mardi 26 juillet 2011

Fantasmes non résolus

Orthez est une ville particulière pour celui qui ne s'y rend qu'épisodiquement. Ni village dortoir, ni cité de grande envergure. Simplement une petite ville chargée d'histoire située à mi-chemin entre Bayonne et Pau. Autour, la campagne béarnaise. Kolhoze ? Sovkhoze ? Les arènes du Pesqué figurent non loin du Gave et sont quasiment accolées à la piscine municipale. Tant de proximité. A quelques mètres au-dessus du sable, des petits drapeaux triangulaires, de couleur rouge ou jaune. Une pluie battante et la fraîcheur de l'air. De nombreux détails. J'ai pensé à l'Union Soviétique.

De la pluie, il y en eut beaucoup lors de la corrida de Dolores Aguirre, et malgré plusieurs endroits glissants au fil du temps, la piste est restée assez praticable. Quant à nous, nous étions copieusement mouillés par ces cordes qui tombaient du ciel. Finir la course trempé jusqu'à la couenne, cela n'est pas grave lorsque l'on est aficionado. L'important, c'est ce qui se déroule en piste. Et justement, sur ce qui s'est passé dimanche soir à Orthez, il y a beaucoup à dire.

Le lot de Dolores Aguirre, fort convenable de morphologie, comportait de nombreuses cornes délabrées voire éclatées. Rien à voir avec la belle présentation des toros sortis dans cette même arène en 2010. Par ailleurs, pour lever le voile sur des doutes et des soupçons, les organisateurs auraient pu d'après le règlement voire certaines pratiques, procéder au prélèvement aléatoire de deux paires de cornes pour analyses. Mais ce ne fut pas le cas, et il restera ainsi certains doutes impossibles à ignorer.

En gras, sur la première page du programme distribué à l'entrée des arènes, était inscrite la phrase suivante : "promouvoir des piques bien exécutées dans les règles de l'art". C'est une chose remarquable de la part d'une organisation de porter un tel intérêt au tiers de piques. Le seul problème, c'est que ce dimanche, aucun élément matériel en piste ne permettait de mener à bien et dignement le premier tiers. Les cuadrillas ont été lamentables, et la cavalerie, peu mobile et maniable, fit tristement penser aux obsolètes Fontechas. Aussi, l'alguazil chargé de veiller au bon déroulement de la lidia et de la corrida, a tout simplement été minable.
On se retrouvait alors partagés à la fin de la course, entre énervement et lassitude. Si les toros n'avaient rien donné de leur entrée en piste jusqu'à leur mort, malgré des lidias chaotiques, cela n'aurait été qu'une déception sans trop de regrets. Mais voilà, outre les cornes abîmées, il y avait à Orthez un bon lot de Dolores Aguirre, d'un grand intérêt pour l'aficionado.

Dans le vif du sujet, Frascuelo ouvrait le bal arrosé. Frascuelo, du haut de ses soixante-trois printemps, possède encore cette tauromachie si rarement vue dans les arènes à l'heure actuelle, comme un parfum ancien mais agréable, capable de distiller de bien belles choses. Mais à y réfléchir de plus près, c'est un contresens de voir ce matador devant les toros de Dolores Aguirre, car il n'est plus apte physiquement à remplir son rôle automatique (au vu de son ancienneté) de chef de lidia, alors que cette charge est ô combien importante avec de tels lots de toros.
Frascuelo a donné quelques jolis gestes à la cape face à son premier adversaire, et il a été habile sans vraiment s'engager à la mort, c'est à peu près tout ce qu'il y a à relever. Le premier, correctement présenté, ne fut pas mis en suerte à la pique, mais il s'avèra brave en deux rencontres. Manquant légèrement de forces, Tosquetito alliait bravoure, fond de caste, et aussi pointe de mansedumbre, paradoxe bien réel qui fait le charme des toros de Dolores Aguirre. Le quatrième, imposant, fut peu et mal piqué, mais il offrait de la noblesse à la muleta. Toutefois, et malgré le respect que je lui porte, Frascuelo a lors de ses deux combats montré ses inaptitudes physiques, avec notamment des replacements longs et risqués. Piètrement lidiés, ses deux Aguirre sont partis entiers sur l'étal du boucher, car très mal exploités.

