mardi 29 novembre 2011

Paroles d'évangile

Je n'ai rien inventé. Rubrique faits divers, nous voilà la chronique taurine d'une mort annoncée.
Paroles d'évangile, pas question de plumes d'argile. Seulement des certitudes, comme le poète Virgile ou la combativité des toros d'Escolar Gil.
Par les temps qui courent, personne n'est à l'abri d'une contradiction, ou autre tracas du genre. Le fameux "errare humanum est" n'a jamais autant été d'actualité. Et puis, on redécouvre des choses au hasard, toujours au hasard...
Lorsque les évangiles ont des qualités de visionnaire.

L'histoire commence avec une reseña parue sur votre site taurin préféré : Terres taurines, en date du 12 août 2006, et relative à la novillada de la veille à Vic-Fezensac. Voici le début de la chronique.

"VIC : INFAME MORUCHADA DE VALDELLAN
Une ganaderia est née, disait la propagande avant la course en parlant de celle de Valdellan récemment créée à partir de celle de Hoyo de la Gitana et qui débutait officiellement à Vic. Une ganaderia est morte répond le bon sens après la sortie de cinq moruchos indignes du qualificatif de brave dont la présentation très sérieuse mais disparate ne saurait servir d'alibi à une absence totale de qualités offensives...."


Dont acte : une ganadería serait morte le Vendredi 11 août 2006 à Vic-Fezensac. A une heure tardive, puisqu'il s'agissait d'une course nocturne, les six pensionnaires de Valdellán, dénommés Leonés, Moruna, Forrero, Huelguista, Guajón et Mediador, auraient sonné le glas et l'infortune de leur fer. Après avoir foulé le sable gersois, ils représentaient désormais un élevage cliniquement voire "chronique-taurinement" mort.

Mais l'histoire est délicieuse. Cinq ans plus tard, au mois d'octobre 2011, l'Association des critiques taurins de France (section Sud-Ouest) décernait son prix au meilleur lot de novillos de la saison écoulée à celui de Valdellán combattu du côté de Parentis-en-Born...

Florent

mardi 22 novembre 2011

Route 66

Comme un symbole. A l'heure où la tauromachie en Catalogne du Sud se trouve face à une situation périlleuse (et c'est un euphémisme), son lustre a été redoré non loin de-là cette année : dans le département des Pyrénées-Orientales, de l'autre côté de la frontière. Aussi, on connaît la richesse de l'histoire taurine du Roussillon, comme peut en témoigner l'ouvrage de Claude Sabathié "Toros en Perpignan", relatif à la chose taurine dans cette ville jusqu'en 1959. Mais Perpignan n'est pas la seule. En outre, on s'aperçoit que la tauromachie du terroir subsiste encore, comme nous en a récemment parlé Étienne avec le "Bous a la plaça" d'Amélie-les-Bains.

On remarque toutefois qu'un bon nombre d'arènes du département qui donnaient lieu à des corridas ou novilladas en période estivale ont fermé leurs portes. Il n'y a pas si longtemps que ça... Je pense tout d'abord aux "arènes de plage", qualificatif dû à leur localisation par rapport à la Méditerranée. Saint-Cyprien a donné sa dernière course le 10 août 1991 (avec cinq novillos de l'élevage français de l'Esterel pour Michel Cayuela à cheval, et à pied : Mireille Ayma ainsi que le péruvien Juan Alonso Dávila) ; Argelès-sur-Mer le lendemain, 11 août 1991 (novillada de Los Majadales pour Antonio Vázquez, Niño de Leganés et Antonio Barrera "El Macareño"). Et Port-Barcarès son ultime le 15 août 1995 (novillos de María Luisa Paniagua pour Mireille Ayma, Alberto Manuel et César Orero).
Bien plus tard, c'est à Bourg-Madame, à l'autre bout du département, que la tauromachie cessa après sept années d'activité. C'était le 3 juillet 2004, à la suite d'une novillada de Valdefresno pour Antonio Caro Gil, Eduardo Gallo et Enrique Guillén.

Mais malgré tous ces éléments, et même si le "soixante-six" apparaît comme isolé sur la carte taurine, il reste de quoi être optimiste. Après les diverses annonces du début de saison, on pouvait s'imaginer que le millésime taurin 2011 dans ce département allait s'avérer prometteur... Et au final, ses trois arènes ont légitimé leur tradition taurine de fort belle manière.

Céret
Haut-lieu taurin connu de tout le monde, et que l'on ne présente plus. Une référence en matière de Toros pour tout aficionado qui se respecte. En outre, si les matadors ne voient pas forcément cette arène d'un bon oeil, ils savent pertinemment que le succès y revêt une grande importance. A Céret, l'histoire taurine est prolifique, et les souvenirs denses et intenses. L'an prochain, ce sera la vingt-cinquième édition de Céret de Toros.








Millas
Il était étonnant au début de l'année de savoir que Millas opterait pour un lot de novillos de Moreno de Silva. Aussi, le choix d'un tel élevage est à considérer comme un gage de sérieux, et il s'agissait-là d'un retour aux fondamentaux. Aux dires des présents, cette novillada ne fut pas une déception.
Aussi, je pense encore à toutes les fois où l'on m'a raconté la fameuse "première de Millas" en 1990. Une course épique du fer méconnu de Vicente Ortiz de Urbina, avec des novillos-montagnes et aux larges berceaux de cornes. En face, Domingo Valderrama, héroïque, avait fini l'après-midi à l'infirmerie. Juan Carlos Belmonte tua ce jour-là quatre novillos, tandis que le jeune français Thierry Durand ne sortit pas du callejón, décidant d'arrêter sa carrière à la vue des bêtes qui déboulaient en piste.


Collioure
La seule rescapée des arènes du littoral, avec une tradition taurine de longue date. Cette année, c'est un sérieux et magnifique lot de Christophe Yonnet qui a foulé le sable pour la novillada des fêtes de la Saint-Vincent (on peut par ailleurs se référer à la reseña de l'ami Fabien). Ayant vu quelques mois après la vidéo intégrale de cette course, il ne fait aucun doute à mes yeux que ce jour-là : le Toro eut la part belle !







Ainsi, les trois arènes citées ci-dessus ont démontré que les Pyrénées-Orientales constituaient un fier département taurin. On peut tout de même regretter que les différents organes représentatifs chargés de remettre des prix en fin de saison n'y aient pas pensé... En tous cas, on espère que le chemin emprunté durera encore longtemps. Voilà l'une des grandes satisfactions de l'année 2011. Il y a encore des Toros en Catalogne, et pas n'importe lesquels !

Florent

vendredi 18 novembre 2011

Souvenirs froissés (III)

ANA ROMÈRE !

Déjà quinze années nous séparent de cette image. Prise par mon père un jour de 1997 au moment où s'élançait le paseo aux arènes d'Arles, elle a tout d'abord été développée, avant d'être scannée quelques années plus tard. 1997, c'est à la fois récent et lointain. Il n'était pas question d'appareils numériques, ni du développement d'internet, a fortiori en matière taurine. Les DVD non plus, avec à la place en ces années-là, les bons vieux magnétoscopes et les cassettes VHS. Les téléphones portables, marginaux et à la morphologie aussi imposante que celle d'un réfrigérateur. J'exagère sans doute légèrement. Voyez comme la modernisation a avancé à grands-pas.
Presque quinze ans. Arles. Samedi 13 septembre 1997. Dix-sept heures et des poussières. Le ciel était voilé d'après mes souvenirs, avec peut-être même un vent frais qui caressait les pierres antiques. Des places libres, il me semble qu'il en restait un nombre certain dans l'amphithéâtre. Pourtant, au devant du paseo, il ne s'agissait pas de trois têtes inconnues au bataillon. Jugez par vous-mêmes : César Rincón, José Miguel Arroyo "Joselito" et José Tomás. De quoi épuiser la billetterie un mois avant la course en exportant un tel cartel en des temps plus actuels. L'opposition ce jour-là, portait le fer d'Ana Romero. Les toros gris d'Ana Romère, comme ils le disent là-bas, dans cette région à l'embouchure du Rhône.

