lundi 27 juin 2011

La France a peur


Un ami m'a fait parvenir les deux clichés qui illustrent cet article.
Et c'est bien volontiers que je reprendrais Roger Gicquel, le journaliste qui avait dit "La France a peur".
Car la France ne peut qu'avoir peur à la vue de l'image où l'on aperçoit le premier novillo de Monte La Ermita sorti hier aux arènes de Saint-Sever dans les Landes. Des armures terribles, terrorifiques, que chacun appréciera !
Le second cliché représente quant à lui le quatrième exemplaire, auquel furent coupées les deux seules oreilles de l'après-midi. Là encore, une estampe avec des cornes impressionnantes !

Trêve de plaisanterie, il y avait hier à Saint-Sever six novillos de Monte La Ermita pour Thomas Dufau, Juan del Alamo et Víctor Barrio.

Espérons que l'afición s'en souviendra.

Florent



mardi 21 juin 2011

Retour en arrière

Istres, ville taurine la plus à l'Est de la France sur le plan géographique. Istres, à l'occasion de sa feria, proposait ce week-end deux "corridas" ainsi qu'une course de rejón. Prononcez "régeon", c'est comme cela qu'ils le disent dans le Sud-Est. A la vue des comptes-rendus qui ont été publiés, on a pu lire que les "toros" étaient acceptables pour une telle arène de troisième catégorie. Or, quand l'on voit les images des deux corridas à pied de cette feria, on se rend compte que les animaux n'avaient aucune présence, ni cornes, ni trapíos. Pire encore, ils ne paraissaient même pas répondre à l'exigence minimale pour qu'il soit possible d'écrire "Corrida de Toros" sur l'affiche. En face, il y avait des vedettes, mais c'est un autre problème. Les bêtes, toutes imprésentables, toutes monopiquées. En fin de compte, il s'agit d'un genre de courses qui ne dérangera pas le spectateur occasionnel, mais qui irritera l'aficionado a los toros. Istres possède depuis 2001 de nouvelles arènes modernes, et célèbre depuis quelques saisons des corridas qui ne le sont pas moins.

Là où je voulais en venir, c'est à ce qui a pu se dérouler il y a quelques années maintenant dans les anciennes arènes d'Istres. Les extraits provenant de la revue Tendido qui vont suivre laissent réfléchir, et à s'y pencher de plus près, on se demanderait presque si la personne qui assiste à des courses est réellement passée du statut "d'aficionado à client"... pour consacrer la triste expression récemment énoncée en d'autres lieux. Mais revenons-en aux extraits de reseñas, ils laissent tout simplement rêveur...

Istres – Dimanche 4 août 1991
"Novillos de Puerto de San Lorenzo, splendides, très armés, puissants et braves, encastés. Vuelta au quatrième, remarquable".
Prix de l'ANDA au meilleur lot de novillos décerné à l'issue de la saison 1991 en France.

Istres – Vendredi 1er mai 1992
"Novillos du Scamandre, solides, braves, encastés et intéressants. 15 piques".

Istres – Samedi 1er août 1992
"Novillos de Puerto de San Lorenzo, parfaitement présentés, mansotes, solides, nobles avec race, tous applaudis à l'arrastre".

Istres – Dimanche 2 août 1992
"Novillos de El Sierro d'une présentation magnifique, très en pointes. Encastés et donnant des combats âpres".

Istres – Dimanche 1er août 1993
"Novillos de El Pilar, magnifiquement présentés, braves en 16 piques, intéressants".
Prix de l'ANDA au meilleur lot de novillos décerné à l'issue de la saison 1993 en France.

Florent

mercredi 15 juin 2011

Vic-Fenouillet 2011 : Notre afición en liquidation

Vic-Fenouillet plutôt que Vic-Fezensac cette année, la chronique d'une feria torista démontée. Sur le papier initial : Dolores Aguirre, Palha, Corrida-concours, José Escolar Gil et Alcurrucén, de quoi vous mettre l'eau à la bouche. Mais en fin de compte, à cause de l'accumulation d'une multitude de détails, cette feria s'est transformée en calvaire pour les aficionados a los toros. Comment ne pas s'offusquer à la vue de certaines images révélatrices de la dégringolade vicoise ? Que ce soit la présence insupportable des peñas "chut" et "callate", ou encore la pitoyable prestation d'un alguazil en train de demander l'oreille pour Juan Bautista tout en étant à côté de la dépouille du taureau.
Pentecôte 2011 à Vic, où la goutte d'eau qui fait déborder le vase, des toros présentés de manière indigne, des lidias négligées, un public minable, voilà les composantes de la parodie de feria torista qui nous a été donnée de voir. Course après course, voici les cinq étapes de la peu glorieuse cuvée vicoise.

