vendredi 20 janvier 2012

Novilladas ≠ Avenir

Dans la vie des médias taurins, il existe une focalisation et un intérêt certain pour des sujets brûlants, qui sont plus développés que d'autres. En ce moment, la préoccupation principale concerne les corridas pour vedettes, l'économie des corridas pour vedettes, voire même l'économie de la télévision des corridas pour vedettes. Côté toros, ces médias tentent de savoir si Garcigrande fournira cette année 21, 22 ou bien 25 lots de "toros", ou si un lot de Fuente Ymbral est égal à six toros de Fuente Ymbro. Ou Ymbraux, c'est selon. En revanche, la situation des novilladas ne semblerait pas préoccupante (Novilladas avec picadors bien entendu).

Cette catégorie que l'on pourrait simplement qualifier d'intermédiaire, située entre la non piquée et la corrida, n'est pourtant pas quelque chose de mineur. En France, les novilladas piquées ne sont pas à l'heure actuelle une priorité pour les organisateurs en règle générale. Leur nombre avait explosé à la fin des années 1980 pour atteindre le nombre colossal de 70 novilladas en une seule saison (1990). Depuis, pas mal d'arènes qui célébraient ce type de courses ont baissé pavillon. Pêle-mêle et sans que la liste soit complète, je pourrais citer Argelès-sur-Mer, Cazaubon, Fourques, Gimont, Lit-et-Mixe, Pérols, Vichy et bien d'autres encore. Par rapport au nombre de 35 novilladas en France en 2011, les chiffres pourraient encore baisser cette année.
Collioure risque de tourner le dos à sa longue tradition taurine, puisqu'il n'y a actuellement aucun prestataire, et qu'un projet d'urbanisation serait susceptible sous peu de remplacer les arènes. Quant à Istres, l'abandon de la novillada provient d'une autre raison, car les organisateurs ont décidé de ne donner que des corridas cette année. Entre les arènes qui sont passées de la novillada à la corrida, et d'autres qui ont délaissé toute activité taurine, il y a un impact certain sur les novilladas avec picadors.

Ce n'est pas un hasard si ce sont les arènes de Parentis-en-Born qui illustrent cet article. A cet endroit, le nombre de novilladas a même été augmenté l'année dernière, et de quelle manière ! Avec de très intéressants lots de novillos de Murteira Grave, Francisco Madrazo et Valdellán. Aussi, Parentis est une arène qui fonctionne aussi bien par ce qu'elle propose en piste que par l'attrait que cela occasionne, les entrées réalisées sont par ailleurs plus que convenables. Parentis est ainsi parvenue à fidéliser un public d'aficionados. C'est donc cette plaza qui figure à la première marche quant aux novilladas en France, aussi bien au niveau de la quantité que du contenu des courses qui s'y déroulent.

Pour évoquer la question des novilladas sur notre sol, une analyse schématique pourrait comporter plusieurs parties. On m'excusera d'ailleurs pour les intitulés de ces catégories virtuelles qui n'ont pas vraiment été recherchés.

FERIAS DE NOVILLADAS
Hormis Parentis, il n'y a qu'une seule autre feria de novilladas en France, à Hagetmau. Cette arène a l'habitude de donner deux novilladas lors de ses fêtes au début du mois d'août. Réputée dans les années 80-90, cette feria a perdu de son exemplarité ces dernières années, si bien que le ton a baissé. Il en reste cependant qu'Hagetmau, en compagnie de Parentis, sont les deux seules arènes de France à posséder une feria de novilladas actuellement.

HAUT DE TABLEAU
Dans cette liste, on retrouve Céret qui a célébré deux novilladas lors des deux derniers "Céret de Toros", avec du bétail sérieux, conformément à la tradition taurine locale.
Roquefort-des-Landes apparaît également dans cette catégorie, puisque le choix et la présentation des novillos ne sont pas laissés au hasard, Coquilla de Sánchez-Arjona en 2010 et Fidel San Román en 2011.
Orthez, qui donne une novillada matinale depuis 2009 avec des élevages quasiment inédits ailleurs.

NOVILLADAS BI-ANNUELLES
Célèbrent deux novilladas à des dates différentes :
Garlin, qui pour cette année est allée chercher des lots de novillos de Valdefresno et Hoyo de la Gitana.
Saint-Sever, à géométrie très variable...