Le plafond était gris, et je pense ne pas prendre de risque en affirmant qu'en ce jour de feria des prémices du riz 1997, il n'y eut pas corrida mémorable ou remarquable. Quelques images en tête, peu de choses à propos de César Rincón, une double bronca pour José Tomás. Et enfin Joselito, probablement auteur des meilleurs moments de la course. Sur les six Ana Romero, deux sont retournés dans les geôles, remplacés par des exemplaires de Sepúlveda. Deux toros remplacés. Faiblesse indigente ? Mauvaise présentation ? Fort possible. Pourtant, le lot d'Ana Romero dont il est question n'aurait initialement pas dû se trouver en terres arlésiennes. Sur les affiches de la feria, et hormis la corrida du dimanche de Baltasar Ibán, c'est le nom de Garcigrande qui accompagnait ceux des toreros César Rincón, Joselito et José Tomás le Samedi 13 septembre. En fait, les Garcigrande eux aussi étaient à Arles, mais la commission taurine n'a pas donné son aval pour qu'ils puissent sortir en piste. Alors vinrent à la place les cárdenos au fer représentant un L entouré d'un ovale.

Quinze années plus tard. C'est-à-dire ces jours-ci, Manzanares junior devenait le lauréat du trophée de l'Oreille d'Or 2011 décerné par Radio Nacional de España. Il semble par ailleurs être un adepte de plus du "se justifier à tout prix", comme en attestent ses quelques explications (traduites) : "Je torée des élevages qui permettent de profiter et de sentir le toreo comme je le conçois. De toutes façons, je n'ai pas non plus de problèmes pour affronter des "corridas dures", comme en témoigne par exemple la course de La Quinta à Málaga". Pense-t-il réellement ses propos ? Croit-il au contraire affirmer une supercherie qui ne sera pas détectée puisque les gens qui se rendent aux arènes sont trop naïfs à ses yeux ? En tous cas, il semble bien que José María Manzanares soit dans le déni. Car parmi les gens qui aiment et assistent aux corridas, il y a bien plus que des simples consommateurs et des profanes.

Et puis, toujours cet éternel débat et ces sempiternels qualificatifs : corridas toristas, corridas dures, le casse-pipe... Aussi, les "étoiles" de la tauromachie voudraient faire penser qu'affronter n'importe quel cornu gris, cárdeno, constitue un geste. Mais lorsque l'on voit depuis quelques années que ces toreros-là s'affichent avec des Ana Romero ou des La Quinta d'une docilité invraisemblable, on est persuadé du contraire. En gros, ils aimeraient nous dire que prendre tout ce qui n'est pas issu de la maison Domecq, c'est un geste, une corrida torista. Mais toutes ces considérations paraissent éloignées de la réalité. Car si l'on regarde par exemple quarante ou cinquante ans en arrière, on constate que ce sont bien des Santa Coloma que s'arrachaient les vedettes de l'époque.

Pour ma part, le terme "Corrida torista" est la contraction directe de "Corrida de toros". Et ce n'est pas un tabou à mes yeux d'employer le terme "torista". Une corrida de toros, avec du bétail présenté, devrait être la norme. Car la corrida est quelque chose de sérieux. Toutefois en règle générale, les "corridas toristas" sont qualifiées en fonction des arènes ; des élevages comprenant des toros habituellement exigeants ou compliqués ; des types en face qui se les envoient ; de la présentation des toros ; de la catégorie du lot par rapport à la camada de l'élevage. Et parfois même, on dit d'une corrida qu'elle est "torista" seulement après son déroulement !
De la manière dont il est caractérisé, ce label constitue une catégorie vaste et incertaine, parfois sans queue ni tête comme on peut le constater. L'important reste tout de même que les toros soient d'une bonne présentation et dans le type de leur encaste. Le reste est bien plus aléatoire. Quant à la corrida d'Ana Romero de 97 à Arles, elle n'est pas passée à la postérité. Cependant, elle permet de comprendre que certains "gestes" autoproclamés à l'heure actuelle ne sont que tromperies.

