samedi 13 août 2011

Rêves à Parentis

En d'autres lieux plus vastes que Parentis en ce qui concerne l'espace cimenté destiné à la "clientèle de spectacles taurins", on promet monts et merveilles grâce aux "petits" toros de Santa Coloma. A ce public venu se divertir, on lui schématise les élevages de taureaux. D'un côté les indémodables classiques : Domecq et dérivés. Et de l'autre les deux exceptions : Ana Romero et La Quinta. Ces deux élevages d'encaste Santa Coloma sont les deux seuls qui existent aux yeux des organisateurs de grands évènements tauromachiques devenus par la force patrimoniale des producteurs d'art. Tellement sûres d'elles, ces hautes personnes là ont le sentiment de ne jamais s'être fourvoyées, sans avoir honte de leurs mensonges de luxe. L'une de leurs grandes hypocrisies à l'heure actuelle, c'est bien évidemment celle de l'encaste Santa Coloma. Pour eux, Santa Coloma, c'est La Quinta et Ana Romero. En prenant l'un de ces deux élevages, les figures réalisent un geste, parce que c'est du Santa Coloma et que c'est comme ça. Point barre ! D'un autre côté, nos très chers organisateurs bling-bling les érigent en monuments tout en gardant précieusement le soin d'apporter des nuances savoureuses à relever pour les aficionados avertis qui ne se laisseront pas berner. L'imposture se résume avec ces quelques mots "le toro de Santa Coloma est petit de type, modeste de cornes, il ne faut pas trop le piquer pour qu'il garde des forces et puisse à la muleta offrir cinquante à cent passes au torero qui pourra ainsi triompher de manière majestueuse".

Quand ils parlent de cette manière des toros de Santa Coloma, les Grands organisateurs ciblent seulement Ana Romero et La Quinta, en flattant bonté et toréabilité du petit Buendía. Pour eux, les autres élevages et même les autres branches de cet encaste n'existent pas ! Voilà un discours à la mode supplémentaire, et très en vogue actuellement. Mais là où je voulais en venir, c'est justement à la grande journée du dimanche à Parentis, avec les deux novilladas d'encaste Santa Coloma bien loin du stéréotype commercial que l'on tient absolument à nous vendre.

Cela a commencé en matinée avec quatre exemplaires de Francisco Madrazo, très bien présentés et armés, et généralement nobles sans que cela ne soit un terme péjoratif, car il y avait là un beau fond de caste. On déplorera le manque de forces du novillo d'ouverture. En revanche, on apprécia le lot échu à Vázquez Romero, qui fut totalement hors du coup ce matin-là. Pourtant, il y avait de quoi faire ! Ses deux adversaires possédaient de la caste et laissaient entrevoir des cartes à jouer pour celui qui les affrontait. Entre temps, il y eut un novillo noble et intéressant, le troisième, face auquel Carlos Durán a servi une prestation volontaire mais assez décousue et lointaine, que l'on mettra sur le compte de son bagage technique peu étoffé. Déjà, le midi, on sortait des arènes avec la satisfaction d'avoir vu un lot de novillos intéressants, nobles, et qui avaient comme point commun une caste évidente. Il est toutefois dommage que ces Madrazos n'aient pas reçu de lidias dignes.

Même problème l'après-midi au niveau de la lidia. Mais cela n'a pas empêché le fait que l'on puisse voir le magnifique lot de Valdellán, d'origine Graciliano via les élevages de Pilar Población et Hoyo de la Gitana. Ils étaient très beaux de présentation, combatifs à la pique pour un total de dix-neuf rencontres, toujours encastés et exigeants, dotés de bravoure pour plusieurs d'entre eux, et d'une solidité impressionnante à voir. Aussi, ils étaient loin d'être impossibles et offraient des options aux novilleros qui les ont affrontés. Lors de plusieurs combats de ces Valdellán, on eut l'impression de voir des bichos éteints à l'issue du tiers de piques. Cependant, et c'est pour cette raison qu'il s'agissait d'un grand lot de novillos, on les vit de manière superbe et surprenante redémarrer de plus belle au début des faenas de muleta, ce qui fut particulièrement le cas des troisième et quatrième. On se souviendra également du second, Aequero, un novillo brave, encasté, poderoso, piètrement combattu et qui est resté le maître en piste du début jusqu'à la fin du combat. D'ailleurs, c'est le lot de Valdellán dans son intégralité qui a remporté le triomphe grâce à sa caste débordante.

Fin de cette feria composée de trois novilladas, la seule en France ! Avec qui plus est trois réussites au compteur. Des réussites dans le domaine de la tauromachie authentique et digne, celle où le taureau et son combat sont privilégiés. Ce fut un plaisir de pouvoir découvrir ces trois lots de novillos provenant d'élevages qui n'ont été (et qui ne seront) vus nulle part ailleurs cette saison de ce côté des Pyrénées. Car oui, La Quinta et Ana Romero ne sont pas les seuls fers d'origine Santa Coloma qui existent comme tentent de le prétendre certains bonimenteurs davantage intéressés par l'argent du toro que par le toro lui-même. A Parentis, c'est l'inverse, puisque la passion pour le toro de combat prime avant toute autre chose. Adressons nos louanges à l'Association des aficionados qui organise chaque année cette feria, et à son président Serge Villetorte, dont le modeste leitmotiv est "nous préférons jouer les premiers rôles en seconde division plutôt que les derniers en première". Pourtant, il semblerait que Parentis évolue à un tout autre niveau que les mornes arènes routinières et adeptes de la corrida moderne, celle qui est nivellée par le bas. Alors face à cela, on ne peut que saluer ce que fait Parentis, en espérant que nous y verrons encore de belles pages de tauromachie authentique s'y écrire, parce que c'est cela qui nous fait rêver. Beaucoup nous prennent pour des fous, mais cela n'a pas d'importance, car dans nos coeurs d'aficionados, Parentis est une grande arène. Cela faisait un certain temps que l'idée me trottait dans la tête, mais ce Dimanche 7 août au soir, j'étais persuadé que Parentis était bien assise à la place de Première arène des Landes. Certains diront que ce point de vue est excessif voire ridicule, mais comment le contester quand on sait que cette arène est la plus vertueuse de son département en matière de sérieux, de dignité, et même de qualité et de beauté de la tauromachie, avec une recherche constante d'élevages de taureaux de combat, et non de taureaux collaborateurs. Car la corrida c'est un combat, et pas autre chose.

Florent

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