Bien mis en suerte à trois reprises par Raúl Velasco, le second toro, aux cornes vilaines, ne poussa qu'à la première pique avant de sortir seul lors de ses deux autres assauts face au bloc de marbre. Les banderilleros de Velasco ont quant à eux été réellement médiocres, avant que le matador ne réalise un bon début de faena par le bas. Pourtant, le toro s'est très vite arrêté, devenant tardo, et Velasco insista inutilement. Il connut même des difficultés pour fixer son adversaire à l'heure de vérité. Le cinquième, Bilbatero, désarçonna avec puissance le picador monté sur un tank vacillant et incertain. Lors des deux autres piques, le Dolores a subi l'acharnement du cavalier vengeur, sous la bronca du public, alors qu'aucune autorité callejonesque n'intervenait... Mauvaise lidia ! On aurait pu croire qu'il en était fini de ce toro, mais en réalité, il avait encore du moteur à la muleta, ainsi qu'une noblesse exigeante et encastée. Face à lui, Velasco a eu de bons gestes, surtout avec la main gauche, mais cela ne restera pas dans les mémoires. Bilbatero lui, est mort debout, gueule fermée, après une entière engagée au deuxième essai. Il n'y eut pas de pétition d'oreille, ce qui était logique après une telle lidia.

Tosquetito II, le troisième toro du soir, a été renvoyé au toril pour boîterie. Entra alors en scène le toro le plus important de la course. Yegüizo, un negro chorreado de pelage. Comme d'autres, lui non plus n'a pas été mis en suerte au premier tiers, et il s'en alla directement mettre la cavalerie à terre. C'était la panique en piste ! Un cheval très difficile à relever, et énormément de capotazos pour éviter que le Dolores ne revienne vers sa proie. Ambiance chaotique et affligeante au vu du manque de professionnalisme. A la deuxième rencontre, Yegüizo a poussé, avant de donner une intensité moindre à la troisième. Plutôt abanto au cours de la lidia médiocre dont il a été l'objet, ce toro s'est avéré mobile, encasté et avec une très belle charge à la muleta. Fort surprenant après une lidia aussi misérable ! Au début, Alberto Lamelas a été courageux, mais son toreo est vite apparu stéréotypé, ne parvenant pas à se hisser à la hauteur de Yegüizo. En fin de compte, Lamelas a été brouillon nonobstant sa volonté, clairement dépassé par la caste de ce très bon toro, justement ovationné à l'arrastre. Dommage qu'il ait été piètrement combattu.
Pour clôturer cette corrida à la saveur aigre, le sixième combat fut dans la continuité des cinq autres. Le toro, lourd et court d'armures, a été puissant en trois rencontres à la pique, avant de sortir seul à chaque fois. Au troisième tiers, c'était un toro avec du poder, de la caste et aussi des possibilités. Pourtant, Lamelas a commis les erreurs irréparables d'entrée...

Amertume des grands soirs.

Florent

Remarque supplémentaire n°1 : Au fil de la course, j'ai eu du mal à comprendre pourquoi il y avait environ dix hommes en piste lors des premiers et seconds tiers. Car comme on le sait, il n'y a nul besoin de posséder un doctorat en tauromachie pour remarquer que ces toros d'origine Atanasio/Conde de la Corte ont la caractéristique d'être sueltos, soit dans les premiers tiers, soit tout le long de leur combat. Cela dépend. Ils ont ainsi cette propension à vagabonder aux quatre coins du ruedo. Ce détail qui n'en est pas un, on le voit à chaque sortie de cet élevage, et plus généralement avec un bon nombre de toros d'encaste Atanasio Fernández. Alors, à quoi bon être autant en piste en sachant pertinemment que cela est créateur du plus grand désordre ?

Remarque supplémentaire n°2 : Les organisateurs orthéziens tiennent à présenter des corridas sérieuses, respectant l'éthique la plus pure. Aussi, le statut des arènes (troisième catégorie à l'UVTF) n'impose qu'un sobrero. Dimanche, le troisième Aguirre a été changé pour boîterie, et ce n'est qu'une simple supposition, mais que se serait-il passé si l'un des toros suivants avait connu un accident de lidia ? (Par exemple un cas similaire au novillo d'Aurelio Hernando qui se tua contre un burladero le matin). Les organisateurs se seraient ainsi retrouvés en porte-à-faux devant un malheureux fait accompli. Certes, le budget d'une telle arène est assez limité, mais il serait recommandable d'avoir deux sobreros dans l'optique d'une corrida sérieuse, juste au cas où. Pour le reste, il est peu probable de devoir tous les utiliser et d'en avoir les conséquences financières sur le dos, mais sait-on jamais...

(Image de Victor Bernadet : Toro de Dolores Aguirre)

Une heure quarante au Groland

D'après plusieurs sources d'informations, le novillero Raúl Rivera aurait triomphé dimanche matin à Orthez. Pourtant, il semblerait exister un immense décalage entre ces écrits et la réalité. Décalée, la saison l'est tout autant, puisqu'un crachin frais et permanent s'était installé au-dessus de l'arène béarnaise.
Au programme, il y avait des novillos d'Aurelio Hernando, à la présentation correcte, mais que l'on aurait pensé plus costauds, surtout par rapport aux clichés que l'on avait pu découvrir les semaines et les mois avant la course. Le troisième bis était le plus sérieux de l'envoi. Au final, ce fut une déception, car l'on attendait de la caste de la part de ce bétail. Et à la place, sur les quatre novillos sortis en piste, il y eut généralement de la noblesse, alliée à une impression générale de fadeur et de forces limitées. Lors des tiers de piques, nous ne vîmes rien de flamboyant.

Pour autant et malgré l'ennui, cette matinée comporta des images pittoresques et troublantes, laissant réfléchir à la possible dérision de la part des protagonistes. Le sobresaliente Víctor Manuel Rodado était vêtu d'un excentrique costume noir brodé de rose, et son unique fait de la matinée fut une frayeur lors de sa non moins unique présence en piste.
Bien plus tard, il y eut une autre scène, cette fois-ci triste et dommageable pour un ganadero, qui est celle de voir l'un de ses pensionnaires se tuer d'entrée de jeu contre un burladero. Ce fut le cas du troisième Aurelio Hernando, un negro salpicado bas et bien armé, qui se scratcha irrémédiablement au bout de quelques secondes à peine. A la vue de cette image, les cuadrillas ont rigolé ostensiblement, comme si cela n'était pas plus mal d'avoir un novillo en moins à combattre. Le troisième bis lui, a failli s'assommer contre l'imposant cheval lors de la seconde rencontre à la pique...

Vient ensuite le tour des novilleros. Avec tout d'abord Cristian Escribano, qui lors de ses deux prestations, a été pegapase et spécialiste des desplantes, entre autres postures. Quant à Raúl Rivera, il réalisa à son premier un travail brouillon, à peine sauvé par il est vrai une bonne estocade.
Mais au quatrième, le triomphateur d'après l'AFP et la EFE taurines a rajouté la vulgarité à sa tauromachie décousue. Médiocre aux banderilles comme face à son premier adversaire, il fut même à un moment à deux doigts de planter une paire de palos alors que le novillo avait ralenti et ne le voyait pas. Imaginez donc un footballeur qui rentrerait sur le terrain deux heures avant un match pour marquer un but dans la cage vide à un mètre cinquante de distance ! C'est le même principe. Toujours au quatrième qui était noble et sans vice, Rivera a toréé de manière très périphérique, façon voleur de poules autosatisfait qui demanda même de son propre chef que l'on joue la musique. Si c'est cela un triomphateur ? Tournons le dos à ceux qui n'en ont rien à foutre.

A l'issue de la novillada, le prix au meilleur picador a été décerné à Diego Ochoa, qui avait officié face au premier Aurelio Hernando. Il a été primé pour avoir mis une première pique trasera, et une seconde qui l'était tout autant et à la fois carioquée ! Enfin, pour en revenir aux novilleros, j'avais pour ma part eu l'occasion de les voir en 2008 à Bayonne face à du bétail de Meynadier. Même si l'on peut prendre certains détails avec le sourire, il est tout de même triste de voir qu'en l'espace de trois ans, ces deux novilleros n'ont guère évolué.

Florent

(Image de Victor Bernadet : Raúl Rivera dans ses oeuvres)

samedi 23 juillet 2011

Une corrida de première catégorie

Au cours de la semaine qui vient de s'écouler, j'ai laissé à plusieurs reprises l'oreille près de la radio. C'était Mont-de-Marsan, ça picotazait (du verbe picotazer) et ça monopiquait les Garcigrande, les Cuvillo ou les La Quinta. Il paraît même que les absents ont toujours tort. Doucement mais sûrement, je me marre. A l'écoute de ces piètres représentations tauromachiques, j'ai immédiatement repensé à la corrida de José Escolar Gil vécue à Céret une semaine plus tôt, bien qu'elle ne soit jamais sortie de ma tête entre temps.
On ne devrait pas faire de comparaisons mais pourtant, on s'y livre, consciemment ou inconsciemment, de bonne ou de mauvaise foi. En ce qui concerne les toros d'Escolar à Céret, on note que leurs trois dernières venues ont été aussi diverses que passionnantes, 2008, 2010 et 2011. A se remémorer, c'est vrai que celle de 2010 était d'une intensité extraordinaire et particulière. La comparaison involontaire s'arrête là.

L'autre jour à Céret, on a de nouveau assisté à la sortie d'un lot qui est probablement le plus important sorti en corrida en France cette saison. Et là où il faut saluer l'ADAC, c'est dans le sérieux et dans la présentation voulue de ces magnifiques toros de José Escolar Gil. Comme quoi, même avec un petit ruedo et une arène de capacité modeste, il est possible de proposer des courses de première importance. Et à Céret, ce n'est pas une nouveauté.

