samedi 30 avril 2011

Bizarreries du contexte

De la cuvée arlésienne, il me restait à évoquer la corrida matinale du Dimanche de Pâques, durant laquelle défilèrent les taureaux français du Scamandre. A première vue, j'aurais pu expédier en trois lignes cette longue course de 160 minutes globalement fade. Toutefois, il y eut quelques moments intéressants mais éparpillés, et c'est de là qu'est venu l'ennui. Un soleil de plomb régnait au-dessus des nuages ce matin-là, et la foule snob-torerista avait décidé de ne pas assister à cette corrida. Peut-être ont-ils davantage eu peur de voir le soleil moudre leurs scaphandres, plus que de voir sortir sans foudre le lot du Scamandre. Un cinquième d'arène donc un dimanche matin de feria.

Trivialement nommés les "Valdefresnos français" dans un journal local, il est tout de même vrai que ces taureaux s'inscrivaient parfaitement dans la lignée de l'origine Atanasio Fernández / Lisardo Sánchez. Tant par leurs physiques que par certains noms éloquents, comme Dudito, Cigarrito ou encore Buscatriunfos qui ne sont pas rares chez Puerto de San Lorenzo, Los Bayones ou Valdefresno. Première bizarrerie, cette corrida d'un fer hexagonal ne figurait pas au concours "Toros de France". Vêtus du poil d'hiver, les sept Scamandre ont composé un lot inégal, souvent charpentés, avec de nombreuses pointes abîmées, astillées, sans que l'on ne puisse pour autant envisager une intervention de basse-police en arrière-cour. Le plus intéressant à la pique fut le taureau d'ouverture, "Molinero", qui poussa avec bravoure en deux belles rencontres, un beau batacazo ponctuant la première. Nuance avec le cinquième exemplaire qui lui aussi mit la cavalerie à terre, mais sans bravoure. La raison, un cheval beaucoup trop léger qui tenait à peine sur ses antérieurs.

En général, on vit un lot rapidement éteint, au moteur et à la caste enrayés. Devant le premier qui fut brave à la pique, Luis Vilches a réalisé une faena appliquée et décidée. Mais elle fut gâchée par ses cris intempestifs et la trop grande distance de sécurité avec l'adversaire. Ce dernier s'avérant noblón et éteint. Gueulard et piètre tueur, Vilches délivra de nouveau quelques intentions au quatrième, qui possédait un fond de noblesse mais bien peu de forces.
Le mexicain Israel Tellez revenait à Arles suite à sa prestation lors de la corrida-concours du mois de septembre. Son premier taureau, déjà faible, se brisa un sabot à la fin du deuxième tiers. Et sous les protestations, il n'y eut pas de troisième acte. Certes, le cinquième Scamandre avançait à la muleta, mais sans transmission ni caste. En face, Tellez a fait une faena sans queue ni tête, en mettant très rarement la jambe, et en écoutant même un avis en plein milieu d'une série. Après un bajonazo très moche, c'est bien une oreille qui tomba du ciel !
Et puis, l'arlésien Marco Leal complétait le cartel. Lui qui ne s'était pas vêtu de lumières depuis plus d'un an maintenant. Le troisième Riboulet désarçonna le picador sans cependant faire signes de bravoure et de caste. Arrêté et sur la défensive, il fut un taureau compliqué. Sans réponse face aux difficultés, Marco Leal l'expédia d'un laid golletazo au deuxième essai. Je n'ai par ailleurs jamais vraiment apprécié la tauromachie de Leal à chaque fois que j'ai pu le voir en novillada avec picadors. Mais face au sixième Scamandre, il faut reconnaître qu'il fut l'auteur d'un bel effort...

