mercredi 20 juin 2012

L'Atlantique

C'est vrai que cette question revient souvent, mais elle ne me torture pas pour autant et ne m'empêche pas de dormir...

L'aficionado est un spécimen étrange, bizarre, difficile à définir et à cerner. Il est d'ailleurs inutile de philosopher longuement sur ce terme puisque cela n'aboutira pas à grand-chose.
Toutefois, force est de constater que l'individu "aficionado" est remis en question de manière surprenante et récurrente par les temps qui courent. On a parfois l'impression qu'il est une sorte de coupable désigné pour on ne sait quelles raisons.
Récemment, on a vu au travers de certains éditos de plumes autorisées fleurir le concept de "bon aficionado". Ca, c'est un bon aficionado ! Ce qui insinue obligatoirement par la même occasion qu'il y en aurait des mauvais.
J'ai eu beau chercher, mais à mon grand dam, je n'ai trouvé aucun dictionnaire donnant une définition du "bon aficionado".
A partir de là, on ne peut faire que des spéculations sur ce terme et simplement émettre des hypothèses. Cela dépend aussi de celui qui utilise le concept. Qu'est-ce qu'un bon aficionado ? Peut-être le consommateur silencieux qui se rend le plus possible aux arènes sans murmurer aucun bruit ni aucun avis ? Peut-être autre chose ?
Les "bons aficionados", et de l'autre côté, une "certaine partie du public" telle qu'elle est décrite dans pas mal d'éditos et comptes-rendus. On ne sait d'ailleurs pas à quoi correspond cette partie du public et qui elle est réellement. Généralement, elle est désignée comme aigrie, fielleuse, trop méchante avec les professionnels de la tauromachie qui exercent leur métier.
C'est en voyant naître tous ces concepts que l'on remarque qu'il est tentant pour bon nombre de plumes autorisées de s'adonner à une forme de division sociologique avec des catégories bien distinctes, mais invisibles puisqu'il n'existe aucune liste officielle. Aux renseignements généraux peut-être ? Nous ne le saurons jamais.

Parfois, on arrive même à rire et à bondir devant des raccourcis très simplifiés. On dit de certains aficionados (bons ou mauvais ?) qu'ils sont des frustrés puisqu'ils auraient rêvé de revêtir l'habit de lumières, et que tous leurs avis inhérents à la corrida sont guidés par une forme de jalousie. Entre plusieurs sonores "t'as qu'à y aller toi devant", il est possible d'entendre ce genre de discours.
Il est vrai aussi que certains aficionados – je ne partage pas ce point de vue – affirment se sentir toreros quand ils marchent dans la rue ou bien lorsqu'ils vont aux arènes. Ils disent, et c'est leur point de vue, que la forme la plus aboutie de l'afición est "d'y aller devant". Ceux-là se sentent toreros, et je trouve cela très beau, car il n'est pas interdit de rêver. Je les imagine secrètement dans leur for intérieur, s'imaginer vedette, idole de tout un peuple, triomphant partout où ils iraient fouler le sable. Je les imagine également redescendre brutalement sur terre le jour où leur belle-mère, ayant ouvert la porte de la salle de bain par inadvertance, les aurait découverts toréant de salon serviette à la main, en tenue de plagiste du Cap d'Agde.

Certains aficionados parviennent donc à se mettre dans la peau du matador. Un statut fort respectable.
Un jour, j'ai entendu un "tu n'es qu'un aficionado" qui m'a irrémédiablement mis la puce à l'oreille. Cela voudrait donc dire que matadors et aficionados se situeraient sur une même échelle ? Ces derniers se situant tout en bas de la hiérarchie ?
Peut-être faudrait-il alors se questionner, se remettre en question, et au moins une fois, commettre le sacrilège de s'imaginer matador ?

Et si j'avais été torero ?

Cela aurait été dans une autre vie, avec un tout autre courage, un tout autre entourage, et une mentalisation bien différente. Si j'avais été torero, j'aurais très certainement écrit beaucoup moins de conneries.

Déjà, il aurait fallu trouver un sobriquet avant que l'histoire ne commence, puisque le très commun "Florent Moreau" n'a pas tellement de connotation hispanique. Mais trouver un surnom à partir de quoi ? Une caractéristique physique ? Une caractéristique comportementale ? Un rapport géographique ? Va pour cette dernière...
"El de La Rochelle" peut-être ? Ou bien "El Charentés Maritimo" ? Non, c'est nul tout ça, et puis ce n'est pas ma terre initiale. "El Norteño" alors ? Non plus, et il suffit de plier la carte de France en deux pour s'assurer du contraire.
Et "El Atlántico" ? Parfait !
Voilà quelque chose d'un peu plus spirituel, un sobriquet derrière lequel on peut deviner aisément un torero faussement intellectuel, une sorte de parodie de poète disparu reconverti en torero. Un sentimental à deux balles, et prétentieux ultra-maladroit puisqu'allant jusqu'à s'approprier le nom d'un Océan.
Mais si j'avais choisi ce surnom "El Atlántico", cela n'aurait pas été pour une éventuelle passion envers l'Océan Atlantique, mais plutôt par amour du masochisme. J'aurais en effet apprécié tout au long de ma carrière (par ailleurs peut-être plus courte que longue) l'habileté des revisteros face à un tel surnom. Qui aurait trouvé la métaphore la plus brillante ? Ou au contraire, qui aurait choisi l'allusion la plus téléphonée ? Pour tous les goûts, j'aurais probablement pu avoir droit à "l'océan de désespoir", "un océan d'écart entre lui et son adversaire", "face à deux bestiaux nobles, l'Atlantique s'est noyé dans un verre d'eau", "L'Atlantique à la nage", "L'Atlantique boit la tasse", et j'en passe. Il y aurait même pu y avoir un "il est juste bon pour Fort Boyard" offrant de cette manière la palme au mauvais goût audiovisuel pour celui qui aurait écrit une telle sentence.
Un jour, dépassé par les évènements et armé par la mauvaise foi, j'aurais souhaité au ganadero que son troupeau choppe la tuberculose pour qu'il puisse tout envoyer à l'abattoir. On aurait dit de moi que j'étais détenteur "d'un Q.I inférieur au volume d'un mollusque en mètres cubes". "L'Atlantique se situe dans les profondeurs de l'escalafón" aurait probablement été la goutte de trop...