SAMEDI 11 JUIN – Matin – Corrida "correcte" de Dolores Aguirre

Le paseo s'est rompu, pour commencer avec une minute de silence émouvante en mémoire de Jean-Jacques Baylac disparu l'hiver dernier. Entre chaud et nuages, les toros de Dolores Aguirre ouvraient la feria. Après deux heures de course, on se dira que l'on a connu mieux de la part de cet élevage qui est l'un des plus intéressants ces dernières saisons. C'était un lot inégal en morphologies, et il n'y eut pas le poder et la mucha-casta espérés.
Le français Julien Miletto fut débordé face au premier de cinq ans et demi, sérieusement présenté, manso puis noble à la muleta. Le quatrième Aguirre était quant à lui le plus insipide du lot, car décasté, et il n'y eut rien à voir.
Si l'on se place du point de vue du respect de la lidia et du toro, le plus beau geste de David Mora fut le quite providentiel qu'il effectua pour sauver un banderillero au premier toro de Joselillo, le troisième. Le bilan de cette matinée pour Mora fut "vuelta et une oreille", mais s'il avait été "silence et silence", je n'y aurais pour ma part rien trouvé de scandaleux. Face au deuxième Dolores Aguirre, exécuté en deux piques assassines, puis noble malgré tout par la suite, Mora a toréé sur le voyage, pour au final réaliser un tour de piste plus proche de la comédie que du sérieux. Au cinquième, il y eut là-encore à charge de Mora une très mauvaise lidia. A la muleta, le toro fut mansote à la limite de la sosería. Et le matador, artiste mais lointain. Oreille impossible à concevoir si l'on a de la considération pour les toros et la lidia comme mentionné quelques lignes plus haut.
Le troisième Aguirre était un toro très armé mais maigre. Sortant seul des trois piques, il montra noblesse et transmission en fin de parcours. Joselillo, à la technique faible et toréant avec le bout de la muleta, fut quand même digne avec des cites de loin et de la volonté malgré son peu de bagage. Une oreille pas scandaleuse après une bonne estocade engagée au centre de la piste. Le sixième, qui provoqua le seul batacazo de la feria à cause d'une erreur du picador, fut invalide et soso, et Joselillo très brouillon... Fin du premier acte.

SAMEDI 11 JUIN – Après-midi – Imprésentable novillada de Palha

"Corrida de toros" sur l'affiche et "Con el toro sí" sur le programme, puis 6 Toros de Palha 6, toutes ces mentions avaient de quoi rassurer l'aficionado a los toros. Mais il n'en fut rien. Cette fois, il y eut un lot de bestioles imprésentables, probablement afeitées et indignes de la réputation vicoise. Ironie du sort, ceux qui ont relevé l'absence de la novillada au programme de cette feria ont eu une contrepartie avec les vulgaires utreros de Palha présentés ce samedi après-midi. Quatre invalides sur six ! Un festival de piques traseras, de cariocas et de mauvaises lidias ! Ambiance !
Juan José Padilla est passé sans gloire aucune, toujours à corne passée aux banderilles. Alberto Aguilar fut hors du coup, ce qui est devenu une malheureuse habitude.
Quant à Javier Castaño, il fut soulevé au moment de l'estocade par son premier adversaire, après avoir réalisé un labeur pueblerino. Jusque là, il s'agissait d'une course mal présentée et fort décevante, mais le comble du ridicule n'avait pas encore été atteint. Il arriva avec le cinquième Palha de l'après-midi.
"Peluquito" qu'il s'appelait, mais entre nous, il sera très vite oublié ! Il était le moins mal présenté, et comme une majorité de ses congénères, montra des signes d'invalidité à son entrée en piste. Face au picador Plácido Sandoval, il reçut une première pique dans l'épaule en se défendant sans bravoure. Aux deuxième et troisième rencontres, il partit promptement du centre, pour aller vers la cavalerie placée à dix mètres à peine du toril ! Sandoval fit bien son travail, mais le toro ne poussa jamais et ne fit que se coller au matelas. Il faut tout de même le reconnaître, Castaño et sa cuadrilla firent un effort pour la lidia avec ce cinquième... qui fut faible et noble à la muleta, en traînant toujours ses pattes arrières. Javier Castaño a toréé "Peluquito" de loin, lors d'une faena portée sur le public, et en réalité sans rien d'exceptionnel. Le ridicule en fin de compte : une oreille, vuelta du picador et vuelta posthume pour le Palha !
Et dire qu'il y a deux ans lors de la corrida-concours, le magnifique Camarito de Palha n'eut même pas le droit à cet honneur...
Pour clôturer cette charlotade sortit en sixième position un animal ne dépassant guère les 400 kilos, présenté comme un chat, et aux cornes à la fois courtes et totalement explosées... Voilà un lot qui n'aurait jamais dû être embarqué.