En deux temps. Tout d'abord, le taureau "Cigarrito" se blessa à un sabot (ce ne fut pas le seul lors de cette corrida), et le mouchoir vert apparut au palco. C'est alors que sortit un sobrero totalement différent de ses six prédecesseurs. En effet, Buscatriunfos, numéro 11, était playero et pointu, bien plus armé que les six titulaires du Scamandre. Très sérieux de présentation, on ne retiendra pourtant que son paraître, car pour le reste, il fut arrêté et décasté. Malgré tout, pour la deuxième corrida de sa carrière, Marco Leal voulut à tout prix faire les choses bien. Pour commencer, trois belles mises en suerte pour le piquero Gabin Rehabi, même si "Buscatriunfos" fut décevant sous le fer. Sur la forme, c'était une lidia comme on aimerait en voir plus souvent. Ensuite, face à un taureau sans caste ni moteur qui n'avait que des cornes, beaucoup auraient abrégé. Mais ce ne fut pas le cas de Marco Leal, qui sans autres possibilités, alla se planter dans les larges cornes du Scamandre avec un grand courage. Limite suicidaire même, Leal ne fit aucun geste pour amadouer le public, et se contenta de tirer les maigres assauts de son adversaire. Faena exposée, digne d'un belluaire, et à saluer car il n'y avait vraiment rien d'autre à faire. Après avoir mis sa vie à disposition du Riboulet, Marco Leal logea une estocade basse au deuxième essai. Une épée excusable pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les armures très playeras du Scamandre. Et ensuite, l'engagement quasi-irréprochable de Leal, qui ressortit de cette ultime rencontre avec un coup de corne à la jambe. Tour de piste fêté et déception du matador qui n'obtint pas de récompense de la part du palco. Deux poids deux mesures. Au cinquième : faena sans style, bajonazo sans engagement, grotesques lauriers accordés. Au dernier, sens de la lidia, courage, estocade basse mais engagée : et ignorance...

Florent

(Image : le deuxième Scamandre, "Dudito", numéro 20, negro, 520 kilos, né en juin 2006)

vendredi 29 avril 2011

La frontière du tissu orange (Acte 2)

A MON AMI CLAVEL BLANCO

"La corrida c'est un combat, on appelle ça des toros de combat d'ailleurs, ce ne sont pas des enjoliveurs ou des faire-valoirs pour toreros, et les toreros ce ne sont pas des chanteurs de flamenco ou des danseurs de sévillanes."
Jean-Louis Fourquet, président de l'ADAC, dans l'émission Face au Toril (Juin 1999)

"Si un jour la corrida vérité disparaît, alors la corrida mensonge n'en aura plus pour longtemps."
Jean-Jacques Baylac, regretté président du Club Taurin Vicois (Mars 2010)

... Le mot clef du messager de la grâce a ensuite été repris en choeur, par une, puis quinze, puis cent, puis de nombreuses autres personnes. Ils étaient heureux de demander leur indulto, par cris et mouchoirs agités. Mais en quel honneur ? A croire que dans les arènes, on tue les braves et on gracie les nobles. La pétition était persistante, plusieurs habitués du callejón sont venus s'agglutiner sous la présidence, et Julián López Escobar lui-même a fait un geste lourd de signification envers le palco, pour que soit sauvée la vie du Domingo Hernández. Et le mouchoir orange fut déployé, la faena du Juli graciée, avec un Julipié épargné par ce tissu.
Ma mémoire a fait un bond d'un an et demi en arrière, et j'ai repensé immédiatement à Clavel Blanco de María Luisa, que je vois encore courir dans mon esprit. Non, il n'est pas mort, et peu à l'avenir lui arriveront à la hauteur de la pezuña. Toi, Clavel Blanco, brave au superlatif, si encasté, si beau, si fier, si Toro de vérité. Toi et quelques autres, resterez à jamais dans ma rétine. Tu cours encore, même si au centre de cette même piste tu es mort. Tu as livré un combat épique, caste, sauvagerie, poder, bravoure et cinq grandes piques. Quant à "Pasión" de Domingo Hernández, il a dans ma tête passé l'arme à gauche au moment de regagner le toril. Les gens étaient heureux, El Juli (sauvé de son Julipié) et le ganadero aussi. C'était le troisième exemplaire de D.H/Garcigrande gracié cette saison par Julián López Escobar, et à ce rythme, l'éleveur finira par se retrouver avec sa camada sur les bras. Ces insupportables cris d'indulto résonnaient encore dans l'amphithéâtre d'Arles même dix minutes après la grâce de "Pasión".

Il y avait en piste un Desgarbado de luxe, d'un meilleur niveau. Cependant, de là à sortir le mouchoir orange, il y a une frontière à ne pas dépasser. Trop tard, ils l'ont fait. Utopie de penser qu'un jour, on en reviendra à l'ancien règlement qui n'autorise à gracier qu'en corrida-concours. Ce coup-ci, ce fut l'indulto d'un toro noble et mobile, qui reçut deux piques, réellement brave à la première seulement. L'autre versant de la course, ce fut du Garcigrande bien plus habituel et morne. Certes, on a vu quelques détails de Manzanares, mais aussi des inévitables Julipiés, et au final, un grave coup de corne pour le doctorant Thomas Joubert. Vendredi 22 avril (22 avril et non 21 avril), c'était l'indulto d'un toro noble et d'une faena, et aussi la symbolique de leur Patrimoine immatériel. La préoccupation est à l'extérieur et au paraître de la corrida, mais en elle, l'afición crie son manque d'authenticité, de sincérité, de caste et de sauvagerie.

