mercredi 10 août 2011

En plein dans le mille

Fin de la quatre voies, la sortie est à Liposthey. Une quinzaine de kilomètres à l'Ouest se situe une arène de caractère, sérieuse et à l'histoire passionnante. Quinze kilomètres à peine on serait tenté de dire, mais ils paraissent bien plus tellement l'impatience de découvrir les cornus qui vont sortir en piste est envoûtante. Parentis for ever dixit Laurent Larrieu, Parentis, une sorte de rêve américain pour aficionado a los toros. En parlant de ça tiens, l'Ouest et l'Eldorado, c'est également le Portugal et sa cabaña brava.
Qu'il existe là-bas sur les terres lusitaniennes un nombre conséquent de ganaderías merveilleuses pour la corrida de vérité n'est un secret pour personne. Pourtant, peu s'y risquent. Céret, Parentis, et qui d'autre ?
La première de Parentis cette année, c'était Murteira Grave, un élevage orné d'une longue et grande histoire. Peu après dix-huit heures, on commençait déjà à comprendre. General, un burraco immatriculé au numéro 32 ouvrait le bal. C'était un novillo sérieux et d'une très belle présentation, comme l'ensemble du lot par ailleurs. Hormis sa belle présence, il n'y avait cependant rien d'extraordinaire. Trois piques c'est vrai, bien administrées par le picador Manuel Vicente, mais pas de bravoure. General était éteint et de peu de parcours à la muleta. C'est tardivement que le novillero Cuartero s'apercevra des qualités de la corne gauche avant d'expédier le tout d'un bajonazo éhonté.

La suite de ce lot de Murteira Grave n'a pas de continuité ou d'homogénéité en matière de comportements, toujours est-il qu'il fut des plus intéressants. Il y avait chez ces novillos portugais des signes de caste, de bravoure, et aussi de noblesse. Pourtant, les novilleros chargés de les affronter ont vraiment manqué d'âme et ont rendu de pâles copies. Est-ce leur entourage qui influence autant leurs prestations en piste ? N'ont-ils pas le temps certains soirs d'hiver entre deux entraînements de visionner quelques vidéos, de Victor Mendes, de Morenito de Maracay ou d'autres, non pas pour les plagier, mais pour s'en inspirer. Cela fait de la peine à dire, mais les novilleros ne le sont plus, du moins dans l'esprit.
Ce ne sont donc pas eux qui ont donné satisfaction Samedi dernier, mais bien le magnifique et intéressant lot de Murteira Grave. Des moments marquants il y en eut, et notamment à la pique, comme avec le deuxième, qui poussa avec bravoure lors de la première rencontre. Ce deuxième était curieusement baptisé Coketo, et montra noblesse et fond de race dans la muleta d'un Emilio Huertas qui n'a pas mis la jambe, et n'a pas transmis. La comparaison est mauvaise je le conçois, mais on a l'impression que ces novilleros toréent avec autant d'envie qu'une aimable contractuelle qui sur le pare-brise des voitures distribue des prunes, pourtant, on ne leur demande pas la lune.

D'une course allant a más, le troisième Murteira donna raison aux espoirs de l'éleveur et des organisateurs. A la pique Artezano, né en septembre 2007, est parti promptement, pour pousser en mettant les reins, en brave, sur une distance fort respectable. Batacazo. J'ai eu la chair de poules, non pas à cause du frais crachin qui tombait, mais parce que c'était beau et parce que c'est devenu tellement rare, j'ai peur qu'un jour on ne puisse plus voir de tels instants dans une arène. Il faut dire aussi que cette saison, de si belles poussées face à la cavalerie n'ont vraiment pas été fréquentes. Très mal piqué lors de ses deux rencontres, Artezano était un novillo brave et encasté, que Javier Jiménez toréa avec un modèle de faena préconçu. Quel dommage, car ce Murteira était vraiment bon.

La seconde partie de la novillada fut entretenue elle-aussi. Le quatrième a mis cheval et picador à terre, a été brave lors du premier tiers mais s'est arrêté à l'ultime, en grande partie à cause d'une lidia médiocre. Ce fut un peu la même histoire pour le dernier novillo, Vigoroso, très beau, combatif à la pique, peu évident et détenteur d'un fond de caste, mais assassiné sous le fer et mal combattu.
Auparavant, au cinquième épisode d'un après-midi mouillé, on eut l'illustration que la tauromachie était un domaine plein de paradoxes. Positionné dans le burladero à la sortie du toril, l'un des frères Otero a sans attendre fait frapper le bicho contre le burladero. Aguila, splendide negro salpicado, se fracassa ainsi et se rendit invalide. Dans ce cas-là, le règlement taurin dispose que "Les accidents ou blessures survenant à un animal après son entrée en piste ne donneront pas lieu à son remplacement". Mais Parentis étant irréprochable de sérieux et d'honnêteté, le mouchoir vert est tombé, alors qu'Emilio Huertas et sa cuadrilla auraient pu payer les pots cassés en devant aller jusqu'au bout de la lidia d'un novillo handicapé. Face au sobrero, bien plus léger que ceux du Six de départ mais très bien armé, Angel Otero, infâme quelques minutes plus tôt, s'avèra excellent aux banderilles et salua tandis que jouaient les gaiteros sur les gradins. Des paradoxes. Manso et fuyard au début du combat, le sobrero de Murteira a évolué en noble encasté à la muleta. Il déborda d'ailleurs Emilio Huertas, vraiment brouillon et décevant ce Samedi.

Retrouver Parentis chaque année est une véritable bouffée d'oxygène, car on s'y sent bien. Le premier acte de ce week-end, c'était une belle novillada, avec de l'intérêt dans tous les tiers. Ces Murteira Grave m'ont vraiment plu ! Comme chaque année là-aussi, il est mentionné sur l'affiche de Parentis "des toros comme vous devriez les aimer". Alors que certains seraient sûrement tentés de qualifier les organisateurs de prétentieux, on peut répondre qu'effectivement, il y avait-là des "toros comme on les aime". Bien vu, en plein dans le mille.

Florent

1 commentaire:

  1. Que Céret soit pile dans le mille à la hauteur de Parentis dans la sélection des élevages et ça me sera parfait.

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