Pour revenir sur cette corrida de clôture de Céret de Toros 2011, il faut tout d'abord écarter le premier toro d'Escolar sorti en piste, apparemment blessé lors d'une bagarre aux corrales avec ses congénères, et arrêté de son entrée dans le ruedo jusqu'à l'estocade finale. Seul bémol de l'après-midi.
Les toros d'Escolar, très bien présentés et armés, n'ont pas réellement convaincu lors de leurs quinze rencontres avec la cavalerie. Et c'est au second, Cortesano, que la course a réellement été lancée, ce toro ne se faisant pas prier pour remater aux burladeros qui se présentaient à lui. Au cheval, face auquel il alla à trois reprises, il ne s'est jamais réellement employé. Mais il faut toutefois reconnaître que le matador sur son chemin, Javier Castaño, a réalisé une très bonne lidia. Muleta en main, Castaño est apparu en verve, tant dans le sitio que dans la distance à accorder à son adversaire. Cortesano était encasté, avec une charge franche mais sans docilité. Javier Castaño a ainsi réalisé une faena sans longueurs, principalement droitière mais d'un haut niveau. En fin de parcours, il s'est même mis à toréer à genoux l'espace de quelques instants, une note quelque peu pueblerina, mais dans le contexte et au vu de sa confiance et de son habileté, cela ne m'a personnellement pas choqué. Une entière plate a recibir lui permit de couper deux oreilles, alors que le mouchoir bleu était déployé au palco.
Face au cinquième Escolar, encasté et exigeant, Javier Castaño a semblé jouer la Grande Porte, restant en retrait et en-dessous des possibilités de son adversaire. Au toro précédent, à savoir le quatrième, Fernando Robleño a lui aussi obtenu un trophée. Après un début de faena plutôt moyen, l'habitué de Céret a réalisé une grande série de la main gauche, puis des naturelles de face, avant de tuer en deux temps.

Malgré tout cela, le toro le plus intéressant de l'après-midi a probablement été le troisième, Ventero, âgé de plus de cinq ans et demi. Negro entrepelado, sérieux et charpenté, il fut le plus brave du lot à la pique, puis déborda Alberto Aguilar, volontaire mais en difficultés devant tant de caste. Face au sixième possédant lui aussi de la race mais de moindres forces, Aguilar a une nouvelle fois été électrique, loin de son niveau de l'an dernier. Aussi, il s'avère presque systématiquement piètre tueur. Fâcheuse habitude.

Le soleil se couchait ainsi sur Céret de Toros 2011, avec comme plat final des toros d'Escolar Gil sérieux, mobiles, encastés, allant a más au cours du combat, et pourvus de nombreuses possibilités sans pour autant être candides et imbéciles. Comme une impression d'avoir assisté à une course de première importance que la majorité des dites "grandes arènes françaises" semblent pourtant incapables de proposer.

Florent

(Image d'Amandine Ségot : Cortesano à la pique)

jeudi 21 juillet 2011

L'adversaire

Le Dimanche cérétan, récit tardif. J'ai l'impression de raconter ces courses à une autre saison, fin d'hiver ou début d'automne. Il pleut au mois de juillet, "ce sont les agriculteurs qui vont être contents", une habitude, les gens disent toujours la même chose. Cela me fait penser à l'arrière-saison, ainsi qu'à ces coups de fil que les Pyrénées séparent et qui pourraient s'égarer. En exagérant à peine.
- Allo bonjour, je suis l'organisateur de la novillada, je vous appelle car ici nous sommes intéressés par votre protégé pour qu'il figure au cartel.
- Ah bien ! Perfecto ! Laissez-moi deviner, bonita non ? bajita ? d'origine Domecq ? ou bien Núñez ? Une novillada qui va servir pour que mon petit puisse couper les oreilles ?
- Non. Les novillos seront de Joaquín Moreno de Silva.

J'imagine à peine le silence terrible qui pourrait être la suite de cette conversation imaginée. Mais qui sait, peut-être est-elle bien réelle ? Nous ne sommes pas en mesure de le savoir. En revanche, on est conscient que l'élevage de Moreno de Silva est probablement celui le plus craint, sinon détesté, du milieu taurin. En quelques années, ce fer composé d'un M et brodé d'un O est devenu une sorte de légende qui effraye à la simple évocation de son nom, et qui répandrait caste, grande mobilité, poder et même genio.

L'autre jour, la rencontre entre Céret et Moreno de Silva était très attendue, puisque les deux sont des symboles, que certains désireraient par ailleurs attribuer au passé. 2 heures 45 minutes de course au total, et planait sur les visages une sensation de déception et d'ennui. Déception c'est une certitude, en tous cas pour ma part, de devoir me contenter d'une majorité de Novillos restés inédits. En langage politiquement correct, ils furent durement châtiés à la pique. En d'autres termes : défoncés, descendus ou flingués, c'est au choix.

