mercredi 24 août 2011

Gloire à Escolar

Modernité isolée et sans beauté aucune qu'est cette énorme masse surnommée "Illumbe" trônant au-dessus de la quatre voies et du Stade d'Anoeta. Cette modernité ne rappelle en rien le qualificatif de Plaza de Toros, mais pourtant là où elle se situe, on serait presque tenté de dire qu'elle n'emmerde personne. A l'écart, là-haut, ce monument récent a la poisse et l'on y voit facilement vides soixante pour cent des sièges bleus à l'exception des venues de José Tomás. Cela fait toujours quelque chose de spécial de se rendre aux arènes polyvalentes de "Iyoumbé", à "Sane Sébastiane" en "Guipoussekoa". Au début d'une saison, un passage par ces lieux est la dernière chose que l'on pourrait noter sur le carnet prévisionnel, mais malgré tout, on s'y rend quasiment chaque année à peu d'exceptions près, et sans trop savoir pourquoi. Du moins d'habitude, car cette saison, découvrir qu'une corrida de José Escolar Gil y clôturait la feria était très tentant.

José Escolar Gil, seule indication. Sur le programme des hostilités de la Grande Semaine distribué en haut des escalators, rien d'autre n'était mentionné à propos de la ganadería. Je me suis même surpris dans un état semi-colérique à constater qu'à la dernière page dudit programme, figurait un texte composé de douze paragraphes dont onze d'entre eux étaient dithyrambiques seulement à propos des "torerazos" à l'affiche. Le douzième, situé en réalité en avant-dernière position, évoquait les bêtes à cornes de manière plutôt évasive. Jugez par vous-même "Ahora solo falta que los toros, escogidos de las mejores ganaderías, pongan de su parte para que el espectáculo sea redondo". En traduction française et brève, "Maintenant, il faut simplement que les taureaux, choisis parmi les meilleurs élevages, prennent part pour que le spectacle soit total". Celui qui a écrit ça a ainsi mis sur le même plan Vellosino, Juan Pedro Domecq, El Ventorrillo, Joselito, Garcigrande et José Escolar Gil. Il doit être torista le type, cela ne fait aucun doute !

Petite chambrée correspondant à un quart d'affluence (en restant plutôt complaisant) venue voir les toros d'"Escolar Gilles", en prononciation française. Ces arènes n'ont pas de charme, et je dois être au moins le dix-millième à l'écrire. Par contre, je trouve la piste très jolie, grande, ronde, et la couleur du sable me plaît. Sur le sorteo distribué à l'entrée du vaisseau, le troisième Escolar, Calmoso, numéro 68, était annoncé à six ans et trois mois d'âge ! Plus tard, la pancarte nous apprendra qu'il s'agissait d'une faute de frappe puisqu'il était en réalité né en novembre 2005. A l'issue du combat, le président, seul au bout du monde car entouré d'innombrables sièges vides, sortit le mouchoir bleu pour Calmoso alors que personne n'avait commencé à demander la vuelta. Quel geste ! Car ce tour de piste posthume était vraiment mérité.

Ce toro, fin de type et bien présenté, s'est mis en valeur tout seul, car une fois de plus la lidia n'a pas été respectée ! Deux piques, sans mises en suerte valables, histoire de nous empêcher d'apprécier cet Escolar au premier tiers. En revanche, on s'aperçut fort vite que Calmoso était un torrent de caste, avec du poder, des exigences, et de la bravoure. Un toro avec énormément de transmission à la muleta, face auquel David Mora donna des muletazos profonds et valeureux avant de connaître un échec avec les aciers. Mora semble s'améliorer au fil du temps, mais il serait bien qu'il se concentre aussi dans la lidia, car le voir en train de laisser l'ultime toro de la corrida pendant une minute et trente secondes sous la pique (trasera évidemment) donnait à peine envie de regarder ce qu'il ferait ensuite. Ce sixième Escolar était le plus brave du lot au cheval, mais il eut malheureusement droit à cette première pique interminable ainsi qu'à une lidia moyenne. Pourtant, il promettait au niveau caste ce Calerito ! Un jour qui sait, les matadors s'apercevront que ce genre de comportement (à savoir les lidias désastreuses) joue en défaveur des deux protagonistes, toro et homme. Par la suite, David Mora donna quelques gestes, mais l'on ne regarda le combat que d'un oeil distrait au vu de cet intéressant toro saccagé au premier tiers. Mora coupa une oreille. Mais les présidents devraient refuser toute récompense dans de telles hypothèses, pour qu'enfin les hommes en piste prennent conscience que la lidia est le paramètre le plus important. Malgré tout cela, et tant pis si je me répète, Calerito était quand même un toro fort intéressant !

Pour le reste de cette corrida, on eut des Escolar encastés, allant remater systématiquement aux burladeros dès leur entrée en piste. En dénominateur commun, ils ont été piètrement piqués et lidiés... On a vu Padilla, banderillero à corne passée, affronter un premier toro devenant rapidement compliqué, puis un second encasté et exigeant, malgré un problème aux pattes arrières. Les deux fois, Padilla connut de nombreuses difficultés.
Quant à Luis Bolívar, il est passé à côté de deux bons toros, nobles et encastés, avec mention au premier des deux. Fuera de cacho, excessivement loin et toréant avec la voix, Bolívar tua à chaque fois avec des bajonazos indignes. Peu importe, car je quittais pour ma part "Iyoumbé" avec l'impression d'y avoir vu la meilleure course parmi toutes celles auxquelles j'ai pu assister en ces lieux. Gloire à Escolar !

Florent

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