dimanche 25 septembre 2011

Majorité silencieuse, je te baise !

Lumières bientôt éteintes. Le titre, un écart de langage qui pourrait être assimilé à un signe vengeur de grande frustration. En réalité, il n'en est rien et vous comprendrez plus tard pourquoi. Il fait une magnifique journée en ce Dimanche 25 septembre sur le "Grand Sud-Ouest", et je pense malgré tout à cette probable dernière corrida de l'histoire en Catalogne. Pourtant ce soir, il n'y aura de victoire pour personne, tellement la corrida était devenue jusqu'à aujourd'hui une activité très minoritaire dans cette région. C'est pour cette raison que l'interdiction me semble ridicule, et c'est à distance que j'imagine la "der des der". A mon humble avis, la Monumental de Barcelone méritait tout de même mieux que les toros commerciaux d'El Pilar pour fermer ses portes.
Ici, le ciel est bleu, et je ne sais pour quelle raison je pense à Floirac. Cette ville de Gironde que la Garonne sépare de Bordeaux. Y penser n'est pas un hasard, car le dernier dimanche de septembre marquait jusqu'à il y a cinq ans, la traditionnelle corrida du Cep d'Or dans ces arènes métalliques. A l'heure qu'il est, si le destin en avait décidé autrement, peut-être serais-je à la sortie de cette arène "la plus au Nord du monde", songeant à la corrida qui viendrait d'avoir lieu. Barcelone me serait alors parue bien plus lointaine, et je n'y aurais peut-être qu'à peine pensé. Depuis cinq années, j'ai toujours trouvé très étrange la fermeture des arènes de Floirac, sans cérémonie, sans un mot, dans l'anonymat, le silence et l'indifférence. L'oubli est peut-être la pire des choses, tandis qu'à Barcelone, où la corrida prend fin surmontée d'une prohibition, personne ne la perdra de vue. La fin des Corridas de Toros, notre passion, est un sujet dont on préfère toujours se détourner en l'ignorant. Parfois il vient à l'esprit, et soit on se dit que l'on a de l'espoir, et que ça durera, soit on imagine une fin proche avec dérision, mais au fond, cela nous emmerde pour de vrai.

Alors qu'un éthylotest m'aurait donné perdant un matin de juillet dernier en Gare de Perpignan, je pensais justement à cette question. Pourquoi ? Car je venais de quitter Collioure quelques minutes auparavant, et mon ami Yannick me racontait depuis un certain temps que la tradition taurine de ce village catalan pourrait partir en fumée, sans interdiction, mais là-aussi, dans l'indifférence. Je regrettais par ailleurs de savoir à l'avance qu'il me serait impossible un mois plus tard d'assister à la novillada de Christophe Yonnet. La dernière course à Collioure ? Je ne l'espère pas. Mais voilà, on m'a évoqué tous ces projets municipaux pouvant mettre un terme à l'existence des arènes. Connaissant un peu Collioure, Cité au relief très accidenté, je ne saurais, à l'instar de Yannick, donner un endroit de substitution pour ériger d'autres arènes.
Toutes ces villes, villages, lieux-dits, banlieues, forment une liste quelque peu comparable à une peau de chargin. Barcelone, Floirac, Collioure et d'autres, n'ont pas le même poids à l'échelle taurine. Et je me dis que l'action des opposants à la corrida n'y sera peut-être pour pas grand chose si un jour, tout venait à prendre fin. Ici une interdiction symbolique, là-bas l'abandon, ailleurs des problèmes financiers. Les causes sont bien différentes, mais les conséquences elles, sont les mêmes. Et voir les choses partir en sucette de cette manière me file la frousse quand j'y réfléchis. Pour ce qui est de Collioure, j'espère qu'il y aura une mobilisation de la part des "institutions" taurines, et qu'à l'avenir on y parlera encore de taureaux de combat et d'habits de lumières.