Florent

samedi 12 novembre 2011

Dernières lumières

Une grande première de la part de la Peña Jeune Afición de Saint-Sever à l'occasion de ce 11/11/11, avec le pari de réunir en un tentadero de machos et en une non piquée, onze bêtes de onze encastes différents. En poussant davantage l'idée, 11/11/11, cela aurait pu donner quelque chose sous la forme de onze toros d'encastes différents / onze matadors différents / onze picadors choisis et rémunérés directement par les organisateurs. 33 noms sur une même affiche, il faut reconnaître que ça aurait de la gueule ! Mais le coût n'est pas le même, la saison ne s'y prête pas, le contexte non plus, et il serait probablement difficile d'être réceptif pour autant de combats sous cette forme.

Avec ses moyens et son afición, la Peña locale est parvenue à donner vie à sa journée singulière. Au final, le résultat fut plutôt décevant, notamment à cause des nombreux signes de faiblesse chez les bichos. Mais ce serait une ineptie totale de résumer la santé des différents encastes aux seuls combats du jour, a fortiori lorsque les bêtes sont âgées de deux à trois ans. Le résultat étant de ce fait aléatoire. Il est ainsi impossible de tirer des conclusions sur cet évènement original et unique jusqu'alors, et il n'est pas à considérer tel un échec. Pour parler de cette journée taurine, le mieux reste de procéder au cas par cas.

Le matin d'abord, et sous un soleil frais, il y eut un tentadero de machos avec cinq exemplaires, et autant de pouces vers le bas de la part des ganaderos à l'issue des lidias.

10 heures 02. Le pensionnaire de la ganadería Valrubio (encaste Vega-Villar, n°28, negro bragado meano lucero girón, guarismo 9) ouvre le bal des onze, s'avère abanto, puis accuse le coup après deux rencontres au cheval où il se défendit simplement. Ensuite, il fut très noble mais également très faible à la muleta.

10 heures 31. Entrée en piste de l'eral de Mariano Cifuentes (encaste Coquilla, n°18, negro entrepelado, guarismo 0), très vif dans la cape, brave pour de vrai à la première rencontre, se défendant sans continuité à la deuxième, et se cassant malheureusement la corne gauche contre le caparaçon à la troisième. En conséquence, bien peu de choses par la suite.

10 heures 48. Léger, armé large et astifino, voilà le bicho du fer landais de Malabat (encaste Atanasio-Conde de la Corte, n°26, negro meano, guarismo 9) qui se défendra sans pousser en quatre assauts face à la cavalerie. A la muleta, il était peu évident et Fernando Cruz commenca mal son labeur. Mais on vit en fin de compte un combat intéressant entre le Malabat, compliqué et donnant de nombreux avertissements même s'il passait dans la muleta, et Fernando Cruz, courageux et décidé à ne pas abdiquer. Un pinchazo, une entière engagée et deux descabellos mettent à 11 heures 11 fin à la vie publique de ce novillo qui venait de montrer un certain fond de caste.

11 heures 15. Eral de Gustal de Campocerrado (encaste Arranz, n°2, negro, guarismo 9), élevage inconnu au bataillon, comme quelques autres lors de cette journée. Au départ, cet exemplaire a été tout à fait quelconque, se collant à chaque fois contre le cheval lors des trois rencontres, puis mou et maniable en début de faena. Il était en réalité à géométrie variable, puisqu'il changea littéralement en un instant pour devenir âpre, très avisé et dangereux. A trois reprises, il souleva Raúl Velasco, vaillant dans l'adversité.

11 heures 38. Le dernier de la matinée provenait de chez Andrés Celestino García (encaste Santa Coloma, branche Dionisio Rodríguez, n°7, negro, guarismo 9). En somme, une petite bestiole, invalide après le premier (poussé sur une corne) de ses deux contacts avec le groupe équestre. Ennui, car eral noblón et extrêmement faible.

Enfin l'après-midi, il n'était plus question de piques, alors que les habits de lumières et les banderilles avaient fait leur apparition. On notera par ailleurs que pour cette novillada non piquée, les organisateurs ont probablement fait une meilleure entrée que celles des deux novilladas piquées qui eurent lieu cette saison dans les mêmes lieux. Belle chambrée sur les gradins donc... et no hay billetes apparent en callejón.