Certes, cette novillada de Moreno de Silva était forte, lourde et imposante. A la cape, on sentait le poder certain de ces bêtes désirant imposer leur loi en piste. Grand mal leur en a pris, car la plupart du temps, ce fut une moyenne de trois rencontres à la cavalerie pour dix impacts de pique diversement placés. Parfois atones ensuite, ils ont globalement résisté, surtout lorsque l'on imagine un toro commercial de troisième zone avec un châtiment aussi important, qui en serait probablement telle une carpe sur la terre ferme avec la gueule ouverte.

Aussi, il faut dire que d'emblée, les hommes se sont retrouvés comme en proie au doute. Daniel Martín, chef de lidia pour l'occasion remplaçant le biterrois Cayetano Ortiz, s'est retrouvé au bout de quelques secondes de jeu à la merci de Palmeñito et de ses 550 kilos de barbaque annoncés sur la pancarte. Martín avait glissé, et il fut sévèrement chargé au sol. La suite, un tiers de piques vengeur laissant le Moreno de Silva fortement diminué.
Puis j'ai bien aimé le deuxième, Viruto, un manso con casta, combatif, puissant et avec de l'allant lors de ses deux premières rencontres au cheval. Quatre assauts au total, et des piques mal placées, beaucoup de capotazos d'un autre côté, et en fin de compte, inédit lui aussi.
Le troisième renversa violemment Adrián de Torres dès les premières passes de cape, et il fut le plus grossièrement châtié de l'envoi. Un véritable attentat avec la colère du public comme sanction. Malgré tout, Librado est resté fier gueule fermée jusqu'à la fin du troisième tiers.
Le cinquième, très mal piqué et lidié lui aussi. Bien que pour celui-ci, on aurait éventuellement pu penser à un problème de vue en début de parcours.
L'ultime novillo de l'envoi, Fabiolo, nous a offert un magnifique batacazo de la cavalerie après avoir poussé lors de la première rencontre. Aux deuxième et troisième, il resta là encore combatif, et se retrouva avec une grande estafilade. Dans cette même estafilade, trois banderilles sont venues se loger sur facilement 20 centimètres de profondeur. Et pourtant ! A la muleta, Fabiolo était encore entier, avec une noblesse sans niaiserie. Face à lui, Adrián de Torres s'est montré maniéré avec des gestes, mais n'a pas donné de distance et a étouffé son adversaire. Hors Sujet.

Entre temps, il convient de mentionner que la lidia la moins sale a été celle du quatrième Moreno de Silva, le plus armé, porteur d'un berceau de cornes ouvert et très sérieux de présence. Chargé de le combattre, Daniel Martín a une nouvelle fois donné satisfaction aux aficionados qui ont pu l'admirer il y a deux ans à Parentis (novillada-concours) et à Dax (Adolfo Martín). Face à cet adversaire mobile et loin d'être évident, Daniel Martín a allié courage et séries de muletazos vibrantes, de la droite comme de la gauche, avec sincérité. Voilà le point positif de la matinée au niveau des hommes. Les novilleros de ce style étant peu nombreux, il semble évident que Daniel Martín mérite d'être revu, lui qui montra de plus quelques détails de lidiador.

Malgré cette petite satisfaction, l'amertume régnait à l'issue de cette matinée passée avec les Saltillos de Joaquín Moreno de Silva, à cause de lidias bâclées synonymes de rendez-vous manqué. Pas assez de certitudes pour l'aficionado car trop d'exemplaires restés inédits.

Florent

samedi 16 juillet 2011

Course au désordre alphabétique

Nul message codé, ni même Javier Conde. Simplement le hasard d'une corrida dont les éléments peuvent figurer sur une même page, tant dans la réalité que dans l'imaginaire. Le dictionnaire encyclopédique taurin polyvalent avait ainsi choisi ses lettres il y a plus d'une semaine maintenant. Pour bien comprendre, le mieux est d'ordonner le tout dans le désordre alphabétique.

Corrida de Toros sur le papier, à Céret, Samedi 9 juillet à 18 heures.

Couto de Fornilhos. Qui étaient annoncés en première instance. Mais ces toros portugais expatriés près de Séville ont fait l'aller-retour entre Céret et les contrées andalouses. En première instance donc, un peu comme au tribunal, jugés impropres par l'ADAC pour cause de cornes suspectes.

Conde de la Maza. Les toros de substitution, sérieux et pointus. Pour la suite, une longue liste sans rien d'élogieux : pas braves à la pique, mous, arrêtés, éteints, sans caste, sans puissance, sans poder ni transmission. Les lidias : plutôt médiocres. Plusieurs estocades affreuses aussi pour mettre fin à la vie publique de certains pensionnaires de Conde de la Maza. Pour ce qui relève des hommes qui les ont affrontés, on note Serafín Marín, coiffé de la barretine au paseo et auteur de quelques beaux gestes à la cape. Rafaelillo, décevant, en baisse, et roublard au mauvais sens du terme. Le seul point positif de son après-midi fut une estocade engagée au quatrième toro. Paco Ureña était le troisième homme, vert et bien peu convaincant.