Aujourd'hui, c'est Barcelone qui passe l'arme à gauche. Le Milieu y a scié la branche sur laquelle il était assis, tandis que d'autres y ont défendu la corrida comme des pieds. Mais au fond, cela ne représente pas grand chose, et l'interdiction de la corrida en Catalogne est un peu l'histoire de rien. Et si je dis ça, ce n'est pas pour porter préjudice à la riche histoire pluri-séculaire de la corrida dans cette région, mais bien parce que le fait de l'interdire n'a pas de sens. Jusqu'en 2011, il ne restait qu'une seule arène, Barcelone. Et dès l'an prochain, je me demande bien quelles en seront les conséquences. Une révolution ? Un grand changement ? Un progrès social ? Tu parles !
Le seul problème, c'est que cette interdiction, à connotation politique, peut déclencher ailleurs le débat sans qu'il n'y ait pour autant des raisons apparentes de l'évoquer. Le coupable : les médias ! Dès qu'il se passe quelque chose en un lieu, il faut absolument reporter la question ailleurs. Comme par exemple : "A Barcelone, les corridas ont été interdites, et il faudra en conséquence multiplier les sondages et les échos afin de savoir ce qu'il en sera dans les autres régions d'Espagne ainsi qu'en France". Putain de machine médiatique ! Une véritable broyeuse, qui en a fini avec la corrida en Catalogne. Et demain ?
Car il faut s'y attendre, les médias lanceront le débat maintenant, cet hiver, ou plus tard, en faisant enfler démesurément la question comme s'il s'agissait d'un enjeu national. Pourtant, la corrida, en France, est quelque chose de mineur, périphérique à la vie de la nation. A grands coups de sondages et de désinformations, les médias pourraient un jour faire passer cette question au premier plan, en multipliant les amalgames et les comparaisons douteuses, ce qui est déjà un peu le cas, en filant la rage et la nausée aux aficionados, impuissants devant cette machine qui parfois pousse la démocratie jusqu'à la perversion.
Par moments, les moyens d'informations me font peur. Tandis que lorsque les antis-corridas manifestent devant les arènes de France, et ce n'est pas toujours le cas, cela me fait doucement sourire, car leur nombre ne dépasse même pas celui d'une équipe de rugby sans remplaçants. Pourtant, quiconque désintéressé par la corrida lirait certaines coupures de presse ou regarderait la télévision serait persuadé du contraire.

Aussi, les antis-corridas, dont je n'aime pas parler car leur présence dans la réalité est tellement futile, ne se privent jamais pour s'arroger ce qu'ils appellent la majorité silencieuse ou l'opinion publique. J'oubliais que pour que vive quelque chose dans un pays, celle-ci devait être approuvée par les sondages et par la majorité. Pourtant, comme dit plus haut, chacun sait que la corrida représente en France quelque chose de minoritaire. L'opinion publique, la majorité silencieuse, sont à mes yeux des concepts éloignés du monde réel. Toutefois, je suis assez pessimiste sans pour autant penser à la catastrophe. Mais je suis convaincu, ce soir il n'y aura de victoire pour personne.

Florent

4 commentaires:

  1. Les arènes de Floirac sont mortes dans l'indifférence générale. Moi, elles me manquent bien plus que celles de Barcelone. Des corridas à moins de 20 minutes de la maison.

    Les catalans ont voté, pas les girondins.

    JPc

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  2. Et puis rien ne dit qu'elle ne ré-ouvrira pas, Barcelone ; un non peut toujours être suivi d'un oui. Un jour.

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  3. Tu ne crois pas si bien dire Florent.
    La faute n'est pas qu'au medias.
    Le mundillo et les grandes manoeuvres des plazas de 1ère sont en train de nous fusiller.
    Le changement de dates de Mont de Marsan et Bayonne, nous a obligé à Orthez à organiser une consultation de la population sur l'opportunité de nous maintenir ou non sur les dates traditionnelles.

    Avec comme enjeu une augmentation du déficit engendré par la jounée taurine (que nous maintenons miraculeusement au même niveau depuis 4 ans.
    Résultat des courses: une remise en cause par beaucoup de la corrida. Le débat fait rage. Les oppositions, muettes jusqu'à présent se manifestent désormais et la pérennité de la tauromachie à Orthez est en danger.
    Merci les copains (et les coquins...).
    J'y reviendrai sur mon blog.

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