Florent

(Image de François Bruschet : L'historique Clavel Blanco)

La frontière du tissu orange (Acte 1)

UN TORO ET DEMI

J'ai attendu une semaine avant de déblatérer quoi que ce soit sur la corrida de Garcigrande sortie à Arles. Sûrement le temps de prendre du recul, histoire de laisser reposer quelques impressions. En réalité, il y eut deux courses en une ce jour-là, et c'est pour cette raison que mes propos se divisent en deux temps. Chronique d'une course initialement sérieuse et intéressante. Vendredi 22 Avril, 17h34, ciel couleur gris perle, tribunes pas totalement garnies, le paseo se rompt, quelques instants de silence sont respectés en mémoire de Juan Pedro Domecq et des aficionados décédés durant l'hiver. Au programme du Garcigrande, pas le genre de bétail à faire rêver les aficionados a los toros. Puis le premier est sorti, destiné au doctorat de Thomas Joubert "Tomasito". Il s'appelait "Deslenguado", et était un toro correct de présentation. Il fut une grande et belle surprise, me rappelant en mieux un exemplaire de Zalduendo combattu il y a trois ans en corrida-concours à San Sebastián. Au cours du tiers de piques, il partit au galop vers la monture de la cavalerie Bonijol et poussa avec bravoure en deux rencontres. Il était étonnant, mobile, encasté, exigeant et fort intéressant. En face, le nouveau matador fut logiquement en-dessous des possibilités malgré du courage, et eut toutes les peines du monde à mettre à terre cet encasté "Deslenguado". Deux avis sonnèrent. Ovation bien légitime à la dépouille du Garcigrande. C'était-là un début de course prometteur, car l'on ne pouvait s'attendre à pareille surprise avec un tel élevage à l'affiche. Si seulement les bichos des fers de Domingo Hernández/Garcigrande sortaient plus souvent dans le style de ce premier toro...
Puis les clarines sonnèrent au-dessus de la présidence, et le deuxième sortait en piste. "Pasión", un colorado correct de présentation lui aussi. Dès le début, on commençait à croire que la caste du premier n'était pas le fruit du hasard. Et effectivement, à la première rencontre à la pique, "Pasión" poussa avec une bravoure belle à voir et à applaudir. Mais à la seconde, ce fut plus bref, et il ne poussa que légèrement sur une corne. Ensuite, l'espoir est revenu à la muleta, avec apparentes caste, mobilité... et aussi noblesse. Un toro intéressant. Devant "Pasión", il y avait Julián López "El Juli", grand technicien, qui le toréa dans tous les sens avec dominio, mais en restant à une distance certaine. Aussi, on a décemment le droit de se faire une autre idée du toreo. Puis El Juli a continué, dans le modernisme, avec un adversaire qui avançait comme un train. A ce moment-là précisément, tout bascule. Les faenas de combat brèves et sérieuses ne sont pas à la mode. La charge du Domingo Hernández a été canalisée, et El Juli profite de la noblesse en de longues et interminables séries. L'espoir d'une corrida sérieuse s'efface peu à peu. A une vingtaine de mètres de moi, un type se lève et vocifère "indulto". Ca y est je l'ai compris, cette course est terminée...

