lundi 28 février 2011

Éloge

Il vient de là-bas, là où les oeillets ont fait une Révolution, là où Madère et les Açores sont des archipels lointains même s'ils font partie du territoire. Il vient de là où l'on vend de la vodka aromatisée au cannabis dans les supermarchés, là où lorsque l'on passe de nuit la frontière entre Fuentes de Oñoro et Vilar Formoso, les lumières sont d'un jaune vif, clair et intriguant. Là-bas l'été, lorsqu'il fait 45 degrés, la baignade est tentante, mais l'eau à 16 du fait des courants de l'Atlantique refroidit vite vos ardeurs. Il vient de là-bas, de Lusitanie, là où la mise à mort est interdite par la loi, et seule Barrancos, petite ville frontalière avec l'Extrémadure, procède chaque année à une corrida avec mise à mort de deux taureaux sur sa place publique le dernier dimanche d'août. Il vient de là-bas, du Portugal, un pays passionnant à découvrir.
Lui, le taureau portugais, il a cinquante bonnes raisons de faire un auto-da-fé avec des livres sur la défense de la corrida, puisqu'il est un magnifique argument à lui tout seul. Et quel plaisir de voir en France ce taureau là, que les organisateurs sont allés "chiner" minutieusement. On a la chance de voir chaque année ou presque des cornus portugais dans nos arènes, car de nombreux élevages de là-bas regorgent de choses à la fois intéressantes et d'une beauté incomparable. On n'ira peut-être pas jusqu'à dire que les taureaux portugais sont de garantie, mais très souvent lorsqu'ils sortent, le lot de satisfactions est à la clé. On pense au plus célèbre, le Palha de Joao Folque de Mendoça, tellement aléatoire. Il peut sortir de véritables carnes, tout comme des taureaux qui resteront dans la rétine. Ceux de Bayonne en 2008, terribles et énigmatiques. On pense aussi à Camarito, et à ce dimanche de Pentecôte à Vic-Fezensac, lorsqu'à midi, il remit à l'heure les pendules de notre afición. On pense aussi à l'autre Palha, Fernando. Ou plus exactement, l'élevage des "Herdeiros de Maria do Carmo Palha", avec ces taureaux issus de l'encaste Vázquez, aux armures impressionnantes, aux belles charpentes et aux robes magnifiques. Et lorsque la combativité est au rendez-vous, le bonheur l'est aussi. Puis il y a également les guerriers de Manuel Assunçao Coïmbra, que l'on a connus incertains, puissants, allant même jusqu'à provoquer des émotions rares lors du tercio de piques. La liste est assez conséquente, on pourrait aussi citer Murteira Grave, Veiga Teixeira parmi tant d'autres. Parfois, lorsqu'un lot français laisse ses oreilles sur le sable des arènes, un dicton à la mode énonce "qu'il ne faut pas aller chercher plus loin ce que l'on a sous la main". Je ne sais pas si ce protectionnisme est d'une bonté absolue, et je leur laisse. Mais il est des fois où il faut savoir aller chercher plus loin, là-bas, au Portugal, où se cachent de vrais trésors, des merveilles de taureaux de combat.

Florent

C'était l'année 1991 : "Corridas françaises"

La saison 2011 en France s'annonce assez prolifique en matière de corridas marquées de fers nationaux. D'après les prévisions il y aura environ 70 toros français combattus cette année sur notre sol, avec dix corridas formelles, une corrida concours (à Vic-Fezensac) ainsi que d'autres toros isolés dans d'autres concours. C'est un nombre assez conséquent si l'on établit la comparaison avec la temporada 1991, vingt années auparavant. Cette saison-là, seulement quinze toros français sortirent dans les mêmes ruedos. Il y eut deux corridas complètes, une de Gilbert Mroz le 12 Juillet 1991 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, avec Richard Milian, El Quitos et El Fundi, et une d'Hubert Yonnet à Orthez le 28 Juillet avec José Antonio Campuzano, Richard Milian et El Soro. Il faut ajouter à ces deux courses un sobrero de Tardieu sorti lors d'une corrida du fer portugais de Vinhas à Fréjus, ainsi que deux toros d'Hubert Yonnet pour le vénézuélien "El Yaracuy" lors d'une corrida mixte à Arles en Octobre 91. Pourtant, l'évènement n'eut pas lieu en France cette année-là, mais à Las Ventas. En plein été, le 4 août, l'élevage d'Hubert Yonnet prenait son ancienneté à Madrid, avec une corrida sérieuse et difficile. En face trois toreros modestes, Juan Ramos, Raúl Galindo et Julio Norte. La corrida fut transformée en mano a mano après la cornada de Juan Ramos, à la cuisse et aux testicules. Norte effectuait sa confirmation d'alternative.

