mercredi 14 mars 2012

Souvenirs froissés (VIII)

LES ANNÉES FLOIRAC

Ce n'était pas un délire ferroviaire. Scène récente. Peu de temps après que le train ait quitté la gare de Bordeaux en direction de La Rochelle, juste après avoir franchi la Garonne, j'apercevais au travers de la vitre, à une centaine de mètres, plusieurs immeubles multicolores : du orange, du jaune et du marron. Un décor de grande agglomération. Et je repensais à tous les moments écoulés près de ces lieux, car cet endroit-là n'est pas banal. Du moins, il ne l'était pas.

Ces immeubles se situent à Floirac, sur la rive droite de la Garonne, et sous leurs balcons, il y eut des corridas entre 1987 et 2006. C'était une arène métallique, de sept mille places, à peu près comme Vic-Fezensac et Mont-de-Marsan. Une grande arène en fer, avec le vertige absolu pour celui qui irait s'asseoir au dernier rang et se retournerait pour contempler le vide. Du conditionnel ? Pourtant, ce n'est plus possible. Alors au passé : le ruedo était grand et rond, un beau ruedo ! Mais les burladeros étaient en fer et le sable beaucoup trop caillouteux. A Floirac, il n'y avait pas de corrales, pas terrible ça, si bien que les toros étaient débarqués directement du camion après avoir patienté plusieurs jours dans les corrales d'arènes Landaises, souvent Mont-de-Marsan. Assis sur les gradins en fer de cette arène, on voyait en arrière-plan pendant chaque course une gigantesque antenne relais clignoter en rouge toutes les cinq secondes. Mais les arènes ne sont plus là, l'antenne elle, l'est toujours.

Il était écrit que la tradition taurine Bordelaise devait survivre après la fin des arènes du Bouscat en 1961, suite à une novillada de Prieto de la Cal. Les choses ont donc repris en 1987 à Floirac, dans cette grande arène en fer, au pied des immeubles, sur la rive droite de la Garonne. Ces arènes avaient-elles une âme ? Sûrement pas de par leur aspect. Mais en réalité, probablement que oui, du fait qu'il était possible de dire : voilà des arènes à Bordeaux ! Pourtant, je ne pensais pas que cela allait s'arrêter aussi vite, sans un mot ni une cérémonie de fermeture.

A Floirac, il n'y avait pas de politique taurine définie. Pour schématiser vulgairement : plutôt torerista pour la corrida du mois de mai / plus sérieux au mois de septembre. Je me souviens de ces courses. En allant aux arènes, il y avait toujours entre cinq et vingt antis-corridas munis de pancartes. Vingt au maximum. Ils étaient passifs, faisaient partie du décor, et contribuaient au folklore. Passifs, car dans la fin des corridas à Floirac, ils n'y étaient pour rien.
Corrida de l'Oreille d'or au mois de mai, et du Cep d'Or au mois de septembre. C'est assez souvent que la pluie tombait sur le fer et sur le sable caillouteux de l'arène. Pour la corrida de septembre, il n'était pas rare de voir chaque année un matador à l'affiche remplacé pour cause de blessure.

La première à laquelle j'ai assisté, c'était en septembre 1998. Une pluie diluvienne avec des toros de Manuel Morilla. L'automne suivant, des La Cardenilla sérieux et largement armés, mais totalement vides de forces et de caste. Puis des Juan Luis Fraile en 2000.
Le 23 septembre 2001, Richard Milian devait effectuer à Floirac la dernière corrida de sa carrière. Mais à cause de la pluie, celle-ci fut reportée au 14 octobre, où cette fois il faisait un temps printanier ! Après trois semaines de corrales supplémentaires, les Javier-Pérez Tabernero étaient combattus par Richard Milian, Stéphane Fernández Meca et Denis Loré. Milian disait ce jour-là aurevoir à la profession de matador de toros, après avoir sillonné toutes les arènes de France et certaines d'Espagne. Et pas face aux toros les plus prisés par les vedettes...

