mercredi 25 janvier 2012

Vichy

Sur les bilans des saisons taurines datant de plus de vingt ans, on retrouve presque chaque année le nom de Vichy parmi ceux des villes taurines de France. Vichy : peut-être un lieu-dit quelque part dans le Sud de la France ? Non, c'est bien Vichy dans l'Allier. Éloignée des lieux taurins communs, c'était la Plaza de Toros la plus septentrionale jusqu'en 1991.

A l'heure actuelle, il est plutôt difficile de retrouver des informations concernant l'histoire taurine de cette ville voire même des reseñas. Pour les amateurs d'amalgames au raisonnement simpliste, l'exception vichyssoise dans le panorama taurin confirmerait bien que la corrida soit une activité "hautement fascisante". Pourtant il n'en est rien, et de telles idées reçues doivent être combattues. Qui plus est, les raisons de l'arrivée de la tauromachie à Vichy sont toutes autres, et la tradition taurine y fut par ailleurs interrompue entre 1931 et 1949. De là, les amalgames n'ont pas lieu d'être. Rien à voir donc entre l'histoire taurine de Vichy et la période obscure de cette ville dans l'histoire de France. Parenthèse fermée.
Alors, il est tout de même curieux de relever que cette cité située hors zone méridionale, ait pendant longtemps continué à célébrer des courses de taureaux. Comment est-il possible que Vichy ait pu avoir une tradition taurine durant un siècle ?

Face à tant d'interrogations, l'excellent livre de Philippe Lavastre, "La tauromachie à Vichy – Histoire d'une adaptation" (édité par l'Union des Bibliophiles Taurins de France et paru en 2008) donne une pléthore d'informations et d'explications sur les fondements de la tradition taurine de cette ville. En outre, ce livre est accessible dans sa lecture aussi bien à l'aficionado qu'au profane.
On y découvre d'emblée que les Toros ont fait leur apparition à Vichy en 1892, à une époque où la tauromachie était en pleine expansion dans toute la France. A Vichy, ville thermale très renommée et visitée, les spectacles taurins constituaient une distraction supplémentaire pour les personnes y séjournant. Il était question à cette époque d'un tourisme de luxe, même si aux arènes se côtoyaient les classes aisées et les milieux populaires. Dans tous les cas, les courses de taureaux constituaient une attraction fortement suivie.

Dans la période allant de 1892 à 1931, la tauromachie a été interrompue à plusieurs reprises, certaines raisons semblent par ailleurs évidentes sans qu'il soit utile de les mentionner. Toutefois, lorsque les courses de taureaux étaient de mise dans cette intervalle, il était plus question de folklore et de désordre que de tauromachie sérieuse, comme le relate l'auteur. Aussi, plusieurs arrêtés municipaux ou préfectoraux sont venus interdire la mise à mort des cornus certaines années.

Après une interruption de deux décennies, la tauromachie reprit ses droits à Vichy. Pour autant, il y eut une bataille juridique au début des années 1950 entre la Société Protectrice des Animaux d'un côté, et de l'autre, les toreros et les organisateurs. La S.P.A fut déboutée de ses demandes, et s'en suivit pour Vichy l'époque sérieuse de son histoire taurine, dans les arènes montées sur l'hippodrome dit du "Concours Hippique" à partir de 1951. Dans les années 1950-1960, il y eut même des organisateurs espagnols qui vinrent confectionner les cartels, ce fut notamment le cas de Vicente Jordá. A cette époque, le tourisme était encore abondant en période estivale dans la ville, et derrière les remarquables entrées enregistrées aux arènes, on devine qu'il y avait là une activité plus que rentable.

A cause de sa position exotique sur la carte taurine, la plaza de Vichy a toujours été logiquement remplie par un nombreux public occasionnel et peu au fait de la corrida. Il y avait malgré tout un petit noyau dur d'aficionados locaux.
Dans le livre de Philippe Lavastre, on découvre qu'il y eut durant toutes ces années de corridas et de novilladas, une multitude de trophées récompensant les triomphateurs : l'Oreille d'Argent, la Cape d'Or, l'Épée d'Or des Commerçants... Parmi les éléments qui reviennent fréquemment dans cette histoire séculaire, on note que les picadors étaient les mal-aimés de Vichy. Face à la demande du grand public, il y eut plusieurs périodes avec uniquement des courses sans picadors, le premier tiers n'étant que peu apprécié. Cela se fit par ailleurs au grand dam de la minorité d'aficionados authentiques et assidus.

En 1974, les arènes dites de "L'Étoile des Garets" furent inaugurées, bien plus excentrées par rapport à celles de l'hippodrome. Cette nouvelle place allait symboliser l'extinction à petit feu de la corrida à Vichy. Les dernières années, le bétail provenait systématiquement de France, de chez Blohorn d'Andecy, François André, Gallon, Gilbert Mroz... Nombreux ont aussi été les novilleros français venant se produire sur les bords de l'Allier. A la fin des années 1980, Vichy n'était plus autant touristique qu'auparavant, les estivants ayant sans doute une préférence pour les littoraux à cette période. Parallèlement, la tradition taurine ne tenait que par un fil, et hormis les aficionados locaux, il n'y avait pas autant de spectateurs éventuels qu'à d'autres époques, cela mettant un frein au remplissage des arènes. La mort de la tradition taurine par désaffection semblait alors inéluctable.

Le Jeudi 15 août 1991, il y avait deux corridas de Miura en France, l'une à Bayonne et l'autre à Béziers, et une corrida de Diego Garrido à Dax. Quant aux novilladas il y en avait à Béziers (course matinale), Arles, Port-Barcarès, Roquefort-des-Landes.
Le 15 août symbolisant la date de la fête patronale de Vichy, il y avait ce jour-là une novillada avec picadors du fer de Tardieu pour Domingo Valderrama, Frédéric Leal et Nacho Matilla. Comme ce fut le cas tout au long de l'histoire taurine de Vichy, les novilleros défilèrent dans les rues de la ville avant la course. Ce 15 août 1991, c'était la dernière course à Vichy, aux arènes de l'Étoile des Garets.

Vingt ans après cette fermeture, le seul symbole physique restant de ces arènes est une forme circulaire. Par ailleurs, on peut l'apercevoir sur Google Earth (capture d'écran ci-jointe). A l'emplacement du ruedo ont été édifiés des terrains de basket-ball à ciel ouvert.

Florent

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