16 heures 16. le sixième cornu de la journée est de Pablo Mayoral (encaste Veragua, n°4, au pelage oscillant entre le jabonero claro et l'ensabanado en fonction de sa position dans l'arène, à l'ombre ou au soleil, guarismo 9), et j'ignorais jusqu'à il y a peu que cet élevage possédait des animaux de cette origine qu'est la Casta Vazqueña. L'eral en question : joli de présentation, noble et très faible.

16 heures 38. C'est un Castillejo de Huebra (encaste Murube, n°117, negro, guarismo 9) qui apparaît sur le sable des arènes. S'agissant de cet élevage, la destinée la plus probable de ce numéro 117 aurait été celle d'une corrida de rejoneo. Retenu dans le onze de départ de cette journée, il était "manso con nobleza", et fut toréé totalement fuera de cacho par le novillero Borja Jiménez, détenteur d'un bagage technique certain, mais qui aurait tout de même pu être bien moins distant avec le Murube lors de son ouvrage. Une oreille après un pinchazo et une épée basse.

16 heures 58. C'est le tour du Cruz Madruga (encaste Martínez, n°7, negro bragado meano, guarismo 9), invalide de A à Z.

17 heures 22. Le propriétaire de l'eral est Victorino Martín. Le fer, c'est celui de "Toros de Urcola" (encaste Urcola, n°68, negro, guarismo 9) représenté par un pupille peu épais, et qui aura reçu énormément de capotazos en début de parcours. Le banderillero de Juan Cortés salua après deux belles paires de bâtonnets. Au milieu d'un labeur transparent, Juan Cortés livra la meilleure naturelle de l'après-midi, une seule, mais donnée parfaitement dans les canons, à un adversaire devenu éteint et plutôt fade, gratifié au final de trois épées atravesadas successives.

17 heures 33. Eral gersois de l'Astarac, propriété de Jean-Louis Darré (encaste Pedrajas, n°50, negro, guarismo 9). Comme face à son premier, Borja Jiménez banderilla de lui-même, et il faut remarquer que les trois paires qu'il mit furent très correctes et étonnantes, je ne l'avais par ailleurs jamais vu dans cet exercice les quelques fois auparavant. La suite fut longuette et ennuyeuse, tant à cause de l'acharnement du novillero que du comportement de la bête, à tendance décastée.

18 heures 03. Le soleil est déjà tombé, et c'est le plus célèbre des onze élevages de la journée qui comparaît. Celui de Baltasar Ibán (encaste Contreras-Domecq, n°30, negro mulato bragado meano corrido girón listón, guarismo 9). Tiago Santos, le novillero, effectue de jolies saltilleras à la cape, avant de transformer le Baltasar en porc-épic avec les banderilles. Le modèle de son compatriote portugais Victor Mendes ne semble pas avoir été étudié, ou s'il s'agit du contraire, la ressemblance est fort lointaine. Quant à l'eral, il s'avèra mobile et encasté dans la muleta, alors que Santos fut débordé, et montra qu'il était encore un aspirant. Ovation à l'arrastre.

18 heures 30. Rideau sur la saison taurine.

Florent

jeudi 10 novembre 2011

Fumée grise au Plumaçon

Pour toi Montois, aficionado lambda, toi qui aimes les Toros et désires à tout prix redorer le blason de ton Plumaçon,

Hier, en cette fin de soirée d'un banal jour d'automne, tu vivais dans l'attente d'une fumée blanche synonyme de changement. Hier n'était la fin d'aucune feria désastreuse, mais pourtant, c'était tout comme.
Tu pensais pouvoir tourner la page, et qu'un air frais viendrait souffler sur tes arènes, avec un nouveau départ, un nouveau prestataire, travaillant de concert avec le Collectif et les aficionados pour repartir de plus belle, et refermer les plaies trop ouvertes ces derniers temps. La fumée d'hier soir, à 22 heures, n'était pas blanche, mais plutôt de couleur tristesse. J'ai imaginé le Plumaçon sous un ciel bas avec un crachin des mauvais jours. Je comprends parfaitement ton désarroi aficionado Montois, et avec toi j'aimerais respecter une minute de silence en hommage de tes arènes qui ont plus d'un siècle d'histoire, et dont aujourd'hui, certains se servent comme d'un simple miroir. Pourtant, ils devraient comprendre que l'identité taurine de Mont-de-Marsan et de sa Madeleine ne consiste pas en la flatterie de l'égo de qui que ce soit. Ce qui compte, c'est la fierté de l'afición locale et le blason de son arène.

