mardi 25 octobre 2011

Au bout du monde

Devant l'auto-radio comme seul guide, les mains sont moites. Pourtant il n'y a pas mort d'homme. Le sport réconcilie les nations, il permet aux hommes d'éviter les conflits et la guerre. Cela doit être l'esprit Coubertin ou dérivés. Pas d'images. Seuls des mots donc, ont pu accompagner ma lanterne lors de la finale du mondial de rugby, ce dimanche matin. Dès le début, les paroles symbolisaient des instants forts. Les joueurs français, auxquels on avait promis la déroute, l'humiliation et la honte se sont avancés face à la sauvagerie du cri de guerre de l'adversaire. Ils sont même allés jusqu'à franchir la ligne médiane. Puis la partie commença, les hommes vêtus de blancs ont été dignes et courageux, tandis que leurs adversaires "Néo-Z" ont balbutié leur jeu. Au milieu, un corps arbitral apparemment contesté. L'issue, chacun la connaît, et elle est plutôt douloureuse, même s'il n'y a pas mort d'homme. 8 à 7, le quinze de la Fougère a remporté le droit de soulever le trophée, mais son mythe est délavé et a pris un sacré coup. Le sport est censé réunir, pourtant l'issue d'une telle partie déchaîne la passion des nations et leur redonnerait presque une envie de guerre...

Mort d'homme il y eut en revanche la veille. Antonio Chenel "Antoñete" s'en est allé, et ceux qui comme moi n'ont jamais eu l'occasion de le voir toréer retiendront une mèche blanche, quelques images en noir et blanc pour l'éternité, de quelqu'un qui a marqué l'histoire de sa profession, et mieux encore, rentra dans la légende de son vivant.
Quelques jours auparavant, un autre homme est passé de vie à trépas. Son nom : Alfonso Guardiola. Là-encore, de nombreuses pages d'histoire pour ce patronyme dans le grand livre de la tauromachie. Guardiola, María Luisa, Séville, Lunes de Resaca, Puntillo, Mont-de-Marsan, Hagetmau, un incroyable nombre de trophées glanés par les toros de la maison. A titre personnel et davantage récent, je me souviendrai qu'Alfonso Guardiola a vu grandir dans ses près, le plus grand Toro qui m'ait été donné de voir dans une arène jusqu'à présent, un certain "Oeillet Blanc".

Une solennelle minute de silence est respectée en mémoire de ces deux hommes, à quatre heures de l'après-midi, lorsque se rompt le paseo aux arènes d'Aire-sur-Adour. A l'affiche, les toros sont de Yonnet, les cinq premiers avec le fer d'Hubert et le sixième avec celui de Françoise. Nés entre février et avril 2007, les uns et les autres sont tous différents de morphologies, tout en étant sérieux et irréprochables de présentation. Par la suite, aucun d'entre eux ne s'avèrera être un collaborateur docile.

Le chef de lidia Javier Castaño tomba sur un premier adversaire très faible voire invalide, qui dut être ménagé pendant la lidia. En fin de compte, le Yonnet démontra de la noblesse sur sa corne droite et Castaño des dispositions. Son second opposant, le plus corpulent du lot, laissa de nombreuses plumes en poussant lors de la première rencontre face à un mur en béton. La lidia suivit son cours, très bien menée par Javier Castaño, mais les deux autres piques administrées par Plácido Sandoval furent très légères, alors que le toro avait déjà commencé à s'éteindre. Fort dommage, car ce quatrième Yonnet semblait promettre bien mieux. En face, Castaño fit une nouvelle fois preuve d'un métier aguerri.

Dans un costume bleu piscine municipale et or, Manuel Escribano s'est joué la vie à l'occasion de son retour en France. Très exposé cape en mains, il réalisa une extraordinaire paire de banderilles au deuxième toro de l'après-midi. Escribano, assis sur le marchepied de la barrière, attendit le départ de son adversaire, situé à trois mètres de lui, pour clouer une très grande paire, à la fois por dentro et al quiebro ! Des choses que l'on ne voit plus fréquemment dans les arènes. Ce deuxième Yonnet, numéro 744, était si l'on parle vulgairement celui qui permettait le plus de "couper les oreilles" au cours de cette corrida. Avec l'envie d'un novillero, Manuel Escribano fit face à ce toro noble une faena quelque peu hachée, mais très volontaire et vaillante. Derrière le peu de contrats et un certain manque de technique, on devine tout de même que ce type sait toréer. Aussi, il est d'une catégorie de corridas que refuse les vedettes et au sein de laquelle ce torero semble avoir sa place. Il connut l'échec à l'heure de vérité. Devant le cinquième, distrait, compliqué, âpre et bronco, Manuel Escribano connut des difficultés. A plusieurs reprises, il aurait pu se faire soulever du fait des assauts violents du Yonnet. Un toro qui aurait par ailleurs mérité une faena appropriée, courte et avec des passes de châtiment par le bas, ce qui aurait évité quelques frayeurs au matador.

Enfin, Mehdi Savalli fut le matador le moins à la fête, tout d'abord débordé par le troisième, qui n'était pas prévu initialement dans le lot, puissant en deux piques, et compliqué. Lors de cette course, Savalli a montré sa technique limitée, puisqu'il connut également des difficultés face au dernier, porteur du fer de Françoise Yonnet. Cependant, malgré son côté brouillon et son manque de recours, l'arlésien a signé un sursaut d'orgueil final, et même si la réussite ne fut pas au rendez-vous, l'envie était là.

Un peu moins d'une demie arène. Très beau temps pour un dimanche de fin Octobre. Présidence de Matías González de Bilbao. Avec plus de forces et de caste, on aurait eu droit à un notable lot de toros. A signaler que tous les exemplaires de Yonnet ont pris au minimum deux piques, et que les trois matadors ont joué le jeu au moment de les mettre en suerte, ce qui est devenu assez rare à l'heure actuelle.

Florent

P.S : Pour clôturer le récit de cette course, il est regrettable qu'en Corrida de Toros, aucun cornu ne soit annoncé au public par le biais d'une pancarte avant chaque combat (ne serait-ce que le nom, le numéro, et la naissance). Il faut ainsi s'en remettre aux vétérinaires voire à l'éleveur pour récupérer les "datos" des toros. Si j'écris ces quelques lignes supplémentaires, c'est parce que je pense que les toros ne doivent pas être considérés comme des combattants anonymes.

Voici les "datos" des cinq toros d'Hubert Yonnet et de celui de Françoise Yonnet (sixième) combattus ce Dimanche 23 Octobre à Aire-sur-l'Adour :
1. "Estela" n°736 negro bragado meano corrido lucero (né en février 2007)
2. "Alios" n°744 burraco listón (né en mars 2007)
3. "Bougidan" n°769 negro mulato (né en avril 2007)
4. "Piquepoult" n°758 negro bragado meano (né en mars 2007)
5. "Paldmayre" n°765 negro bragado meano corrido gargantillo (né en mars 2007)
6. "Cassaïre" n°738 negro bragado (né en avril 2007)

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