Corralero. Tel était ce sobrero de Fidel San Román, remplaçant l'infirme titulaire de Conde de la Maza. Infirme, ce numéro 82 de Fidel San Román l'était lui aussi. Boîteux, âgé de plus de cinq ans, haut, lourd et avec des cornes en sang. Il était décasté, et Rafaelillo n'arriva jamais à le tuer avant la fin du temps réglementaire. Le corralero tombant environ cinq secondes après la sonnerie du troisième avis.

CO. Monoxyde de carbone. Peut-être une lointaine allusion métaphorique afin d'évoquer une corrida ennuyeuse ?

Cobla. Pour nous maintenir éveillés ?

Coïncidences ?

Coïmbra. Parce que même un an après, quasiment jour pour jour, on se souvient encore de cette corrida sauvage fournie par cet élevage portugais. Avec notamment Espiao, le premier, qui avait provoqué un tiers de piques épique. Et qu'on le veuille ou non, les souvenirs maintiennent parfois d'une vive flamme notre afición.

Florent

(Image de François Bruschet : encore une fois... Espiao de Coïmbra, Céret de Toros 2010)

jeudi 14 juillet 2011

Quatre Irmaos Dias dans le tube à essai

Irmaos Dias : salaire de la peur, peut-être même de l'horreur ? Chair à taureau inutile, nauséabonde, sans intérêt ? Chacun jugera. Comment peut-on oser mettre dans un ruedo des bêtes aussi infâmes pour des jeunes novilleros ?

Céret. Samedi 9 juillet. Novillada matinale. Deux des quatre exemplaires (1er et 4ème) du fer portugais d'Irmaos Dias ont été condamnés aux banderilles noires. Tout de suite, je les ai vus arriver, ces discours habituels et infatigables, de ceux qui auraient préféré voir à la place une merveilleuse corrida du Concours Toros de France, avec le non moins fréquent "pourquoi aller chercher si loin alors que l'on a bien mieux sous la main ?". Irmaos Dias dans le tube à essai cérétan, origine moruchos portugais, Saltillo, Santa Coloma... Une expérience donc. Aussi, chaque aficionado qui se rend aux arènes détient humblement sa propre vérité. C'est ainsi.

Et moi elle m'a plu cette course d'Irmaos Dias, et il faut le reconnaître, ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de voir tous les protagonistes en piste faire leur présentation en France (aussi bien l'élevage portugais de ce samedi matin que les deux novilleros : Miguel Angel Moreno et Emilio Huertas). Les quatre exemplaires étaient de petit gabarit, diversement armés mais aux cornes intègres. Deux fois, le mouchoir rouge est tombé. Il s'agissait de novillos très mansos, fuyant les chevaux au moindre contact avec la pique. A trois reprises, le président décida même de faire rentrer un deuxième picador en piste.
Moi ça m'a plu, et je n'ai pas trouvé une seconde d'ennui. Attention, je n'ai pas dit que les courses de ce genre devaient être la norme. Mais justement, celle-ci était intéressante car totalement différente des normes actuelles. Parfois, il est bien de s'éloigner de tant de "normalitude".

Cette novillada d'Irmaos Dias était une inconnue pour l'aficionado qui s'y rendait. Mansos ils étaient, mais il y avait une mobilité et une solidité très intéressantes. Le premier exemplaire de la matinée vint même au galop mettre un coup de barrière à un banderillero en toute fin de troisième tiers. Quelque chose d'une autre époque. Et puis il y avait les novilleros. Miguel Angel Moreno tout d'abord, qui n'a pas démérité et qui est resté digne lors de ses deux combats. Et enfin Emilio Huertas, accompagné d'une excellente cuadrilla, composée notamment des frères Angel et José Otero, parfaits dans la brega. C'est d'ailleurs Angel Otero qui salua au deuxième sous une énorme ovation après avoir posé deux magnifiques paires de banderilles.
Et l'on découvrit Emilio Huertas, un novillero à l'ancienne, courageux et appliqué, qui coupa une oreille méritée à son premier adversaire, mobile et manso, après une faena d'un intérêt certain, et une estocade plutôt plate mais correcte. Le dernier Irmaos avait encore plus le pied au plancher, et Huertas ne réédita pas sa belle prestation initiale. En revanche, il tua avec engagement et réussite.

Se terminait ainsi la novillada expérimentale des Irmaos Dias, mobiles, très mansos, mais sans pour autant démontrer un grand danger, le troisième était celui qui en possédait le plus. Dans tous les cas, ces novillos nécessitaient une lidia. Ce que les cuadrillas, et surtout celle d'Emilio Huertas, ont très bien compris. Pourtant, le terme "lidia" est devenu si rare...