Florent

jeudi 28 avril 2011

Panoplie de la médiocrité

Aller aux arènes, c'est prendre le risque d'en ressortir déçu. Tout le monde en est conscient ou presque. Mais c'est aussi la possibilité de tirer des enseignements lorsqu'en piste tout a été fade et sans intérêt.
Arles, Samedi 23 Avril, climat variable, avec froid, soleil et pluviosité. Les six toros de Cuvillo ont été inégaux dans la médiocrité. Malgré la présence au cartel de deux matadors qui ont franchi la grande porte de Las Ventas l'an passé, il aurait été étonnant de voir un lot de Cuvillo des plus prisés de la camada (ceux que les vedettes s'arrachent). Car aucun des trois hommes à l'affiche (Mora, Bautista, Fandi) n'est un membre du "G-10" capable de faire plier empresas ou ganaderos au moindre caprice.
Personnellement, je ne suis pas un assidu de l'élevage de Núñez del Cuvillo, loin de là. Mais il faut reconnaître que le ganadero a la main dessus et sait ce qu'il envoie où et quand. Alors forcément, un lot de second plan peut être encore pire qu'un lot pour vedettes déclarées ou autoproclamées. Et que s'est-il passé à Arles ? Six toritos quelconques de présentation, et au moral variable mais toujours constant dans la médiocrité. Dans l'ordre, un premier complètement décasté, un deuxième soso et aux forces très limitées, un troisième invalide, un quatrième âgé de cinq ans et demi, tardo et arrêté, et deux derniers mansos sin casta. Pas grand chose à dire sur la pique. Voilà donc une parfaite illustration du mauvais taureau commercial.
Côté hommes, il y avait le parvenu David Fandila "El Fandi", auquel ne plaît pas la sobriété lors du tiers de banderilles, l'ancien skieur préférant à cela le spectacle en clouant à corne ultra-passée. Sur six paires de banderilles, une seule fut correcte, faible rendement. Aussi, il fut périphérique et pathétique tant à la muleta qu'avec l'épée. Il y avait aussi Juan Bautista, qui coupa les deux oreilles du second toro de l'après-midi, une bestiole d'une grande sosería. Après une longue faena et une lame trasera, deux pavillons tombèrent du balcon présidentiel, alors que dans de nombreuses autres arènes, un simple salut au tiers n'aurait souffert d'aucune contestation. Le manso cinquième s'abîma une patte en plein milieu du troisième tiers, et le torero local dut se résoudre à prendre l'épée.
Juan Mora, qui n'eut aucune option face au premier décasté et arrêté, ouvrait la course. Il surclassa ensuite ses compagnons de cartel du jour l'espace de quelques instants éphémères devant le quatrième toro. Il s'agissait d'un beau début de faena, avec des doblones et quelques muletazos rares mais fort appréciables. Malheureusement pour Juan Mora, il faut également mettre à son actif de mauvaises lidias et un bajonazo de gala face au quatrième toro. Ces éléments-là sont venus ternir sa prestation. Avec cette corrida de Núñez del Cuvillo, il a été possible de constater une fois de plus que les élevages de garantie n'existent pas, hormis dans l'imaginaire de ceux qui en récoltent un gain pécuniaire.

Florent

Empreintes de modernité

Plus je vois de courses marquées du fer de Fuente Ymbro et plus j'ai du mal à me dire que cet élevage est potentiellement capable de nous fournir des Corridas de Toros dignes de ce nom. Aussi, je ne sais pas si le propriétaire Ricardo Gallardo se considère comme un ganadero pour aficionados ou pour toreros. Très probablement, il doit vivre dans l'optique d'une formule hybride à sa sauce, en voulant des toros mobiles qui permettent un long troisième tiers conforme à la modernité. A Arles, ses six pupilles d'origine Jandilla étaient joliment présentés il faut le dire, avec de belles armures, et certaines morphologies clairement offensives. Des pelages variés, des noirs classiques, des castaños et un melocotón. Quant au comportement, ce fut mitigé. Certes, il y eut quatorze rencontres avec la cavalerie, mais sans histoire ni émotion. Au final, aucun toro ne restera dans les mémoires, et le tour de piste posthume accordé à l'ultime fut une hérésie. Le lot de Víctor Puerto fut assez faible et de peu de race en apparence, mais il faut souligner qu'il est resté globalement inédit car mal lidié. Les autres : maniable et mobile sans humilier (le second), faible et soso (le troisième), mansote et mobile (le cinquième), et en dernier lieu un véritable... toro de troisième tiers, noble et mobile.
Pour les affronter, il y eut tout d'abord Víctor Puerto, impersonnel et incolore, qui sous-exploita totalement son lot au point de le laisser inédit, même s'il ne s'agissait pas de toros importants. Ensuite, Miguel Abellán, la seule satisfaction du jour au niveau des matadors, qui fit un effort de concision dans ses faenas, avec des cites de loin, des séries courtes et de beaux détails. Il toréa son premier avec élégance à mi-hauteur, puis fut de nouveau très appliqué face au cinquième. Deux fois une oreille pour Abellán, ce qui est loin d'être un scandale, même si l'on aurait aimé davantage d'engagement avec l'épée. Le troisième matador à l'affiche était Matías Tejela. Pueblerino face à ses deux adversaires, il en termina avec son premier soso et juste de forces d'un bajonazo. Le sixième fut mal piqué en trois rencontres, et poussa uniquement à la première. En toro de troisième tiers, il fut mobile, désirant à tout prix boire la muleta de Tejela avec noblesse. Limité et très en-dessous du Fuente Ymbro, Tejela coupa l'oreille du destoreo après un labeur populiste et habituel. Pour la vuelta accordée à "Levantisco", on peut la qualifier de grotesque, et l'avoir donnée pour l'ensemble du lot est une chose encore plus ridicule.
Parmi les meilleurs moments de l'après-midi, il y eut Vicente Yangüez "El Chano", de la cuadrilla de Miguel Abellán, qui s'imposa en grand lidiador et banderillero. "El Chano" salua montera en main après deux paires très exposées au cinquième Fuente Ymbro, et chacune de ses apparitions est à relever, car il est l'un des derniers symboles de l'authenticité de la corrida.