DIMANCHE 12 JUIN – Matin – Un supplice de deux heures et cinquante minutes

J'ai eu du mal à le croire quand on m'a annoncé la chose suivante : Les toros pour la corrida-concours vicoise sont stockés aux corrales de Logroño, à 400 kilomètres de Vic-Fezensac, pour un départ à 4 heures du matin alors que la course est prévue à 11 heures. Et pourtant, cela est vrai ! D'emblée, comment réussir sérieusement une corrida-concours avec de telles conditions ?
Premier exemplaire de Palha (le seul toro de la matinée qui était dans les corrales de Vic), remplaçant celui de Partido de Resina bloqué en Espagne à cause de la carte verte. Le Palha n'était pas présenté pour une corrida-concours. En face, Domingo López-Chaves ne le mit jamais à distance progressive au moment de la pique. En quatre rencontres, il partit promptement, mais sans jamais montrer de bravoure. A la muleta, un toro éteint.
Deuxième exemplaire de Victorino Martín. Indigne d'un concours lui aussi, invalide et aux cornes explosées, mais qui parvînt tout de même à déborder Julien Lescarret à la muleta.
Troisième exemplaire de Cuadri. Un toro cinqueño, sérieux et imposant. Manso à la pique et démontrant un léger manque de forces au cours du combat. A la muleta, il fut vite arrêté, ce qui n'empêcha pas Iván García (remplaçant Iván Fandiño) de toréer avec sérieux. Mais tout s'évapora à cause d'un bajonazo de gala au quatrième essai avec l'épée.
Quatrième exemplaire de Fuente Ymbro. Toro cinqueño, aux cornes explosées, sans bravoure à la pique et faible. Un toro invalide et soso, que Chaves toréa longuement sans conviction et tua très mal.
Cinquième exemplaire de Manuel Assunçao Coïmbra. Rien à voir avec les toros du même fer que l'on a pu voir à Céret deux années de suite. Toro faible et décasté.
Sixième exemplaire de Flor de Jara. Hors du type Santa Coloma-Buendía, charpenté façon Miura et aux armures veletas. Il fut puissant lors de ses quatre assauts à la pique, en tamponnant le cheval puis en se collant ensuite, une seule poussée sur quatre fut satisfaisante. Ensuite, le Flor de Jara fut noble, relativement éteint et sans vice. Muy a menos. Iván García eut quelques passages corrects avant de tuer d'une épée défaillante dans son emplacement. Au final, une oreille tombée d'on ne sait où, et des prix attribués. Tandis que si tout était resté "desierto", cela n'aurait gêné personne.