Florent

(Image de David Cordero : Angel Otero aux banderilles face au deuxième Irmaos Dias)

mercredi 6 juillet 2011

Que Dieu sauve l'arène

Sale époque. Tendance abjecte. Muselés, sur les tendidos on se croirait au temps de l'ORTF. Sex Pistols. God Save The Queen. Que Dieu sauve l'arène ! Oui ? Peut-être ? En fait non, pas du tout ! Personnellement, je ne crois pas en l'intervention divine, il fallait juste trouver une connerie en guise de titre. L'heure semble plutôt grave, même si cet été, il y aura heureusement un certain nombre de courses encore attrayantes pour les aficionados a los toros. La crainte, c'est qu'un jour, le tiercé ganaderos/toreros/empresas monopolise à cent pour cent les arènes de la géographie taurine, en se faisant systématiquement des fleurs. Plus question de poder ni de mucha casta. Même si n'importe quel cornu peut blesser l'homme, il y aurait tout de même une tendance à mettre en piste des bêtes triées sur le volet, et dont la noblesse et la candeur permettraient à tout torero d'entrevoir la porte du triomphe. Mais le jour où tous les taureaux en piste auront été élevés dans l'optique d'être les collaborateurs des toreros, et que le public ira voir ce spectacle pour se divertir, sûrement que les aficionados auront déjà déserté les gradins.
Je pense à ces gens qui vendraient père et mère pour voir toutes les courses auxquelles ils assistent depuis le callejón, qui plus est gratuitement. C'est l'époque où les "ultras" doivent recevoir des leçons, voire peut-être même des coups de bâton. Pourtant, un double discours n'est jamais satisfaisant et il se cache une invraisembable monstruosité derrière le terme de "toréabilité". Toréabilité tiens ! Je ne suis pas expert en étymologie, mais utiliser ce terme, c'est en quelque sorte admettre que le toreo est parfait, et que le toro doive servir les intérêts de l'homme avec un taux de docilité obligatoire. C'est l'époque où certains organisateurs se sont convertis en diseurs de bonne aventure.
Pour Vic-Fezensac j'ai peur, car ce bastion semble s'enliser de plus en plus. Cette année, la feria a été décevante il faut le dire, mais aussi avec un public de moins en moins exigeant envers ce qu'il va voir en piste. Car il faut bien se divertir. Pourtant, et de manière plus générale dans de très nombreuses arènes, cette partie du public devenue majoritaire devrait (théoriquement) accepter les valeurs fondamentales de la tauromachie plutôt que d'imposer les siennes. Et je dis cela sans condescendance ni prétention, mais à un moment, lorsque tout indulto est toléré, lorsque toutes les piques traseras et cariocas le sont aussi, il y a de quoi s'inquiéter.
Cette mutation de la corrida fout un peu la trouille, puisqu'elle semble acceptée et partagée par de nombreuses personnes qui diront que "l'évolution de la corrida dans ce sens, c'est normal et c'est bien". Mais il n'y a pas que cela, car l'on voit aussi de plus en plus le cliché de l'aficionado torista : "Ayatollah, anti-Domecq, voyou et voyeur". C'est ainsi, et les mentalités ne sont pas sur le point de changer. Pour ma part, j'entends ou je lis assez souvent, Moreau est aigri, Moreau est un anti-taurin, Moreau n'y connaît rien, Moreau est trop jeune pour parler de toros, Moreau est un raté, Moreau devrait y aller lui devant. Bref, cela ne m'affecte en rien, et pour le quidam que je suis et ce que je représente (en résumé pas grand chose), cela n'a guère d'importance. Simple constat d'une diabolisation constante.
Aussi, la profession ne semble pas apprécier les toros mansos, alors que l'on sait bien que ce type de comportement est parfois voire souvent porteur de vertus, dont le matador lui-même peut tirer partie. Faudra-t-il à l'avenir sortir le mouchoir vert pour tout toro manso ? Et vouloir au final voir seulement des bêtes nobles, dociles, et qui collaborent le plus possible ?
En réalité, toute inscription culturelle ou patrimoniale de la tauromachie ne changera rien pour l'aficionado lambda en voie de raréfaction qui paye sa place. Car le destin de la corrida ne doit pas se jouer dans des bureaux avec une intelligentsia canada dry. Non, l'avenir de la corrida, il se joue aussi et surtout dans l'arène, de par le combat entre le taureau et l'homme. Si la corrida était un simple spectacle, sans effusion de sang ni mise à mort, alors la toréabilité serait facile à comprendre et à accepter pour tout le monde. Or, c'est un combat où l'on ôte la vie au toro, il ne faut jamais l'oublier. De là, ce sont des taureaux de combat que l'on vient voir en piste, car c'est bien le combat qui procure de l'émotion. Le ballet artistique dû à la collaboration, cela n'est qu'un artefact.
Ce week-end, on ira à Céret avec des espérances, mais sans se livrer à aucun pronostic. Nunca se sabe. Je ne ferai pas à l'instar d'un "certain" média taurin, les pré-reseñas de la feria de Céret. C'est un clin d'oeil sans méchanceté, mais il faut constater que le "bookmaker" en question a déjà perdu un de ses pronostics, puisque le lot de Couto de Fornilhos ne sortira pas, remplacé par une corrida de Conde de la Maza.