Florent

(Image : Toro d'Hubert Yonnet, Bayonne 2008)

dimanche 27 février 2011

La préférence nationale (suite)

Parus cette semaine, les cartels de la prochaine feria d'Alès sont d'un intérêt certain. Les deux corridas proviendront de Hoyo de la Gitana et Baltasar Ibán. Pour le premier de ces deux élevages, d'encaste Graciliano, on peut tout de même avoir quelques doutes, causés par ses dernières sorties françaises, notamment à Dax. Il y aura donc deux corridas à Alès pour l'Ascension.
Le Samedi 4 Juin, Toros de Hoyo de la Gitana pour "El Fundi", Sergio Aguilar et Julien Miletto.
Le Dimanche 5 Juin, Toros de Baltasar Ibán pour Iván Fandiño, Alberto Aguilar et Román Pérez.

En lisant le dossier de presse de cette feria, paru sur le site de la ville, on voit des images des toros qui seront combattus, ainsi que certaines informations relatives aux matadors qui les affronteront. Et puis, il y a une mention, sur la pique française ! Décidément depuis quelques années, on aura tout vu au niveau des innovations ! Pique andalouse, pique de tienta, pique française. Après "Toros de France", voilà donc la pique française, à peine née et déjà adoptée. A quand une équipe de France des matadors ? Ou bien un label "fundas France" ? Bientôt, qui sait.

Florent

samedi 26 février 2011

Impasse Cebada Gago

Si l'on regarde les affiches des corridas pour vedettes du début des années 1990, il n'est pas rare de retrouver l'élevage de Cebada Gago. Ce nom revenait fréquemment, jusqu'à ce qu'un jour, les figuras sentirent un goût de trahison. Trahies, par le lot d'énigmes que pouvait apporter l'encaste Núñez en certaines circonstances. Trop exigeants, trop de problèmes, trop de temps et d'efforts pour plier ces toros et triompher d'eux. Les vedettes ont brûlé ce qu'elles ont aimé, et l'élevage de Cebada s'en est allé pour d'autres contrées, celles des corridas pour toreros moins renommés, dans la pénombre. Seulement quelques années après cet abandon, Cebada Gago est devenu un "plat torista", et les aficionados n'ont pas perdu au change.
Le nouveau millénaire est arrivé, et l'on a aimé voir ces Cebadas à la belle musculature, charpentés et astifinos, des toros de guerre. Il était plaisant de voir la variété de leurs pelages, des castaños, des colorados, des ensabanados, blancs avec quelques tâches noires, des burracos, ou encore des negros entrepelados, noirs grisonnants. Ils étaient encastés et combatifs dans toute arène et à toute saison. Comme en témoigne l'année 2004. Rien qu'en France, il y eut des lots entiers à Arles, Vic-Fezensac, Béziers puis Floirac. A Arles, ce fut une grande corrida au mois d'avril avec un toro de vuelta, puis un autre toro de vuelta, Astillero, au mois de septembre lors de la corrida-concours, avec le prix en poche. Pour clôturer sa saison française, Cebada Gago avait envoyé un lot à Floirac, la seule arène au Nord de la Garonne. C'était au début de l'automne, dans cette grande plaza en fer, avec des immeubles autour. Là encore, sous le crachin girondin, il y eut quelques Cebadas d'un grand niveau, encastés et avec du moteur.
Puis le problème de la langue bleue est arrivé, et l'on ne vit plus les toros à la devise rouge et verte en France. Chez les Ibères, les toros continuèrent à sortir à Bilbao, à Pamplona et dans bien d'autres arènes. Mais l'heure du "bache" arriva, et Cebada rentra dans une période de moindre lustre. La caste n'était plus au rendez-vous, et l'élevage s'effaça peu à peu dans les noms fétiches de l'afición. En 2009 à Vic-Fezensac, lors de la corrida-concours où triompha Camarito de Palha, il y eut bien un toro de Cebada Gago. Il resta inédit tout en semant un peu d'espoir. Mais un toro, c'est trop peu pour donner des illusions et des certitudes sur un élevage. La même année à Santander, j'ai eu l'occasion de voir un lot complet de Cebada. Complet, car ils étaient six. Mais loin d'être complet au sens qualitatif du terme. Rien à la pique, deux toros décastés et totalement éteints, deux maniables sans qu'il ne s'agisse de bons toros, puis deux autres dangereux, arrêtés et sur la défensive. Rien de merveilleux en résumé. L'an passé, Cebada Gago a fait combattre une corrida entière à Istres, six ans après la dernière en France ! Toujours est-il que cette ganadería reste à un plan plus que secondaire, en attendant le retour de la caste et de la lumière.

