dimanche 29 janvier 2012

L'homme de la situation

AND THE BULL WAS JULIPIED

De bien saines lectures nous indiquaient que la rédemption serait proche, pour tous, même les plus récalcitrants. Tout le monde devrait un jour ou l'autre finir par s'incliner devant la grandeur du seigneur El Juli, l'as des as, le sauveur du patrimoine taurin en péril. C'était écrit. Mais voilà, à l'aube de cette nouvelle année, le dénouement qui se profile est plutôt inattendu.
A l'automne dernier, El Juli s'était placé en tête de file des hommes du G-10, avec la fierté non dissimulée de s'afficher comme étant un très très grand parmi les grands. Tout obstacle ne devait être que formalité. Des obstacles qui n'étaient pas des toros, mais plutôt des soucis au niveau des affaires et dans le domaine audiovisuel. Qu'importe, cela n'aurait dû poser aucun problème, El Juli étant l'homme de la situation.

Mais laissons quelques instants le côté homme d'affaires. Car côté ruedos, les prédictions étaient belles et pleines de certitudes. Puisque dans l'arène aussi, El Juli paraissait être le patron et l'homme de la situation. Du moins, c'était écrit. Car on a souvent lu ou entendu qu'il serait à court terme (s'il ne l'était pas déjà) le "plus grand matador de tous les temps", un génie de puissance et de cadence. Qu'il en ait les moyens, cela ne paraissait pas impossible.

Quant aux sceptiques du règne du Juli, ils devaient absolument être reconduits vers la raison. C'était écrit là-encore, El Juli est capable de "s'imposer face à n'importe quel toro" (la définition du terme toro dans ces circonstances se limitant probablement à Cuvillo, Garcigrande, Victoriano del Río, Zalduendo). De toutes les lectures, et de toutes les prestations du Juli, on avait même l'impression qu'il était une sorte de Shiva des toreros, quatre bras, des muletazos dans tous les sens. Peut-être même un jour le pouvoir de faire passer l'un de ses opposants entre ses jambes. Dans les comptes-rendus, on lisait que tous les toros croisant le chemin du Juli étaient "aplastados". Ce qui en espagnol signifie "écrasés". On pourrait même dire "aplatis". Mais aplatir quoi ? Des adversaires dignes de ce nom ?
Concernant la question de l'estocade, on nous annonçait que la méthode Juli serait révolutionnaire et qu'à court terme, tout le monde devrait l'accepter. Après tout, tant que l'épée rentre et que la mort du toro est effective, quels autres éléments pourraient être importants ?
Face à tant de "certitudes", on a cru qu'un jour peut-être, El Juli prendrait des toros d'Escolar Gil à Madrid, ou de Dolores Aguirre à Pamplona. Que nenni ! Rien de tout cela. Le geste du Juli l'an dernier, c'était de prendre la quasi-totalité de la camada de La Quinta. On a bien vu le résultat à Dax et à Mont-de-Marsan... En 2011, les Joselitos de Bayonne n'ont été que l'arbre cachant la forêt de toros chétifs, souvent imprésentables et inaptes au combat.

Pour des raisons pécuniaires, El Juli ne viendra probablement pas en France cette saison. Étrange, car il me semble pourtant avoir lu récemment qu'il chérissait "le modèle français". Alors non, il ne retournera même pas à Arles où il indulta un toro l'an passé. Pas plus qu'à Valencia, autre arène où il avait pourtant ses habitudes.
El Juli n'est pour l'heure annoncé qu'à deux endroits, à Olivenza avec des Garcigrande, et à Arnedo avec des Victoriano del Río.
Par son comportement vis-à-vis de son activité principale, qui est celle de matador de toros et non négociateur du monde de la finance comme on aurait pu le penser dernièrement, El Juli a malheureusement démontré, et c'est déplorable, qu'il n'était pas un exemple à suivre pour les générations à venir. Je ne suis pas spécialiste en la matière, mais il semblerait bien qu'il se soit éloigné du terme de "vergüenza torera".
On nous avait pourtant dit qu'il serait l'homme de la situation.

Florent

2 commentaires:

  1. une version de l'arroseur arrosé....il faudra bien qu'il y vienne le Juli aux vrais défis et à ce moment là il pourra imposer sa loi financière

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