mardi 3 avril 2012

#Malhonnêteté-intellectuelle-ambiante

Hors-sujet. Je n'ai pourtant pas l'habitude de parler d'autre chose que de toros sur ce blog, mais disons que la seconde mi-temps du mois de Mars tout juste écoulé ne m'a guère donné envie d'ajouter quoi que ce soit sur cette page. Il y avait là comme une sale impression. Impossible de parler de toros sans avoir en arrière-plan les images sur-exploitées de la rubrique faits divers, et les commentaires les accompagnant. Impossible, à moins d'être mélomane dans la cacophonie.

Cette cruelle impression n'a d'ailleurs aucun lien avec les toros. Elle est donc due aux pompiers pyromanes de cet État qui se plaisaient tant à balancer des allumettes dans tous les sens, avant de devoir un jour être dans l'obligation de tout éteindre. Pompiers pyromanes, mais aussi journalistes dont le code déontologique du métier a totalement disparu. Jusqu'à l'inimaginable, ils ont exploité la rubrique faits divers. Il était alors difficile de faire abstraction de ce contexte malsain jusqu'à l'extrême, et où chaque voix autorisée rêvait d'être le narrateur omniscient de l'histoire.
Il y eut un certain nombre de victimes dans le même faits divers d'ensemble. Mais au fond, pour la majorité des médias et même pour certains politiques, cela n'avait rien de très grave, plutôt une sorte de détail. Les victimes, elles ne seraient en résumé que quelques gouttes de flotte supplémentaires dans un moulin. On leur dit adieu de manière solennelle, puisque c'est la procédure, et très vite, on passe à autre chose. Côté journalistique, on dissimule le mieux possible l'équation recherchée. Car au fond, seules deux choses sont tentantes et intéressantes.
Cas de figure n°1 : davantage de morts violentes orchestrées par ce "monstre" de tueur.
Cas de figure n°2 : une fin tragique pour ledit "tueur présumé".
Ce qui ressort du très-long-métrage audiovisuel qui a duré plusieurs jours, c'est cette envie de montrer le plus possible la mort de l'homme et le côté morbide-fascinant. Car cela aide tellement ensuite à poursuivre la culture de l'amalgame, l'évènementiel et aussi les procès d'intentions.
On aime évoquer l'aspect humano-sanguinolent, les coups de feu, le sirop de carotide, les corps abandonnés violemment par la vie... On ne parle que de ça, et on en fait même un long-métrage réel et en direct. Tandis que parallèlement au même moment, d'autres en quête d'élection ou de réélection, osent faire une campagne électorale sur des cercueils. On instrumentalise, on cultive l'amalgame, et l'on mène des cabales. Derrière tout cela, on remarque quand même un manque flagrant de sérénité à tous les étages. Peu importe, car au fond il y aura bien de nombreux médias pour balancer de nouveaux sondages...

Une véritable cacophonie avec beaucoup de bruits dans tous les sens. Je me suis imaginé au milieu d'un immeuble avec environ 6 450 paliers, et à chaque étage, des points de vue divergents. En fait, ils étaient plutôt proches et convergents... J'y repense encore.

Étage n°761 : Face à la télévision, ici on émet des hypothèses sur le dénouement du long-métrage à dimension réelle.

Étage n°1219 : Un couple d'un certain âge écoute la radio. Le patriarche a entendu parler d'une concurrence entre le RAID et le GIGN. Lui souhaite que l'on électrifie le tueur présumé jusqu'à ce que mort s'en suive. Ni RAID, ni GIGN, plutôt gégène...

Étage n°134 : "Nous ne sommes pas des voyeurs, mais nous aimons voir ces choses-là".

Étage n°865 : Les gens se sont endormis devant la télévision, il est tard. L'écran est allumé sur une chaîne numérique. En plein coeur du fait divers, le présentateur, avide d'amalgames, lance le débat sur la peine de mort. En réponse, le président d'une association de caméramen sans frontières affirme à très haute voix qu'il aimerait que tous les meurtriers aient la tête tranchée. Visiblement, cela va encore plus loin que la volonté de rétablir la peine de mort. L'homme réitère ses propos, il faut la guillotine, du sang et des têtes coupées...

Étage n°5422 : Débat entre amis autour d'une table. On se dit que le suspect a la gueule de l'emploi, et que la criminalité est le fruit d'une même couleur, d'un même visage, et d'une même communauté.

Étage n°3515 : Là-encore, un autre débat-discussion. L'un des intervenants évoque le retour des combats de gladiateurs afin de désengorger les prisons. "Et si l'on faisait des combats entre 100 détenus, avec un seul victorieux au final, qui se verrait affranchir à mille lieues d'ici. Les 99 autres seraient morts et coûteraient moins cher à notre État. Admettons que l'entrée soit de 80 euros pour assister à ce spectacle de délinquants et de criminels qui s'entretuent, et que les droits de télévision soient au bénéfice des familles de victimes. Cela aiderait à résoudre divers problèmes de finances publiques...". L'intervenant aimerait être suivi dans sa démarche...

Étage n°940 : "Il est peut-être l'heure de voir ce que nous disent les sondages ?"

Tant de bruits assourdissants, vifs et démesurément passionnés. C'est à croire que la rubrique mort violente, avec des êtres humains qui s'entretuent, possède davantage de potentiel hormonal qu'un film pornographique. Effroyable culture du malsain et manque total de dignité. La fin du mois de Mars a permis de voir que l'on évoluait dans une société violente, au moins dans la parole et dans la pensée... A la question "est-ce que les médias et les politiques sont en partie responsables de cet état de faits ?", la réponse paraît assez évidente.

Et la corrida dans tout ça ? Strictement aucun rapport...

Florent

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