samedi 23 juin 2012

Le banquet de Javier Castaño

Le 26 mai dernier, la corrida d'Escolar Gil à Vic-Fezensac a été le désastre que l'on connaît malgré une affiche fort intéressante. Si le don d'ubiquité existait, nous aurions été nombreux présents à Vic ce jour-là à vouloir avoir un oeil sur ce qui se déroulait simultanément aux arènes de Nîmes. Javier Castaño y affrontait seul six toros de Miura, un élevage dont bien peu de choses sont espérées par les aficionados de nos jours. Cela aurait été intéressant d'avoir le don d'ubiquité, puisque cette affiche était la plus curieuse et singulière des six journées de la feria nîmoise.

Bien évidemment, il est impossible d'émettre un avis sur le contenu des corridas que l'on n'a pas pu voir. On ne peut que froidement se fier aux images et à l'avis de ceux qui étaient présents. Au sortir des arènes de Vic le 26 mai, un murmure faisait état d'un "Javier Castaño fantastique" là-bas à Nîmes. Au fil des minutes et des heures, ce bruit se confirmait puisque Castaño venait de faire l'unanimité. Il paraît que les Miuras avaient plus bougé que d'habitude et portaient en eux une certaine caste. C'était là le plus étonnant à apprendre, et disons tant mieux, car sans cela le succès d'un matador est une quête presque impossible. Moins étonnant : le triomphe de Castaño.

L'an dernier à Céret, face à son premier adversaire d'Escolar Gil, brave et encasté, Castaño avait montré durant vingt minutes l'image d'un torero invincible, dans une très grande forme, avec un sitio phénoménal et réussissant tout ce qu'il pouvait entreprendre. Même son passage à genoux muleta en main n'avait rien de vulgaire tellement il était en verve. Et il avait obtenu les deux oreilles de cet Escolar. Par ailleurs, aucun matador ou novillero n'avait coupé deux oreilles à un même adversaire pendant Céret de Toros depuis huit ans. 

L'exemple de ce combat de Javier Castaño à Céret démontre son potentiel, ses capacités, et ce que l'on peut attendre de lui. A Nîmes, le 26 mai, il a été plus légendaire que les toros de Miura qu'il affrontait. Il a été vedette de cette feria à la place des vedettes et de leurs opposants commodes. Javier Castaño a ce jour-là fait l'unanimité devant l'assistance.

Pourtant, un détail lui a été reproché. Celui d'avoir utilisé une chaise lors de son combat face au cinquième Miura. Non pas du fait d'avoir donné quelques passes assis, mais à cause des caractéristiques de la chaise. Une chaise de fête de quartier ou de salle polyvalente un soir de mariage.
Une chaise sans aucune valeur, mais qui semblait être comme un symbole. Cette chaise bas de gamme, c'était le fauteuil du banquet de Javier Castaño. Il était seul contre six, et altruiste, il aurait invité ses picadors, ses banderilleros, et en guise de couverts, aurait utilisé une seule muleta, une seule cape, une seule épée. La lidia et les gestes rares étaient également conviés paraît-il. Face au premier des six, il tua effectivement à recibir en se plaçant à sept ou huit mètres de distance.

Ce sont seulement des images, car il est impossible d'évoquer le contenu sans y avoir assisté. Mais il y avait ce fauteuil, cette chaise humble. Et les plus grands sont bien souvent les plus humbles.

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Javier Castaño à Nîmes)

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