dimanche 24 juin 2012

Les Phares du passé (III)

CURÉ DE VALVERDE

Récemment, on a entendu parler au présent et de manière inattendue de la ganadería du Curé de Valverde. En début d'année, elle a effectivement été rachetée par un français, Jean-Luc Couturier, qui continuera à faire exister ce fer en terres françaises.
Rien que ce nom, Curé de Valverde, évoque pour les aficionados quelque chose d'important, de fascinant et d'épique. Le Curé, Don Cesáreo Sánchez Martín, a quitté ce monde et son Campo Charro il y a bientôt deux décennies. Il avait hérité d'un troupeau de pure origine Conde de la Corte dans les années 1950, et veillait sur lui du côté de Horcajo de Medianero.
Lorsqu'on entend parler du nom du Curé de Valverde, on ressent comme un parfum de toros à émotion et de sauvagerie.
D'ailleurs, cet élevage a marqué une grande page de son histoire en France, principalement dans deux arènes : Céret, et surtout Alès serions-nous tentés de dire. Quand résonne Valverde, ou plus romantique Curé de Valverde, on pense à des toros impressionnants, armés, forts, puissants et combatifs, on pense aussi aux noms fréquents que l'on pouvait trouver dans cet élevage, Servicioso, Carafeo, Gastador...

C'est en 1975 que l'histoire du Curé de Valverde a commencé en France, avec une présentation du côté de Céret. D'après les reseñas de l'époque, le 17 août 1975 à Céret, les six toros de Valverde, âgés de cinq ans, ont composé l'un des grands lots de la saison française et ont ainsi pleinement réussi leur présentation dans notre pays. Les arènes du Vallespir étaient pleines ce jour-là, les toros prirent quatorze piques, étaient sérieux, mobiles, encastés, et le quatrième, seul manso du lot, fut à part. De cette belle course, Manolo Ortiz, torero-banderillero vêtu en ce jour d'un costume noir et argent, coupa la seule oreille.

Les toros du Curé revinrent à Céret très peu de temps après, puisque trois semaines plus tard, le 7 septembre 1975, ils étaient à l'affiche d'une Corrida Goyesque. Comme le 17 août, Manolo Ortiz et César González étaient présents au cartel, mais cette fois-ci, les Valverde, dont quatre étaient âgés de cinq ans, furent plus légers et surtout moins étincelants que leurs congénères du 17 août. Dans Semana Grande il y a quelques mois, le rédacteur en chef Marc Lavie, évoquant la tauromachie en Catalogne dans les années 1960-1970, faisait état de cette course à laquelle Salvador Dalí assista.

Après ce double épisode cérétan de 1975, il fallut attendre quinze ans pour revoir le nom du Curé de Valverde de ce côté des Pyrénées.

C'était le dimanche 13 mai 1990 à Alès. A partir de ce jour, les noms de la ville et de l'élevage resteront liés. Cette corrida de Valverde avec au cartel José Luis Galloso, José Antonio Campuzano et Paco Alcalde se déroula sous une pluie battante. Dans le Courrier de Céret, on peut lire "Des toros sérieusement présentés, âgés, mansos et difficiles sauf les premier et cinquième. Le quatrième "Gastador" est condamé aux banderilles noires. Campuzano obtient la seule oreille de l'après-midi". Dans la revue Tendido, c'est une "Corrida d'un autre siècle" qui est relatée. D'ailleurs, l'une des images accompagnant le compte-rendu est très éloquente, puisque l'on voit deux chevaux de picadors, dont le premier est relevé par les monosabios, et le second est à terre à l'autre bout de l'arène.

Après cette corrida, l'expérience des Valverde est renouvelée à Alès en 1991, le 9 mai. Il s'agit-là de la corrida du Centenaire des arènes du Tempéras, avec un mano a mano Richard Milian / El Fundi, qui se célèbre devant des arènes pleines et sous un temps froid avec un crachin persistant. Dans Tendido sont évoqués des toros "très bien présentés, braves sous la pique, difficiles et vicieux". Le français Richard Milian est pris en fin de faena par le cinquième et reçoit un coup de corne à la cuisse droite. Quant à El Fundi, il coupa ce jour-là trois oreilles, dont les deux du très difficile dernier à l'issue d'un combat très engagé. On apprend également à la lecture des reseñas de cette corrida que le deuxième Valverde de l'après-midi était âgé de plus de six ans....