Florent

(Image : Toro de Cebada Gago, Istres 2010)

vendredi 25 février 2011

C'était l'année 1991 : "Céret de Toros"

Les Samedi 13 et Dimanche 14 Juillet 1991, l'ADAC et son président Jean-Louis Fourquet organisaient la quatrième édition de "Céret de Toros". Deux corridas composaient la feria cette année-là. Le Dimanche, c'est un lot de Félix Hernández Barrera (d'encaste Gamero Cívico) qui foulait le sable de l'arène du Vallespir. Malgré des carcasses imposantes, certaines armures abîmées mirent un bémol au niveau de la présentation. Quant au moral, le lot s'est avéré décevant, arrêté, manquant de caste et de combativité. Les trois matadors du jour s'appelaient José Pedro Prados "El Fundi", "El Niño de la Taurina" et Juan Cuéllar.
C'est donc la veille, le Samedi, qu'eurent lieu les moments les plus forts du week-end, avec une corrida de José Escolar Gil qui afficha le "No Hay Billetes". D'après les reseñas de Tendido ou bien de Toros, il s'agissait d'un beau lot en présentation, oscillant entre 500 et 560 kilos, varié de comportement et qui permit une corrida très entretenue. Hors du coup, le chef de lidia Richard Milian passa un après-midi très incommode, avec un premier toro manso et mal lidié, puis un autre exigeant et difficile. Le catalan jeta l'éponge et écouta une division d'opinions au premier puis des sifflets au quatrième. Présent lors des deux corridas du week-end, le madrilène "El Fundi" plut beaucoup du fait de son courage et de son sens déjà développé de la lidia. Il effectua un double tour de piste à la mort du cinquième Escolar, tandis que l'oreille fut fortement plébiscitée, en vain. Enfin, c'est le portugais Rui Bento Vasques qui laissa échapper le grand toro de l'envoi, à savoir le sixième, répondant au nom de Buena Cara. Un toro très bien présenté, prenant ses trois piques avec alegría, brave et encasté. Vasques passa à côté par manque de recours. Grande ovation à l'arrastre de Buena Cara, alors qu'un tour de piste posthume semblait lui aussi demandé par les aficionados. Finalement, c'est le mayoral de l'élevage qui compensa la chose en effectuant une vuelta à l'issue de la course.
Vingt ans après, en 2011, une corrida de José Escolar Gil est annoncée à Céret. Et dans l'intervalle, la ganadería a connu un certain nombre de succès dans ces lieux. On pense notamment à 2008 et à 2010 pour ce qui relève des courses les plus récentes. Ainsi, les aficionados a los toros seront cette année encore les témoins de la relation passionnée entre la plaza de Céret et l'élevage de José Escolar Gil.

Florent

jeudi 24 février 2011

Cornus de France

En étant médisant, on pourrait dire que cette affiche au fond bleu outremer s'apparente à l'annonce d'une tournée d'un toro-piscine sur les plages d'une zone balnéaire. La couleur bleue peut également faire penser à ces mouchoirs qui tombent parfois de manière inattendue du palco. Après deux corridas-concours l'an dernier à Vic-Fezensac et à Arles, l'organisation "Toros de France" va proposer pour cette saison 2011 une série de plusieurs corridas sous le signe de l'élevage français. Toutefois, et même si une affiche a été réalisée, il a été récemment mentionné qu'une ou deux courses supplémentaires pourraient rejoindre la competencia avec les six d'ores et déjà annoncées : Hubert Yonnet à Vergèze, Tardieu Frères à Saint-Martin-de-Crau, Robert Margé à Palavas, Jalabert Frères à Aire-sur-l'Adour, Gallon à Eauze, et l'Astarac à Mimizan-Plage. En théorie, la ganadería dont le lot s'avérera être le "meilleur" de la compétition se verra récompensée d'une corrida lors de la saison arlésienne 2012. C'est Luc Jalabert qui sera en charge de la coordination de ce concours "Toros de France"... Bien qu'il y aura une course des Frères Jalabert à Aire-sur-l'Adour au mois de juin. Et il serait par ailleurs très intéressant de connaître les membres du jury qui vont statuer sur chacune de ces six corridas françaises.
Aussi, tous les lots français prévus pour cette année dans l'Hexagone ne sont pas forcément pris en compte dans cette édition, car hormis la corrida-concours nationale du 5 août prochain à Vic-Fezensac qui se voit automatiquement exclue puisqu'elle n'est pas une course formelle, on peut noter que seront également hors-concours : deux corridas du Scamandre (une à Arles le 24 avril, et l'autre probablement à Saint-Gilles le 3 juillet), une de Pierre-Marie Meynadier à Palavas le 1er mai ainsi que celle de Robert Margé à Béziers le 14 août.
L'évènement "Toros de France" récemment présenté mérite ainsi une certaine transparence, car l'on peut déjà présager les signes d'une possible cacophonie. Les six arènes en question sont très différentes, le public n'est pas le même, et les attentes de ce qu'il va voir en piste non plus. Sur divers médias taurins, on a également pu voir que seraient annoncées dans le cadre de ces six corridas les présences de Juan José Padilla, Enrique Ponce, ou encore Juan Bautista. En sachant que la corrida d'ouverture de Vergèze avec les toros d'Hubert Yonnet verra défiler Guillermo Albán, Marc Serrano et Paco Ramos, soit trois toreros très modestes, on s'aperçoit que leur poids décisionnel dans le choix des toros n'est rien si on les compare par exemple à Enrique Ponce. Cela pourrait ainsi porter atteinte au fonctionnement du concours "Toros de France", car pour qu'il aboutisse au succès, il faut impérativement que les six corridas aient lieu dans un état d'esprit à peu près égal. Ce qui semble être une chose difficilement réalisable. Yonnet, Tardieu, Margé, Jalabert, Gallon, Darré, ces six élevages ont l'habitude d'être très différents en matière de comportement, et il serait bien de savoir dès maintenant quels critères seront retenus. Le jury récompensera-t-il la corrida qui aura montré le plus de signes de bravoure, de caste et de combativité ? Ou bien celle qui s'avérera être la plus noble et qui aura laissé le plus d'oreilles sur le sable des arènes ? En d'autres termes, est-ce le toro pour aficionados qui sera primé ou bien celui pour "professionnels" ? On en revient de cette manière au problème des prix de la corrida-concours du mois d'août 2010 à Vic-Fezensac*.

