mercredi 30 mai 2012

Le toro-voyageur de Fidel San Román

Aucun règlement taurin au monde n'interdit de faire combattre un toro qui a été sobrero ailleurs par le passé. Ce fut le cas de l'exemplaire de Fidel San Román sorti en troisième position lors de la corrida-concours de dimanche à Vic-Fezensac.

Rien n'interdit non plus de diffuser l'information sur le curriculum vitae d'un tel toro. Et pourtant, c'est là que des flics de la pensée unique sont intervenus, eux qui auraient préféré que cela soit passé sous silence. Eux qui viennent parler d'intégrité uniquement lorsque cela les arrange, eux qui interprètent les informations de manière singulière, eux que l'on peut choisir (ou pas) de retrouver chaque trimestre par le biais d'une revue sur papier glacé, eux qui osent venir pondre une reseña tandis qu'ils ont passé approximativement 85% du temps d'une course derrière leur appareil photo. Eux, du pluriel, à cause des multiples casquettes pour le même bonhomme.

Dire que "Torreón" de Fidel San Román était sobrero en novillada l'an passé à Céret, ce n'était en aucun cas être un oracle et prévoir un futur comportement en piste. Simplement, cet élément était source de questions pour l'aficionado.

En début de saison, un toro d'Hubert Yonnet est sorti à Vergèze alors qu'il avait été sobrero d'une corrida de son élevage l'année auparavant à Aire-sur-l'Adour. Il s'est apparemment très bien comporté sur le sable gardois.
Cependant, le Fidel San Román de Vic-Fezensac représentait pour sa part un cas particulier, même si le fait d'envoyer des corraleros en corrida-concours est une pratique plutôt courante et répétée (notamment à Vic).

Plusieurs questions et remarques venaient alors à se poser lorsque l'on avait pris connaissance de l'information.

1) Comment une arène autant gradée que Vic-Fezensac peut-elle continuer pour des corridas-concours à faire sortir des corraleros ? Plutôt que de se tourner vers des estampes qui hormis leur ultime et unique voyage, n'ont connu que le campo.
2) Pourquoi ne pas informer de manière officielle l'aficionado qui paye sa place sur les travées ?
3) Pourquoi lors de ce qui est dans les esprits un grand rendez-vous de la temporada, annoncé comme "corrida-concours de premier choix", choisir un toro ni neuf ni fraîchement sorti du campo ? En l'occurrence, "Torreón" de Fidel San Román, après avoir ciré des corrales, avait été ramené au campo pour y être "fundé" (ce que l'on vit sur les photos).
4) Est-ce respecter le toro de combat et l'authenticité théorique de la corrida-concours ?
5) Dans le cas précis de dimanche, sous couvert de la variété des encastes (le Fidel San Román étant un Villamarta), n'était-ce pas une opportunité et un moyen habile de se délester d'un toro ? Surtout lorsque l'on connaît les liens étroits entre l'arène (Vic-Fezensac), le prestataire (famille Chopera) et les gestionnaires du fer de Fidel San Román (famille Carreño).

Pour ce qui est de "Torreón" en piste dimanche à Vic, il était un toro corpulent accusant une boiterie au train-arrière tout au long du combat. Il aurait à peine tenu plus de 45 secondes à Las Ventas avant d'être renvoyé aux corrales.
A la pique, sa seule qualité fut d'être prompt au moment d'aller au cheval. Mais une fois sous le fer, il ne poussa jamais lors de ses quatre rencontres, et fut mal piqué. Que dire du ridicule de la musique qui joua lors de la troisième pique ? Que dire du regatón à la quatrième rencontre ? Un peu de fantaisie dans l'air.
Aux banderilles, ce toro permit de voir le grand métier et l'aisance de Luis Carlos Aranda qui salua sous l'ovation.
Et puis, à la muleta, le corralero fut totalement amorphe et éteint, si bien qu'après de vaines tentatives avec la muleta, Morenito de Aranda dut se résoudre à tuer, de deux pinchazos et un descabello.

Curieuse ovation à l'arrastre de ce toro, certainement par compassion, car il était aussi vif qu'une huître sur un rocher dès la moitié du combat.

Florent

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