DIMANCHE 12 JUIN – Après-midi – Une de plus

On m'a parlé à plusieurs reprises de la corrida de Cebada Gago du début de saison à Saint-Martin-de-Crau, il paraît qu'elle fut intéressante, mais je n'y étais pas. Du fait de cette seule course, nombreux ont été ceux qui ont roulé des mécaniques en sachant qu'un lot de Cebada allait remplacer celui de José Escolar Gil à Vic-Fezensac. Pourtant, ce que j'ai pu voir de cet élevage ces dernières saisons n'est pas très flatteur, avec par exemple une course très décastée à Santander il y a deux ans qui ne laissait aucun présage positif.
Hormis certaines armures astifinas, le lot de Cebada Gago vicois ne payait pas de mine. Et de là à se réjouir du remplacement des Escolar par cet élevage, il y a un pas infranchissable.
En fin de compte, on ne vit absolument rien de marquant.
Un premier toro sérieux, peu piqué, noble et de peu de forces.
Un deuxième, anovillado, mal lidié puis sur la défensive.
Un troisième bas et correct de présentation, mal piqué, réservé et sans race.
Un quatrième qui se coucha devant le cheval après l'avoir tamponné à la deuxième rencontre, manso et décasté, expédié d'un bajonazo par Rafaelillo.
Un cinquième toro très mal lidié, exécuté à la pique, sur la défensive au dernier tiers et occis d'un autre bajonazo de gala par Robleño.
Et au final, un sobrero de La Campana (d'encaste Domecq), lourd, invalide et pourvu d'un fond de noblesse, que Bolívar toréa de façon ultra-villageoise et lointaine. Une oreille (la seule de l'après-midi), fut accordée à Robleño à l'issue de son premier combat, au cours duquel il fut brouillon mais tua avec un engagement certain. Toutefois, la récompense paraissait excessive.

LUNDI 13 JUIN – A contre-style

Des toros d'Alcurrucén pour en finir avec cette feria décevante. L'an dernier, ces toros ont été très intéressants et surprenants à Bayonne et Bilbao, alors pourquoi pas à Vic ? Devant un public à la dérive, les Alcurrucén n'ont montré que peu de combativité, avec une fois de plus des lidias médiocres.
Un toro plutôt intéressant : le premier, seul cinqueño du lot et seul à aller a más, présent en trois piques sans pour autant être brave. Après, ce fut noblesse, fixité et transmission. Fundi lui coupa une oreille, mais resta tout de même en-dessous des possibilités offertes.
Des séquences de bon toreo : avec Sergio Aguilar au dernier toro de la feria, un Alcurrucén très manso tout au long de la lidia mais qui démontra un fond de noblesse au troisième tiers (un comportement loin d 'être rare dans l'encaste Núñez). Aguilar réalisa une faena essentiellement gauchère, bien débutée par le bas, avec des muletazos profonds, sobres, calmes et relâchés. Il tira le maximum de ce toro, et termina sa faena par des naturelles de face plaisantes. Une oreille légitime après une épée engagée et contraire puis un descabello.
Ainsi se terminait à contre-style la feria vicoise, car connue pour ses toros combatifs et rugueux. Aussi, il n'y eut pas de toros d'Alcurrucén dans la lignée de ceux qui ont réhaussé la réputation de l'élevage l'an dernier. Pour le reste de la course, il y avait aussi un toro invalide et totalement décomposé, le troisième. Un colorado mal lidié, exécuté à la pique puis sur la défensive à la muleta, le quatrième.
Et enfin, il me reste à évoquer les prestations de Juan Bautista ! Pueblerino et à la muleta très souvent touchée. Il affronta deux Alcurrucén mal lidiés par lui et son équipage, et sosos en fin de parcours. Double salut pour l'arlésien, et même pétitions d'oreilles ! Pourtant, le sartenazo qu'il mit à son premier adversaire aurait dû dissuader qui que ce soit de demander une récompense.
Perte de sérieux, voilà ce qui qualifie de la meilleure des manières l'ensemble de cette feria...

Florent

mercredi 8 juin 2011

Le Chano

Une histoire atypique. Dernièrement, on a pu le voir dans les rangs de toreros à l'éternel statut de futures figuras, César Jiménez et Miguel Abellán. On l'a aussi vu à plusieurs reprises avec les français Stéphane Fernández Meca et Julien Lescarret. Et d'autres fois, dans des cuadrillas vraiment improbables.
En revanche, on ne l'a jamais vu officier pour un matador situé au premier plan. Parfois très bon dans la lidia, alors que règne la panique en piste, et à d'autres moments, bien plus irrégulier. Mais dans tous les cas, El Chano est le plus bel exemple de vergüenza torera au moment de poser les banderilles. Il y a sûrement une petite part de subjectivité dans les propos précédents, et pour cause. Du haut de mes dix ans aux arènes de Floirac, je l'avais vu mettre une paire de banderilles por dentro que personne ne pourra égaler à l'avenir. Elle est restée dans la rétine, comme bien d'autres souvenirs. El Chano lui, poursuit sa route, et c'est un énorme plaisir de le voir dans l'arène à chaque fois. Le genre de type qui une fois sa carrière terminée, vous fera presque penser qu'il a salué plus de fois après les banderilles que fait de paseos.