En 2003, il y eut une corrida-concours qui avait de la gueule sur le papier avec des toros de Tardieu, Fernando Palha, Sao Marcos, Jesús Tabernero Hernández, Françoise Yonnet et Clemares Pérez-Tabernero. Julien Lescarret avait ce jour-là coupé une + une oreille face aux deux toros les plus maniables (Sao Marcos et Clemares). Domingo Valderrama (par ailleurs le seul matador à avoir pris son alternative à Floirac, dix ans auparavant) n'avait pu affronter qu'un seul toro. C'était le Fernando Palha ! Un cinqueño, berrendo en colorado, imposant, manso, mobile et puissant. Valderrama avait sué face à cet adversaire, et dut jeter l'éponge à cause d'une blessure à la main. El Fundi se retrouva ce jour-là avec trois toros, dont le Tabernero Hernández (Vega-Villar) encasté, et le Françoise Yonnet, haut, sérieux et difficile. El Fundi avait été très bon. Le prix au meilleur toro ne fut pas attribué, mais cette corrida-concours reste tout de même un bon souvenir. Un concours inédit, varié, et qui ne serait pas à jeter à l'heure actuelle...

Jusque là, je n'ai pas du tout évoqué les corridas du mois de mai. Et c'est normal, les toros n'y étant généralement pas l'élément principal ! Quant à la dernière corrida importante à Floirac, ce fut celle de Cebada Gago en septembre 2004, avec des toros mobiles et encastés. Par ailleurs, le lot fut primé en fin de saison, et ce fut le dernier de Cebada en France avant plusieurs années d'absence pour motif de Langue Bleue.

Dimanche 24 septembre 2006. Five O'clock. Dernier rencart. 2 toros de Andrés Ramos + 2 Antonio Bañuelos + 2 Mercedes Pérez-Tabernero. Un mélange à ne faire rêver absolument personne ! Devant ce lot bricolé, il y avait Sánchez Vara, Julien Miletto et Mehdi Savalli. Une corrida sans histoire devant moins d'une demie arène. Il n'y eut aucune annonce officielle, et pourtant c'était la dernière...
Cela fait vraiment bizarre d'y repenser aujourd'hui, car je ne pensais pas que cela allait péricliter aussi vite. Dix-neuf ans de corridas dans ces lieux, c'est à la fois beaucoup et rien. Tout est parti d'un coup, et j'ai bien peur que ce soit un jour à l'image de la tauromachie en général. Pourtant, j'essaye de me convaincre du contraire...

Florent

(Images : Arènes de Floirac / La dernière affiche : 24 septembre 2006)

4 commentaires:

  1. L'aficion française a bien plus pleuré sur la fin de Barcelone que sur celle de Floirac. Pour les bobos du Sud, Floirac, ce n'était pas Bordeaux et en plus, c'était trop loin.

    JPc

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    1. http://aficion33.free.fr/ja-floirac/index.html

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  2. Comme tu dis 19ans c'est à la fois beaucoup et rien... mais il y a 21 ans c'était un matin d'Octobre 91, un jeune dénommé "Diego Urdiales" y faisait le paséo devant des erales de "Granier" 21ans...c'est beaucoup et pas grand chose tant l'aficion de ce Torero est grande pour avoir réussi à traverser ttes ces années de galères et croire encore en son destin...
    Mais de Floirac je garderai à jamais en mémoire cette 1ère course qui fut donnée en Octobre 1987 ! au delà du symbole, je me souviens encore de ce frisson lors du paséo chargé d'émotion, avec Sanchez Cubero, frère du regretté Yiyo entouré de Ruiz Miguel et Nimeño, rien que ça....outre la sortie en triomphe de Paco et Christian, l'entrée aux arènes de fer fut bien laborieuse encadrée par des CRS sous des jets de mercurochrome de qq antis très remontés (un attentat à la voiture du maire a eu lieu par la suite...ainsi que des destructions de biens publics) cette corrida avait fait pas mal de bruits quand même dans les médias.
    Une course qui m'a marqué pour tout cela, les Toros de "Lupi" quand à eux ne m'ont hélas laissé aucun souvenir...
    Laurent B.
    Merci pour ce retour en arrière !

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    1. Coïncidence, j'ai récemment publié un article (en anglais) sur les arènes du Bouscat, de Floirac (et La Brède). Je me suis permis d'ajouter un lien vers ces souvenirs ! Mon article est visible ici. Merci !

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