Florent

mercredi 27 avril 2011

Rue de la Sauvagerie

Parler d'Arles en commençant par la fin. Lundi de Pâques, Miurada de clôture. A ma connaissance, il n'y a pas à Arles de rue baptisée de "la Sauvagerie". Pourtant, à la lecture de reseñas de sites internet et de journaux régionaux le mardi matin, j'aurais presque pu y croire. Malheureusement, quasiment tout ce que l'on lit actuellement n'est pas fidèle à ce qui s'est déroulé en piste. Miurada importante ? Miurada de caractère ? Miurada dans la tradition ? Une Miurada qui fera date ? Toutes ces sortes de titres racolleurs ne reflètent pas vraiment la réalité. Vivons désinformés !
Pour cette dernière de la Feria Pascale d'Arles, les six Miuras étaient certes dans le type de la maison au niveau de la morphologie, et avec des armures lamentables. Le plus âgé du lot était né en décembre 2006, soit quatre ans et quatre mois. Pour le reste, pas de sauvagerie jadis caractéristique, ni caste, ni flammes, ni puissance, ni forces. Pour une course de Miura, on est en droit de s'attendre à davantage de fiereza, mais l'évolution a fait que les choses en sont arrivées là. Et dire que certains exploitent toujours la phrase du Tío Pepe des années 1980-1990 : "Un Miura reste un Miura", pour tenter de faire vivre la légende d'un élevage devenu banal. Et malgré mon jeune âge, je ne prends aucun risque en affirmant que Miura a connu une évolution vertigineuse en l'espace de vingt ans.

Mais revenons à la corrida, six Miuras donc, Miuras dans le type mais pas vraiment au moral. Hasard ou pas, sur quinze rencontres avec la cavalerie, les deux plus intéressantes l'ont été sur le picador de réserve. C'est-à-dire devant la porte du paseo, face au toril, comme les jours de corrida-concours. La première est à mettre au crédit du quatrième Miura, qui poussa bien et mit l'équipage à terre. Et la seconde au dernier toro, qui après avoir désarçonné le picador titulaire Jacques Monnier à la première rencontre, poussa longuement et avec fixité dans le peto du cheval de réserve.
Ajoutez à cela des lidias plutôt passables, et en fin de compte, on se retrouva avec un lot globalement arrêté, manquant de forces, sans poder ni caste. Les deux toros de Savalli furent abordables mais sans étincelles. Vous aurez peut-être lu ici ou là que les Miuras ont provoqué en piste des moments d'effroi... Même si la sensation de danger est venue exclusivement des erreurs des hommes.
Devant ces Miuras sans rien d'extraordinaire, le sens de la lidia aurait pu être le seul allié des hommes, mais il est à déplorer que ce ne fut pas le cas. Seuls deux points positifs ont été à relever concernant les matadors lors de cette corrida : tout d'abord la mise à mort qui n'est pas ce que l'on vante le plus dans le "patrimoine immatériel", avec le Fundi qui au quatrième Miura mit un coup d'épée magistral qui n'aura pas la chance de passer dans le journal de Claire Chazal. Puis, une naturelle de face en mettant la jambe de Mehdi Savalli au dernier, même si ce n'est pas suffisant pour faire une bonne faena.
Plus en détails, El Fundi n'a toujours pas recouvré ses grandes capacités, apparaissant même inapte face au premier. Lointain, reculant souvent et trébuchant même tout seul face à la bête. Peu de choses à voir non plus au quatrième, où il ne domina pas, avant de reprendre très légèrement le dessus en fin de faena... sur un Miura décasté et sans forces. Puis il y eut le geste de Matador qui sauva la mise, mais de la à donner une oreille, il y a un pas difficile à franchir, sauf pour la présidence du jour.
Alberto Aguilar a pour sa part vécu un véritable calvaire, avec des broncas et cinq avis au total. Sans cesse sur la défensive, et se mettant en danger en faisant des ponts gigantesques entre lui et sa muleta. Fuera de cacho au superlatif, il a fait de la peine et l'on espère qu'il se ressaisira à l'avenir. Mises à mort sans s'engager et déroutes. Son premier adversaire collant dans la muleta se coucha juste après la sonnerie du troisième avis et ne rentra ainsi pas au toril. Même limonade ou presque au cinquième, avec une faena sans succès en reculant, ponctuée d'épées horribles.
Enfin, il y avait Mehdi Savalli, auquel on ne pourra reprocher l'envie de faire quelque chose. Spectaculaire aux banderilles mais toujours à corne passée, il fut volontaire face au lot le plus commode, tout en restant assez distant lui aussi. De sa faena au sixième sous l'orage, on relèvera cette naturelle isolée, même si le labeur fut long et démesurément porté vers le public. A chaque fois, Savalli connut à un degré moindre qu'Aguilar des échecs à l'épée.

On aurait tout de même aimé voir de véritables lidias face à ces Miuras sans grand intérêt, histoire de finir sur une note plutôt positive. A la mort du cinquième toro, les éclairs sont arrivés au-dessus de l'amphithéâtre romain, et la tempête eut lieu dans le ciel et non en piste. Les Miuras ne font plus rêver grand monde, et la Rue de la Sauvagerie apparue dans mes rêves a sûrement été ensevelie par la pluie.

Florent

lundi 18 avril 2011

Point de relief au pied des Pyrénées

Certes, il faisait gris et frisquet, mais il y avait là quelques battements de coeur. Bilbao, souvenirs de l'été 2010. Vent frais et glaçant venu de l'Atlantique, les effets pervers du climat océanique. Et dans les tribunes, il y avait même un Hautbois mélancolique. L'automne et l'hiver se sont écoulés depuis, et le soleil radieux est revenu. Nous voilà en plein printemps dans le Béarn, à Garlin, où l'an dernier la caste et la combativité des pensionnaires de Joselito nourrirent copieusement notre afición. Cette année ce fut différent, pour cette novillada goyesque, avec des exemplaires sans beauté ni fierté. Rien que les cornes déjà, des gachos, des brochos, parfois même des bizcos, et des extrémités sans aigus, avec des trapíos dignes d'un lot de rebut. Peut-être même que les pinceaux de Picasso n'en auraient pas voulu.
Au moral, de la noblesse, des collaborateurs comme se plaisent à dire certains, mais sans étincelles, ni caste, ni bravoure ni belle puissance. Lors de cette course aux allures d'un autre siècle, les anachronismes n'ont pas manqué. Décor d'antan en tant que contenant, et pour ce qui est du contenu, des faenas et des toritos modernes. Les trois novilleros du jour, vêtus d'habits goyesques, ont réalisé des ouvrages sans fin, avec des passes, des passes et encore des passes, sans réellement aller à l'essentiel, face à un bétail fade mais noble. Point d'enchantement non plus au niveau des lidias qui furent menées de manière assez médiocre. Au compteur, deux oreilles pour Juan del Alamo, décevant et même lassant, certes dominateur, mais répétitif et sans vent de fraîcheur. Deux pavillons également pour Alberto López Simón face au sixième au comportement changeant, manso en début de parcours, puis maniable, puis avisé. Devant ce dernier exemplaire, López Simón a été audacieux et courageux, avec cependant une tauromachie décroisée et des attitudes très villageoises. Il fut interminable face à son premier adversaire. Le sévillan Mario Diéguez complétait le cartel, et il fut élégant, notamment au cinquième novillo, mais il accusa un manque de technique et des difficultés épée en main à chaque fois.
J'aurais aimé titrer "étape de montagne pour les novilleros", après avoir vu une course mobile, encastée et demandant un minimum d'exigences aux jeunes toreros, comme ce fut le cas l'an passé. Malheureusement, nous vîmes une novillada sans relief au pied des Pyrénées. Le lot de Joselito sorti cette fois-ci à Garlin ne pouvait prétendre à la corrida formelle au vu du physique des quatre La Reina et des deux El Tajo qui le composaient. Garlin est une petite arène, et ces six novillos ne peuvent être représentatifs à eux seuls de leur élevage. En revanche, il y avait là une tendance très actuelle de perte de valeurs, à la fois dans les combats et dans le sérieux. Goyesque moderne n'est pas un oxymore. Je passe sur le jeu de mots Goyesque/Grotesque, car ce ne fut pas le cas, nous n'avons pas assisté à une course honteuse, loin de là. Simplement, il n'y eut pas d'éclats.