Face à tant de méchancetés et de lynchages verbaux, j'aurais mis fin à mon escapade et à mes pérégrinations en terres taurines. A La Rochelle, je me serais plaint du manque de contrats des toreros du cru dans la région ! J'aurais créé un syndicat avec je ne sais combien de membres pour contester cette injustice. Peut-être aurais-je entamé une grève de la faim devant la mairie de La Rochelle ? Indigné et en signe de protestation, je serais allé pourrir les corrales ostréicoles des environs.

Totalement décomposé, je serais parti de là. J'aurais été à Mimizan et j'en aurais fait mon fief ! Malheureusement, trop de personnes médisantes m'auraient soupçonné de connivence avec l'organisateur, par ailleurs doublé d'un critique taurin hors pair et extraordinaire. A Mimizan toujours, mon chez-moi par défaut, j'aurais fait immatriculer ma voiture "40". Une alternative départementale à la clé peut-être ? Pour me dézinguer, les revisteros auraient dit que je venais de prendre l'alternative à Disney-Landes. Ils m'auraient traité de "matador de deux toros" ! Non pas qu'ils bégaient, mais parce qu'à leurs yeux j'aurais été incapable de faire davantage.

Nouvelle déconvenue. Moi "El Atlántico", quoi de mieux que d'aller aux Açores ? C'est en plein milieu de l'Atlantique ! Là-encore, et même à distance, on m'aurait frappé d'invectives pour le fait de cautionner la tauromachie des Açores et ses spectacles taurins sans mise à mort.

Peut-être une reconversion ?
Ce qui est fort probable, c'est que j'aurais depuis longtemps été marabouté, afin d'être méfiant envers tous ces gens qui viennent peupler les gradins des arènes. Je serais revenu en paria ? Je serais devenu organisateur de courses en mettant du bétail acheté au prix de la viande et des jeunes novilleros non défrayés ? J'aurais été un ganadero bien mauvais ? J'aurais même tenté une expérience avec mon propre rôle à la télé dans une série B ? Peut-être aurais-je été ratero ? Ou bien comme d'autres, j'aurais décerné des diplômes virtuels de "bons aficionados", tout en affirmant parallèlement mon désir de représenter toute personne s'intéressant de près ou de loin à la tauromachie dans mon pays...

Trêve de conneries, tout cela n'est que pure fiction.

L'autre soir, j'ai vu un reportage où à propos de cette profession si singulière, Antoñete disait "para mi antes, un matador de toros era como un Dios". Maestro, j'ai des Marlboro Light sur ma table de nuit, je vous en offrirais une bien volontiers.

Tous doivent être respectables...

Florent

4 commentaires:

  1. Moi j'aurais bien vu El Morito, mais tu aurais perdu les "bons aficionados" du FN et ceux de la ligue anti-alccolique.
    Le terme "bon aficionado" est généralement le fait des critiques toreristas (Cf la dernière parution de Delgado de la Camara)...

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  2. Cher Florito MORO, "el BALMORO" (non light),
    Mais où peux-tu lire une telle hérésie? Un aficionado n'est ni bon, ni mauvais, un aficionado l'EST par définition, et c'est tout! Il peut être pur, comme le vin, rigoureux, intègre, branleur ou sérieux, ou je menfoutiste, dans quel cas c'est un spectateur, ou un client, comme à VIC; il peut être un scribouillard, pour faire ses reseñas, - tout le monde n'a pas le talent, les mêmes dispositions épistolaires-, mais quel être qui se croit sans doute cultivé pour proférer une telle aberration peut se permettre de juger qu'un aficionado est bon ou mauvais? Même le boucalien affairiste en arrive sur son édito du jour à sembler prendre la mesure du problème, puisqu'il écrit à sa manière, après le fiasco bilbaino de FANDIÑO seul contre six encastes - à peine un tiers d'arène!!- que notre combat est juste.
    Critiques toreristas! Xavier, je crois que tu as utilisé un pléonasme. Tous les critiques patentés par la presse aux ordres de la m.... taurina ne sont-ils pas, par définition, intérêt, cupidité, servilité, des toreristas, au seul service de ceux qui les tolèrent dans les callejons, à condition qu'ils encensent les plus viles saloperies?
    Abrazos

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  3. bon, pour un rochelais c'est très bien! quoique la segolène me reste en travers de la ganure. mais bon!
    florent mimizan, c'est une terre de talibans, essaie donc la demi pension à soustons chez le neo ethique, neo toriste, neo puriste, neo virginal.
    merde, on se marre quand même, et la corrida crève, voir aire, malgré l'affiche, quoique moi, le fundi, bon, je vais encore me faire tuer par les toristes amateurs de vaillants braillards, ou pedrito, qui en plus a vu des toros afeités, oh vilain garçon!
    ou bilbao!
    même les trucs qui ont un peu de gueule et de pundonor, je parle de bilbao, sombrent misérablement dans un quart d'arènes.
    donnez leur du borgne, du tomas, du ponce même, et même du castella, sans déconner, avec des borregas de merde. ils seront contents, ces bons aficionados.

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  4. Moi je préfèrerais "El Mojito"!

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