Je sais bien que ce papier est défaitiste, car les mêmes personnes pourraient très bien changer de cap et améliorer la chose si l'on reste idéaliste. Mais hier, tu as dû ressentir un mauvais goût de conservatisme, et pire encore, la sensation d'une immunité pour les fautifs. Car oui, certains ont été fautifs, et je pense notamment à ceux qui sont responsables de l'embarquement et de la lidia des La Quinta de 2011 (la cerise sur le gâteau). Par cette course là, et il y en eut malheureusement d'autres de cet accabit, la réputation et le grade de ton arène ont été un peu plus salis. Putain ! Il y aurait pu y avoir une lettre d'excuses dans le style "Nous tenons à nous excuser pour la présentation du lot de La Quinta (et de certains autres) de la Madeleine 2011, il était indigne du label Corrida de Toros et d'une arène de première catégorie française". En réalité, il n'y eut rien de tout cela. Pire encore, ces responsables ont tenté de faire culpabiliser l'afición en utilisant une fois de plus les termes d'"aigris" ou même de "grincheux". Trop d'ondes négatives. Aussi, il me semble qu'à un moment, à cause de fautes devenues répétitives et inexcusables, on ne peut plus accorder de chance supplémentaire, même si les intéressés pourront prétendre que la situation reste perfectible pour les années à venir. Pourtant, l'empreinte fautive a trop d'ampleur, et il est incompréhensible de vouloir continuer.

J'ai du mal à me mettre à ta place, car je ne suis pas habitant d'une ville taurine. La dernière fois, j'avais neuf ans. C'est comme si je n'avais jamais réellement su ce que c'était, vouloir être fier des arènes de sa ville. Les années à venir, peut-être que le Plumaçon évoluera, stagnera ou régressera encore... Je n'en sais rien. Toi qui côtoies sur le ciment de tes arènes, aficionados d'ailleurs, gens de passage peu au fait de la corrida, et d'autres encore, tu aimerais leur dire ta fierté pour la particularité de ta ville taurine. Une "Nîmes bis", une "Petite Valencia", une "Maestranza française", tout cela, ce ne sont que des conneries. Chaque arène doit affirmer sa propre identité. Aussi, tu te méfieras de ceux qui jouent les faux indignés, mais en réalité s'en foutent tant qu'ils pourront venir manger dans la gamelle. Évite-les.

La situation est à peine croyable, car ce que tu demandes n'a rien d'extraordinaire pour les cinq jours de corridas de la Madeleine. Tu aimerais simplement une bonne fois pour toutes, la dignité (sans que ce terme n'apparaisse pour autant moralisateur) de la chose taurine, avec des toros présentables, des matadors de tous horizons, des vedettes aussi. En bref, une vraie feria équilibrée dans sa programmation. Aussi, je te sais altruiste, et que tu préfères par exemple voir le retour de la corrida portugaise nocturne au sein de la Madeleine à la place du rejoneo matinal, même si comme moi la tauromachie à cheval ne te plaît guère. Car c'est cela aussi, prendre conscience et vouloir affirmer l'identité taurine locale. Et ce n'est vraiment pas la lune que de vouloir quatre corridas (variées), une corrida-concours, une véritable novillada avec picadors, une novillada sans chevaux, et une corrida portugaise.

Mon pauvre, tu en as suffisamment bouffé, des toreros doublés dans ta feria qui ne comporte "que" cinq corridas, de la corrida-mixte, une course de Margé annoncée "torista", des Miuras hard discount, ou encore des Garcigrande (chez toi ils disent "Garcimore"), Zalduendo ou La Quinta vraiment trop indignes. Tes prochaines fêtes de la Madeleine auront lieu du Mercredi 18 au Dimanche 22 juillet 2012. Peut-être une amélioration, peut-être rien, peut-être pire. Mais en tous cas, l'envie de déclencher une bronca d'entrée te viendra peut-être à l'esprit car les fautifs ont été immunisés. J'ai peur pour toi. Tu voulais une vraie novillada, car tu en as assez de 4 novillotes de Ponce, 4 novillotes de El Torreón... Comble de malchance, peut-être t'en mettront-ils six... de Los Galos ! On gardera toutefois les spéculations pour plus tard.