Florent

mardi 7 juin 2011

La Feria d'Alès, vue par Étienne Quintana


Aujourd'hui, c'est Étienne Quintana qui a l'amabilité de nous faire un résumé de la Feria de l'Ascension à Alès, autrefois appelée "Feria des Mange-Tripes".

Samedi 4 Juin – PLUIE SUR LA TAQUILLA

Paseo annoncé à 18 heures, avec six toros de Hoyo de la Gitana pour "El Fundi", Sergio Aguilar et Julien Miletto. Une journée parmi tant d'autres dans notre vie d'aficionados. Départ de Perpignan, puis arrivée à Alès à 16 heures et des poussières avec comme surprise un écriteau annonçant "la corrida est annulée", ainsi que la démarche à suivre pour le remboursement des billets. Il pourrait ne rien y avoir de choquant à cela, mais voilà, entre 16 heures 15 et 19 heures 20, il n'y eut aucune goutte de pluie sur Alès ! Le paseo devant se faire à 18 heures.
Réelle annulation à cause du temps ? Peur de donner une course avec un faible nombre d'entrées payantes ? Et le respect des aficionados qui ont fait le déplacement ?
Aucune voix de la presse taurine ne s'est pour le moment élevée afin d'évoquer les conditions de cette annulation, cela pourrait sûrement porter préjudice à des futures places en callejón.
Pour plus d'explications, se référer à l'annulation de la novillada de Blohorn en 2010 à Aire-sur-l'Adour... Contexte presque similaire.

Dimanche 5 Juin – CORRIDA DE BALTASAR IBAN

Petite demie arène. Pluie intermittente. Toros de Baltasar Ibán, avec deux cinqueños (premier et cinquième), très bien présentés et sérieux d'armures. Deux rencontres à la pique pour la plupart, sans réelle bravoure en général. Intéressants face au cheval le premier, pourtant plus violent que brave, et le cinquième, qui provoqua l'unique batacazo de l'après-midi. Ensuite, les toros de Baltasar Ibán ont généralement proposé de la noblesse, surtout le lot de Román Pérez (troisième et sixième). Le dernier fut le plus intéressant car démontrant un beau fond de caste.
Pour les matadors, on relèvera sans mal que le basque Iván Fandiño fut largement au-dessus du lot, coupant une oreille face à son premier adversaire, mais réalisant une faena plus méritoire devant le quatrième. Malgré une muleta accrochée à plusieurs reprises et des estocades efficaces manquant d'engagement, il laissa une bonne impression sur le sable alésien.
Sur la pente descendante à chacune de ses apparitions, Alberto Aguilar s'est retrouvé perdu face au deuxième de l'après-midi, sans proposer de solutions. Le cinquième, le plus beau du lot et plus grand que lui par la taille, s'éteignit totalement après la pique. A noter qu'avec ses deux toros, Aguilar prit à chaque fois le descabello sans avoir mis au préalable autre chose que des pinchazos.
Quant à Román Pérez qui complétait le cartel, il tomba sur les deux toros les plus nobles du jour, et passa à côté. Ou plutôt très loin, puisqu'il toréa constamment fuera de cacho. Oreille justement refusée lors de son premier combat.

Étienne Quintana

(Image d'archives : les arènes d'Alès en 2009)

dimanche 5 juin 2011

Les joies du corralero

Palha aux abonnés absents. Palha se saborde de plus en plus, avec comme ultime illustration le lot de "toros" (entre guillemets c'est important) envoyé à Madrid la semaine dernière. Imprésentables de trapío et décastés, à part la noblesse molle d'un premier toro qui ne fut pas mis en relief par un Luis Bolívar toréant de très loin. Il y avait aussi un sobrero manso de Carmen Segovia, devant lequel Salvador Cortés donna l'impression de vouloir rester jusqu'à la fin des temps, sans pour autant proposer quelque chose de digne. Et puis il y avait le subalterne Domingo Navarro, dont l'omniprésence dans la lidia fait toujours plaisir à voir. Sinon, avec cette course de Palha, tout devait se finir vite, car le froid se posait minute après minute sur Las Ventas.
Cependant, les sorteos distribués à l'entrée des arènes sont toujours utiles. Et sur celui de cette course du 1er juin figurait Bombero, un jabonero de cinq ans et demi du fer d'Aurelio Hernando, d'encaste Veragua. Bombero était présent en tant que second sobrero une dizaine de fois environ depuis le début de la San Isidro. Le fait de savoir la présence d'un tel toro dans les chiqueros était intriguant, et donnait encore plus envie de plébisciter le renvoi du sixième Palha aux corrales. Par chance, le Palha fut faible, mouchoir vert !