Florent

lundi 4 juillet 2011

Communiqué de Marc Lavie (Revue Semana Grande)


Dans le numéro 742 de la revue Semana Grande, une information est apparue en affirmant que 26 novilleros avaient refusé d'affronter la novillada de Moreno de Silva à Millas. Le rédacteur en chef de la publication, Marc Lavie, tenait à justifier cette information qui n'est pas seulement un bruit de couloir.

"Lorsqu'un organisateur, président d'un comité des fêtes, communique une information à un journaliste, pourquoi le journaliste mettrait systématiquement cette information en doute ? Surtout lorsqu'il connait le président dudit comité des fêtes depuis plus de vingt ans, que ce dernier est celui par qui les arènes en question existent et fonctionnent chaque année...

En fait, ce qui se trame dans les coulisses d'une organisation, le journaliste n'en est pas toujours informé. A moins que le journaliste soit aussi organisateur. Mais cela est impossible, on ne peut pas être à la fois journaliste et organisateur. Du moins pas organisateur d'un spectacle dont on est aussi journaliste...
Alors lorsqu'il n'est pas organisateur, eh bien le journaliste a des interlocuteurs. Auxquels il donnera un certain crédit sur la durée, sur le temps... L'organisateur, en principe, est au courant de ce qu'il organise. A moins qu'il y ait un autre organisateur à la place de l'organisateur ? Mais cela encore est impossible.

Ci-joint, le mail que m'a adressé le 17 juin Bernard Lopez, président du comité des fêtes de Millas. En toute confiance mutuelle. Après les croustillantes mises au point de "certains médias taurins", cela peut être diffusé.

Marc Lavie."

(PS : Cliquer sur le bandeau en haut de l'article pour voir le mail)

samedi 2 juillet 2011

¿ Dónde está Iván Fandiño ?

Où est Iván Fandiño ? Sous-entendu : en France d'ici la fin de l'année. Réponse : nulle part !
Hormis les cartels de la bien nommée Feria des Vendanges (d'oreilles?) de Monsieur Casas, toutes les affiches de la saison française ont été publiées. L'un des constats majeurs que l'on peut évoquer, c'est l'absence totale du matador Iván Fandiño. Cette année, Fandiño a toréé en France à deux reprises, une fois à Saint-Martin-de-Crau et une autre à Alès. Il aurait également dû faire le paseo à Vic-Fezensac, mais une blessure l'en empêcha. C'est par ailleurs Iván García qui le remplaça à cette occasion en signant une prestation digne. Parenthèse fermée.
Mais que Fandiño ait d'ores et déjà terminé sa saison française, c'est à la fois étonnant et paradoxal. Car on peut le considérer comme le triomphateur de la dernière San Isidro à Las Ventas. Triomphateur, parce qu'il n'a pas choisi comme d'autres les toros qu'il a affronté, il a simplement pris ce qui lui était proposé, notamment l'impressionnante corrida de Celestino Cuadri. Peu en vue il y a encore deux ans de cela, il est désormais au premier plan grâce à son courage et à son talent. Plus important encore, il a justifié son titre de matador de toros avec un engagement certain au moment de l'estocade.
En résumé, on se rend compte que boucler les cartels six mois à l'avance n'est pas forcément une bonne idée, à moins de laisser un ou deux postes vacants au cas où...
Au cas où des matadors comme Iván Fandiño mériteraient amplement d'y figurer.

Florent

(Image de Juan Pelegrín : Iván Fandiño)

vendredi 1 juillet 2011

Feria de Parentis-en-Born 2011


L'Association des Aficionados de Parentis vient de publier les cartels des trois novilladas qui composeront sa prochaine feria.

Samedi 6 août - 18 heures
6 Novillos de Murteira Grave pour Víctor Barrio, Miguel Cuartero et Emilio Huertas

Dimanche 7 août - 11 heures
4 Novillos de Francisco Madrazo pour Juan Manuel Vázquez Romero et Cayetano Ortiz

Dimanche 7 août - 18 heures
6 Novillos de Valdellán pour Juan Manuel Jiménez, Sergio Blanco et Sergio Flores

Plus de renseignements sur le site de l'ADA Parentis.