Florent

(Image : l'affiche garlinoise réalisée par Mathieu Sodore)

vendredi 15 avril 2011

A Monté dé Marsane no iremos

Vivement controversé, le programme de la prochaine feria de Mont-de-Marsan a néanmoins le mérite d'être un chef d'oeuvre de transparence des plus faciles à décrypter. Mais avant de passer à l'analyse, voici en bref ce qu'il y aura :

Vendredi 15 Juillet – Toros de Garcigrande pour El Juli, Daniel Luque et Thomas Dufau

Samedi 16 Juillet – Toros de Núñez del Cuvillo pour El Cid, Sébastien Castella et Alejandro Talavante

Dimanche 17 Juillet – Toros de Robert Margé pour El Fundi, Sébastien Castella et Matías Tejela

Lundi 18 Juillet (matin) – Novillos d'Enrique Ponce pour Mathieu Guillon et David Galván

Lundi 18 Juillet – Toros de Samuel Flores pour Enrique Ponce, Juan Bautista et Alberto Aguilar

Mardi 19 Juillet – Toros de La Quinta pour Curro Díaz, El Juli et Thomas Dufau

D'emblée à la vue de ces affiches, on constate qu'il y aura cinq corridas toreristas, autour de trois vedettes qui s'évitent soigneusement : deux pour El Juli, deux pour Sébastien Castella et une pour Enrique Ponce. Avec de tels élevages, si El Juli était parti sur les cinq courses comme l'affirmait une rumeur, il n'y aurait eu aucun geste lorsque l'on voit la liste ganadera. Ensuite, sont dirigés par le maître de la maison nîmo-montoise les toreros suivants : Daniel Luque, Thomas Dufau, Matías Tejela et Alberto Aguilar, ce qui représente déjà cinq postes sur quinze possibles. Ajoutez à cela les présences des trois vedettes citées plus haut, et nous en sommes à dix postes sur quinze déjà joués ! El Cid, El Fundi et Curro Díaz seront quant à eux chargés d'ouvrir les corridas du samedi, dimanche et mardi. Puis Alejandro Talavante et Juan Bautista pourraient être considérés comme des cas particuliers dans le montage de ces cartels, mais ce n'est pas la réalité.

Pour ce qui relève de la novillada, Mathieu Guillon est présent puisqu'il est le jeune du coin, quant à David Galván, il s'inscrit parfaitement dans la journée "Ponce" que sera le lundi 18 juillet. En effet ce jour-là, il y aura une novillada provenant de l'élevage du torero de Chiva, lequel sera présent en tant que chef de lidia de la corrida du soir. Aussi, Enrique Ponce et David Galván ont un point commun, puisqu'ils sont tous deux "apodérés" par Juan Ruiz Palomares. Pour le bétail, qui est ici secondaire, car désormais à Mont-de-Marsan les toros sont considérés comme des enjoliveurs pour toreros, il y aura donc cette novillada de Ponce.. comme à Nîmes le 10 juin prochain. Des toros de Garcigrande... comme à Nîmes le 11 juin prochain. Des toros de La Quinta... comme à Nîmes le 12 juin prochain. Des toros de Núñez del Cuvillo... comme à Nîmes le 13 juin prochain. Des toros de Robert Margé... comme à Nîmes il y a deux ans. Des toros de Samuel Flores... comme à Nîmes l'an dernier. Et des bêtes pour la corrida à cheval de Fermín Bohórquez... comme à Nîmes cette année.

C'est ainsi que les producteurs d'arts éminents membres de l'intelligentsia de la corrida spectacle en ont décidé pour Mont-de-Marsan, sans originalité, ni nouveauté, ni Corrida de Toros véritable sur le papier. Ils auront beau rouler des mécaniques quant aux corridas de Robert Margé et de La Quinta, mais la présence de Sébastien Castella face à la première, et celles d'El Juli et de Thomas Dufau face à la seconde citée vous donnent déjà un avant-goût de la présentation des toros.

A la décharge de l'organisation, on pouvait relever la bonne idée de la présentation des toros de Partido de Resina à Nîmes au mois de juin prochain. Malheureusement, il n'en sera point à cause d'un problème sanitaire bloquant les toros en Espagne. En rechange, on aurait pu penser que l'empresa irait prendre un autre élevage aux origines différentes de celles que l'on voit à longueur de temporada. Il n'en sera rien, car à la place, il y aura une course d'origine Domecq. Ainsi, voici Nîmes et sa programmation impersonnelle, et quant à la feria de Mont-de-Marsan, y assister sera peut-être pire que de sauter sur une mine antipersonnelle.

Florent

(Image : Pour la route, un Toro de Garcigrande nîmois !)

mercredi 6 avril 2011

A propos de la corrida de Yonnet à Vergèze...

