à Raúl Rivera, il réalisa à son premier un travail brouillon, à peine sauvé par il est vrai une bonne estocade.
Mais au quatrième, le triomphateur d'après l'AFP et la EFE taurines a rajouté la vulgarité à sa tauromachie décousue. Médiocre aux banderilles comme face à son premier adversaire, il fut même à un moment à deux doigts de planter une paire de palos alors que le novillo avait ralenti et ne le voyait pas. Imaginez donc un footballeur qui rentrerait sur le terrain deux heures avant un match pour marquer un but dans la cage vide à un mètre cinquante de distance ! C'est le même principe. Toujours au quatrième qui était noble et sans vice, Rivera a toréé de manière très périphérique, façon voleur de poules autosatisfait qui demanda même de son propre chef que l'on joue la musique. Si c'est cela un triomphateur ? Tournons le dos à ceux qui n'en ont rien à foutre.

A l'issue de la novillada, le prix au meilleur picador a été décerné à Diego Ochoa, qui avait officié face au premier Aurelio Hernando. Il a été primé pour avoir mis une première pique trasera, et une seconde qui l'était tout autant et à la fois carioquée ! Enfin, pour en revenir aux novilleros, j'avais pour ma part eu l'occasion de les voir en 2008 à Bayonne face à du bétail de Meynadier. Même si l'on peut prendre certains détails avec le sourire, il est tout de même triste de voir qu'en l'espace de trois ans, ces deux novilleros n'ont guère évolué.

Florent

(Image de Victor Bernadet : Raúl Rivera dans ses oeuvres)

4 commentaires:

  1. Cher Florent,
    On peut évidemment ne pas être d'accord avec ce prix remis au "meilleur premier tercio" (et non pas meilleur tercio de piques et il faut donc prendre en compte TOUT le premier tercio...) . Il n'y a pas eu de carioca à la seconde pique mais à la première (sur un temps court ) et les 2 puyas que tu dis être traseras on été placées en avant des aplombs (critères retenus depuis trois ans et qui ont servi aux autres prix).
    Certains ont vu vriller et d'autres pomper etc....j'ai vu pour ma part un piquero qui avait du mal à rentrer la puya. J'ai l'impression en faisant le tour des blogs et commentaires, que tout le monde n'a pas vu la même scène.Pour conclure : ce premier tercio n'a pas été terrible du tout, mais c'était le meilleur de la matinée et j'assume le choix et la possible erreur.
    Mario (co président du jury des piques)

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  2. Bonjour Monsieur Tisné dit "le chanoine", je comprends parfaitement tes explications. Quant au prix qui a été remis, il me semble qu'il a été attribué par défaut, à celui qui a le "moins mal piqué".

    En version intégrale sur mon carnet de notes, j'avais inscrit cela (Dis-moi si tu as des objections), je fais juste mention des piques et non du comportement des novillos sous le fer(cela étant encore un autre débat) :

    1er novillo :
    - Première pique trasera.
    - Deuxième pique, le novillo venant promptement, trasera et carioquée.

    2ème novillo :
    - Première pique mauvaise et rectifiée.
    - Deuxième pique de côté, mauvaise et rectifiée.
    - Troisième pique trasera.

    3ème novillo (sobrero) :
    - Première pique quelconque.
    - Deuxième pique, part de très loin, avec possible dommage à l'impact contre le cheval.

    4ème novillo :
    - Première pique de côté, rectifiée, carioquée.
    - Deuxième pique affreuse.
    - Troisième pique tout aussi médiocre.

    Alors, d'après ces éléments (à moins qu'il n'y ait besoin de l'arbitrage vidéo), s'il fallait absolument accorder le prix, ce serait donc au premier nous sommes d'accord, tant pour les mises en suerte que pour l'exécution de la pique. Mais si le prix concernait l'intégralité du tercio, pourquoi l'avoir remis seulement au picador et non à la cuadrilla dans son ensemble ?

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  3. Décidément Florent, qu'il s'agisse de Céret ou d'Orthez, je suis absolument d'accord avec tes analyses : clarté du propos, qualité des éléments retenus pour ton argumentation, connaissances incroyables, ton juste, sincérité et engagement. Olé maestro !

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  4. Tu en as de la chance Florent d'avoir des admiratrices !
    Mes notes disent :
    - première : bien au capote, bonne mise en suerte,cheval présenté de face, puya devant les aplombs, carioca courte, sans forcer.
    - deuxième : mis en suerte propre, cheval présenté, puya devant les aplombs.
    Je crois que comme dans les accidents, les témoins n'observent pas les mêmes détails alors qu'on ne peut les soupçonner de subjectivité.
    Ou bien je suis déjà sénile, faut pas exclure...
    mario

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