jeudi 12 janvier 2012

Monsieur Robleño

Madrid 1994. Sous un soleil brûlant coïncidant avec les festivités de San Isidro, une arène portative est installée dans l'enceinte de la prison de Carabanchel. Une novillada non piquée offerte aux détenus y est célébrée. A cette occasion, des élèves de l'école taurine de Madrid sont là, dont le jeune Fernando Robleño, qui s'habille de lumières pour la première fois, avec un costume couleur vert pistache et or soutaché de noir. En ironisant sur cette situation, les âmes bienveillantes et éclairées du mundillo pourraient dire qu'il s'agissait là du début de la pénitence. Car d'année en année, le gagne-pain annuel de Fernando Robleño a commencé à s'appeler Hernández Pla, Adolfo Martín ou encore Palha... Tant d'élevages dont les vedettes refusent d'entendre parler.

Intégré dans la mal-nommée catégorie des "seconds couteaux", Robleño a quand même eu des jours importants dans sa carrière, notamment à Las Ventas. Cependant, il n'y eut aucune "promotion" à l'égard de ses prestations valeureuses qui étaient de véritables succès. Aujourd'hui, Robleño donne l'image d'un matador qui ne vieillit pas, aussi bien physiquement qu'au travers de ce qu'il démontre dans les arènes. La fraîcheur du jeune matador, il aurait pu la perdre il y a bien des années. C'est pourtant bien différent dans son cas, puisqu'on a l'impression qu'il a gagné en sérénité et s'est affiné au fil des saisons. Il est désormais un lidiador aguerri.

Fernando Robleño aura donc passé toute sa carrière à affronter les toros de respect massivement rejetés par les figuras. A l'heure où ces dernières jugent plus important de penser aux droits audiovisuels plutôt qu'aux toros à combattre, Fernando Robleño jette lui un énorme pavé dans la mare. Il est en effet annoncé à Céret en juillet prochain seul face à six toros de José Escolar Gil. Un sacré geste ! Au moment où s'achèvera la feria de Pamplona, où les vedettes auront fait leur "geste maximum" en prenant soit deux Cuvillos, soit deux Jandillas, Robleño va lui se livrer à quelque chose de complètement différent. Six Escolar à Céret ! On ne fera aucun pronostic, mais l'on peut d'ores et déjà saluer l'afición de ce matador, son honneur et son humilité. Ce geste sera certainement au coeur de la saison. Six Escolar Gil pour Fernando Robleño, chez lui, dans son jardin de Céret.

Florent

(Image de François Bruschet : Fernando Robleño face à un toro de José Escolar Gil. Céret de Toros 2010)

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