samedi 5 mai 2012

Farce au Toril


Farce au toril. Premier semestre 2012. L'Hiver encore...

Dans les journées de l'entre deux-tours, la présidentielle est sur toutes les lèvres et dans tous les esprits. La société du spectacle quant à elle a culminé lors du traditionnel débat. On aurait dit une joute dans le port de Sète entre deux concurrents, l'un au bouclier rouge aux reflets roses, et l'autre de couleur bleu pervenche. Chacun rêve de connaître le fin mot de ce spectacle pour savoir qui volera dans les airs avant de terminer dans l'eau. Vole ! Vole ! Vole !
Bleu pervenche croit en la volatilité électorale, la recherche dans tous les virages, dans tous les carrefours giratoires, et aimerait tant s'arroger les voix de la fille de celui qui inventa le concept de "Durafour-crématoire". Dans l'espérance de voir des cartes électorales volatiles, tandis que le débat vole et fuse avec peu de hauteur.
De ces journées sur fond intégral de présidentielles, je retiendrai quand même la chronique matinale de François Morel le 27 avril sur France Inter, intitulée "Papa". Cela ne faisait pas de mal d'écouter un peu de prose sincère et vraie, sans arrière-pensée calculée.

Si l'on devait se placer seulement du point de vue d'aficionado (ce qui est quand même étriqué) par rapport aux présidentielles, on pourrait avoir la réjouissance de ne pas avoir vu le sujet de la corrida abordé. De par certaines lectures, on aurait pourtant pu penser que l'enfer semblait promis à la tauromachie et à ses défenseurs. Mais preuve en est qu'il s'agit d'un sujet mineur et périphérique à la vie de la nation. Certains médias s'en servent, l'agitent et le recyclent parfois à leur guise pour créer je ne sais quel sentiment... Et surtout faire penser que c'est un thème essentiel et grave à l'heure actuelle.

Côté ruedos, des copains m'ont raconté leur récente escapade à Saint-Martin-de-Crau. Ce village à proximité d'Arles s'est forgé au fil des années une réputation dans le sérieux et l'authentique. En 2008, les vétustes arènes de course libre qui possédaient un certain cachet ont été remplacées par un édifice moderne. Et cette année, les organisateurs avaient pris l'initiative de mettre des corridas de Pagès-Mailhan et Cebada Gago.
Malheureusement, il semblerait que le malaise se soit installé avec les Pagès-Mailhan sortis du toril le samedi, aux cornes en balais dont l'aigu s'était envolé. Les plus âgés avaient quatre ans et un mois (naissance en mars 2008). Le lendemain, les Cebadas composaient un vrai lot de Toros, mais là-encore, l'amertume fut le sentiment final, cette fois pour d'autres raisons.

Des farces au toril, il y en a eu légions depuis le début de l'année en France comme en Espagne. Parfois, des trios de toreros obtiennent des paniers d'oreilles devant du bétail civilisé, et certaines plumes autorisées affirment que parce que c'est la crise, les gens ont besoin d'oublier un quotidien maussade et se rattrapent en allant se divertir aux arènes et en plébiscitant des oreilles. Pas mal de fois on a pu lire ce genre de prose... Et on aimerait simplement répondre à ces discours que la corrida n'est pas, et n'a pas à être un exutoire.

Et puis, au-dessus de toutes ces considérations, il y a le spectre de la Culture taurine. J'ai l'impression que ce terme révulse et apparaît comme irritant. Lorsque la "Culture taurine" est employée ou que sa banderole est déployée, elle apparaît comme une simple façade ou un bouclier. Une sorte de terme suprême à utiliser face à quiconque s'opposerait à la tauromachie. Pourtant, le terme est-il réellement défini ou développé à bon escient ?

C'est dommage, car des milliers de gens aiment la culture taurine, et continuent à aller aux arènes pour cela. La culture taurine, chaque aficionado en a une vision différente, répondant à des souvenirs, à l'histoire, à des valeurs et à une certaine authenticité. Elle est pourtant réservée au seul usage de discours à court terme, mais mérite bien mieux qu'un simple statut de paratonnerre.
Peu importe le discours philosophique de X ou Y à un tel endroit, parlez-nous plutôt d'hommes, de toros et d'arènes qui ont forgé la culture taurine. Parlez-nous des identités qui se sont égarées avant d'aboutir à une malencontreuse normalité, parlez-nous d'histoire taurine dense et hétéroclite, des Juan Luis Fraile de Bayonne, des Lunes de Resaca de Séville, et tant d'autres choses encore... Des gens continuent à aller aux arènes parce qu'ils aiment cette culture taurine, ces multitudes d'histoires qui parfois laissent rêveurs, et parce que les aficionados ont envie de voir le grand Livre s'écrire encore...
Culture taurine. Récemment, on célébrait la décennie de la disparition du critique Joaquín Vidal et la double décennie de la mort de Manuel Montoliú à Séville. A part quelques aficionados-blogueurs, peu nombreux ont été ceux qui y ont pensé, histoire de pérenniser ces souvenirs, dire que la culture taurine n'est pas quelque chose de banal, et que cette riche histoire ne mérite pas prescription.

Au fond, c'est encore l'Hiver...

Florent

(Images : Toril / Manuel Montoliú, âgé de dix-neuf ans, le 16 août 1973 à Collioure, quand il coupa quatre oreilles et une queue à des novillos de García Fonseca (Image d'archives de L'Indépendant), il réalisa par ailleurs plusieurs paseos en France en tant que matador de toros dans les années 1980)

1 commentaire:

  1. Pour Saint Martin de Crau, je peux t'envoyer quelques photos des" magnifiques" armures si celà t'interesse. Certaines sont déjà visibles sur mon site photo http://photomig93.0rg.fr
    Mig 93

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