Florent

(* = Corrida-concours d'élevages français, vainqueurs ex-aequo : Robert Margé et Pagès-Mailhan)

mercredi 23 février 2011

Quand tauromachie rime avec oligarchie

Dolores Aguirre, Conde de la Maza ou encore Alcurrucén, voilà quelques noms qui mettent l'eau à la bouche lorsque l'on regarde de manière évasive la liste des ganaderías pour la prochaine feria de Séville. Mais à s'y pencher de plus près, on peut vite devenir dubitatif, puisque le lobby des figuras (qui se proclament désormais comme faisant partie du "G-10 de la tauromachie") se fait fortement sentir. Et il y a de quoi lorsque l'on aperçoit par exemple la double présence de Cayetano Rivera Ordóñez lors de cette prestigieuse feria, dont la durée est de quinze jours. Cayetano affrontera ainsi des courses de Garcigrande et Torrehandilla. Mais à y trouver une légitimité, il faut vraiment bien chercher, qu'y a-t-il hormis le fait qu'il soit un enfant de supplicié ? C'est avec de tels exemples que l'on voit bien que la tauromachie rime avec oligarchie, car quelques puissants ont l'emprise sur elle, et ils décident, imposent, tout en faisant avaler des choses de peu de vertu. Que ce soit pour Cayetano ou les autres oligarques, si le triomphe n'est pas au rendez-vous, alors on entendra les sempiternels et énervants "la corrida podía haber funcionado, pero a los toros les faltaba fuerza". Et c'est à l'unisson que toreros, apoderados et revisteros reprendront ce refrain. Aussi, aucune voix ne s'élève contre Cayetano, ce torero jet-set dont la présence dans de nombreux carteles n'est pas due à une réussite acharnée. Il est là parce que son père a été, et parce que c'est un bel exemple de "réussite aux pistons". En plus de cela, les médias taurins ou extra-taurins ne se privent pas pour lui cirer copieusement les pompes. En parlant de courage, d'opiniâtreté dans l'adversité et d'efforts peu reconnus, cela fait penser à des choses récentes. Le 22 août dernier à Bilbao, Sergio Aguilar affrontait une course très sérieuse du fer d'Alcurrucén, pas le genre de corrida où l'on verra en face Cayetano et ses collègues à la mode. Ce jour-là, à Vista Alegre, Aguilar n'eut qu'un seul adversaire, un toro très charpenté, avec des armures astifinas et longues, perçant presque le ciel bas de Vizcaye. Aguilar fut d'un stoïcisme remarquable, tentant de dominer son adversaire exigeant avec calme, sitio et courage. Le toro d'Alcurrucén encorna une première fois Sergio Aguilar à la cuisse, mais le matador resta en piste. Puis un autre coup de corne peu de temps après, sous le menton cette fois-ci. Blessure très grave. Etre matador de toros, ça ne veut pas dire être suicidaire ou kamikaze. Mais quand on voit des hommes comme Sergio Aguilar donner toute leur sincérité face au toro de combat, on ne peut être qu'admiratif. Aguilar ne fait pas les gros titres de la presse people espagnole ou des médias taurins-commerciaux. Le 22 août dernier au soir, le site taurin espagnol le plus connu avait titré "La saveur amère d'une corne". Un jeu de mots pas vraiment intelligent, que le rédacteur n'aurait sûrement pas osé si le matador en question avait été Cayetano. Paradoxe de la tauromachie, il y a ces êtres superficiels, qui font de la figuration, et engrangent de très nombreux contrats face à des corridas relativement commodes. Puis il y en a d'autres qui se jouent la vie pour de vrai à chaque course, et savent ce qu'est l'adversité. Dans notre coeur d'aficionado a los toros, seule la deuxième catégorie citée a de l'importance.