NOVILLADA ANNUELLE
C'est le cas de Captieux, Lunel, Millas, Mugron, Rieumes, Riscle, Saint-Perdon (qui garde le cap aux arènes de Mont-de-Marsan trois ans après l'effroyable incendie de ses arènes), Samadet, Soustons, Tarascon, Vauvert. Cette catégorie est la plus variée, on y retrouve un peu de tout, et l'on constate que certaines des arènes citées ne prennent pas le risque de sortir des sentiers battus. On remarque cependant que Millas pourrait monter en grade, puisque ce village des P-O est revenu aux fondamentaux l'an passé en optant pour un lot de Moreno de Silva.

AUTRES
Arènes qui ne proposent pas exclusivement des novilladas, car au moins une corrida est organisée dans la saison.
Aire-sur-l'Adour, aléatoire au moment de définir sa novillada.
Carcassonne, qui après avoir hébergé pendant des années une feria de novilladas, a adopté une feria ordinaire dans tous les sens du terme à partir de 2010.

GRANDES ARENES
Ou plutôt la catégorie auto-proclamée du "G7", avec les sept plus grandes arènes de France par la taille.
On peut tout d'abord citer le cas particulier de Vic-Fezensac, dont la novillada est moribonde depuis maintenant deux ans. En 2012, Vic proposera une novillada hybride et peu enthousiasmante avec deux novillos et deux erales, plutôt qu'une novillada complète.
Après, on retrouve Arles, Bayonne, Béziers, Dax, Mont-de-Marsan et Nîmes.
La plupart de ces arènes gagneraient certainement en mettant des novilladas sérieuses, puisque les formules conformistes ne semblent pas fonctionner, aussi bien au niveau du résultat que des entrées réalisées. Pour illustrer cela, on peut penser au souhait des aficionados du "Collectif Madeleine" à la fin de l'année 2011, demandant pour Mont-de-Marsan le retour à une vraie novillada, et non la prolongation d'une course matinale avec quatre novillos issus d'élevages commerciaux. On ne peut que saluer cette initiative, car en plus d'être banales, les novilladas matinales de ferias telles qu'elles sont actuellement n'attirent pas les foules. Le modèle proposé par Dax en 2009 est à la fois intéressant et à renouveler, puisque les organisateurs s'étaient orientés cette année-là vers une novillada sérieuse (Adolfo Martín).

Ainsi, l'époque des novilleros comme Jesulín de Ubrique, Finito de Córdoba, Chamaco, Marcos Sánchez-Mejías est terminée depuis bien longtemps, presque vingt ans. En cette période-là, ces novilleros parvenaient à remplir de nombreuses arènes, en affrontant du bétail plus que commode tendance monopiquée. C'est d'ailleurs de là que provient la triviale appellation "novilladas de luxe". Mais maintenant, aucun novillero ne peut prétendre remplir une arène sur son seul nom. Désormais, là où les novilladas connaissent un succès en France, c'est parce que le bétail a été choisi avec sérieux. Parentis en est le plus bel exemple, mais on pourrait également penser à Collioure, qui a attiré plus de monde qu'à l'accoutumée l'an passé avec un lot de Christophe Yonnet, ou encore Captieux, même si c'est une petite arène, qui fit le "no hay billetes" après avoir parié sur un lot d'Urcola.
C'est donc par le choix ganadero que les novilladas en France connaissent une réussite. Car quel que soit le type de novilladas (sérieuses ou commerciales), le "grand public" les déserte totalement, et ce sont plutôt les aficionados qui se rendent à ces courses-là. Aujourd'hui, mettre en novillada le même bétail que celui des figuras, on constate que cela ne marche pas.

Aussi, les novilladas sont avant tout un vivier, et c'est une catégorie où les jeunes n'ont en théorie aucun plan de carrière et ont tout à prouver. Il serait inquiétant de voir à l'avenir des figuras qui étant novilleros, ne se seraient jamais opposées à des novillos de respect. C'est peut-être même déjà le cas, et c'est pour cette raison que certaines figuras n'ont aucune capacité de lidiador. Par dessus tout, il semblerait bien que la période des "novilladas de luxe" ait fait son temps.

Florent

1 commentaire: