lundi 19 septembre 2011

Le Val d'Éliane

Pure fiction. Voici l'histoire d'une Dame, bourgeoise, d'un âge certain, regagnant attristée et lassée ses contrées parisiennes à la suite de ses derniers périples taurins. Son moral n'était nullement rassuré, tellement la garantie promise lui semblait inévitable. La corrida, un magnifique spectacle selon elle, au début une simple distraction, puis peu à peu, un passe-temps à plein temps, à la recherche d'art, de ballets et d'émerveillement.
Se rendant chaque saison partout "où ça brille", elle s'était habituée à voir chaque après-midi les hommes vêtus de lumières quitter l'arène sur une paire d'épaules. Cette année, elle remarque que toutes ces sorties triomphales ont été bien moins fréquentes. Elle s'inquiétait, car de physiques, elle trouvait que les taureaux n'avaient pas changé, toujours aussi agréables et jolis. Cependant, ces petits taureaux élégants, qu'elle trouvait jusqu'à l'an passé doux et à la bonté abondante, sont aujourd'hui devenus à ses yeux bien tristes, car sans aucune force et souvent figés. Déjà, aux alentours du quinze août, elle voyait l'automne voire même l'hiver arriver à grands pas, car les taureaux ne permettaient pas le succès aux vedettes qu'elle était venue voir.
Alors, devant tant de déceptions et de mélancolie, elle décida de joindre un ami de longue date, assidu à toute lecture taurine, et qui pourrait éventuellement l'aiguiller sur certaines de ses interrogations. D'emblée, elle demandait à son interlocuteur si partout ailleurs cette année, les spectacles avaient été aussi piètres. Elle reprenait la métaphore du vin, et tentait de se rassurer en se disant que la cuvée tauromachique n'était pas bonne, et qu'il ne s'agissait là que d'un accident. Au cours de la conversation, elle ne parvenait pas à déchiffrer totalement ce que lui affirmait son ami, puisqu'affublée d'un malheureux problème de surdité. Il lui parlait de manière lente, et les termes castillans qu'il utilisait ne pouvaient se démarquer de son espagnol scolaire, appris dans sa jeunesse maintenant lointaine. Il prenait le soin d'appuyer sur chaque syllabe, et même sur chaque lettre.
Et puis, la Dame a vu ses craintes s'amplifier. Elle commençait à comprendre qu'en d'autres lieux où elle ne s'était pas rendue, il y avait eu des courses de taureaux d'un grand intérêt. Car lui était catégorique, il avait beau lire et relire les chroniques de certaines corridas et "novillades", il lui confiait qu'ailleurs, il y avait effectivement eu bien mieux. A un moment, en évoquant l'une de ces courses, il alla jusqu'à affirmer avec certitude qu'il était question de la "Novillade" de l'année en France, tellement il accordait une grande confiance aux écrits des plumitifs.
A cause de ses inconvénients auditifs, la brave Dame ne parvenait pas à comprendre toutes les paroles de son ami. Pourtant, elle reprenait avec étonnement "Je n'ai pas entendu le nom du village auquel vous faisiez référence mon cher, vous parliez de taureaux âgés de trois à quatre ans, costauds, allant chacun trois ou quatre fois au cheval, solides, combatifs et donnant de l'émotion." Un peu plus tard dans l'échange téléphonique, elle ajouta d'un air surpris "Ils provenaient du Val d'Éliane ces taureaux si combatifs ? Savez-vous dans quelle région se situe ce lieu ?"
Car elle s'était faite à l'idée qu'il existait un lieu-dit du nom de Val d'Éliane, où seraient élevés des taureaux de combat particuliers, quelque part à un endroit jonché entre les trente-six mille communes de France. Aussi, son ami lui faisait part de la "novillade" de la veille dans le même village. Cette fois encore, il paraît que les taureaux étaient combatifs et fort intéressants. Elle, restait rêveuse devant les noms si poétiques de ces élevages de taureaux "L'amour, terre à graver. Puis le lendemain, Val d'Éliane."
Bien qu'elle n'ait pu saisir tout ce que lui rapportait son interlocuteur, la Dame voyait sa curiosité grandir devant tous ces éléments. Depuis sa découverte de la corrida et des arènes, elle cherchait sans cesse l'art, le sublime, la douceur et le succès de l'homme, mais là, c'était la première fois qu'on lui décrivait le taureau ainsi, avec cette dimension de combativité. Elle ignorait même que cela pouvait exister.

Florent

1 commentaire:

  1. Je trouverais même un plaisir certain à partir un jour - avec d'autres pèlerins comme moi - à la découverte du Val d'Eliane.
    Même si c'est un peu loin, même s'il ne fait plus très chaud.
    Un Val d'Élian qui fleure bon l'authenticité des encastes, poder, bravura, caste, tout ce qui peut nous éviter l'ennui et l'uniformité qui sont le lot ailleurs.
    Bravo pour ce billet d'humour, Florent

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