Florent

(Photo de "Estimado" François Bruschet : Sergio Aguilar face à "Mimoso" de José Escolar Gil lors de Céret de Toros 2008)

lundi 21 février 2011

Histoire de pompiers pyromanes

L'heure de sortir quelques casseroles est venue, sans pour autant prendre qui que ce soit au dépourvu. Souvenez-vous de l'année 2009, et de l'annonce d'une série de corridas sans effusion de sang sur le sol américain, à Las Vegas. Souvenez-vous de l'unanimité du milieu taurin européen qui adressa aux organisateurs d'outre-Atlantique une belle volée de bois vert. Voyez maintenant l'image qui illustre cet article. C'était hier à Atarfe, dans la province de Granada, au cours d'un spectacle que l'on pourra qualifier d'hybride. En effet, il y avait des rejoneadoras, des forcados et des recortadores lors de cette course diffusée par Canal Sur Televisión, la chaîne régionale d'Andalousie. Au programme, cinq novillos de Prieto de la Cal dont trois pour la lidia à cheval, deux pour les recortadores, et enfin un exemplaire de La Prusiana lui aussi destiné au rejoneo. Les novillos de Prieto, âgés de presque quatre ans, à défaut de quelques mois, ne semblaient pas faire partie de ce que l'on peut appeler la "tête de camada", toujours est-il qu'il eut été préférable de les voir combattus à pied, car deux d'entre eux affichèrent une mobilité fort intéressante. Quant à la présentation, ils possédaient des moignons en guise de cornes. Les recortadores eux, devaient en théorie affronter des adversaires limpios, ce qui ne fut pas le cas, puisque les deux novillos de Prieto destinés au recorte avaient les cornes très abîmées. De cette course sans intérêt, je n'ai fait que jeter de temps en temps un oeil dessus, car c'était indéfendable. Et la télévision est un bien mauvais avocat pour la corrida en de telles circonstances. A la rigueur, diffuser un concours de novilleros avec des courses ne payant pas de mine tout en restant un minimum correctes de présentation, cela eut été mieux, et sans doute moins sordide. Ceux qui cautionnent ou organisent ces spectacles là à Atarfe font probablement partie de la masse qui a fustigé l'organisation de Las Vegas il y a deux ans. Ironie du sort, à Atarfe, ils ont réussi à faire pire.

Florent

dimanche 20 février 2011

Deux mille jeunes pour quelle défense ?

Jamais je n'aurais pensé écrire un papier sur un tel sujet. Facebook, grande nouveauté de ces dernières années, des millions de membres, un passe-temps, une mode. Depuis l'été dernier, une page a été créée sur le réseau social avec comme titre "2 000 Jeunes pour défendre la corrida en France". A première vue, ce lancement est une bonne idée s'il s'agit de défendre la corrida bec et ongles dans tous ses aspects, en pointant du doigt les errances et les dérives. Aujourd'hui, ce groupe comporte à peu près 10 500 adhérents virtuels, et qui ont probablement tous un rapport très différent avec la corrida. Il y a là des jeunes, des moins jeunes, des vieux, toute sorte de communautarisme, des français, des espagnols, des américains, sûrement des gens de droite, des centristes, des gaullistes, des gauchistes, des gaullistes de gauche, des gauchistes de Gaule, peut-être même des putschistes, des jeunes filles en manque de sensations, cherchant dans le regard des toreros l'amour ainsi qu'une lueur divine que leurs aînées un peu plus fripées attendaient de la part de Luis Miguel Dominguin.
Ouverture de ladite page Facebook au mois d'août 2010. Moins d'un mois de vie virtuelle avant le premier faux-pas, avec le soutien actif à la manifestation dite des "Cultures Taurines" à Arles, en septembre, juste avant une corrida... de Daniel Ruíz. Ensuite, on vît apparaître sur cette page des choses étranges lorsque l'on sait que le but originel est de défendre la tauromachie. Preuve en est avec une large publicité faite au rejoneo, à une vidéo d'un indulto à México par Sébastien Castella en décembre 2010, alors que le toro s'allongea durant la faena à plusieurs reprises. Dernier folklore en date, l'éloge des cartels d'Istres où figurent deux corridas de Garcigrande et García Jiménez, dont le trapío pourrait voler aussi haut qu'une table basse. On l'aura donc bien compris, cette page Facebook, plutôt que de défendre la corrida pour de vrai, fait surtout la publicité du "spectacle tauromachique", où les taureaux sont doux, où les oreilles tombent tel le couperet de la guillotine sous la Terreur, où les sorties en triomphe sont légion, et où les profanes remplissent les gradins à plus de 75 %. Ces dernières années, les initiatives de "défense de la corrida" en France se sont multipliées, soit au niveau national (regroupant Sud-Est et Sud-Ouest) voire même parfois au niveau local, on pense bien évidemment à l'Observatoire, qui aura été le grand gagnant de ce Concours Lépine de l'inutilité.
Enfin pour l'anecdote, vous remarquerez cette capture d'écran ci-jointe de la page Facebook, où est inscrit un message tentant à diaboliser ce bon vieux Xavier Klein ainsi que sa bande de fondamentalistes, tout en mettant dos à dos Orthez et Saint-Vincent-de-Tyrosse... qui organisent pourtant leurs corridas des fêtes respectives le même dimanche de juillet depuis plusieurs décennies maintenant. De plus, le public d'Orthez n'est pas le même que celui de Tyrosse, et les toros de Dolores Aguirre sont bien plus intéressants que ceux de Victorino Martín actuellement, inutile de le mentionner. Cautionner les dérives et diviser, plutôt que de défendre et rassembler, il semble que le choix a malheureusement été fait.

