lundi 24 janvier 2011

La préférence nationale

Préférence nationale. Il faut reconnaître que ce concept a de forts relents politiques, situés très à droite, dans l'optique de "la France aux français". Mais ce n'est pas de politique dont il est question dans mon propos, même si ce système de préférence française sur le sol français semble s'émanciper ces dernières années en matière taurine. C'est fin 2010 que l'on a appris cette nouvelle concernant les ganaderías. En effet, et si j'ai bien compris le principe, à partir de 2011, tout organisateur français qui prendra un lot de toros issu de notre pays se verra accorder une prime de 5 000 euros, la prime "Toros de France".
Au fond cela paraît être une bonne idée, et puis, il y a plusieurs élevages français qui méritent d'être vus de manière plus régulière. Le problème, et c'est une question que je me pose : combien d'élevages nationaux sont issus d'encastes en voie d'extinction ? Après étude, il semble qu'ils pourraient se compter sur les doigts de la main... du baron Empain, comme le disait Pierre Desproges. Ces dernières années, on a pu constater que c'était la mode de créer un élevage en France avec soit du Jandilla, du Daniel Ruíz, ou du Sánchez-Arjona (la souche Domecq... et non Coquilla), des choses très originales... Le futur offrira ainsi une prime à la casse pour les organisateurs qui annonceront des élevages français sur leurs affiches. Pourtant, on aimerait bien qu'ils soient également encouragés en prenant des élevages issus d'encastes devenus rares, et qui affrontent parfois de gros problèmes sanitaires. Le risque, en France, c'est qu'il y a déjà le marché fermé des corridas pour vedettes, avec les ganaderías commerciales qui ont beau faire des fracasos lors de neuf venues sur dix, mais qui reviennent tout de même. Garcigrande, Daniel Ruíz, García Jiménez, Victoriano del Río, Juan Pedro Domecq, Zalduendo, afin de donner une liste non exhaustive. A côté de ce toro-business, il y a les corridas que la classe professionnelle qualifie de "dures", à défaut d'avoir trouvé un autre terme, mais c'est pour diaboliser ces courses souvent inutiles à leurs yeux. Ainsi, l'instauration de la prime en question pourrait faire préférer à certains organisateurs le choix d'un élevage français plutôt que d'un espagnol sorti des sentiers battus, sans pour autant qu'il s'agisse de Domecq hard-discount. Dernière chose, et c'est une autre interrogation, il serait intéressant de savoir si la prime est accordée de manière absolue. A Béziers, le prix des places a augmenté chaque année depuis 2002, pour atteindre des sommets l'an dernier. A Béziers, c'est Robert Margé qui a les arènes en mains. Et à Béziers, il y aura une corrida de Robert Margé pour la feria d'août. La prime "Toros de France" dans cette hypothèse, une aide louable ou une source de (gros) bénéfices ?

Florent

(Image d'Anthony : le beau toro de Tardieu Frères combattu lors de la dernière corrida-concours arlésienne)

vendredi 21 janvier 2011

C'était l'année 1991 : "les arènes du littoral catalan"