Le sourire est de mise, on va voir Bombero sortir en piste. Un corralero certes, mais pas n'importe quel corralero ! Et il eut il est vrai ce comportement caractéristique des toros qui arpentent longuement les coulisses d'une arène. Caminante no hay camino, comme le disait Machado. Trois fois, Bombero est retourné dans le toril en apercevant la gigantesque piste madrilène. Les gens ont ri, ne connaissant probablement pas le destin de ce toro, et surtout plus grave quand on se dit aficionado, les caractéristiques d'un corralero. Bombero donc, cinq ans et demi, 593 kilos, lourd, bas et sérieusement armé. Manso et semant la panique en début de combat, fort intéressant. Personne ne le canalisa et il alla démolir la cavalerie de réserve à la première rencontre. Après, il a été honteusement carioqué. Quatre piques au total, et des forces intactes au début du troisième tiers ! La gueule fermée, et une belle mobilité. Bombero eut par ailleurs cette transmission qu'ont les toros hors circuit commercial. En début de parcours, le matador David Mora parvint avec grand courage à se mettre au diapason de ce jabonero puissant et rustique. Un toro intéressant, vraiment mobile et solide, auquel il était possible de couper au moins une oreille en étant dans un bon jour. Hélas, l'ensemble baissa d'intensité, mais l'on vit un vrai taureau de combat, d'un grand intérêt pour nos rétines d'aficionados. C'est ainsi, et l'on quitta Las Ventas en oubliant un peu plus l'élevage de Palha et avec l'envie de connaître un peu plus celui d'Aurelio Hernando.

Florent

(Image de Juan Pelegrín : "Bombero" lors de sa première rencontre avec la cavalerie)

samedi 4 juin 2011

Émotions rares

Dernières corridas de la San Isidro, plus question de retransmissions audiovisuelles et des commentateurs qui vont avec, la réalité a pris le pas. A Madrid, le début du mois de juin est traître au niveau du temps, un coup grande chaleur, un coup du vent, un coup du froid. Voir les arènes de Las Ventas en contre-plongée à la sortie du métro est quelque chose d'impressionnant, si seulement il n'y avait eu que cela ce Jeudi 2 juin. Car pour cette ultime course de la San Isidro, on a assisté à un "truc" à la fois rare, effrayant, éprouvant, mais aussi grandiose et éblouissant. Il y avait six toros de Cuadri pour El Fundi, Iván Fandiño et Alberto Aguilar. Avec une telle affiche et ce que l'on peut en penser a priori, on voit bien que le monde de la tauromachie est un jeu de chaises musicales. Regardez bien, il y a deux ou trois ans, l'élevage de Cuadri et Fandiño n'étaient que très peu considérés, les toros de Comeuñas à cause de leur manque de caste et de mobilité, et Fandiño parce qu'il était un second voire troisième couteau. Quant au Fundi et à Alberto Aguilar, on les voyait comme le haut du panier pour affronter toutes les corridas de toro-toro. Mais les choses ont évolué dans plusieurs sens, et la tauromachie n'est pas un domaine linéaire sans changements.