Florent

lundi 14 février 2011

Saint-Loubouer vu par Jean-Louis Castanet

Hier matin dans le petit gymnase-arène de Saint-Loubouer dans les Landes, à mi-chemin entre Aire-sur-l'Adour et Hagetmau, il y avait une fiesta campera organisée par une peña de création récente, qui a pour but de soutenir l'élevage de Malabat, provenant de Brocas-les-Forges. C'est sûrement la mort dans l'âme pour un ganadero de devoir se contenter de faire combattre ses produits dans une course plutôt informelle, où ils sortiront avec les cornes réduites. Hier, le bétail de Malabat, d'origine Atanasio Fernández-Conde de la Corte via l'élevage d'El Palmeral, sortait en fiesta campera des novillos âgés de trois ans et onze mois pour la plupart. A défaut de pouvoir sortir en corrida ou novillada formelles, ils ont livré leur dernier combat en plein hiver, dans une petite arène couverte du Sud des Landes. Le reste, c'est Jean-Louis Castanet qui nous le raconte...

Qui connaissait Saint-Loubouer ? Pas votre serviteur, qui découvrit avec surprise, dans ce village minuscule, une arène couverte, pimpante et fort bien aménagée.
Qui aurait pensé y voir, en cette matinée dominicale, un spectacle aussi sérieux et prenant ?
Car les novillos-toros (marqués du sept) de Malabat présentaient un trapío intéressant, et malgré leurs cornes rognées (c'était un festival), nous vécûmes une matinée émotionnante tant ces bichos, très typés Atanasio Fernández (burracos, donc ventre de plus en plus blanc pour la plupart), ainsi que de comportement, fuyards les deux premiers, permirent néanmoins, surtout les troisième et quatrième, de toréer.
Ce que fit maladroitement Marc Serrano, souvent accroché et peu centré, mais volontaire.
Ce qu'eut du mal à réaliser le jeune sévillan Mario Diéguez, agréable à regarder mais très vert, tant il a besoin d'apprendre, surtout à tuer.
Ce que réalisa, à un niveau inattendu, Raúl Velasco dont le toreo étonne : vaillant sans ostentation, réféchissant face aux toros, travaillant jusqu'à les embarquer dans une muleta puissante et templée, surtout main gauche, il fut la bonne surprise des aficionados présents.
A quand dans nos arènes ? Il le mérite plus qu'amplement.

Jean-Louis Castanet

dimanche 13 février 2011

C'était l'année 1991 : "Terrible Miurada aux arènes d'Arles"

