lundi 6 février 2012

Trois avis qui ne voulaient rien dire...

Rues de Dax, treize ou quatorze heures, un jour d'août de l'année 2009. Ciel lourd, rues clairsemées, et les Black Eyed Peas en fond sonore omniprésent et presque dérangeant. A côté de moi, mon pote me fait remarquer "Tu imagines cette musique sur une faena de Perera ? C'est à se tirer une balle". Là-dessus, je pense que l'on était plutôt d'accord. Toujours est-il que jamais ne cessait cette mélodie composée de "La La La", de "Na Na Na", de "Oh Yeah Oh Yeah Oh Yeah" et que sais-je encore. On pourrait toujours me traiter de jeune vieux con, mais pour cette musique située à un haut degré de commercialité, de modernité et peut-être même d'uniformité, je n'avais et je n'ai toujours pas d'éloge à proposer.

Deux ans plus tard, rien à voir. Toujours le département des Landes. A Parentis-en-Born, la température estivale est proportionnelle au bleu du ciel. Pour le moment, c'est la fin du combat du premier novillo de l'après-midi. Il n'y a aucun bruit sur les travées, un grand silence. Et puis, les gens s'impatientent en voyant le novillero incapable d'en terminer avec son adversaire. La scène pourrait être tout à fait banale et sans rien d'étonnant, du style : voilà un novillero plus que passable qui ne fera pas carrière. Les avis sonnent les uns après les autres et c'est interminable. Et puis le troisième retentit : c'est fini. Le jeune est dans l'obligation de quitter la piste face à son échec. Le novillo mettra encore du temps à tomber même après que ce fatidique troisième avis ait sonné.
Bronca, ça siffle, ça hue et ça conspue. Normal, ce novillo n'a pas eu la belle mort que mérite tout taureau de combat. Trois avis et bronca, mais cette dernière ne semble pas pour autant être ciblée envers le novillero. Plutôt une bronca pour la forme, car il devait en être ainsi. Ensuite, ce fut le triomphe cet après-midi là des pensionnaires de l'élevage de Valdellán. A juste titre, car ce lot de novillos était beau et encasté. Le novillero qui connut l'enfer des trois avis, c'était Daniel Martín.
Face au quatrième de l'envoi, le public ainsi que Daniel Martín étaient visiblement toujours hantés par le ratage initial. Par moments face au quatrième, il y alla pour de vrai et offrit les meilleurs muletazos de la feria de Parentis. Toutefois, l'enthousiasme paraissait absent, faute à la malheureuse impression du début de course.

Daniel Martín était déjà venu à Parentis deux ans auparavant lors d'une novillada-concours, pour y affronter des exemplaires de Partido de Resina et Guardiola Fantoni ! Il avait par ailleurs été plus que digne. Revenu de nulle part, il était annoncé à Céret en 2011 en remplacement d'un novillero blessé face aux Joaquín Moreno de Silva. Ce matin-là, il s'en est bien tiré et a fait très bonne figure. Malgré une carrière de novillero s'étendant plutôt longuement, Daniel Martín ne semblait rien avoir perdu de sa verve, de son envie, de son courage, de son pundonor et de ses évidentes qualités de lidiador. Depuis deux ans, de Fréjus à La Corogne, de Huelva à Vic-Fezensac, pas une seule fois le nom de Daniel Martín fut inscrit sur les affiches. Et puis vint cette substitution à Céret et cette prestation fort honorable.