Aujourd'hui, six monstres de Cuadri au programme, pour jouer à pile ou face avec. La pièce est jetée en l'air à 19 heures précises, et elle ne retombera que deux heures et vingt minutes plus tard. Avec les Cuadri, on a pu ressentir une émotion que l'on retrouve plutôt rarement dans les arènes. Des toros de combat dans toute leur grandeur et splendeur, monumentaux de présence, armés pour partir en guerre, et d'une difficulté certaine. Si vous êtes matador et que vous désirez triompher d'eux, alors cela dépendra fortement de votre envie, de votre courage, de votre mental et du prix auquel vous êtes prêts à céder vos fémorales. Pendant plus de deux heures, les Cuadris nous ont foutu la trouille, ne laissant aucun moment vide d'intérêt, ils furent souvent violents plutôt que braves à la pique, puis compliqués ensuite.
El Fundi, le chef de lidia, affronta dans un premier temps "Aragonés", un toro d'un sérieux incroyable, rentrant froid et au pas en piste, sans jamais se livrer. D'ailleurs, il ne se livra jamais. Aussi, El Fundi n'a pas voulu batailler, est resté prudent, en reculant en permanence. Le seul problème, c'est que se montrer face à ce type de toro est créateur de danger. Difficultés donc, et ce tout le long de l'après-midi pour le Fundi qui ne s'engagea ni dans les mises en suerte ni dans le combat. Ce fut à peu de choses près la même mélodie aux premier et quatrième toros.
L'autre présence peu rassurante au cartel du jour était celle d'Alberto Aguilar, qui semble avoir perdu le sitio comme le Fundi. Pour Aguilar, un changement dans sa "carrière professionnelle" ainsi que le coup de corne donné par un pensionnaire d'Adolfo Martín en début de saison à Valencia y sont sûrement pour quelque chose. Le troisième Cuadri de l'après-midi "Aviador", seul castaño du lot, fut le plus intéressant à la pique. En effet, il s'y rendit à trois reprises, en catapultant la cavalerie à la première rencontre après l'avoir soulevée très haut, puis en se défendant plutôt qu'en poussant lors des deux autres. A la muleta, on a su ce que pouvait être prendre peur pour un matador. Car aujourd'hui, voir Aguilar face à ces Cuadris, c'était la même chose qu'envoyer un jeune becerrista. Dès le début de la faena, Aguilar s'est mis à reculer, en doutant sans cesse et en se laissant voir. A la suite d'un désarmé, il tenta de s'échapper mais le Cuadri était là, et l'attrapa pour l'envoyer dans les airs. Grande frayeur. Du coup, le Cuadri a rapidement appris et s'est avisé. Pour ma part, sur l'ensemble de ses deux combats, j'ai cru voir Aguilar partir pour l'infirmerie environ une dizaine de fois, comme si le couperet de Deibler s'abattait à chaque fois à quelques centimètres de son visage. Le dernier de l'après-midi avait des possibilités, c'est une certitude, mais à condition de ne pas douter pour le matador. Or Aguilar, très vert pour l'occasion a là-aussi joué à pile ou face, et en apprenant constamment des vices à son adversaire. Éprouvant. Par chance, Aguilar a quitté Las Ventas intact.

Entre temps, hormis les prestations peu encourageantes du Fundi et d'Aguilar, on a pu en voir deux autres, cette fois-ci remarquables. Devant "Zapato" le deuxième Cuadri qui fit seulement sonner les étriers à la pique, Iván Fandiño avait décidé d'entamer sa faena sans phase préparatoire. D'entrée, il a commencé à donner des muletazos profonds de la droite, lors de séries très exposées. Quant au Cuadri, c'était un toro mobile et rugueux, qui transmit de l'émotion. Les affaires étaient plus compliquées sur la corne gauche, mais Fandiño en tira tout de même plusieurs belles passes isolées. A droite, ce fut quelque chose de grand. Fandiño s'engagea comme on le fait rarement à l'estocade, et la lente agonie du Cuadri lui fit incompréhensiblement perdre une récompense.
Cependant, il ne s'est pas démotivé à cause de cela. Le très sérieux cinquième de 631 kilos alla a más au cours du combat. Peu en vue à la pique, puis réellement encasté par la suite. Face à lui, Fandiño a débuté son ouvrage au centre de la piste, en donnant successivement trois grandes séries de la main droite. Malgré un toro peu évident et le vent tourbillonnant, arrimón de première catégorie. Courage hors normes, Fandiño transcendé, et nous dans un état second. Voir ce type se faire passer des cathédrales de Cuadri tout près des fémorales nous laisse réfléchir sur la corrida en général, car cela a énormément plus de valeur que les triomphes programmés avec les animaux collaborateurs prévus à cet effet. Fandiño a certes été moins brillant à gauche, mais il n'a pas arrêté de se jouer la vie et de nous faire frissonner. La faena se termina avec des manoletinas sincères voire suicidaires, puis il entra pour de vrai au moment de tuer. L'épée fut de côté c'est vrai, mais l'engagement énorme tant à l'estocade que durant le reste du combat légitimait amplement l'oreille accordée. Oui, je pense qu'on peut le dire : Iván Fandiño Torerazo !

Florent

(Image de Juan Pelegrín : "Aviador", le troisième Cuadri, à la pique)