Publiée il y a une quinzaine de jours, la programmation de la prochaine feria d'Arles ne présage rien d'alléchant au niveau torista. Pas d'innovation, de retour, ou d'originalité qui pourrait faire courir aux arènes un aficionado a los toros curieux et ravi de voir des choses inédites. Cela ne sera malheureusement pas le cas, même si une partie de la camada de Fuente Ymbro s'avère intéressante chaque saison, même si les toros du Scamandre reviennent après une longue absence dans une arène de grande taille, et même si les Miura ont montré des choses prometteuses en 2010 dans ces lieux. Il manque donc cette étincelle, et sans elle les choses sont mornes et tournent à la redondance. Puisqu'il s'agit ici d'évoquer une course de 1991 dans les arènes d'Arles, on peut constater deux points communs entre les éditions 2011 et 1991 : José Pedro Prados "El Fundi" et Miura.
A la fin des années 1980 et aux début des années 1990, les courses de Miura avaient comme une saveur particulière. A fortiori à Arles. C'est dans ces arènes que le 10 septembre 1989, le toro Pañolero brisa la carrière de Nimeño II. Au printemps suivant, le terrible Lamparillo, ouvrant la Miurada de la Feria de Pâques 1990, fit vivre à Victor Mendes le pire moment de sa carrière. Le matador portugais fut violemment soulevé par Lamparillo, et groggy, il connut l'humiliation des trois avis. On imagine donc bien quelle était la tension à l'époque lorsqu'était annoncée une corrida de Don Eduardo Miura Fernández. Le Dimanche 31 Mars 1991, six toros de Miura étaient à l'affiche à Arles, pour Richard Milian, Roberto Fernández "El Quitos" et José Pedro Prados "El Fundi". D'après les différentes reseñas, il s'agissait là de toros imposants, mansos con casta, rugueux et difficiles, qui se rendirent plus d'une vingtaine de fois à la cavalerie avec plusieurs chutes du tandem cheval/picador. Le chef de lidia Richard Milian affronta avec courage deux adversaires particulièrement difficiles, coupant l'oreille du premier. Mais c'est au second toro que la terreur commença réellement à se faire sentir. Le mexicain d'Aguascalientes, Roberto Fernández "El Quitos", effectuait sa présentation en Europe. Confiant, il alla à portagayola accueillir Hablador, un Miura au pelage castaño de 540 kg. Et ce fut le baptême du feu, puisque El Quitos se fit cisailler le bas de l'habit de lumières pendant quelques secondes interminables. Partageant les banderilles avec ses compagnons de cartel, il posa une paire "de calafia" rarement vue dans les ruedos européens jusqu'alors. Richard Milian se retrouvant pour sa part trimbalé sur les cornes d'Hablador au moment de poser les banderilles. Pour le torero mexicain, la suite ne fut que vaillance et difficultés, et il reçut lui aussi une oreille.
C'est donc José Pedro Prados "El Fundi" qui complétait le cartel, lui qui s'était présenté en France dans ces mêmes arènes un an et demi auparavant, en 1989, face à un lot d'Hubert Yonnet. Grand banderillero, lidiador et déjà très bon technicien, il coupa les deux oreilles du troisième, avant de surmonter le grand danger du sixième toro. C'était le 31 mars 1991, l'adversité en piste avec des toros d'une rare violence, et trois matadors au courage énorme. Et les corridas de Miura remplissaient encore les arènes jusqu'à la cime.

Florent

(Photo de François Bruschet : "El Fundi" face à un Miura à Arles, en 2008)

samedi 12 février 2011

Ganaderías pour Parentis-en-Born 2011

L'association des aficionados de Parentis (ADA) vient de définir les ganaderías qui fouleront le sable landais à l'occasion de la prochaine feria, au mois d'août. Pour cette édition 2011, trois novilladas seront proposées :

Samedi 6 août (après-midi)

6 NOVILLOS DE MURTEIRA GRAVE


Dimanche 7 août (matin)

4 NOVILLOS DE FRANCISCO MADRAZO DE LA VADIMA


Dimanche 7 août (après-midi)