La dernière fois avant celle-là, c'était aux arènes de Dax. Onze heures, un jour d'août de l'année 2009. Ciel lourd, gradins clairsemés mais plutôt bien remplis pour une novillada. Pas de Black Eyed Peas en fond sonore. Au programme de cette course, des Adolfo Martín, légers, fins de type, sérieux et bien présentés, avec en plus de cela un indéniable fond de caste. Face au quatrième de la matinée, je crois que Daniel Martín a vraiment tout donné. On a vu en lui du courage, de la volonté et ce fameux "esprit novillero" qui se raréfie. C'était un plaisir de voir un jeune désirant bouffer tout ce qui aurait pu se présenter sur son passage.
Devant ce novillo en question, l'affaire débuta pourtant de vilaine façon, puisque Daniel Martín fut pris en tout début de faena, recevant un coup de corne à la jambe. Cependant, il resta, donna tout, jusqu'à plonger dans les cornes de son adversaire au moment de l'estocade. Une oreille accordée, une seule, que le novillero ne put d'ailleurs pas promener, étant dans l'obligation de rejoindre l'infirmerie. Mais l'ovation qu'il reçut était poignante, car l'on venait de voir une véritable leçon de pundonor, de la vaillance à toute épreuve. Deux oreilles au tableau d'affichage, cela n'aurait vraiment pas été un scandale. D'habitude, on n'en veut pas à la présidence qui n'accorderait pas certains trophées, car on se dit après tout que les oreilles n'ont qu'une représentation symbolique. Quelque chose d'assez futile en fin de compte. Toutefois, si deux pavillons étaient tombés dans l'escarcelle de Daniel Martín ce matin-là, peut-être que des opportunités seraient arrivées par la même occasion. Impossible de le savoir. Mais c'est comme ça, parfois (voire souvent) le résultat comptable a énormément d'importance pour les gens du mundillo au moment de monter des cartels.

Daniel Martín, comme d'autres novilleros un peu à l'ancienne, n'est pas vraiment sous le feu des projecteurs. Du mérite, il en a beaucoup, car il fallait venir à Céret pour se cogner au pied levé cette novillada de Moreno de Silva, malgré une période d'inactivité conséquente. Du mérite, du courage, des qualités de lidiador, et surtout : de l'honnêteté. C'est important la relève, et d'imaginer par exemple les futurs matadors-lidiadors potentiels. Pour Daniel Martín, novillero de Salamanque, j'espère fortement que les trois avis de Parentis ne représentaient pas le glas d'une carrière. Car ces trois avis ne voulaient rien dire, et il serait dommageable de voir ce novillero arrêter faute de contrats. Dans les rues de Dax et d'ailleurs, il y aura toujours les Black Eyed Peas en fond sonore. Quelque part je m'en fous, c'est comme ça. Quant à Daniel Martín, espérons pour lui que sa route future lui permettra de démontrer ses qualités, face au toro.

Florent

(Image de François Bruschet : Daniel Martín face à son second adversaire de Moreno de Silva le 10 Juillet 2011 à Céret)

13 commentaires:

  1. Le novillo, au sujet des 3 avis parentissois, a quand même reçu, depuis la contre-piste, plus de 25 coups de puntillo. Soit disant qu'il était déjà raide mort et que c'était-là la seule option possible : le non-respect de la procédure & le carnage indigne ; il était près de la porte des torriles et a "pu prendre le temps" de recevoir cette rafale-là. Il y a des versions des faits qui ressemblent à du foutage de gueule ; s'il y avait eu un problème dans les corrales, il aurait été plus judicieux de le dire plutôt que de se moquer du monde ainsi à l'aide d'un prétexte plus gros que de raison.

    Occulter ce fait dans ton texte tout en notifiant la scène simplement par des "ça siffle, ça hue, ça conspue" ne me plait pas du tout. Ces "ça", surtout.

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  2. Certes, que le novillo soit raccompagné ou non aux corrales pour y être abattu est un fait, et il peut y avoir discussion. Mais cela n'a rien à voir avec le thème de l'article.

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  3. Je sais bien, je l'avais bien compris ; mais un garçon précis et intelligent comme toi qui zappe cette scène-là alors qu'elle fait manifestement partie de cet article, me gêne.

    "ça" fait genre : propos de l'organisation qui userait d'une certaine forme de langue de bois.