L'année suivante, le Curé de Valverde est encore présent à Alès. Mais cette fois avec un seul toro dans le cadre d'une corrida-concours. Le représentant, "Copletero", n°92, negro, 540 kg, né en mars 1987, est un toro sérieux, mal lidié, qui renversa la cavalerie, et afficha poder et puissance. Le matador José Luis Galloso qui l'affronta fut débordé, et la dépouille de "Copletero" fortement ovationnée à l'arrastre. C'est le toro "Jabalí" de Gilbert Mroz qui remporta cette corrida-concours de 1992.
En 1993, un seul exemplaire (un novillo), est combattu en France, lors d'une novillada-concours à Arles à la fin du mois d'août, c'est un manso. Le pensionnaire de Los Bayones gagne le prix mis en jeu ce jour-là.

Le 1er mars 1994, Don Cesáreo Sánchez Martín, Curé de Valverde, meurt dans son Campo Charro à l'âge de 85 ans. Il avait hérité de son père du bétail d'origine Conde de la Corte, et ce sont désormais ses neveux Juan et Leopoldo Mateos Sánchez qui deviennent les propriétaires de la devise. A Alès, le 15 mai 1994, une minute de silence est respectée en mémoire du Curé, et ses toros, sérieux et largement armés, s'avèrent être des "mansos avec du danger". El Fundi coupe les deux oreilles du cinquième.
En 1995, le lot pour Alès est lourd, âgé, manso, et décevant par rapport aux premiers qui ont été combattus du côté des Cévennes. En 1996, trois toros sont mis en compétition à Saint-Martin-de-Crau avec trois pensionnaires de Tardieu, et un toro est combattu pour la corrida-concours d'Alès, remportée par l'élevage de Pablo-Romero.

Le dimanche 24 mai 1998, la devise du Curé de Valverde revient à Alès avec un lot intégral, sous un temps splendide. Le lot est sérieux, hormis le sixième aux armures abîmées. Les Valverde vont "à la pique à dix-neuf reprises pour une chute de la cavalerie" d'après le quotidien Midi-Libre. Devant cette corrida encastée et intéressante, El Fundi coupe deux oreilles du quatrième après une remarquable estocade, le nîmois Fernández Meca est courageux, et Ruiz Manuel reçoit une récompense contestée du troisième toro de l'après-midi. Il s'agissait-là d'une corrida de toros notable, mais les bêtes n'avaient pas la sauvagerie explosive des prédecesseurs de 1990 et 1991.

L'Association Nationale des Aficionados (ANDA) décerne en 1999 son prix au meilleur lot de novillos de la saison française à celui du Curé de Valverde combattu à Alès le 15 mai 1999. Ce fut par ailleurs la seule novillada de l'histoire de cet élevage en France. Dans Semana Grande, Marc Lavie parle de "cinq novillos de Valverde, très bien présentés, lourds et largement armés, braves et encastés en général sauf le deuxième manso. Vuelta posthume au cinquième "Carafea" auquel l'arlésien "El Lobo" coupe deux oreilles". Cette novillada fut une grande réussite, avec des novillos présents dans tous les tiers, et notamment au cheval. Les novilleros Diego Urdiales et Fernando Robleño accompagnaient au cartel "El Lobo".

Des "Curé de Valverde", s'en suivent deux corridas décevantes à Céret en 2000 et à Alès en 2002, avec une tendance plutôt décastée. Remarquons également que les Valverde étaient présents en 2000 à Alès... mais pour une corrida de rejoneo !

Plusieurs années durant, l'élevage mené par les neveux du Curé n'apparut pas en France. Ensuite, tout laisse à penser que les toros de Valverde sont revenus épisodiquement "grâce" à la période de langue bleue, pendant laquelle il y eut une interdiction d'importer en France des toros du Sud de l'Espagne.

En 2005, ce sont trois toros de Valverde qui furent combattus en France. Le premier des trois, "Carafeo", lors de la corrida-concours de Vic à Pentecôte, un toro compliqué qui fit passer un mauvais moment à Domingo López-Chaves.
Mais ce furent surtout deux sobreros, "Gastador" et "Carafeo", sortis lors d'une corrida de Hernández Pla à Céret, qui attirèrent l'attention. Imposants, armés et avec du poder, ils firent d'une certaine façon renaître le mythe du Curé de Valverde. L'impression de ces deux sobreros permit de voir un lot intégral à Céret l'année suivante.

Les Valverde de Céret version 2006 étaient imposants et puissants, mais allèrent a menos. Quelques mois auparavant, un exemplaire de cet élevage fut de nouveau envoyé à la corrida-concours de Vic, mais fut fort décevant.

Pour 2007, il y eut un autre toro au concours de Vic, compliqué et de peu de forces, et un à Arles au mois de septembre, un bon toro lors d'une corrida-concours où aucun prix ne fut attribué. Cette année-là, sept toros du Curé de Valverde furent lidiés durant Céret de Toros. Le moment marquant, ce fut l'effroyable et dramatique blessure de Luis Francisco Esplá face au premier exemplaire de la course du 15 juillet 2007. Le matador retomba au sol inanimé après une violente cogida, ce qui glaça les arènes pour le reste de l'après-midi, au cours duquel défilèrent des Valverde bien présentés, avec plusieurs d'entre eux abordables pour les toreros, mais sans grande caste. La veille, un décevant sobrero était sorti à Céret lors de la corrida de Charro de Llén.