Vous l'aurez certainement remarqué, la saison taurine 2011 dans le département des Pyrénées-Orientales risque d'être fort intéressante d'après ce qui est annoncé sur le papier pour les trois arènes en activité. Ainsi, Céret verra deux lots de toros, de José Escolar Gil et Couto de Fornilhos, et deux novilladas, de Moreno de Silva et Irmaos Dias. Il y aura aussi des novillos de Christophe Yonnet à Collioure, et de Moreno de Silva à Millas.
En vingt ans, force est de constater que la carte taurine du Roussillon s'est réduite telle une peau de chagrin. Cet article est le premier d'une série qui portera sur la saison 1991 au travers de faits variés qui ont illustré cette temporada, celle d'il y a vingt ans. Personnellement et au vu de mon âge à l'époque, je n'ai pas connue cette année-là sur le plan taurin. Cependant, il est déplorable de voir que sur internet, il n'y a quasiment aucune page traitant de la tauromachie en France avant les années 2000. Pour trouver des informations relatives aux années 1980 ou 1990, il faut ainsi se plonger dans des livres, revues ou journaux.
Je n'aime pas spécialement donner dans le sensationnalisme, mais cet article se base sur une sorte de "fait divers" survenu en 1991. Aussi, l'anecdote permet de montrer qu'il y avait encore un nombre considérable d'arènes il y a deux décennies dans les Pyrénées-Orientales. C'était donc le Jeudi 15 août 1991 comme le rapportent mes diverses sources. C'était à Port-Barcarès, au Nord des P-O, un bled limitrophe avec le département de l'Aude, envahi par les touristes l'été, et déserté l'hiver. En ce jour de l'Assomption, il y avait une novillada dans les arènes portatives de cette station balnéaire, avec au cartel des novillos de Los Majadales pour Cayetano de Julia, Luis Delgado et "El Macareno". L'anecdote tient dans le fait que le quatrième novillo de l'après-midi s'échappa de l'arène démontable au moment de la sortie du picador. Ensuite, il sema la panique près des arènes en ne causant que des dégâts matériels. Non loin de là, il y avait une fête foraine, et la gendarmerie n'intervînt pas... Dans la précipitation, c'est un forain qui abattit le pensionnaire de Los Majadales de plusieurs coups de 22 long riffle. Histoire pittoresque.
Aujourd'hui, on ne parle plus de toros à Port-Barcarès, tout comme à Saint-Cyprien, à Argelès-sur-Mer, ni dans le petit village de Cerdagne, de l'autre côté des Pyrénées-Orientales : Bourg-Madame. Ce dernier ayant eu une courte expérience taurine de 1998 à 2004. Pour ce qui est de Port-Barcarès, de Saint-Cyprien et d'Argelès-sur-Mer, le lobby-anti taurin n'y est pour rien dans la fin des courses de taureaux en ces lieux. Ces trois arènes ont fermé leurs portes presque simultanément, au début des années 1990. Le 5 mai 1992 en Corse, le drame du stade Furiani allait relancer la question de la sécurité dans les enceintes sportives, culturelles et autres... Ainsi, n'étant plus aux normes, c'est pour cette raison que ces quelques arènes du littoral ont baissé pavillon. Au bord de la côte Vermeille, Collioure reste désormais la seule arène en activité. Céret est toujours-là, forte de sa longue tradition taurine. Et puis il y a Millas, qui donne chaque année une novillada depuis 1990. Le 15 août 1991 à Port-Barcarès, "El Macareno" coupa la seule oreille de l'après-midi. Le sobriquet de ce jeune novillero de l'époque n'inspire rien, mais son nom est quant à lui bien plus éloquent, puisqu'il s'agit d'Antonio Barrera.

Florent

(Image : le port de Collioure)

samedi 15 janvier 2011

Voeux et pensées

Même si la nouvelle année est déjà bien entamée, cela ne m'empêche pas de souhaiter les meilleurs voeux à tous ceux qui passeront par cette page. Je vous souhaite ainsi une bonne année 2011 et une bonne temporada. Bien qu'il n'y ait pas que les toros dans la vie, il faut tout de même reconnaître qu'ils occupent parfois une place conséquente. L'afición de chacun prend donc une bougie supplémentaire. En plus de ces voeux, je vous confie ici quelques pensées...

Tout d'abord, je pense à Jean-Jacques Baylac qui nous a quittés à la fin de l'année dernière, je pense à ce qu'il a fait pour la tauromachie en France, pour la "corrida vérité" comme il le disait, chez lui, à Vic-Fezensac. Je pense aussi à ces deux picadors qui sont partis trop tôt l'an dernier, Juan Luis Rivas hijo et Luis Antonio Vallejo "El Pimpi". Je pense à la ganadería d'El Palmeral, (d'encaste Atanasio-Conde de la Corte), à Jean-François Majesté, et au désarroi de voir ce fer disparaître. J'ai une pensée pour l'ADAC, pour Jean-Louis Fourquet, Jean-François Coste, pour l'ADA, pour Serge Villetorte, pour Orthez, pour Xavier, pour Laurent, pour les autres, pour tous ceux qui défendent la corrida avec le Toro comme leitmotiv. Je pense à ces ganaderías que j'aime, aux toros encastés, puissants, combatifs, et qui resteront dans la rétine.
Je pense aussi à la Catalogne, à Barcelone, et à ces gens qui ont désiré interdire la corrida dans une ville plus que dans une région, puisqu'il n'y a désormais qu'une seule arène dans celle-ci. Je pense que leur démarche est d'un cynisme incroyable, et je leur demande quel danger la corrida représente-t-elle pour la société ? Je pense à ces toreros que l'on veut nous vendre comme des routards du triomphe. Je pense aux faenas en roue libre, au Juli, au Julipié, et aux aficionados cocufiés. Et je pense à ceux qui vont pourrir mes nuits à cause de la malhonnêteté de leurs reseñas. Je pense à André, lui veedor de l'afición française autoproclamé, et je pense aussi à son humilité, car il n'est pas le veedor de l'ADAC aux dernières nouvelles même si c'est ce qu'il prétend ! Je dois toutefois lui reconnaître qu'une seule chose m'aura attiré chez lui... sa jeune photographe. Je pense aussi à cet élevage français, à toutes les fois où les pensionnaires de cette famille sortiront cette saison, et à toutes les fois où l'on saura d'avance que le fils saluera ou sortira en triomphe à l'issue de la course. Je pense à ces vedettes surévaluées, aux bêtes bichonnées qu'elles vont affronter, mais je préfère les vaillantasses qui eux ont davantage d'humilité, et affrontent pour leur part le Toro de respect. Sans ce dernier, il semble difficile de parler de dignité.

Florent