6 NOVILLOS DE VALDELLAN

vendredi 11 février 2011

Affligeant deux poids deux mesures

Avec le descriptif de l'image pour commencer : "Semillero", numéro 67, negro listón, annoncé à 510 kg (né en décembre 2005) de l'élevage de Domingo Hernández, combattu en troisième position par Sébastien Castella à Arles le Vendredi 2 avril 2010. Vous comprendrez plus loin dans cet article le pourquoi de cette photographie.
Etrange tout de même que ce "toro", ou que d'autres d'une présentation similaire sortis dans les ruedos français au cours de l'année 2010, n'aient été l'objet de certains éditoriaux. Mais il est vrai qu'actuellement, la mode est de s'étendre longuement sur un cheval de picador, un seul ! Pourtant, chacun a eu l'occasion d'écrire tout ce qui était relatif à la novillada et à la corrida d'Orthez... le 25 juillet dernier, alors que nous sommes en février 2011. Etrange aussi, la différence de traitement entre les informations. La pitoyable présentation du pensionnaire de Domingo Hernández à l'image n'a par exemple été que très peu évoquée sur les sites dits "d'information taurine". Mais pourquoi ? J'aimerais bien pour ma part que l'on pointe du doigt la mauvaise présentation du bétail que s'envoient souvent les "figuras" durant la saison française. J'aime beaucoup moins que l'on prenne littéralement pour des cons, et vous m'excuserez du terme, les aficionados qui ont payé leur place pour voir ce qui était annoncé sur l'affiche comme une Corrida de Toros, pour voir au final un spectacle s'avérant être une pantalonnade triviale et indéfendable. Domingo Hernández reviendra cette année en France, il n'y a aucun problème à cela, malgré la présentation et le comportement des bestioles. "Semillero", chose imprésentable, dans une arène (Arles) classée en première catégorie par le règlement de l'Union des Villes Taurines de France. Malheureusement, la présentation des toros n'intéresse plus grand monde. Au meilleur des cas, on vous rétorquera que vous n'avez pas à aller voir ce genre de courses car vous savez ce qui vous y attend. C'est donc le lobby de la diaspora huppée de l'escalafón qui décide, et ce n'est pas le bon sens, et encore moins la dignité. Après cela, certains viennent se fourvoyer en donnant des leçons de décence sur la tauromachie. "Semillero", entre autres toritos imprésentables, je n'ai pas de mal à en parler, et puis je ne fais pas partie du personnel de communication des arènes d'Arles...

Florent

lundi 7 février 2011

Toros y Cárcel

Il y avait comme une sensation étrange ce jour-là. Et c'est seulement un an et demi après que j'en ai compris le pourquoi. Il y a quelques semaines, au mois de janvier, le site taurino-publicitaire Mundotoro a diffusé un reportage sur la ganadería de Cantinuevo, basée en Castille. Sur cette brève mais éloquente bande vidéo, on pouvait y apercevoir des conditions intensives d'élevage, avec fundas, espaces restreints et grillages. Mais à quoi bon promouvoir ce genre de choses lorsque l'on sait qu'elles desservent la tauromachie ? Peu de temps après, chez nous, de l'autre côté des Pyrénées, le phare de Vieux-Boucau s'est offusqué en qualifiant d'"Horreur" l'élevage de Cantinuevo, et en concluant cependant sur une note d'espoir pour le ganadero en écrivant "Si Antonio González triomphe, l'horreur est pour demain". Mais comment est-il possible d'envisager le triomphe de cet élevage qui ne s'est jamais présenté dans une arène sérieuse (de petite ou grande taille) et qui n'a pas pour vertu le respect du taureau de combat ? Pourtant, on peut aussi mesurer la chose en se disant qu'il y a bon nombre de ganaderías commerciales (quasi-industrielles) faisant combattre beaucoup de courses par an et dont les conditions d'élevage pourraient se rapprocher de celles de Cantinuevo même si ce dernier exemple est une exception très poussée de l'élevage intensif.
En faire la publicité me semble être une chose malsaine, mais je dois reconnaître que pour le coup, j'ai été en contrepartie informé. Car un lot de Cantinuevo, j'en ai déjà vu un, et je ne savais absolument pas d'où cela sortait. Je suis désormais en mesure de faire le rapprochement, en relevant également quelques coïncidences. Il y avait ainsi une corrida de Cantinuevo le 4 octobre 2009 à Soria, en Castille-León. Le résultat fut piètre, et j'en avais même gardé la petite affiche de 30 centimètres de long sur 10 de large distribuée à l'entrée des arènes. Il y avait marqué "6 BRAVOS TOROS DE CANTINUEVO 6", mais aucune mention ne figurait en rapport avec l'élevage intensif. Les arènes de Soria ont une capacité de 6 000 spectateurs, mais ce 4 octobre 2009, il y en avait 200. J'avais titré "Huis Clos" pour qualifier cette corrida sans histoire, marquée par le dominio de Raúl Velasco face à des toros décastés, sans race, et au comportement parfois étrange pour lequel j'arrive désormais à faire le rapprochement avec les conditions d'élevage. Mais peut-être que je me trompe et que cela n'a rien à voir. Pourtant, c'était la première fois que je voyais sortir des toros ainsi, décastés, mièvres, avec en plus de cela quelque chose de difficile à définir. Ce qui est sûr, c'est qu'ils entraient dans les qualificatifs : mansos, descastados, con poca fuerza y mal hechos. C'était un sentiment de concentration qui pesait au-dessus de cette course. Le premier toro portait le nom de "Matón", en espagnol cela veut dire "brute", mais si l'on garde le terme tel quel en français, cela donne gardien de prison. L'élevage de Cantinuevo n'a probablement pas d'avenir ni de possibilité de succès sur le plan taurin, surtout lorsque l'on voit comment les toros sortent. Et puis le taureau de combat, ce n'est pas un taulard.

Florent

(Image : Juan Luis Pizarro face à "Matón" de Cantinuevo)