mardi 29 mai 2012

La balade des clients heureux

Arènes : Vic-Fezensac.
Date : Samedi 26 mai 2012 à 18 heures.
Cartel : Toros de José Escolar Gil pour José Pedro Prados "El Fundi", Fernando Robleño et Sergio Aguilar.

Sur le papier, voilà une très belle affiche, avec un élevage traversant une bonne période, trois matadors très appréciés par les aficionados, le tout dans une arène réputée sérieuse.

Mais l'enfer est toujours pavé de bonnes intentions...

Ce samedi après-midi, la houle est descendue à plusieurs reprises et à juste titre des gradins de Vic. Le lot d'Escolar comportait plusieurs toros chétifs, indécents et imprésentables, des sardines vivement protestées. Des Escolars Vils. Comment était-il possible du point de vue de l'organisateur ou même du ganadero de faire embarquer une telle corrida ? Il faut vraiment être masochiste. A moins d'être totalement indifférent à la chose, et se contenter simplement d'attendre l'orage passer.

Au moment où j'écris, je pense à nous, jeunes aficionados a los toros. Je sais, ce communautarisme peut probablement apparaître absurde. Mais nous sommes quelque peu déboussolés ces derniers temps. Et plusieurs questions viennent à se poser, combien d'arènes sérieuses et authentiques pouvons-nous recenser à l'heure actuelle ? Où pouvons-nous aller les yeux fermés sans craindre la décadence ambiante ? Combien de politiques taurines d'organisation sont louables ?

Lors de la parodie de Corrida de Toros donnée samedi à Vic, c'est un exemplaire d'El Risco (encaste Domecq via Aldeanueva) qui ouvrait le bal du concours de la plus laide danseuse d'Escolar. Le Risco, répondant au nom de "Ventoso", était très lourd, accusant d'entrée de jeu une faiblesse due à sa surcharge pondérale. Lorsqu'il rentra au début, il eut le comportement typique des toros qui séjournent un certain temps dans les corrales, en s'avérant fuyard. Et puis, lors de la première de ses deux rencontres à la pique, il s'alluma en poussant bien et offrit à cette occasion la rencontre avec la cavalerie la plus intéressante de l'après-midi. Après, il était un toro qui se laissait faire, noblón et sans vice. Fundi n'eut pas de mal à être dominateur et toréa avec calme. Mais la faiblesse du Risco enleva tout relief.

Puis ce fut le tour du quinté de José Escolar Gil.

Déjà, le premier d'entre eux avait facilement deux à trois quintaux de moins que l'exemplaire d'El Risco qui ouvrit la course. C'était une bête maigre, laide, anecdotique à la pique, qui accusa en fin de compte un manque de race et de transmission. Aussi, cet Escolar se laissait malgré tout manoeuvrer et Robleño fut plutôt à son aise avec volonté et métier.

L'autre cornu invraisemblable pour Vic, ce fut le quatrième de l'après-midi, une véritable sardine. En deux rencontres face au cheval, il n'y eut par ailleurs qu'une seule pique ! Bronca et protestations ! Ambiance... Ce "Confitero II" peu châtié à la pique allait s'avérer très noble dans la muleta, et El Fundi (par ailleurs gendre de l'éleveur) en profita en le toréant jusqu'à la sonnerie du premier avis. Ce combat ne sembla pas passionner la foule à cause de l'indigence physique de la bestiole. El Fundi reçut ensuite la dernière ovation vicoise de sa carrière. On l'aurait tout de même préférée dans un contexte bien différent et plus glorieux...

Il y eut trois autres toros d'Escolar, un peu mieux présentés que les exemplaires sortis en 2 et en 4. Le troisième reçut un bel accueil à la cape par Sergio Aguilar, et fut tardo, de peu de race, et développa plus tard un danger sourd. Aguilar abrégea d'une mauvaise épée après avoir reçu un avertissement à la muleta.
Comme Aguilar, Fernando Robleño eut de bons passages à la cape face au cinquième toro. Tardo en début de faena, Robleño parvint à le contenir et à le faire avancer lors de plusieurs séries circulaires de la main droite, au cours d'une faena très honnête. Robleño a terminé ce combat dans les cornes, avec un toro manquant de fond, puis réalisa une vuelta après une épée légèrement de côté à la deuxième tentative.

Quant au dernier Escolar, qui ne payait pas de mine, il était l'alimaña de l'après-midi. Un grand moment d'effroi eut lieu en piste lorsque Sergio Aguilar fut violemment percuté de plein fouet à la cape. Lors d'un tiers pique pris en manso, ce dernier Escolar sema la pagaille, confirmant ensuite ses difficultés et sa dangerosité. Sergio Aguilar fut soulevé de manière terrible une fois de plus à la muleta, où il fit un "soleil" et retomba sur ses pieds de manière spectaculaire. Final dans la douleur pour le courageux matador...

Et c'est ainsi que se terminait une course très décevante, avec des toros d'Escolar méconnaissables, sans aucun rapport avec la réputation vicoise. Peut-être la pire corrida d'Escolar de l'histoire, on ne devait pas en être très loin... Inutile de demander à la sortie si les clients-aficionados étaient heureux...

Florent

(Image : Carte postale de "Confitero I", "toro" d'Escolar Gil sorti en deuxième position)

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