La dernière corrida en France à ce jour du Curé de Valverde eut lieu à Vergèze (Gard) le 2 mars 2008. Depuis quelques années déjà, l'élevage semblait être à l'abandon et les six toros confirmèrent cette tendance. Dans Campos y Ruedos, François Bruschet parle de cette course hivernale et décevante avec un titre "Très tristes curés".

A partir de là, il était peu probable que l'on entende un jour parler de nouveau des toros du Curé de Valverde. Pourtant, un français a acheté le fer en début de saison et a délocalisé le troupeau près d'Arles. On souhaite ainsi bon courage à Jean-Luc Couturier qui est le nouveau propriétaire, et l'on espère qu'un jour pourquoi pas, on pourra reparler au présent et avec des yeux émerveillés des toros du Curé de Valverde.

Le 15 juillet 2012 à Châteaurenard, il y aura une corrida de Valverde avec El Fundi, Mehdi Savalli et Marco Leal. Dommage que cette course coïncide avec Céret de Toros, dont de nombreux fidèles auraient certainement fait le déplacement à Châteaurenard en une autre date, ne serait-ce que par curiosité...

Florent

(Images : Archives de l'Indépendant, Manolo Ortiz le 17 août 1975 à Céret / L'affiche du dimanche 24 mai 1998 à Alès)

L'historique en France de l'élevage du Curé de Valverde, en corridas de toros et novilladas avec picadors.

CORRIDAS
Céret. 17/08/1975. 6 Toros de Valverde pour Paco Herrera, Manolo Ortiz, César González.
Céret. 7/09/1975. 6 Toros de Valverde pour Manolo Ortiz, César González, Pepín Peña.
Alès. 13/05/1990. 6 Toros de Valverde pour José Luis Galloso, José Antonio Campuzano, Paco Alcalde.
Alès. 09/05/1991. 6 Toros de Valverde pour Richard Milian et El Fundi (sobresaliente : Joël Matray).
Alès. 15/05/1994. 6 Toros de Valverde pour Jorge Manrique, El Fundi, Domingo Valderrama.
Alès. 28/05/1995. 6 Toros de Valverde pour José Antonio Campuzano, Richard Milian, Domingo Valderrama.
Saint-Martin-de-Crau. 31/03/1996. 3 Toros de Valverde et 3 de Tardieu pour José Luis Gonçalves, Gilles Raoux, Ruiz Manuel.
Alès. 24/05/1998. 6 Toros de Valverde pour El Fundi, Stéphane Fernández Meca, Ruiz Manuel.
Céret. 15/07/2000. 4 Toros de Valverde, 1 de San Martín (2ème) et 1 de Rocío de la Cámara (6ème) pour Frascuelo, Richard Milian, Fernando Robleño.
Alès. 12/05/2002. 6 Toros de Valverde pour El Fundi, José Ignacio Ramos, José Antonio Iniesta.
Céret. 9/07/2006. 5 Toros de Valverde et 1 de Rekagorri (3ème bis) pour Luis Francisco Esplá, Fernando Robleño, Sánchez Vara.
Céret. 15/07/2007. 6 Toros de Valverde pour Luis Francisco Esplá, Juan José Padilla, Sánchez Vara.
Vergèze. 2/03/2008. 6 Toros de Valverde pour Guillermo Albán, Marc Serrano, Sergio Aguilar.

NOVILLADAS
Alès. 15/05/1999. 5 Novillos de Valverde et 1 des Frères Jalabert (6ème) pour Diego Urdiales, El Lobo et Fernando Robleño.

TOROS ISOLÉS
Alès. 10/05/1992. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour José Luis Galloso.
Alès. 19/05/1996. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Juan Carlos García.
Vic-Fezensac. 15/05/2005. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Domingo López-Chaves.
Céret. 10/07/2005. 2 Toros de Valverde (sobreros, 2ème bis et 3ème bis) et 4 de Hernández Pla pour Luis Miguel Encabo, Fernando Robleño et Fernando Cruz.
Vic-Fezensac. 4/06/2006. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour José Ignacio Ramos.
Vic-Fezensac. 27/05/2007. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Julien Lescarret.
Céret. 14/07/2007. 1 Toro de Valverde (sobrero) lors d'une corrida de Charro de Llén, pour Iván Fandiño.
Arles. 9/09/2007. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Sánchez-Vara.

NOVILLOS ISOLÉS
Arles. 29/08/93. 1 Novillo de Valverde en novillada-concours pour José Luis Gonçalves.

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