jeudi 23 février 2012

Souvenirs froissés (VI)

RECTANGLES

Le football. Il m'a fallu un dimanche après-midi d'un froid abyssal pour me souvenir à quel point j'avais aimé cette chose-là. C'était il y a un peu plus d'une semaine, sans que je ne puisse faire la distinction entre degrés réels et température ressentie. Cela faisait longtemps que le thermomètre n'avait pas affiché des degrés Celsius aussi bas. Et puis, sans occupation vraiment intéressante, il y avait un match de football télévisé : Lille contre les Girondins de Bordeaux. Pas un grand match, rien d'historique, simplement une rencontre curieuse entre ces deux équipes, dans le froid du Nord. Mais il y avait là quelque chose d'inattendu dans cette partie. Bordeaux menait 4 buts à 1, avant que Lille ne revienne vers la fin de la rencontre à 4 buts partout. A ce moment-là, on aurait parié que Lille allait l'emporter après avoir renversé la situation... Mais au final, c'est Bordeaux qui marqua un cinquième but victorieux au bout du suspense.
Le football, sport de masses par excellence, allie malheureusement grande vulgarité et manque de dignité de manière de plus en plus récurrente. Probablement trop d'argent en jeu pour un sport où l'intérêt est de courir derrière un ballon, trop de comédie aussi chez ceux qui le pratiquent. Peut-être aimerait-on voir davantage de courage, de combativité, et moins de comportements superficiels dans ce sport. Et encore, je ne parle même pas de la philosophie en dehors des terrains...
Pourtant, le match Lille contre Bordeaux était assez intéressant, et je me suis souvenu qu'il y a une dizaine d'années, c'était la grande mode d'évoquer ce sport dans la cour de l'école puis du collège. Dans mon cas particulier, étant donné qu'il y avait parallèlement les Toros, disons que ces derniers ont complètement pris le dessus, déjà qu'ils étaient prioritaires, le football ne restant que quelque chose d'accessoire et totalement secondaire.


Et puis, il y eut ce fait si particulier au début de l'été 2003. Cette année-là, il faisait chaud, très chaud, et il y eut même au mois de Juin une compétition de football télévisée avec des équipes internationales. Ni Coupe du Monde, ni Coupe d'Europe, quelque chose qui s'appelait Coupe des Confédérations. Encore une compétition de plus, au mois de Juin, instaurée sans discernement, et pouvant sabrer le physique des joueurs qui n'ont quasiment pas eu de pause dans leur activité depuis le mois de Juillet ou d'Août de l'année précédente. Il y eut ainsi cette fameuse demie-finale entre le Cameroun et la Colombie. Je n'avais jamais vu quelque chose comme ça. Devant la télévision. Vers la fin de la rencontre, un joueur camerounais, Marc-Vivien Foé, s'écroula vers le milieu du terrain, probablement victime d'un malaise. Il était inanimé. Un peu plus tard dans la soirée, on apprenait toujours par le biais de la télévision que le joueur était décédé des suites de ce qui était en fait un arrêt cardiaque.
Vraiment, c'était un fait marquant, au tout début de l'été, voir à la télé un footballeur s'écrouler en pleine rencontre, pour ne plus jamais se relever. Je ne pensais pas que la mort pouvait pointer son nez au-dessus d'un terrain de football. Et il en est des discours qui pourraient être "après tout, ce n'est qu'un joueur de football, plus grand sport de beaufs de tous les temps, avec des hommes sur-payés. Alors, si de temps en temps, certains viennent à passer l'arme à gauche, cela ne viendra pas nous émouvoir". Et pourtant, il fallait voir cette ambiance avant la finale jouée là-encore par le Cameroun. Il y avait quelque chose de pesant, toute cette équipe habillée en blanc pour cette rencontre, le blanc étant la couleur de deuil dans leur culture. Entre les deux rencontres, tous les joueurs ayant assisté à ce drame ont dû voir défiler tant de choses sur l'écran noir de leurs nuits blanches... Et puis, il y avait cette équipe réunie, portant en mains le portrait du coéquipier défunt.


Arènes de Rion-des-Landes. Absolument rien à voir avec l'anecdote précédente, excepté le fait que le souvenir date également de l'été 2003. A Rion, la piste est rectangulaire, et chaque année à la fin du mois d'août, ce sont toujours des exemplaires de Valdefresno qui sont à l'affiche. Rion est une arène de novilladas non piquées, mais s'annonçant curieusement comme étant la "Bilbao des sans chevaux". De Rion, j'avais déjà entendu parler à l'époque de l'histoire d'un certain Ronquillo, qui dans les années 90, y était venu pour une novillada épique, où il sortit en triomphe mais sérieusement amoché, après avoir été secoué dans tous les sens. Je me souviens aussi d'une photo où on le voyait vêtu d'une chemise et de vêtements de substitution, son habit de lumières ayant été transformé en lambeaux par son premier adversaire. C'était un certain Rafael Ronquillo, de Séville.
Et puis, cette non piquée de 2003. Une parmi tant d'autres à Rion-des-Landes. Pour se dédouaner de la forte présentation de ces bêtes âgées entre deux et trois ans, je me souviens que les organisateurs avançaient que ces novillos étaient souvent "pastueños", c'est-à-dire que malgré leurs gabarits imposants, ils possédaient quand même une certaine docilité sans pour autant être hypocrites.
Mais voilà, à Rion, ce sont des erales forts en piste, qui ne sont pas piqués. Seulement des banderilles en guise de châtiment, autant dire des cures-dents. C'est l'été, à une saison où les vedettes affrontent de courses en courses des toritos sur mesure. Et d'un autre côté, il y a ces jeunes, qui sont toujours au niveau sans picadors, venant à Rion-des-Landes affronter du bétail plus que sérieux pour cette catégorie. Impossible une fois de plus de ne pas penser à la trivialité du monde des Toros.
Août 2003 donc, des Valdefresno imposants... dans une non piquée. C'est vrai que la chose est formatrice pour les jeunes chargés de les affronter. Mais quand même, la déraison n'est pas si loin que ça. Ce jour-là, il y avait au cartel un français, un équatorien et un espagnol : Camille Juan, Pablo Santamaría et Juan Avila. Ils avaient certainement à coeur de bien faire, dans l'optique du futur de leur carrière. Ils eurent du courage, de la volonté, et reçurent en échange quelques grosses roustes, surtout Juan Avila face au dernier de l'après-midi. C'était sur la piste rectangulaire de Rion-des-Landes. Aujourd'hui, aucun de ces trois jeunes espoirs en 2003 n'a vraiment fait carrière dans les Toros. Cette non piquée de Rion en 2003, peu de monde doit s'en rappeler. En revanche, il est certain que les trois jeunes hommes qui ont affronté les Valdefresno ce soir-là doivent s'en souvenir...

Florent

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