Ces jours-ci, un ami m'a informé de la tenue de la corrida de dimanche à Vergèze, où cinq exemplaires d'Hubert Yonnet et un de Françoise Yonnet, tous âgés de cinq ans, ont composé un lot relativement sérieux de présentation, mais généralement arrêté, faible et sans caste. Il faisait beau malgré quelques nuages, et cette première du concours Toros de France fut une corrida sans histoire. Dans la cuadrilla de l'équatorien Guillermo Albán, le banderillero Vicente Yangüez "El Chano" a salué, chose traditionnelle. A l'image, le sixième pensionnaire, du fer d'Hubert Yonnet, baptisé "Artaban".

mardi 5 avril 2011

Lucky Strike

Comme vous l'aurez probablement deviné, l'article publié hier intitulé "Révolution au campo" n'était autre qu'un vulgaire poisson d'avril, traditionnel au début de ce mois. Cela faisait quelques jours que la date était dépassée pour un tel poisson, mais à ma grande surprise, certains ont mordu à l'hameçon rouillé ! En effet, en ouvrant la gestion des commentaires de cet article, j'ai découvert douze messages de personnes se déclarant contre la corrida et hurlant leur horreur contre ces fantasques protections de cornes en plomb... qui n'ont jamais existé et n'ont été que le fruit de mon invention pour une boutade. Au total, douze antis (onze des douze ont publié en anonyme) à vociférer leur mépris sans même avoir vérifié s'il s'agissait d'une information ou d'un poisson d'avril ! Mieux encore, l'un d'entre eux a fait parcourir le Poisson sur le forum du site internet de France Télévisions en croyant très naïvement que ce que j'avais écrit était vrai. Cela montre bien comment s'informent ces gens-là. Aussi, vous ne verrez aucun des douze commentaires qui ont été envoyés, car je possède le droit de censurer qui je veux sur ce blog, et notamment ceux qui signent en anonyme. Sur le site des compteurs de visite, j'ai par ailleurs pu constater que le lien avait atterri sur plusieurs boîtes mails simultanément, comme quoi, ce sont toujours les mêmes (une dizaine) qui publient leur logorrhée contre la corrida sur le net.

Je ne m'attendais pas à une telle réaction en cascade, mais dans tous les cas, cela m'a fait passer un bon moment. Car non, les toros n'iront pas aux truffes, et n'auront pas de protections en plomb sur les cornes ! Quelle idée farfelue ! Même si cela pourra rappeler quelques souvenirs aux aficionados présents lors de la corrida de Pablo Romero à Aire-sur-l'Adour en 1994... Aussi, les fundas et l'afeitado sont déjà un fléau largement suffisant et irritant. Quant au novillo en photo, il s'agit d'un exemplaire de Gerardo Ortega combattu en privé par Pepe Moral en ... 2009 !

Douze antis d'un coup ! Lucky Strike !

Florent

lundi 4 avril 2011

Révolution au campo

Le monde de la tauromachie n'arrête pas les innovations depuis quelques saisons maintenant. La dernière en date est l'oeuvre de ganaderos d'Andalousie et d'Extrémadure dont le bétail est d'origine Domecq. Cette innovation qui ne fait pas encore beaucoup parler d'elle s'inscrira probablement dans le temps, dans la lignée de la nouveauté de ce siècle : les fundas.

Désormais, pour résoudre le problème de force de leurs pensionnaires durant le combat dans l'arène, certains éleveurs ont trouvé un nouveau moyen pour en finir à long terme avec le tercio de piques. En effet dans plusieurs élevages, les ganaderos enlèvent les fundas aux toros une quinzaine de jours avant la course pour les remplacer par un autre type de protections. Ces dernières sont faites de plomb et ne sont laissées sur l'animal que quelques jours seulement. Il s'agit là de protections assez lourdes et qui permettent d'orienter la tête du toro le plus bas possible, vers le sol. De cette manière, il n'y aura plus besoin de piques pour que l'animal humilie. Du fait de cette récente innovation, les museaux raseront le sable du début à la fin de la "lidia", tels des chiens renifleurs.

Dans certaines occasions, les ganaderos posent ces protections de plomb sur les cornes de l'animal sans même avoir mis de fundas au préalable. C'est le cas avec cette image, où l'on voit un novillo d'un élevage de la province de Huelva, aux cornes rétrécies en vue d'un festival, et qui attend son tour afin que lui soit posé ce nouveau type de fundas. En espérant qu'il mettra la tête pour sa sortie dans l'arène dans quelques jours.

Florent