Aussi, et tu n'y es pour rien, des arènes voisines et plus petites seront désormais concurrencées de manière injuste. C'est le cas d'Orthez et de Tyrosse. Alors en guise de rédemption, même si ce n'est pas de ta faute, peut-être t'y rendras-tu. Pauvre Plumaçon qui donne l'image de ne plus respecter les autres arènes du coin. Une faute semble avoir été commise, et je compte sur toi pour élever la voix, et pour que ton Plumaçon redevienne une Plaza de Toros digne de ce nom.

Florent

P.S : En restant relativement pragmatique, voilà une idée "d'affiche" (la mienne) qui pourrait être en rapport avec l'identité taurine Montoise (celle, notamment, du début des années 90)

Corrida de José Escolar Gil (Albaserrada) : Rafaelillo, Fernando Robleño, Serafín Marín.
Corrida de Alcurrucén (Núñez) : Enrique Ponce, David Mora, Thomas Dufau.
Corrida-concours (Murteira Grave, Guardiola Fantoni, Fernando Palha, Rocío de la Cámara, Valdefresno, Joselito) : Juan Mora, Javier Castaño, Alberto Aguilar.
Corrida de Baltasar Ibán (Contreras – Domecq) : Morante de la Puebla, El Juli, Alejandro Talavante.
Corrida de Celestino Cuadri (Santa Coloma) : Juan Bautista, Sergio Aguilar, Iván Fandiño.

Novillada de Francisco Madrazo de la Vadima (Santa Coloma – Graciliano) : Emilio Huertas, Mario Alcalde, Cayetano Ortiz.
Novillada non piquée avec du bétail français.
Corrida portugaise nocturne.

lundi 7 novembre 2011

Festibanyes

Culture et tradition catalanes. C'était à la fin de l'été, du côté du Vallespir...

Le traditionnel "Festibanyes" s'est déroulé le 3 septembre dernier dans le village d'Amélie-les-Bains, beaucoup plus connu pour ses thermes que pour cet évènement taurin qui existe depuis 2004. Il est né de l'idée d'un groupe de jeunes aficionados, souhaitant relancer et conserver la culture taurine en Vallespir.

Alors que Barcelone a tiré le rideau et tourné le dos à son histoire taurine, que le mundillo et les maestros du G-10 ne voient qu'intérêts personnels et argent sans se préoccuper du futur, il y a dans des villages comme à Amélie des aficionados qui se battent encore et essayent avec leurs moyens et leur temps de relancer ce qui était jusqu'alors voué à disparaître. Je tenais donc à leur rendre un petit hommage en parlant de Festibanyes 2011.

Il faut savoir que cet évènement se déroule au "Théâtre de Verdure" du village, et que la piste est entièrement montée par les bénévoles de l'association "Afició Catalana". Cette année, il y avait tout d'abord le matin une manifestation (avec entrée gratuite) comprenant "vache à la corde" et "correbous" pour enfants.

Enfin, le plat fort eut lieu l'après-midi avec le "Bous a la plaça". D'une durée de deux heures trente, avec un becerro et huit vaches de la ganadería Hermanos Ozcoz de la province de Saragosse. Le novillero Alejandro de Benito Fernández affronta sans mise à mort le becerro avant que n'interviennent la cuadrilla "Afició Catalana", puis le groupe "Arte y Emoción" (Recortadores de la région de Valencia). Enfin, ce sont les jeunes forcados (âgés de quatorze à dix-huit ans) amadores de Vila Franca de Xira qui ont animé la fin de cet évènement.

Je ne rentrerai pas plus dans les détails, car à ce niveau-là, on ne peut pas faire de reseña comme en corrida ou en novillada. En revanche, il me semble nécessaire d'écrire quelques lignes pour remercier cette association qui fait revivre tous les ans ce que nos grands-parents ont connu.