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  4. J'ai juste dit que la bronca ne me semblait pas intégralement destinée à Daniel Martín, car quand le novillo est tombé, Martín avait quitté la piste depuis un certain temps en plus. Plutôt une bronca d'ensemble : puntillero et autres... Bizarre que depuis le mois d'août, à propos de la course de Valdellán, tu ne te sois focalisé que sur ce moment-là...

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  5. Je te trouve bien sûr de toi sur ta dernière phrase ; pas de provocation fausse et déplacée je te prie.

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  6. Tant que ce n'est politique.

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  7. Ton article est à présent complet en tous les cas.

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  8. C'est que tu devrais faire un blog tiens !
    Pour en terminer sur la question. Lorsque les trois avis venaient de sonner, la porte du toril s'est ouverte mais le vétérinaire a dit au puntillero de "puntiller" en piste. C'est donc au vétérinaire que tu devrais t'adresser.
    1) Pourquoi me parles-tu alors de responsabilité des organisateurs et de "langue de bois" ?
    2) Pourquoi tu m'y associes ?
    3) En quoi Daniel Martín (qui est au centre de l'article) est responsable (hormis n'avoir pu estoquer le novillo dans le temps imparti) ? C'était peut-être à lui de dire "ah ben non les gars, tiens, je vais reprendre ma muleta et reconduire le novillo au toril" ?

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  9. Je n'ai pas le temps ni l'envie de tenir un blog.

    1 - Le vétérinaire est effectivement celui que je vise pour les faits de l'instant précis ; la preuve qu'il se soit planté dans son pronostic vital est indéniable ; il aurait eu le temps de revoir sa copie ; il ne l'a pas fait. L'organisation n'a pas, par la suite, clarifié de manière normale et honnête cette fin de combat. C'est ce que je pense ; dire clairement, au moins, que le vétérinaire n'a pas été cohérent.

    2 - Je ne t'y associe pas ; d'où le "genre" d'introduction. Important. N'en profite pas pour déformer pas, hombre, avec tes grands sabots ^^

    3 - Je pense que Daniel n'a pas eu le luxe / pouvoir de pouvoir tirer une quelconque ficelle au sujet de cette scène, toi même tu sais. Je ne lui en veut pas à lui. Et reconnais comme toi ses qualités observées plusieurs autres fois, çà et là.

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  10. Honnêtement SKEBA, tout cela est-il fondamental?
    Ce genre de critiques sur un détail (car du point de vue taurin la messe est dite et la lidia est terminée) à l’endroit d’une organisation dont on connaît le sérieux, la ligne éthique et la volonté de bien faire les choses me paraît non seulement futile mais aussi préjudiciable.
    A matraquer sur des couillonnades les rares organisations très aficionadas qui se démènent contre vents et marées on prend le risque de décourager les bonnes volontés.
    Des non-professionnels font des erreurs, et alors!
    Devraient-ils faire amende honorable pieds nus, en chemise et la corde au cou pour le moindre petit raté?
    Si de deux journées valeureuses qui ont présentées 3 élevages intéressants avec des toros bien présentés, au comportement dignes de toros de combat, tu n’as retenu que cet épisode malheureux et que tu restes braqué dessus, c’est un peu triste pour toi.
    La perfection n’étant pas de ce monde, ne convient-il pas de saisir les bribes de d’orgasmes taurins comme ils viennent, sans débander au premier pet de sa doulce compagne?
    Abrazos.

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  11. Xavier,


    Lorsqu'on a envie de lire d'une certaine façon des écrits & lorsque l'on a décrété que l'on s'entêterait, on y arrive. La preuve. On ne peut pas passer son temps à lire entre les lignes avec un avis préalablement déjà tout fait.

    Relis différemment si tu en a le temps et l'envie et tu verras que ton intervention est déplacée, inutile, opportuniste et très éducation nationale à mon goût.

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  12. Pour finir, si cet article venait de toi, Xavier (bien que j'aille rarement sur ton blog), je n'aurait pas été étonné d'un tel oubli de ta part et je n'aurais pas ressenti l'envie de le commenter. Or, il n'est pas de toi. D'où mon intervention.

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