Enfin pour terminer, il faut souligner que le prix d'entrée à ce "Correbous" était de 5 euros, pour voir un becerro et huit vaches, des recortadores, des forcados, avec en plus l'équipement et la sécurité nécessaires aux soins éventuels de tous les participants. On ne peut que conseiller à certains de prendre exemple, quand on voit que parfois, il y a des petits festivals, des tientas, ou des courses sans picadors (avec trois ou quatre becerros) dont l'entrée est de plus de 10 euros, si ce n'est pas 15.

Étienne Quintana

dimanche 6 novembre 2011

In vino (griego) veritas

Dax, voilà un curieux nom composé de trois lettres et non sans connotation hellénique. Par ailleurs, il paraît que ça bouge en ce moment du côté Sud de la péninsule Balkanique. Les vedettes de là-bas le font savoir, et ce n'est visiblement pas la crise pour tout le monde. Un mystérieux groupe dénommé "Gédis" a dès à présent entrepris de grandes manoeuvres avant le début de la prochaine saison taurine grecque. Une convention a été établie, aboutissant à un chantier comprenant douze travaux et obligations. Voici la lettre ouverte du "Gédis" :

- Nul ne pourra nous contredire, nous divinités, tout droit descendues du Mont Olympe taurin.

- Nous nous inscrivons en faux contre toute proposition malsaine émanant de l'Union des Cités Taurines.

- Les matadors valeureux qui se plaignent à longueur de saison du manque de contrats, auront comme cachet maximum une couronne de lauriers, car l'important est bien de participer (du moins pour eux)

- Nous ferons en sorte que les moyens de propagande spécialisés relancent le débat sur la taille de la pique ou le poids du caparaçon, pour aveugler les aficionados et que ces derniers restent indulgents avec les éleveurs de nos collaborateurs.

- L'an prochain encore, aucune retransmission des prestations de Xosé Tomasidis ne pourra être envisagée. En revanche, nous négocions de manière ferme pour que notre droit à l'image soit bien plus fructueux.

- Toute âme perdue et vêtue d'un simple drap blanc passant son temps à philosopher de manière stérile sur notre activité, à contester la légitimité de Kayetanopoulos, ou à comparer les poses de banderilles de Fanditzas au ridicule d'un danseur de sirtaki, sera condamnée à boire la cigüe.

- Nous avons ces derniers temps beaucoup entendu parler de la légende du "Taureau de Crète", et en avons conclu qu'aucun d'entre nous n'ira s'aventurer dans cette île, jugée excessivement torista.

- Aucun d'entre nous n'est d'ascendance Spartiate. En conséquence, nos adversaires devront être adaptés et taillés pour la circonstance. Nous hésitons encore à nous afficher l'an prochain face aux petits gris de La Xyntha, c'est vrai que sur ce point-là, on a quand même déconné cette année...

- Tout aficionados (car "dos" est un suffixe grec) aura sa ration de Domekis et il lui sera interdit de protester. Le prix des places devra par ailleurs être augmenté afin qu'en profitent les rédacteurs de cette convention.

- Le "Vino Griego" sera joué à chaque fois qu'un membre de ce groupe quittera l'arène en triomphe. Les insupportables aficionados intégristes verront en cette mélodie une marche funèbre pour leurs revendications.

- Les arènes de la région d'Athènes, du Péloponnèse et du reste du territoire seront toutes classées en première catégorie, pour des raisons financières (les nôtres)

- Tout candidat à l'entrée dans le "Gédis" fera l'objet de nombreuses contraintes ainsi que d'un exil forcé à Crète.

Convention signée par les divinités : Pererakis, El Juliandréou, El Fanditzas, Poncéas, Xosé Mari Mantzanarakis, El Cidounis, Talavantzakis, Xosé Tomasidis, Morantsidis et Kayetanopoulos.

En tant qu'observateurs extérieurs, n'étant pas sous le coup de représailles, on constate que cette convention n'est pas dépourvue de cynisme. Aussi, elle fait quelque peu penser à l'Antiquité, où sous couvert de démocratie directe, les puissants prenaient tout de même le dessus. Il faut quand même reconnaître un certain talent aux membres du "Gédis", car à croire qu'ils demanderaient toujours plus, même après être allés se faire voir chez les grecs...

Florent